Bonsoir, bonsoir ! Voici le nouveau chapitre (je sais, je ne vous ai pas habitué à tant de régularité...), les POV s'alternent pas mal ces derniers temps et dans les prochains chapitres, il y aura sans doute pas mal de POV de Drago, l'histoire s'y prêtant. Dans tous les cas, bonne année à vous et j'espère que la suite vous plaira ! Encore merci pour vos reviews qui me font toujours plaisir, on est quand même à 334 reviews, jamais je n'aurais pensé en avoir autant un jour !

Bonne lecture !


Hermione bondit de sa chaise, frappant du poing de la table avec une violence qu'elle ne se connaissait pas. Ces éclairs de colère, elle les avait depuis qu'elle avait quitté cette prison de malheur. C'était ce que Drago avait laissé en elle, une irritation qu'elle ne se connaissait pas autrefois.

- Comment osez-vous rester là à ne rien faire ? Gronda-t-elle, les fusillant tous de regard, un à un.

- Hermione, calme-toi, essaya Ron. Comprends-nous, tu ne nous laisses pas beaucoup de temps pour nous décider et l'Ordre est déjà trop affaibli pour se permettre un choix qui pourrait nous réduire à rien.

- Comment, toi, tu peux dire ça, Ron ? Après avoir espéré que Harry soit en vie, après avoir espéré qu'il soit de retour parmi nous pour renverser la situation ? Harry est en vie. Harry va aller combattre le Lord dans trois jours, et aucun de vous n'a envie d'aller lui prêter main forte ?!

- Ce n'est pas lui que tu veux qu'on aide, c'est Drago Malefoy, dit lentement Neville, les bras croisés sur sa poitrine. Et les informations sur Harry provienne de lui. Doit-on te rappeler que Malefoy est très proche du Lord ? Qu'il a besoin de se racheter après le fiasco de sa prison ? Et si tout ça, ce n'était qu'un piège pour nous attirer et détruire la résistance d'un seul coup ? Est-ce que tu y as pensé, Hermione ?

- Ce n'est pas toi qui vas me donner des cours de stratégie, Neville, dit-elle, aigre en pointant un doigt accusateur sur lui. Aucun de vous n'était d'accord pour que je retourne là-bas, vous étiez persuadé qu'il me tuerait. Résultat : je suis de retour, avec les informations pour lesquelles je suis retournée là-bas. Harry est vivant, et Drago Malefoy est prêt à nous aider à porter le coup de grâce. Vous aviez tort, j'avais raison, et encore une fois, vous refusez d'entendre ce que j'ai à dire.

- Parce que tu viens nous dire que Malefoy est de notre côté après tout ce qu'il nous a fait ! Après tout ce qu'il t'a fait ! S'exclama Seamus. Nous, on ne voit que ce qu'il y a dans les journaux, les horreurs qu'il profère à ton encontre, contre les nés moldus, contre l'Ordre, et toi tu nous le décris comme une brebis au coeur grand. Excuse-nous de n'y croire qu'à moitié, Granger.

Elle ravala les insultes qu'elle avait envie de leur cracher au visage.

- Si vous ne voulez pas y aller, très bien. Moi, j'irai. C'est hors de question que je les laisse se débrouiller à deux alors qu'on pourrait leur apporter du soutien. Sinon, Harry arrivera peut-être à tuer le Lord, mais il sera probablement emporté par le feudeymon que Drago devra lancer pour détruire le serpent.

- Ne le prends pas comme ça, Her …

Mais elle tourna les talons, claquant la porte derrière elle avec violence.

Ils ne voulaient pas l'aider ? Très bien, elle se débrouillerait toute seule. Il lui restait trois jours pour trouver une solution.


Drago poussa la porte de la cabane. Jamais il ne s'était senti aussi atone qu'à ce moment. Il aurait dû être terrifié que le le Lord découvre ce qu'il s'apprêtait à faire, il aurait dû se terrer dans cette cabane pour ne jamais en ressortir, espérant que son maitre ne le retrouverait pas, hésiter à aller implorer le pardon du Seigneur des ténèbres pour avoir ne serait-ce qu'envisager de le trahir.

Harry Potter était debout, le regard brillant.

Lui non plus n'avait pas peur.

- Prêt ? Demanda Drago.

- Plus que jamais.

D'un sortilège, Drago déboucla les chaines qui maintenaient Harry dans un court périmètre autour du lit et des toilettes.

C'était la première fois qu'il le détachait depuis qu'il était là. C'était la première fois qu'il avait l'opportunité de se jeter sur lui pour lui voler sa baguette et le tuer. Potter ne bougea pas, observant ses chevilles libérées.

Drago tira de sa poche une gourde métallique qu'il porta à ses lèvres, en avalant une grande rasade avant de la jeter à Harry.

- Pour nous donner du courage, dit Drago.

Potter porta la flasque à ses lèvres et grimaça lorsque le whisky pur feu lui brûla la gorge.

- Je ne pensais pas vraiment que tu le ferais, avoua Potter.

- Que je ferais quoi ?

- Que tu viendrais, me libèrerais.

Drago tira des vêtements propres du sac à dos qu'il avait apporté.

- Moi non plus, Potter. Moi non plus.

Harry boutonna la chemise.

- Tu as trouvé la cape ?

Drago hocha de la tête et sortit un linge plié avec précaution.

- C'est une cape d'invisibilité de qualité, dit Drago en caressant le tissu de velours du bout des doigts. Mon grand-père en avait une, mais elle n'était pas aussi … efficace.

- Parce que c'est l'original. J'imagine que tu connais l'histoire des reliques de la mort, non ?

Drago releva les yeux.

- Ce n'est qu'une histoire pour enfant.

- Non. Pas du tout. J'ai eu la pierre de résurrection en ma possession. Et ton « maitre » possède la baguette de sureau.

Drago se raidit.

- Si ce que tu dis est vrai, tu n'as aucune chance de le vaincre.

Harry redressa le col de sa chemise. C'était étrange de croiser son propre regard, mais le sien était illuminé d'une lueur plus chaleureuse, son visage devenait plus expressif possédé par Potter.

- Ne t'inquiète pas pour ça, éluda finalement Potter.

- Désolé de m'inquiéter, Potter, je te signale que je joue ma vie.

- Je joue ma vie depuis que je suis né et je ne pleure pas, Malefoy.

Potter contourna la table. Malefoy avait presque oublié pourquoi il n'aimait pas Potter. Il reprochait à Drago son arrogance, il n'était pas mieux à faire pleurer dans les chaumières avec son histoire à briser des coeurs. Drago se fichait de son histoire difficile. Lui aussi avait la vie dure.

Potter tendit la main et Drago hésita avant de tirer la baguette qu'il avait récupéré parmi les centaines qu'il stockait chez lui. A la prison Malefoy. Il la regarda un moment. Il ne pouvait pas croire qu'il allait donner une baguette à Potter.

Et s'il se retournait contre lui ? S'il en profitait pour lui jeter un sortilège et s'enfuir ? Alors son plan tomberait à l'eau.

- Malefoy, tu réfléchis trop.

Drago ne répondit même pas, lâchant la baguette dans la main tendue de Potter. Une lueur d'intérêt passa dans les yeux verts de son ex prisonnier. Il tendit la baguette vers la chandelle posée sur la table, et murmura :

- Incendio.

Un trait de lumière fusa et alluma péniblement la chandelle. Potter grimaça en même temps que Drago.

- Ne me dis pas que c'est comme ça que tu comptes sauver le monde, Potter ? Avec cette magie faiblarde ?

Potter le fusilla du regard.

- Ce n'est pas ma baguette, je te signale. Ce n'est pas l'idéal pour combattre le mage noir le plus puissant de tous les temps …

Il regarda la baguette de Drago de biais et Drago devina sa pensée avant même qu'il ne la formule.

- Même pas en rêve, Potter.

- Elle me convenait, ta baguette, Malefoy. Elle me faisait presque l'effet d'être la mienne.

Drago se vit lui jeter un sortilège de mort l'espace d'un instant. Il lui avait volé dans le manoir et il ne l'avait retrouvé qu'à sa « mort » dans la forêt interdite. Elle lui avait manqué. Il avait détesté qu'il s'en serve comme de la sienne, il avait détesté qu'elle lui ait appartenu.

- Je dois avoir toutes mes chances, Malefoy.

Drago lui tendit sa baguette et Potter eut l'air surpris qu'il cède. Drago ne pouvait pas le regarder sous peine d'exploser, lui arrachant presque l'autre baguette des mains. Son pommeau ne lui était pas familier.

- J'en prendrai soin. Comme à l'époque, souffla Potter.

- La ferme, Potter. N'en rajoute pas.

- Qui aurait cru qu'on travaillerait ensemble un jour, hein ? Railla Potter.

Drago ne répondit pas, se contentant de prendre la cape de Potter, posée sur la table, attendant patiemment d'être utilisée à nouveau. Le tissu lui faisait l'effet d'être sans consistance tant il était doux.

- Elle appartenait à mon père, avoua-t-il.

C'était sans doute tout ce qu'il lui restait de son cher paternel.


Hermione éloigna la paire de jumelles de ses yeux, soupirant lourdement. Elle se doutait que ce plan serait plus compliqué qu'elle ne l'aurait cru, mais maintenant, elle se rendait compte que c'était tout simplement impossible.

Elle se trouvait sur une colline non loin de ce qui avait été son chez elle pendant son enfance : Poudlard. De là, bien cachée sous un sort de désillusion, elle avait cherché la moindre ouverture pour pénétrer le parc du château, se frayer un chemin dans l'école et éventuellement retourner dans la chambre des secrets pour trouver l'un des crochets de basilic qui lui aurait permis de détruire le serpent.

Mais il n'y avait aucune chance. De là, elle pouvait voir Pré-au-Lard, grouillant de mangemorts. La maison d'Abelfort avait été détruite pour faire disparaitre le passage secret qui aurait pu l'emmener à Poudlard, et l'école en elle-même était complètement cernés par des mangemorts et des rafleurs qui étaient partout. Ce n'était pas son sort de désillusion qui allait les empêcher de repérer une fluctuation qui passerait à un mètre d'eux grand maximum.

Poudlard ne l'aiderait pas. Pas cette fois. Elle jeta un oeil à sa montre.

- Encore 12h pour trouver une solution, murmura-t-elle pour elle-même.

Elle se releva, les genoux douloureux et transplana.

Fred et George se trouvaient sur le perron du QG de l'Ordre, discutant. George se tut en voyant Hermione alors que Fred se levait.

- Alors ? Demanda-t-il, quand même intéressé par ses tentatives pour trouver une solution à leur problème.

- Alors Poudlard est impénétrable, Fred. Enfin, vous vous en doutiez, non ?

- Ne sois pas amer, Hermione, souffla Fred.

- Désolée de ne pas me réjouir de savoir que Drago va droit à la mort parce qu'aucun de vous ne veut m'aider. Vraiment désolée.

George se raidit au nom de Drago. C'était l'effet que ça faisait à tout le monde chaque fois que Hermione prononçait son nom. Et chaque fois, elle avait envie de leur dire de cesser d'être aussi fragile.

Elle grimpa les escaliers avec hâte, tirant la porte pour rejoindre la tranquillité de sa chambre.

- Je ne vous demande même pas de venir avec moi au manoir Malefoy, souffla-t-elle. Je voulais simplement trouver quelque chose qui pourrait détruire le serpent sans que Drago périsse dans les flammes. Je pensais que vous seriez capable de le comprendre.

Elle déglutit douloureusement.

- On peut peut-être l'aider, je crois que Neville a …

Mais la voix de George disparut, engloutie par la porte qui se refermait.

Elle n'était pas encore arrivée au premier étage quand Fred la rattrapa.

- Attends une seconde, Hermione.

- Je n'ai pas le temps.

Sa voix était trop aiguë, son irritation était palpable, et Hermione se sentait à fleur de peau parce qu'elle avait la sensation que la situation était sur le bout de ses doigts, prête à s'effondrer à chaque instant et que cet instant arriverait inexorablement. Ce soir.

- Attends, je te dis, dit-il en la retenant par le bras.

Hermione consentit à s'arrêter, là au beau milieu des escaliers, regardé de travers par ceux qui les gravissaient. Les murmures sur son passage, elle y était habituée. Elle y avait déjà eu le droit à Poudlard en tant qu'amie de Harry Potter, puis ici, en guise de survivante de la prison Malefoy, celle qui avait permis la libération des prisonniers, et maintenant les murmures étaient à propos de sa folie, celle d'aimer Drago Malefoy.

Ce n'était plus un secret pour personne. Ce sujet avait déjà provoqué de nombreuses rumeurs dans la prison. Ici, sans la moindre menace de mort pesant sur ceux qui auraient osé propager des rumeurs à propos de Malefoy, les rumeurs n'en étaient plus et Hermione s'en fichait.

Elle ne savait plus vraiment à quel moment elle n'avait plus refoulé ce qu'elle ressentait pour lui, sa honte d'aimer l'ennemi, son dégout de pouvoir poser les yeux sur la marque des ténèbres sur son bras, ses états d'âme lorsqu'elle pensait aux horreurs qu'il avait accompli.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

Fred l'entraina à l'étage supérieur pour dégager les escaliers.

- Il y a peut-être une solution, dit-il finalement.

Hermione était si désespérée qu'elle était prête à croire tout ce qu'on pouvait lui dire.

- Laquelle ?

- Retrouve moi dans une heure dans le hall. Neville sera de retour.

Hermione hocha de la tête. Une heure. Elle pouvait s'accorder une heure de sommeil. Elle n'avait pas dormi plus de huit heures en deux jours et elle tombait de sommeil. La situation était tendue, avait besoin d'une solution rapide, mais si elle n'était pas assez reposée pour réfléchir correctement, ça ne lui servirait pas à grand chose de rester éveillée.

Elle retrouva sa chambre et s'endormit comme une masse, priant pour que son réveil sonne assez fort pour la réveiller.

Elle n'eut pas l'occasion de l'entendre, elle se réveilla une demi heure plus tard. Dans une heure, Drago irait droit à sa mort. Et elle n'avait toujours pas la moindre solution. Jamais elle ne s'était sentie si impuissante.

Lorsqu'elle descendit dans le hall, Neville l'attendait déjà contre une porte qui menait au sous-sol dans ses souvenirs.

- Suis-moi, dit-il en ouvrant la porte qui menait à des escaliers sombres et malodorants.

Les deux dégainèrent leur baguette, éclairant leur chemin.

- Je croyais que tu ne voulais pas m'aider.

- George est venu me voir.

Il poussa une porte qui dévoila un autre dédale de couloirs.

- Je n'ai aucune confiance en Malefoy. Mais j'ai confiance en toi. Alors si tu penses qu'il est de notre côté …

Il ouvrit une autre porte.

- Je ne veux pas regretter. Et j'espère que je ne regretterai pas non plus ce que je fais aujourd'hui, soupira-t-il.

Une autre porte. Cette fois, c'était une pièce remplie d'un bazar considérable. Au premier regard, Hermione crut qu'il s'agissait de gravats avant de reconnaitre des vieux vêtements, des objets en tout genre.

- Qu'est-ce que c'est, tout ça ?

- Des choses qu'on a cru bon de récupérer à un moment. Pas toujours très utile, je te l'accorde.

Il tira sur une vieille coupe d'étain, semblable à celle qu'il y avait lors des repas dans la grande salle à Poudlard.

- Et tu crois pouvoir m'aider avec … des assiettes ébréchées ? Se moqua-t-elle en donnant un coup de pied dans une assiette cabossée.

- Non, pas ça, pouffa-t-il.

Il pointa sa baguette sur un tas informe, fouillant du bout de sa baguette.

- Tu sais, en allant là-bas, tu ne reviendras sans doute jamais.

Hermione hocha de la tête, resserrant sa prise sur la baguette de Rookwood qu'elle avait gardé. Bizarrement, ça lui rappelait Drago. Elle pouvait presque encore sentir ses doigts effleurer les siens lorsqu'il lui avait donné.

- Je l'ai.

Il tira un vieux tissu rapiécé et le tendit à Hermione qui leva sa baguette pour observer la chose avec une pointe de dégout.

- Le choixpeau.

Ce n'était pas là qu'elle s'attendait à le retrouver.

- Il n'est plus à Poudlard alors.

- Je ne pouvais pas le laisser là-bas. Pas avec tous ces mangemorts. Ils l'auraient brûlé.

Il n'avait pas tort. Elle caressa doucement le cuir abimé. Il ne parlait plus. Elle se rappelait comme si c'était hier de sa répartition, de sa joie de rejoindre Gryffondor dont elle connaissait déjà toute l'histoire avant même de mettre un pied à Poudlard.

- Merci, Neville, mais je ne crois pas que ça va m'apporter beaucoup d'aide, murmura-t-elle en lui rendant.

- Regarde à l'intérieur. Ron m'avait raconté votre quête lors de notre septième année.

Hermione jeta un oeil à l'intérieur du choixpeau. Une seconde, elle ne vit rien dans l'antre sombre, puis il y eut un reflet. C'est vrai que le choixpeau était lourd … elle fourra sa main à l'intérieur et ses doigts se refermèrent sur une poignée de métal.

Son coeur fit un bond.

- Ne me dis pas que …, murmura-t-elle.

Elle dégaina l'épée étincelante de Godric Gryffondor, sous le regard de Neville, peu surpris de voir un tel objet sortir d'un chapeau.

- Ron m'a dit que vous vouliez vous en servir pour détruire les horcruxes avant qu'un Gobelin ne vous la prenne. Juste avant la bataille de Poudlard. J'étais aussi surpris que toi quand je l'ai trouvé là-dedans en récupérant le choixpeau.

Hermione n'en revenait toujours pas, le regard rivé sur l'épée.

- C'était exactement ce qui me fallait. Avec ça, on peut tuer le serpent.

Neville planta son regard dans le sien. Il n'avait plus rien de jovial et innocent. Son expression toujours un peu étonné avait disparu. Il avait grandi, il avait perdu son innocence. Comme Hermione et tous les autres.

- J'espère que ce n'est pas toi que je tue en te donnant cette épée pour aller le retrouver.

Hermione tressaillit.

- Les retrouver, Neville.

Il ne répondit pas.

Hermione tourna l'épée entre ses mains, en croyant à peine ses yeux. Elle devait prévenir Drago. Jamais elle n'avait autant regretté que les téléphones n'existent pas dans le monde des sorciers.

Sa montre indiquait 20H34.

Son regard obliqua de sa montre à la croix sous sa montre. Son coeur se serra. Est-ce qu'elle disparaitrait si Drago mourait ?

Elle ne pouvait pas échouer si proche du but simplement parce qu'elle ne savait pas comment contacter Drago ! C'était trop injuste. Soudain, une pensée traversa son esprit : le sortilège qui lui avait sauvé la vie face à Rookwood, qui avait prévenu Drago de sa souffrance…

Elle releva si brusquement sa tête que sa nuque craqua et Neville la regardait avec un froncement de sourcils inquiet.

- Je dois y aller.

- Attends, tu …

Mais Hermione remontait déjà les escaliers, fonçant hors du QG de l'Ordre du Phénix, transplanant au moment où ses deux pieds passèrent hors de la zone anti transplanage. Elle n'avait pas de temps à perdre


Le coeur de Drago lui donnait l'impression de vouloir s'expulser de sa poitrine alors que son instinct de conservation lui hurlait de ramener ce foutu Potter dans la cabane, d'enrouler dix chaines autour de ses chevilles pour être certain que jamais il ne s'enfuie et révèle son secret.

Pourtant Drago ne bougeait pas d'un iota, les mâchoires serrées, aux côtés de Harry Potter dont les yeux papillonnaient derrière ses lunettes, observant le ciel comme s'il avait envie de l'avaler.

- Dis-moi que tu n'es pas devenu demeuré après toutes ces années de captivité, Potter. Parce que j'ai l'impression que tu vas chialer simplement en sentant le vent sur ta peau.

Potter ne tressaillit pas, ne clignant même pas des yeux.

Ils étaient dans le petit bois qui entourait la cabane dans la propriété Malefoy au milieu de nulle part.

- Juste une minute, Malefoy, murmura-t-il.

Drago détourna le regard, incapable de le regarder plus longtemps avec cette mélancolie fichée sur son visage de Calimero.

Une minute. Ils n'avaient plus de temps à perdre.

- Tu te souviens du plan ? Demanda Drago.

Il serrait si fort sa baguette entre ses doigts qu'il esquintait le bois de ses ongles.

- Le plan ? Tu appelles ça un plan, Malefoy ? Moi, j'appelle ça du suicide, railla Potter en arrachant ses yeux du ciel.

- Réjouis-toi, tu n'auras plus à voir mon visage.

Potter enfonça les mains dans les poches de son pantalon neuf, son regard vert vif planté dans celui de Drago. Il avait perdu son air benêt de l'école, ses traits s'étaient durcis en grandissant, mais ses yeux n'avaient pas changé.

- Je ne me réjouirai jamais de la mort de quelqu'un, Malefoy.

Ses mots, ils auraient pu sortir de la bouche de Granger, avec la même intonation. Quand il le voyait, il voyait un morceau de Granger. Ils avaient grandi ensemble, avaient façonné leurs âmes ensembles et Drago voyait en Potter un morceau de Granger comme il voyait une part de Potter chez la fille qui lui avait complètement retourné le cerveau.

- Tu es tellement mièvre, Potter. Peut-être même plus qu'elle.

Potter perdit son air sérieux, ornant ses lèvres d'un sourire en coin.

- Je suis sûr que c'est ce que tu aimes chez elle, se moqua Potter.

Drago jeta la cape d'invisibilité sur Potter et attrapa son bras d'une main ferme.

- Peut-être, répondit Drago.

Ils transplanèrent.

Drago et Potter atterrirent au milieu du cercle terreux, trop souvent piétiné par les nombreux mangemorts et disciples du Lord qui transplantaient au milieu de la prairie à l'herbe sèche à un bon demi-kilomètre de la forteresse qui servait de bastion au Lord Noir. Il n'y avait rien entre eux et la forteresse. Tout autour d'eux, il n'y avait le désert d'herbes des sables que l'on trouvait près des côtes. Des falaises s'étendaient sur des kilomètres, jusqu'à perte de vue.

- C'est aussi sinistre que lui, fit remarquer le Potter invisible à ses côtés.

Drago lâcha le bras invisible de Potter, déglutissant douloureusement. Un feudeymon. Il s'apprêtait à lâcher un feudeymon au nez de son maitre. Il frissonna. Il n'osait imaginer ce qu'il lui ferait s'il l'interrompait avant qu'il ne réussisse.

Il préférait ne pas y penser.

- Pourquoi transplaner aussi loin ? Demanda Potter.

- La barrière anti transplanage commence ici. Le maitre aime que ses disciples galèrent pour le rejoindre, j'imagine. N'oublie pas. Quand la forteresse sera réduite en cendres, le Lord va devoir quitter la forteresse et passer la barrière anti transplanage pour pouvoir partir. D'ici, tu ne devrais pas avoir trop de mal à le voir. Ouvre l'oeil.

- Je pense que même sans trop faire attention à ce qui se passe, je devrais voir un bâtiment s'enflammer au beau milieu de la nuit, Malefoy.

Drago leva les yeux au ciel. Il n'avait pas besoin de voir Potter pour imaginer son air désabusé.

- Tu es bigleux, je te rappelle. Je préfère être prudent.

Il reçut un coup dans les côtes, le faisant sursauter et il comprit que Potter lui avait jeté son coude entre les côtes.

Il y a quelques jours, il aurait trouvé une remarque cinglante à cracher au visage de Potter. Aujourd'hui, il n'y avait pas le coeur, d'une humeur bien trop grave pour ça. Ce qu'il s'apprêtait à faire …

Il n'avait jamais été du genre courageux. Jamais été du genre à se sacrifier pour qui que ce soit. Et ce n'était toujours pas son genre d'ailleurs. Pourtant il était là, prêt pour une opération suicide. Pour sa vie à elle.

Parce que mourir, c'était toujours préférable à vivre sans elle.

Elle, elle le voyait comme un héros courageux. Elle ne comprenait pas que c'était parce qu'il tait forcé de le faire, incapable de supporter de la perdre, incapable de respirer si elle ne respire pas le même air que lui.

Ce n'était pas être courageux, c'était être désespéré.

- 20h58, Malefoy. C'est l'heure, dit gravement Potter.

Drago déglutit.

Le contact de sa nouvelle baguette lui était très désagréable dans sa paume de main, le bois n'était pas aussi lisse, trop tordu.

- A plus tard.

Menteur.

Il amorça un pas quand une violente douleur lui traversa le bras. Pas celui où reposait la marque des ténèbres. C'était une douleur déchirante, qui lui donnait l'impression de tailler le blanc de sa peau.

- Qu'est-ce que tu as ? s'inquiéta Potter en le voyant presque arracher sa manche en la relevant.

La peau de son bras se couvrait de rouge, des traits profonds apparaissant sur l'intérieur de son bras comme par magie. Des lettres apparaissaient : LA …. Son coeur fit un bond lorsqu'il comprit ce qui se passait.

Ce n'était pas sa souffrance, ce n'était pas sa peau qu'on marquait, c'était celle de Hermione. Il sentait sa douleur comme si c'était la sienne.

LA … PLAGE.

Son sang ne fit qu'un tour.

- Malefoy ?

Drago ne répondit pas, attrapant Potter et transplanant. Avant même que Potter ne comprenne ce qui se passe, Drago le jetait dans la cabane qu'il avait connu ces dernières années. La cape glissa de Potter lorsqu'il trébucha. D'un coup de baguette, les chaines retrouvèrent les chevilles de Potter.

- Putain, Malefoy, tu fais quoi ?!

- Je n'ai pas le temps pour te l'expliquer. Je t'empreinte ça.

Il lui arracha sa baguette des mains, et tira sur la cape d'invisibilité que Potter avait lâché sur le sol. Potter était sous un tel choc qu'il n'eut pas le temps de bouger et Drago referma la porte dans un claquement, transplanant.

Le petit bois disparut, laissant apparaitre la côte, le vent fouetter le visage de Drago alors que la plage de sable blanc s'étendait devant lui.

Une silhouette sur la plage se profilait.

Une seule.

Il serra des dents. Il croyait deviner ce qui venait de se passer et l'idée ne lui plaisait pas. Il réduisit la distance entre lui et elle.

- Granger.

Elle était là, ses cheveux balayés par le vent, le visage blême, des larmes douloureuses coulant sur ses joues si parfaites, un couteau au-dessus de son bras ensanglanté, le souffle court.

- Dra … Drago.

Une goutte de sang tomba dans le sable.

- J'avais peur que ce soit trop tard, souffla-t-elle.

Drago serra plus encore des dents, à deux doigts de les briser à force de leur imposer une telle pression.

- Tu trouves ça intelligent, Granger ? J'étais juste devant …

- Non, écoute moi, le coupa-t-elle en attrapant son bras pour éviter qu'il ne s'échappe.

- J'ai trouvé un moyen de tuer Nagini !

Drago, les yeux plissés, chercha une trace de mensonge sur son visage, mais il ne voyait que le soulagement dans ses yeux, l'euphorie d'avoir trouvé une échappatoire.

- Je t'écoute, dit-il lentement.

Au fond, il n'y croyait qu'à moitié. Il avait accepté l'éminence de sa mort, mais elle voulait entendre encore un peu plus sa voix. Il voulait voir son visage si parfait, ses lèvres s'ourler si parfaitement lorsqu'elle parlait, le brun de ses yeux si brillants lorsqu'elle était passionnée.

Elle se pencha, attrapant quelque chose dans le sable qu'il n'avait pas encore remarqué : une épée.

- Merci beaucoup, Granger, mais les armes du Moyen Age, très peu pour moi, je préfère les baguettes.

- C'est l'épée de Gryffondor, Drago. Forgée par les gobelins, elle absorbe tout ce qui la rend plus forte et Harry a tué le basilic avec. On a détruit les horcruxes en se servant d'elle.

Elle tendit l'épée à Drago qui ne bougea pas d'un iota.

- Elle peut tuer le serpent. Tout ce que tu as à faire …

Elle ferma les yeux une seconde, inspirant profondément avant de les rouvrir. Elle attrapa la main de Drago. Il avait l'impression que sa peau brûlait sous son contact si doux. Elle referma les doigts de Drago sur le pommeau d'or.

- Le meilleur moyen d'affaiblir le Lord, c'est de séparer ses troupes, dit-elle avec un regard sombre. L'Ordre du Phénix va se positionner là où tu as caché Harry, toi, tu n'as qu'à rejoindre le Lord, inventer quelque chose à propos du corps de Harry que tu as retrouvé. Donne-lui l'adresse de l'endroit où tu le caches. Nous, on l'attendra là-bas, on le tiendra en échec le temps que tu puisses tuer le serpent.

Il y eu une pétarade de moteur au loin, attirant le regard de Hermione l'espace d'une seconde, mais Drago lui, il ne pouvait que s'abreuver de son visage d'ange qui se démenait pour le garder en vie.

- Harry lui a toujours fait perdre ses moyens, reprit-elle d'une voix tremblante. Il emmènera sans doute des mangemorts avec lui, ça te laissera plus de marge de manoeuvre pour tuer le serpent et … Harry n'aura plus qu'à le tuer.

« Plus que », Granger était drôle. Comme si tuer le Lord était si simple. Comme si tuer le serpent l'affaiblirait au point de n'avoir plus qu'à jeter un petit sortilège de rien du tout.

- Tu veux que je te dise où est Potter, dit-il finalement.

Granger détourna les yeux, consciente de ce qu'elle lui demandait.

- Oui.

Elle releva les yeux. Drago la vit fondre sur lui. Ses mains glissèrent sur son visage, se mêlant à ses cheveux, ses lèvres s'écrasant contre les siennes et Drago avait l'impression de s'embraser alors qu'il n'y avait plus que ce contact qui lui rappelait ce que c'était que de vivre.

Il attira presque violemment Granger contre lui, la serrant contre lui, l'embrassant avec toute l'énergie du désespoir qui l'animait. C'est elle qui s'arracha au baiser.

- Tu me fais confiance ? Murmura-t-elle.

Non.

La dernière fois qu'il lui avait fait confiance, elle s'était enfuie de la prison, faisant prendre un tournant à sa vie qu'il aurait préféré éviter. Si elle n'avait pas agi de la sorte, peut-être qu'il ne serait pas obligé de combattre son maitre.

Il serait sans doute toujours son homme de confiance, lui laissant une marge de manœuvre bien plus élargie qu'actuellement et il aurait Granger avec lui, bien à l'abri entre les murs de la prison qu'il contrôlait.

Mais elle serait probablement morte d'épuisement ou de maladie un jour ou l'autre.

- Réponds-moi, s'il te plait, dit-elle d'une voix tremblante.

Il allait droit à sa mort, dix minutes plus tôt à peine.

Tout ça, il le faisait pour elle, pour qu'elle vive.

Et sa meilleure chance de vivre, c'était Potter. S'il mourait, Potter finirait par mourir de déshydratation ou de faim dans sa cabane et alors Granger finirait par mourir des mains d'un mangemort ou serait capturée à nouveau. Probablement exécutée peu de temps après.

Alors quand bien même elle essayait de lui arracher l'information pour pouvoir faire évader Potter et que Voldemort reviendrait en pleine santé de son expédition après que Drago l'ait envoyé sur une fausse piste, quand bien même celui-ci le tuerait de colère, d'une façon sans doute très douloureuse, ça valait toujours le cout.

- Il est dans l'une des propriétés des Malefoy. Dans le West Midlands.

Hermione recula, le regardant comme si elle en croyait à peine ses oreilles.

- Dans une cabane, dans le petit bois de la propriété.

D'un coup de baguette, il fit apparaitre un morceau de parchemin et de la pointe de sa baguette, écrivit l'adresse de la propriété. Il tendit le morceau de parchemin à Hermione qui le prit d'une main tremblante.

Drago leva l'épée devant son visage, observant son scintillement sous la lune. Le nom de son possesseur était gravé sur la lame.

- L'épée de Gryffondor … ce n'est pas pour les gens comme moi.

Hermione attrapa son visage, le tirant de sa contemplation et l'embrassa. Encore une fois. Son coeur rata un battement.

- Tu te trompes. Elle est pour toi plus que pour n'importe qui d'autre, tu es courageux.

Non, désespéré.

Il tendit sa baguette à Hermione.

- Donne-la à Potter. Il en aura besoin.

- Et toi alors ?

- Moi ? J'ai des centaines de baguettes en stock.

Hermione leva les sourcils, dubitative.

- Pas aussi puissante que la tienne, murmura-t-elle, lugubre.

Elle craignait encore pour la vie de Drago.

Il jeta l'épée sur son épaule, se forçant à sourire.

- Mais j'ai une épée. Pourquoi avoir une baguette quand on a une épée ?

Hermione roula des yeux, laissant un sourire jouer sur ses lèvres.

C'était comme ça qu'il l'aimait, pétillante, lumineuse, pleine de vie, assez pour eux deux en tout cas.

- Je te laisse trente minutes pour rejoindre Potter, Granger. Après ça, je rejoins le Lord et je tente de tuer le serpent. Soyez prêts.

- On le sera. Promis.