Micro-Ice - Artegor

Micro-Ice sort de la chambre de Sinedd sur la pointe des pieds, des vêtements qui ne lui appartiennent pas sur le dos, tout comme le sac de sport qu'il a sous le bras. Le contenu est essentiellement constitué de ses affaires de la veille, imbibées de différents liquides pendant la soirée les rendant particulièrement odorants...

La porte dans son dos se ferme avec un crissement métallique qui lui fait grincer des dents. Il reste figé quelques secondes, attendant de voir si une des portes du couloir s'ouvre. Pour tout dire, Micro-Ice n'a jamais trop aimé les coéquipiers de son copain. Pas qu'il trouve les Shadows désagréables en tant que personne, disons plus simplement que les côtoyer en match lui suffit amplement.

Micro-Ice remonte le long couloir à petits pas, l'endroit est sombre malgré l'heure matinale à laquelle le soleil de Paradisia brûle déjà. Les rares vitres ont les volets baissés jusqu'en bas, ne laissant filtrer qu'une vague lumière, rendant sa progression un peu compliquée. Il met un moment à atteindre le bout du couloir, et une fois arrivé contre le mur qu'il devine à peine, il cherche à tâtons les boutons permettant d'appeler l'ascenseur par lequel il est arrivé la veille. La cabine arrive rapidement, s'ouvrant et se fermant dans un bruit d'enfer, et jusqu'au dernier moment Micro-Ice imagine une des têtes mal réveillées des Shadows apparaître dans le couloir. La porte de l'ascenseur se ferme avant qu'un tel événement ne se produise, lui épargnant des cauchemars pour les semaines à venir.

Maintenant seul dans la petite cabine faiblement éclairée elle aussi, Micro-Ice souffle un grand coup. Il commence à réfléchir au meilleur trajet jusqu'à son hôtel pour éviter journalistes et paparazzis, même si l'heure devrait l'en préserver un minimum. C'est à ce moment-là qu'un voyant s'allume sur la console de l'ascenseur, et que celui-ci ralentis. Micro-Ice a à peine le temps de comprendre ce qu'il se passe que la cabine s'arrête complètement à un étage qui n'est pas le rez-de-chaussée, ouvrant ses portes sur nul autre qu'Artegor Nexus en personne.

Micro-Ice à le réflexe idiot de reculer jusqu'à ce que son dos touche la paroi du fond, tentant tant bien que mal d'ignorer que son corps passe par tous les états du stress en une seconde. Chaud. Froid. Grincement de dents. Grand sourire. Il se bafferait bien tout seul, mais c'est déjà trop tard. Il n'a aucune idée de la tête qu'il doit avoir, mais il est à peu près persuadé que l'estime que lui porte l'entraîneur Shadow n'est pas en train de grimper en flèche...

Artegor le regarde sans rien dire, le visage trop caché derrière ses lunettes opaques pour qu'il devine une émotion en particulier, avant de venir prendre place dans la cabine.

Les portes se referment sur eux, et l'ascenseur reprend sa descente à un rythme atrocement lent. Le jazz discret qui sort des petits hauts parleurs paraît soudainement complètement déplacé, mais si le prix à payer pour qu'Artegor ne fasse aucune remarque est d'écouter du jazz strident, alors il est près à-

- Il ne me semble pas avoir donné d'autorisation à un Snow Kid de venir dans cet hôtel, encore moins d'y passer la nuit.

Le ton atrocement sec le fait frissonner de haut en bas.

- Je... Hmm... J'ai été... Invité ?

Artegor se retourne vers lui, le visage impassible, donnant à Micro-Ice l'impression d'avoir dit l'ânerie du siècle. Vraiment, il ne comprend pas comment Sinedd tient tête face à son coach. Ni comment Aarch et lui sont supposément amis...

- Tu te rends bien compte que je pourrais en informer la ligue ?

- Qu-... Comment ?

- Si tu viens rôder autour de nos équipements sans autorisation, en tant que joueur d'une équipe adverse, je peux t'accuser de sabotage. Voir de triche. Tu te rends compte de ça ?

Micro-Ice entend déjà très distinctement les hurlements de Aarch, alors il fait la seule chose qu'il sait faire : il tente de désamorcer.

- Avec tous les volets tirés, aucune chance, j'ai déjà eu du mal à trouver l'ascenseur, alors...

Le silence qui suit est tout bonnement glaçant. Artegor continue de le fixer, n'esquissant aucun mouvement, positif comme négatif. L'air de jazz rend la scène encore plus suffocante, comme si c'était possible. C'est le moment que choisit l'ascenseur pour arriver à destination, ouvrant ses portes d'un coup avec un "ding" qui le fait sursauter. Devant lui, Artegor ne bouge toujours pas, mais à la lumière plus claire qui entre dans la cabine depuis le grand hall, Micro-Ice doit avouer qu'il le trouve un peu étrange. Il n'a pas vu l'homme souvent, mais il est à peu près sûr que le teint grisâtre n'était pas là avant.

- Tu étais avec Sinedd ?

Micro-Ice hoche la tête.

- Interdiction que ça se reproduise. Jamais. C'est clair ?

Micro-Ice hoche la tête.

- Et arrêtez de vous fréquenter. Tout ce que vous arriverez à en tirer, c'est mettre vos carrières en péril. Vous n'en sortirez jamais rien de bon.

Micro-Ice rentre sa tête dans ses épaules et s'empêche de faire un commentaire. Artegor le toise encore de longue secondes, avant de se décaler sur le côté pour le laisser sortir. Micro-Ice s'engouffre dans la sortie en un éclair, tirant immédiatement la capuche du sweatshirt de Sinedd sur sa tête. Il attend d'être sorti de l'hôtel pour sortir son téléphone de la poche de son jogging. Il lui faut une trentaine de messages pour résumer le coup de pression qu'il vient de subir à Sinedd. Il y a au moins trois fois trop d'emojis, et une tonne de détails complètement futiles, du jazz aux stupides lunettes du coach, mais toutes les informations y sont.

Si Artegor a eu l'air de dire qu'il n'aurait pas de conséquences pour lui cette fois-ci, il est à peu près sûr que ce ne sera pas le cas pour Sinedd.

Il est presque arrivé à l'hôtel des Snow Kids quand il reçoit une réponse :

"Il est comme ça avec tout le monde, t'inquiètes, je gère
Et il est aveugle s'il croit qu'on en tire rien de positif
"