Bonjour!
Merci de continuer à suivre cette petite histoire !
Réponses aux Reviews !
Lilajolie : Merci pour ces compliments, ça fait trop plaisir ! J'espère que tu n'as pas trop perdu patience avec mon retard, hésite pas à me dire ce que tu penses des événements à venir ! Je pense qu'au niveau des Review ça va mieux non ? J'ai eu ta dernière en tout cas, merci encore une fois pour tes beaux compliments, je continue !
Mute : Merci infiniment ! Hate d'avoir tes prochains retours !
Dokidoki77 : Ahahaha merci de me suivre encore ! J'espère que ce que je vais écrire répondra à tes attentes ! Et trop chouette pour l'écriture inclusive, je ne sais pas si un jour je pourrais la tenir sur toute une histoire mais j'espère !
Merci pour vos mots doux (ou moins doux mais toujours pertinents), j'adore vous lire !
Bonne lecture de ce chapitre 10 !
Chapitre 10 - Diner
…
Putain mais c'était quoi ça ?!
Eren n'avait cessé de regarder les marques sur son bras se décolorer lentement au fil de sa journée de travail en se répétant sans cesse cette question. Il lui avait fallu pas moins d'une heure après son entrevue avec son caporal pour retrouver un semblant de clarté dans son esprit. Pourtant, malgré tout le temps qu'il avait eu à sa disposition pour tourner et retourner dans tous les sens la curieuse expérience du matin, il était toujours incapable de comprendre ce qu'il s'était passé. Le titan avait du mal à croire que c'était bien lui et son caporal qui avaient vécu cette interaction étrange, mais plus encore, il n'arrivait pas à comprendre comment ses pensées avaient pu être accaparées à ce point par son supérieur. L'espace de quelques minutes, il n'avait plus senti de rage et d'écœurement, il n'y avait plus eu que de l'acceptation, un certain sentiment de calme et une excitation dévorante qui avaient pris place dans tout son corps. C'était comme si un autre Eren, complètement soumis au Caporal avait pris la place de celui qu'il avait été chaque jour depuis la chute de Shiganshina.
Non, non, certainement pas. Se réprimanda l'Assaillant en regardant l'immense pièce dans laquelle il se tenait.
Il avait terminé l'arrangement du salon avant que 18 heures ne sonnent à la pendule du couloir, et ajustait maintenant une dernière fois la deuxième chaise en cannage qu'il avait attribué à la vaste table en noyer qui trônait au centre de la pièce.
Pas moins de neuf tapis avaient été dépoussiérés et lessivés par ses soins, avant de recouvrir la majorité du sol en bois sombre de la pièce. Ils étaient tous ornés de motifs fleuris que le temps et la poussière avaient délavés, mais qui composaient un patchwork de couleurs sombres et passées qu'Eren trouvait particulièrement joli. Il ne savait pas vraiment à quoi allait servir cette pièce immense, mais il espérait secrètement qu'elle allait devenir un endroit où il pourrait se détendre et peut être même dîner quelques soirs, tant l'ambiance feutrée créée par les tapisseries, le lustre immense en verre et les longs rideaux en velours encadrant les trois hautes fenêtres de cette pièce le détendaient et lui donnaient envie d'y passer des heures.
Il sentit un nouveau picotement sillonner les muscles de son bras gauche et serra les dents. À chaque fois qu'il repensait à la morsure du froid et du cuir sur sa peau, et aux yeux sombres et scrutateurs de son supérieur sur lui, il sentait son cerveau s'éteindre, comme surchargé par trop de contradictions, et contraint à l'arrêt sous peine de surchauffe. Eren se força à essayer de remettre de l'ordre dans tout ce foutoir.
D'abord, il avait été en colère et … déçu ? À la pensée que l'accord passé avec son supérieur la veille n'ait été qu'une plaisanterie, mais sans trop savoir de quoi s'était-il senti déçu exactement. Voulait-il entretenir ce genre de relation avec Rivaille ? Il sentit instantanément plusieurs émotions faire rage en lui, de l'agacement, de la honte, de la colère, mais aussi du doute, de la curiosité, et quelque chose qui ressembla très fort à de l'envie. Eren secoua la tête. Non, il ne devait pas avoir envie de son supérieur, mais, comme ce dernier l'avait justement dit, envie d'intimité tout court. Oui c'était certainement ça.
Pourtant, leur entrevue de ce matin n'avait pas vraiment été sexuelle, si ? Le titan déglutit difficilement en se remémorant la sensation de torsion qui n'avait pas quitté son ventre un seul instant de leur entrevue, et qui se manifestait immédiatement dès qu'il y repensait. Une partie de lui savait bien que cela ressemblait trait pour trait à du désir tel qu'il n'en avait jamais ressentit auparavant, mais une autre semblait passer son temps à nier toute éventualité de s'approcher d'un quelconque genre d'intimité avec Rivaille Ackerman. Parce qu'il fallait être complètement fou et largement suicidaire pour s'approcher trop près de cet enfoiré.
Il ne faut pas que je perde de vue mon plan. Se fustigea-t-il, essayant de mettre de l'ordre dans le chaos qui habitait son esprit. Les récents évènements l'avaient détourné du but premier de toute cette entreprise : faire profil bas, et s'enfuir dès qu'il en aurait les capacités. Voila, il fallait qu'il joue le jeu avec Rivaille, même si pour cela il lui fallait accepter des rapports sexuels - son diaphragme remonta dans sa poitrine, mais il décida de prodigieusement l'ignorer - jusqu'à ce que se présente l'opportunité de lui fausser compagnie.
Le titan se dirigea vers l'une des grandes fenêtres pour admirer les lueurs du crépuscule baigner le parc, trois étages plus bas. Il savait que c'était la bonne -la seule- décision à prendre, alors il ne comprenait pas pourquoi cette option semblait avoir disparu de son esprit dès l'instant où il était entré dans les appartements de son supérieur. Si le caporal était en train de le manipuler, force était de constater qu'il s'y prenait excessivement bien. Il secoua la tête. Il ne fallait plus que ces évènements étranges le détournent à nouveau de son but, aussi agréables qu'ils puissent être.
Le titan renifla. Il n'aurait jamais pu prédire que Rivaille saurait le mettre dans cet état là, et il sentait quelque part que ça lui plaisait, lui qui prédisait approximativement tout depuis maintenant quatre ans.
Il se détourna de la fenêtre en caressant de nouveau son bras gauche. Il avait été habitué à avoir mal, que ce soit en se mutilant lui même la main à chacune de ses transformations, ou bien dès qu'on le tirait de son corps de titan en sectionnant ses membres, et il ne pouvait pas dire que ces expériences avaient été très agréables, mais là c'était différent. Il était évident que quelques claquements de cravache étaient bien moins douloureux qu'une amputation, mais au delà de ça, il lui avait semblé qu'aux moments précis où la pièce de cuir était entré en contact avec sa peau, tout semblait enfin à sa juste place. Comme si chaque coup sec qui avaient été portés sur son bras avaient remis en ordre des choses qui jusque là lui avaient semblé insolubles et chaotiques. Il ne comprenait pas comment cela était possible, mais il savait que ça avait été… grisant.
Pas grisant, ni agréable. Nécessaire et temporaire. Se recadra le titan mentalement en se mordant les joues. Il se concentra sur les motifs passés des tapis disposés sous ses pieds en se répétant ces mots. Il ne fallait pas qu'il se laisse aller face à Rivaille. Il avait été stupide de ne pas avoir tenté il y a des mois d'avoir des rapports sexuels. S'il avait pris ce temps là, il ne serait pas dans un tel état. Il sentit la colère monter en légères ondes face à la faiblesse de son corps et de son esprit. Instinctivement, il saisit son bras gauche, et serra ses doigts de toutes ses forces sur ce qu'il sentait être la marque du dernier coup de cravache, sur son avant-bras. La source de son énervement sembla alors se tarir, et Eren eut un petit sourire satisfait. C'était vrai, la petite expérience du matin avec Rivaille lui avait fait du bien. Il redressa la tête. Mais il ne fléchirait pas. Parce que rien de ce que pourrait lui faire le caporal ne lui fera changer d'avis. Il lui suffirait juste de contrôler ces étranges changements de personnalité qui survenaient lors des séances avec le caporal, et il n'aurait plus qu'à détaler comme un lapin, dès que l'occasion se présenterait.
…
Le titan entra sans frapper dans les appartements du caporal à 19 heures précises, comme il le lui avait demandé le matin même. Il fut un peu déçu de voir que ses quartiers étaient vides, mais essaya de ne pas trop se demander pourquoi en se dirigeant vers la petite cuisine. Sur le plan de travail avaient été laissées deux piles de pommes de terre ainsi qu'une bouteille de lait et une grosse salade. Eren soupira en ouvrant quelques tiroirs avant de trouver un économe, et s'assit pour se mettre vite au travail.
Il éplucha aussi rapidement qu'il put la montagne de pommes de terre et les mit à cuire dans l'eau bouillante avant de passer de longues minutes à nettoyer chaque feuille de salade du sable et des petits cailloux qui s'y étaient déposés. En imaginant le mauvais quart d'heure qu'il passerait si son caporal croquait un bout de gravier il frissonna, mais ne sut pas exactement si c'était d'appréhension ou d'autre chose.
Il essora longuement la salade dans un torchon et prépara la vinaigrette tandis que les pommes de terre continuaient de cuire, et attendit quelques instants debout à côté de la marmite, les yeux fixés sur un carreau fendu de la crédence. Son caporal et lui allaient donc vraisemblablement diner ensemble ce soir, pour la première fois depuis le début de leur arrangement. À la réflexion, il n'avait que rarement dîné avec son supérieur, tant ce dernier semblait allergique à toute proximité avec ses soldats hors des heures de travail. Ce n'était arrivé qu'une poignée de fois, et Eren déglutit difficilement en se rappelant du silence de mort qui régnait à chacun de ces moments. Il espérait vraiment que les choses seraient différentes ce soir, tant la perspective de devoir demeurer tout le repas dans un silence de plomb face à l'homme qui l'avait mis dans un état second quelques heures auparavant le mettait mal à l'aise.
Le titan sortit les patates du feu et les égoutta dans une passoire avant de les replacer dans la marmite et de les écraser avec une fourchette en y versant petit à petit le lait. Non, il trouvait ça proprement invraisemblable que son caporal redevienne mutique maintenant. Maintenant qu'il y pensait, il réalisa qu'il n'avait jamais entendu Rivaille parler autant que depuis la veille. Certes, il avait toujours son ton profondément ennuyé et son regard blasé la plupart du temps lorsqu'il s'adressait à Eren, mais ses réponses étaient moins laconiques qu'avant, il expliquait plus les choses, et exprimait même parfois ce qu'il pensait ou des éléments personnels. Le titan cligna des yeux en se rendant compte qu'il commençait à avoir envie d'en savoir plus sur son caporal, ce qu'il avait fait avant de s'engager dans le bataillon, ce qu'il pensait des récents événements… Non. Se dit-il alors qu'il avait été à deux doigts de concevoir qu'il était possible d'entretenir une discussion plus intime que nécessaire avec Rivaille. Non, ça, ça n'arrivera jamais.
…
Il était bientôt 20 heures, et Eren venait de finir de dresser la table, allumant les chandeliers qui trônaient sur celle-ci, augmentant la luminosité déjà très bien octroyée par le grand lustre orné d'une trentaine de petites bougies, s'allumant grâce à un interrupteur qui l'alimentait en gaz tandis qu'un mécanisme complexe créaient des étincelles, à la manière des anciens briquets antérieurs à la découverte de toutes les fonctionnalités de la roche glacée des titans. Il avait disposé sa salade et une grande soupière remplie à ras-bord de purée au centre de la grande table, et leur deux assiettes se faisaient face, placées l'une et l'autre à un bout de la table. Eren n'aimait pas trop l'aspect cérémonieux que cette disposition créait, à cause de l'éloignement de plus d'un mètre cinquante qui existait entre son couvert et celui de Rivaille, mais il se dit que ça aurait sans doute été comme ça que le caporal aurait dressé la table à sa place.
Il jeta un dernier coup d'oeil attentif à chaque élément de la table, afin d'être bien sûr que rien n'y manquait, avant de se tourner vers la fenêtre et de détacher son chignon en secouant la tête. Il saisit son élastique entre ses dents et remonta ses cheveux lisses en arrière, en faisant attention à ce que le moins de mèches possible ne s'échappent de la petite cordelette. Il eut à peine le temps de serrer l'élastique d'un troisième tour qu'un bruit brusque le fit sursauter.
Il se retourna promptement, le coeur battant, et tomba sur les deux orbes grises de son caporal, qui venait d'entrer dans la pièce. Ce dernier s'avança sans un mot, en jetant des coups d'oeil perçants un peu partout, évaluant silencieusement le travail de son subordonné. Il avisa finalement les tapis disposés au sol et une ombre passa sur son visage, déclenchant une petite torsion dans le ventre du titan qui se demanda quelle erreur avait-il commise, mais avant qu'il ne puisse passer mentalement en revue les règles de nettoyage de ces fichues carpettes, son supérieur releva son visage vers lui, et prononça de sa voix lasse :
« Bon travail. »
Eren se sentit instantanément soulagé, et la tension présente dans ses épaules se relâcha.
« Mangeons. » Ajouta simplement le caporal en s'installant à la place que lui avait attribué mentalement le titan, celle la plus proche de la porte.
Le jeune homme s'installa à son tour sur la deuxième chaise, mais un son lui fit brusquement relever la tête vers son supérieur. Ce dernier venait de claquer de la langue, un claquement comme ceux qu'il faisaient lorsque le titan avait fait une bêtise, ou lui répondait un peu trop impoliment à son goût. Rivaille avait braqué ses yeux las sur le titan, et prononça d'un ton traînant :
« Je veux que tu me serves Neko. Et j'aimerais bien un verre d'eau. »
Eren déglutit, en essayant de combattre le sentiment d'être ridiculisé par l'ordre de son caporal. Il pense que je vais être son serviteur à temps complet ou quoi? Se dit il en serrant les dents, mais en quittant sa place pour s'approcher de son supérieur, et se saisir de son assiette. Il lui servit deux cuillères de purée de pomme de terre et quelques feuilles de salade qu'il arrosa de vinaigrette, et replaça son assiette devant lui. Alors qu'il venait d'attraper la carafe d'eau, il sentit quelque chose lui effleurer l'arrière de la cuisse, et manqua de tout renverser. Il se demanda ce que c'était, et frissonna de la tête aux pieds lorsque le contact se fit plus appuyé, et qu'il réalisa que la main de Rivaille était entrain de lui caresser la cuisse, et se remonter le long de son dos, comme s'il était entrain de flatter l'encolure d'un cheval.
Le titan serra les dents en essayant de faire comme si de rien n'était, ne sachant pas vraiment s'il se sentait plus humilié ou excité par la main baladeuse. Il trancha pour l'humiliation lorsque, après qu'il eut servit à ras-bord le verre de son caporal, ce dernier effectua deux petites tapes du plat de sa main sur le bas de son dos, comme pour lui signifier qu'il pouvait retourner s'assoir. Eren sentit la colère lui faire plisser les yeux, mais ne dit rien, et retourna à sa place en essayant de se calmer.
Il se servit à son tour en tremblant un petit peu trop, ce qui ne sembla pas échapper au regard aiguisé de son caporal, qui prononça avec bonhommie :
« Quelque chose ne va pas ? »
Le titan serra les dents et prit une longue inspiration avant de secouer la tête négativement. Il fallait qu'il tienne son rôle, coûte que coûte, sans déclencher de nouvelles punitions. Il savait que ces dernières avaient un effet étrange sur lui, et il ne voulait pas risquer de retomber dans le même état que quelques heures auparavant, lorsqu'il avait presque oublié dans quel but il avait accepté tout cela. Mais ses doigts se crispèrent d'un coup sur sa fourchette lorsque son supérieur reprit la parole :
« Tant mieux que cette situation te convienne, puisque dorénavant, et à chaque fois que nous mangerons ensemble, je veux que tu prennes l'habitude de me servir, et d'attendre que je sorte de la pièce avant de débarrasser la table, c'est compris? »
Les tempes d'Eren bâtèrent comme des tambours alors qu'il s'empêchait ardemment de hurler. Y avait-il écrit « homme à tout faire » sur son putain de front ? Il essaya tant bien que mal de rester immobile sur sa chaise alors que tout son corps se mettait à brûler. Tout occupé qu'il était à essayer de contrôler sa rage, il ne vit pas que son supérieur s'était levé de son siège, et s'était avancé jusqu'à lui, avant de se tenir debout, à droite de la grande table. La voix sourde résonna dans la pièce, et le titan sursauta de l'entendre aussi proche :
« Réponds-moi quand je te parle. »
Non. Là, c'était trop. Sans pouvoir s'en empêcher, Eren se dressa sur ses jambes, faisant ainsi face à son supérieur. Ils se jaugèrent quelque instants, et l'air méprisant du caporal fouetta le sang du titan, qui garda ses lèvres hermétiquement closes.
« J'ai dit, réponds moi. » Reprit la voix autoritaire, et Eren hocha soudainement la tête sans y penser.
Alors, la rage qui pulsait dans le corps du titan atteignit son paroxysme. Il ne s'était jamais senti aussi humilié de toute sa vie, il avait l'impression d'être un petit chien obéissant aux ordres de son maître, et cette pensée le fit sortir de ses gonds.
« Ordure. » Prononça t-il hargneusement.
Il eut juste le temps de voir un éclair fuser dans les iris froides de Rivaille avant de sentir ses genoux céder, et de se retrouver à genoux sur le tapis.
Il agrippa le bord de la table de sa main gauche pour se relever immédiatement, mais cette dernière fut saisie au vol avec une telle force qu'il grimaça de douleur. Il sentit un poids peser sur ses mollets, et quelque chose de froid vint lui encercler la gorge avant qu'il ne comprenne que son supérieur s'était placé derrière lui, une jambe en travers des siennes, une main enserrant son cou et l'autre lui emprisonnant le poignet dans les airs. Il souffla de rage en essayant de se dégager de la poigne du caporal, mais la pression sur sa gorge s'intensifia, avant qu'il ne sente un souffle balayer les cheveux qui tombaient sur sa nuque :
« Tu vas regretter ça. » Articula calmement Rivaille alors que le titan sentit qu'il ne suffirait plus que d'un peu plus de pression de la main sur sa trachée pour qu'il commence à avoir du mal à respirer.
Le jeune homme essaya de se faire violence et laissa retomber son bras libre le long de son corps, sa main droite se posant paume ouverte sur le tapis. Il sentit que les deux mains de Rivaille lâchaient imperceptiblement de leur poigne, avant que la voix lasse ne projette de nouveau un courant d'air chaud sur son cou, le faisant frissonner.
« C'est bien. Calme-toi. »
Son poignet gauche fut libéré, et il sentit la main qui l'avait tenu se poser sur son torse, à plat. Le contact de cette main, posée là, lui fit un effet étrange, comme si son supérieur était en train de le tenir tout entier entre ses bras, l'empêchant de bouger en attendant patiemment qu'il se calme. Le titan ferma les yeux et essaya de respirer profondément, tentant tant bien que mal de faire partir l'intense sentiment d'humiliation qui courait dans ses veines. Au bout de quelques instants, il sentit que ses battements de coeur s'étaient calmés, et qu'il respirait un peu plus posément. Son dominant reprit la parole :
« Tu sais que ce que tu viens de faire était mal n'est ce pas ? » Demanda t-il.
Eren hocha la tête.
« Et tu sais que je vais donc devoir te punir. »
Le titan grinça des dents, mais hocha de nouveau la tête.
« Bien. Je veux que tu te lèves, et que tu t'agenouilles à côté de ma chaise. » Reprit Rivaille d'une voix plus suave qui déclencha une immense vague de frissons dans tout le corps du titan.
Et juste comme ça, la pression sur sa gorge disparut, de même que celle sur ses jambes, et Eren vit son caporal passer à côté de lui et faire quelques pas vers son siège, avant de s'y assoir et de tendre la main vers sa gauche pour lui montrer où il voulait qu'il soit.
Le jeune homme contrôla le petit vertige qui lui embruma la vue lorsqu'il se releva, et marcha comme un automate vers son caporal. Il hésita quelques secondes, mais devant l'expression ferme de son supérieur, il rendit les armes et s'agenouilla sur le tapis, à côté de chaise.
« Essaie de te concentrer sur ton corps et ta respiration en silence, jusqu'à ce que j'aie terminé mon repas. » Ordonna Rivaille sans jeter un coup d'oeil au jeune homme agenouillé à côté de lui.
Eren s'empêcha de souffler et essaya d'ignorer les gargouillements affamés que produisait son ventre. Il trouvait cette punition bizarre et dégradante, mais finalement pas autant que de passer la nuit dans les cachots. Au moins ici, il était confortable, pour l'instant, se dit il en imaginant qu'au bout de quelques minutes, ses genoux commenceraient tout de même à lui faire un peu mal. Il se dit que c'était quand même un heureux hasard que le caporal lui ait demandé de disposer ces tapis cet après midi, avant de réaliser qu'il ne s'agissait peut être pas d'un hasard.
Il avait… prévu que je passerai du temps agenouillé sur ces tapis ? C'est pour ça qu'ils sont là ? Réalisa le jeune homme en se mordant les joues. Il ne savait pas si il devait se sentir stupide d'avoir été aussi simple à prédire, ou si il devait céder à la petite voix dans sa tête qui soutenait que c'était presque gentil de la part de son caporal d'avoir prévu de couvrir le parquet de tapis moelleux. Bon. Dans tous les cas, si il avait autant manqué de respect à son supérieur encore quelques jours plus tôt, il est certain qu'il se serait pris une dérouillée, avant de passer trois jours sans manger au cachot, se dit-il, réalisant que même si tout cela était étrange et humiliant, c'était quand même franchement mieux que tout ce qu'il avait connu.
« Arrête de réfléchir autant, j'entends ton cerveau supplier qu'on l'achève. » Railla le caporal, faisant vivement se relever la tête du titan vers lui.
Ce dernier fronça les sourcils d'énervement, mais resta silencieux pour éviter d'empirer sa situation. Il décida de faire comme si il était seul dans cette salle et à genoux sur ces tapis parce qu'il l'avait décidé, et se sentit un petit peu plus calme. La fourchette de Rivaille produisit des tintements métalliques qui irritèrent le jeune homme, mais après plusieurs minutes, ces sons se firent plus flottants, et il s'en sentit comme bercé.
Il ne savait pas comment ni pourquoi, mais il sentit ses muscles se relâcher petit à petit, comme si chaque tension dans son corps se détachait de lui de seconde en seconde. D'un coup, il ne pensa plus au temps qui passait, ni à la position dans laquelle il se trouvait. Il ne pouvait plus sentir que la pliure de ses jambes, la dureté du sol sous lui, et son coeur s'était comme synchronisé avec l'élancement qui parcourait ses jambes. Ses genoux endoloris étaient le seul point qui le ramenait à la réalité, il ne pouvait plus sentir que cela, alors que tout son corps et son esprit semblaient encotonnés, comme s'il était en train de flotter dans l'espace. Il fixait une des immenses bibliothèques qui étaient disposées contre le mur au fond de la pièce et, s'il avait peut être pu d'abord en reconnaître certains volumes ou en lire quelques titres, il ne pouvait plus maintenant voir qu'un amas de lignes chevrotantes, qui emplissaient son champ de vision, jusqu'à le quadriller comme une grille abstraite. Il se dit un instant qu'il aurait pu être terrifié par toutes ces sensations, et le détachement qu'il sentait se produire entre lui et la réalité, mais il en fut plutôt envouté. Envouté par le fait de ne plus ressentir aucun énervement ni aucune tension, c'était presque comme si il dormait, les yeux ouverts.
Il n'entendit pas Rivaille reposer sa fourchette sur la table, ni déplacer son siège derrière lui. Alors il sursauta lorsqu'il sentit quelque chose entrer en contact avec ses cheveux. Un long frisson réveilla sa colonne vertébrale, et il cligna des yeux pour essayer de sortir de son état cotonneux, sans réel succès. Il entendit un bruit doux, comme un murmure, mais fut incapable de déterminer d'où il provenait, ni ce qu'il signifiait. Il sentit un poids peser sur ses deux épaules, et trouva cela dérangeant, d'autant que la pression s'amplifia, et le fit basculer légèrement en arrière, le faisant entrer en contact avec quelque chose de dur, qui lui barra le haut du dos. Il eut l'impression qu'une trappe s'ouvrit sous ses genoux, et il sursauta lorsqu'il entendit d'un coup une voix distincte, que tout son corps se rappela à lui et que ses genoux lui firent un mal de chien. Son coeur s'accéléra lorsqu'il se rendit compte qu'il était à deux doigts de tomber en avant sur le tapis, et son corps se tendit alors que quelque chose se posait sur sa poitrine pour le retenir en arrière.
« Réveille toi Neko. » Répéta Rivaille en secouant doucement le corps de son subordonné.
Eren cligna des yeux. Il était où déjà ?
« Tu peux t'assoir par terre, lentement. » Prononça son caporal.
Il s'exécuta, non sans une petite grimace causée par la douleur qui émana de ses genoux lorsqu'il pivota ses jambes sur le côté, pour finalement les étendre devant lui. La douleur pulsa encore quelques secondes dans tout le bas de son corps, avant qu'il ne lui semble complètement anesthésié. Il soupira.
Rivaille lui caressa les cheveux quelques secondes sans rien dire, et le titan eut le temps de retrouver tous ses esprits en oscillant la tête de gauche à droite sous le toucher de son supérieur. Et puis, au bout de quelques instants qui lui parurent trop courts, la main quitta sa tête.
« Tu as vraiment un sale caractère. » Reprit le caporal doucement. « La punition continuera demain. Pour l'heure, je veux que tu manges le contenu de ton assiette et que tu ranges cette pièce avant d'aller dormir. Je t'attends demain matin dans mes appartements. »
Et, juste comme ça, le caporal se leva et marcha vers la grande porte qui donnait sur le couloir. Il se retourna vers Eren, qui était toujours un peu sonné, et qui ne vit donc pas le petit rictus que dessinait sa bouche lorsqu'il ajouta, une dernière fois avant de sortir :
« Je veux que cette nuit, tu réfléchisses à ce qu'il s'est passé ce soir, et surtout à la punition à laquelle tu auras droit demain. Bonne nuit Neko. »
Alors ? On en pense quoi ?
Passez toustes une belle semaine, et à vendredi prochain si tout va bien !
