Chapitre 26

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Le mariage fut célébré deux semaines plus tard. Sorrento et les Néréides avaient dû se mettre en quatre pour organiser une cérémonie à la hauteur des attentes du couple. Le Scorpion avait laissé Kanon choisir le thème et organiser les préparatifs afin que tout soit à son goût. Ils se sont ensuite unis devant Amphitrite : l'un habillé de son armure du dragon des mers, et l'autre de celle de l'eurypterida. La déesse avait attaché un ruban rouge à leurs poignets pour symboliser leur nouvelle union. Milo n'avait jamais vu Kanon avec un si grand sourire. Celui-ci lui avait même avoué que pour la toute première fois de sa vie, il était heureux. Ces mots touchaient Milo qui n'avait pas réalisé combien le dragon des mers avait souffert de ces années de mise à l'écart. Kanon avait ensuite reçu la couronne de Poséidon et son trident, alors que Milo avait récupéré le diadème de sa mère et conservé Davy Jones. La couronne de la reine était similaire à celle de Poséidon, en moins imposante. Amphitrite fit aussi un cadeau à Milo pour son mariage ; elle lui avait confié sa jument préférée. Une pur-sang andalou à la robe blanche et soyeuse, avec un caractère d'une rare douceur.

La fête qui s'ensuivit avait duré toute la nuit, et les invités furent sélectionnés avec beaucoup de minutie. Les généraux ne laissaient entrer que les habitants en qui ils avaient confiance. Ce mariage étant atypique ; ils ne voulaient pas risquer de débordements. Kanon avait aussi choisi le lieu de leurs noces. Il avait souhaité emmener Milo dans un de ses coins préférés ; un espace tropical, vers l'équateur où le niveau de la mer était suffisamment bas pour qu'ils aient le maximum de lumière. Les coraux y étaient particulièrement grands et colorés, et le sable blanc comme la neige. Ce lieu reculé était bien plus sauvage que la barrière près du château. La calèche de la déesse les y avait conduits en quelques heures.

Pendant le voyage, Kanon réalisait ce qui lui arrivait ; ses années de solitude prenaient fin. Il goûtait enfin à la joie de vivre. Il se souvenait encore des longues journées d'isolement qu'il passait dans la maison de Shion. Une enfance entière à rester sans voir personne, livré à lui-même, avec une télévision comme seule compagne. Son père adoptif lui rendait visite seulement pour s'assurer que tout allait bien, et lui déposait de la nourriture avant de repartir. Les seules voix que Kanon entendaient durant ces moments difficiles étaient celles des dessins animés qui passaient à cette époque. Même la présence de Saga était devenue exceptionnelle au fil des années, étant donné que son jumeau passait tout son temps à étudier dans le temple culminant. Des années d'injustices, que Kanon avait vécues comme s'il avait été jeté en prison, et ça bien avant le cap Sounion. Mais aujourd'hui, quelqu'un allait combler le vide qu'il avait dans le cœur. Même si ce n'était pas un mariage d'amour, il s'en contenterait. Milo était la promesse d'une présence à ses côtés, et d'un bonheur dont on l'avait privé. Kanon était devenu libre, il ne dépendait plus de personne ni du sanctuaire, et avait gagné la reconnaissance qu'il méritait. Oui, ce bonheur, il s'était battu pour l'avoir. Et rien ne pourrait le lui reprendre.

Le couple avait passé leur première nuit en tant que mariés dans une magnifique auberge. Elle se trouvait sur des hauteurs, et avait une vue sur toute la vallée où poussaient de nombreux coraux. Des cheminées hydrothermales libéraient des colonnes de bulles tout autour, et réchauffaient l'eau. Kanon fut le premier à se réveiller, et se sentait comblé. Il était comme sur un petit nuage suite aux dernières heures enivrantes qu'il venait de passer. Il posa son regard turquoise sur Milo qui rêvait encore, blotti dans ses bras, ses jambes entremêlées avec les siennes. Le Scorpion portait encore quelques bracelets en or et le pendentif en forme d'hameçon. Le Dragon des mers eut un sourire, et resserra son étreinte tout en lui caressant les cheveux. Il admira même quelques instants l'alliance dorée à son doigt. Il se sentait comme dans un cocon. Cette sensation de douceur était agréable, Kanon n'avait jamais rien ressenti d'aussi plaisant. Son geste sortit Milo de son sommeil. Il lui adressa un bonjour tout en bâillant.

— Je ne voulais pas te réveiller, s'excusa Kanon. Est-ce que tu as bien dormi ?

— Oui, dit Milo. C'était une belle idée de venir ici… et toi, est-ce que ces dernières heures t'ont comblées ?

— Tu parles de cette nuit, ou de la cérémonie ? questionna Kanon d'une voix taquine.

— Les deux, j'imagine.

— Pour moi, tout était parfait. J'ai tout de même été étonné que ta mère n'ait pas cherché à empêcher ce mariage. Et puis… il y a toi. Je vois bien que ce n'était pas ce dont tu rêvais…

Kanon ne savait pas trop ce qu'il devait ressentir. Toute sa vie, le malheur des autres était synonyme de bonheur pour lui. Comme à l'époque où les crises de Saga lui permettaient de sortir pour s'amuser. Il avait la sensation de vivre une fatalité avec laquelle il allait encore devoir s'accoutumer. Pourtant, il ne souhaitait pas voir Milo malheureux. Bien au contraire.

— Je ne dois plus penser au passé, avoua Milo. On ne reverra plus jamais nos anciens compagnons ni Athéna… alors, je dois me focaliser sur mon nouveau rôle de protecteur. Le peuple des mers doit passer avant tout, maintenant. Quant à ma mère… si elle l'avait pu, elle aurait empêché ce mariage. Mais, elle est de plus en plus faible. Elle n'a plus la force de faire quoi que ce soit… je ne sais pas comment la sauver. Sa blessure ne guérit pas…

Milo semblait triste. Il se demandait si Davy Jones aurait le pouvoir de ramener la déesse à la vie s'il venait à lui arriver malheur. Kanon continuait de l'enlacer tendrement. Le dragon des mers déposa même ses lèvres dans son cou. Il était devenu une grande source de réconfort pour Milo qui se sentait perdu. Il avait beau se voiler la face, voir sa mère mourir lentement l'affectait bien plus qu'il ne l'aurait voulu. Le royaume qu'elle protégeait devait être sa seule priorité, maintenant. Tout le reste devait devenir des futilités ; alors que Kanon devenait un pilier sur lequel se reposer.

— Tu as raison, sourit Kanon. Nous avons de nouvelles responsabilités ici. Nous allons protéger notre royaume avec autant de volonté qu'on a pu le faire avec Athéna. Quant à ta mère… peut-être que de l'ambroisie pourrait la sauver. C'est l'unique solution qui me vient en tête.

— Où pouvons-nous en obtenir ?

— Franchement, je ne pense pas qu'on puisse en trouver au royaume des mers. Le seul endroit où les pommes d'or et le miel divin sont accessibles, c'est dans l'Olympe ; le royaume de Zeus. Et nous ne pouvons pas fabriquer d'ambroisie sans ces ingrédients.

— Avec les portails fermés, on ne pourra même pas tenter d'y aller… se désola Milo.

Le couple resta encore un moment au lit, à discuter. Ils quittèrent ensuite leur chambre pour manger un peu. Une table remplie de mets sucrés et de fruits venant des coraux les attendait. En guise de vue ; une vallée de corail s'étendait devant une terrasse. Ils pouvaient aussi admirer de grandes colonnes en cristal de mer tout autour du domaine. Tous deux discutaient de l'avenir du royaume, et des idées que Kanon avait en tête pour la suite. Le dragon des mers voulait aussi profiter de leurs noces pour lui offrir un de ses présents de mariage ; il s'agissait d'une guitare adaptée à cet environnement marin. Elle avait été fabriquée dans de la nacre rouge écarlate.

— J'étais un peu déçu de ne pas te voir jouer à notre mariage, annonça Kanon. Tu voudrais me jouer une petite mélodie ?

Milo lui adressa un sourire, et s'empressa de gratter sur les cordes. Kanon l'écoutait jouer quelques notes. Il lui proposa ensuite une balade dans la vallée de corail. Ils firent une course à cheval jusqu'aux colonnes de cristal où ils pouvaient admirer l'éclat du soleil sur la surface. Pour l'occasion, le Dragon des mers avait fièrement porté sa couronne et son trident. Kanon commençait à prendre goût à son statut de roi des mers, et comptait bien en profiter.

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Quelques semaines s'étaient écoulées sur Mü. Les anciens chevaliers d'or continuaient de vivre une vie paisible, loin des guerres saintes. Durant la tombée du soir, Aphrodite des poissons trouva Aiolia devant le temple d'Héphaïstos. Le lion revenait du laboratoire d'alchimie de Mû, et se hâtait vers ses appartements. Il était tout sale, vêtu d'une tunique verte tachée par les huiles des alambics. L'androgyne, qui semblait plus propre sur lui, le stoppa en attrapant son bras. Il désirait le saluer et bavarder un peu avant la tombée de la nuit ;

— Bonsoir, bel Aiolia. Les nouvelles sont bonnes ?

— Mû s'inquiète de la venue d'une tempête, annonça le Lion. Je partais prévenir ma fille et fermer les volets. Tu devrais faire de même.

— Quand ? Ce soir ?

— Oui, il craint un cyclone à cause du climat tropical du continent. Leurs appareils météorologiques ont détecté des perturbations.

Aphrodite semblait s'en inquiéter, et se pinçait les lèvres en tournant la tête vers un chemin plus en arrière. Une route faite de pierres blanches menait à un petit potager bordé de rosiers, ainsi que différentes variétés de fleurs exotiques. Beaucoup de papillons semblaient attirés par le nectar offert dans ces lieux.

— Cela risque d'abîmer mes plantes… Je devrais peut-être essayer de les couvrir avec quelque chose.

— Je peux te donner un coup de main. Je vais prévenir ma fille vite fait et je te rejoins.

Aphrodite le remercia, tout en réfléchissant. L'angoisse de retrouver ses rosiers abîmés tordait son visage. Aiolia se rapprocha alors un peu plus avec de meilleures nouvelles ;

— Les travaux de Mû avancent bien, au fait. Aldébaran a accepté qu'on ralentisse la fabrication de son armure pour obtenir plus vite les cristaux. Si la cristallisation réussit, on pourra peut-être essayer d'ouvrir un portail dans la semaine.

— Déjà ? C'était plutôt rapide.

— Mû va récupérer les cristaux qui devaient servir pour son armure. D'après Minos, nous pouvons les utiliser pour le portail.

— Et comment tu le sens ? questionna Aphrodite. Tu ne risques pas d'être déçu, si jamais Milo…

— Je t'avoue ne pas avoir beaucoup d'espoir, admit Aiolia. Je me suis déjà résigné au pire… mais Saga refuse de croire à la mort de son frère. Donc, je veux nous laisser une chance de les retrouver. Si Milo est toujours en vie, je veux en avoir le cœur net.

— Si jamais tu as à nouveau besoin de soins, tu sais où me trouver. Je prépare de nouveaux élixirs avec les rosiers que j'ai plantés. J'ai espoir de faire un médicament encore plus miraculeux.

Aiolia le remercia pour son aide. Il lui proposa de venir chez lui pour boire un thé. Un souffle passa au même moment, et souleva les longs cheveux bleu clair de l'androgyne. Les deux hommes levèrent le nez vers le ciel. D'épais nuages noirs couvraient le ciel et annonçaient un orage. Les cocotiers et palmiers autour commençaient aussi à plier sous le vent qui se levait. Aiolia eut l'air inquiet, et s'empressa de retrouver sa fille dans ses appartements.

Une fois la petite Lithos en sécurité, Aiolia retourna aider Aphrodite. Ils récupèrent des bâches pour protéger les plantes les plus précieuses du jardin. Une pluie battante leur tomba rapidement dessus. Ils recevaient tant d'eau sur la tête, qu'ils étaient trempés comme s'ils avaient pris une douche. Aiolos, Saga et Dohko ne tardèrent pas à les rejoindre à leur tour. Le trio semblait inquiet pour les habitants de la ville, et proposa d'aller patrouiller durant la tempête ;

— On va rassembler tous nos chevaliers, déclara Saga. D'après Mû, nous ne sommes pas à l'abri d'une tornade ou d'un cyclone. Et beaucoup de maisons ici ne sauront pas résister au vent.

— On devrait peut-être rassembler tous les habitants dans le temple d'Héphaïstos ? proposa Aiolos.

— On aura jamais le temps, soupira Dohko en observant la masse nuageuse. La tempête avance très vite, elle est déjà presque là.

— C'est pas bon, fit Aiolia. Si les nuages avancent si vite, c'est que les vents seront très forts.

— Ne perdons pas de temps ! fit Saga. Allons chercher tout le monde, et allons protéger les habitations.

Tout le monde acquiesça, et s'élança vers le laboratoire pour chercher Mû, Aldébaran, ainsi que Shaka. Ils partirent ensuite chercher le reste de leur troupe qui s'était éparpillé en ville. Le vent redoublait d'intensité au fur et à mesure que les minutes défilaient, et la pluie se faisait de plus en plus forte. Tous commençaient à s'inquiéter de voir le niveau de la mer monter et les vagues engloutir la ville.

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Pendant que tous les anciens chevaliers d'or tentaient de protéger la ville, Minos profitait d'être sans surveillance pour se rendre dans le laboratoire d'alchimie. Il n'y avait plus personne à l'intérieur, alors que les alambics continuaient de chauffer. C'était une occasion rêvée pour lui de se servir. Tous étaient trop occupés par la tempête pour faire attention à lui, ce qui lui permettait cette intrusion. Il commençait à chercher des cristaux dans les différents récipients qui servaient à fabriquer leur futur portail. Il ouvrit plusieurs pots hermétiquement fermés, et glissa les minéraux qui commençaient à se former dans ses poches. Il avait pu en obtenir cinq de couleur rouge. Il récupéra aussi deux fioles qui contenaient chacune un curieux liquide doré, et fila avec.

— Vu leur taille… Mû pensera qu'ils ont fondu dans le mercure, marmonna Minos. Le temps qu'ils se reforment pour faire un portail vers le royaume des mers, cela me laissera un ou deux mois de répit.

Il se cacha ensuite dans un placard pour mieux observer les pierres, et souriait d'un air satisfait. Son plan allait pouvoir être mis en place. Seulement, il devait faire attention à ce que personne ne remarque son absence. Ouvrir un portail et faire le voyage lui demanderait au minimum plusieurs heures. Et, Minos savait que ces vents violents n'allaient pas accaparer leur attention indéfiniment. Il n'avait donc pas un instant à perdre. Le juge s'assura qu'il avait bien tous les minéraux dont il avait besoin, et retourna dans le grand laboratoire. Il marcha le long d'une allée d'étagères, et trouva une sortie plus discrète par l'arrière.

Minos se sauva ensuite en prenant un chemin dans la jungle. Il brava le vent, et emporta son butin jusqu'à un lieu à l'abri des regards. La pluie battante et les arbres qui pliaient sous les bourrasques dissimulaient sa fuite. Il trouva un vieux cabanon de pêcheur abandonné après quelques mètres, et s'y engouffra. Les murs en bois grinçaient, et le toit tremblait sous le vent. Mais, Minos ne s'en inquiétait pas. Il commençait à disposer les pierres en cercles, et avala le contenu d'une des deux fioles. Rapidement, son cosmos se mit à gonfler, et Minos arriva à faire apparaitre un portail. Il sauta dedans, et se retrouva sur Terre. Il posa les pieds dans une vieille maison abandonnée. Elle semblait très ancienne, faite en pierres de taille. Un vieux lit rouillé et sans matelas se trouvait dans un coin, tandis que d'immenses toiles d'araignées recouvraient les murs. Le sol était tout aussi sale et couvert de poussière. Dehors, un grand ciel bleu tranchait avec la tempête qu'il venait d'affronter.

Minos constatait qu'il avait choisi un très bon endroit, et frappa des mains pour changer la destination de son portail. Un homme en sortit alors, il passa sa tête ornée de deux grandes cornes violettes. Le visiteur posa ensuite le pied sur le plancher pour rejoindre Minos. Il portait une armure sombre, avec des ailes dans le dos. Ses épais monosourcils blonds le dévisageaient avec un air sévère. Il retira le casque sur sa tête pour lui adresser la parole ;

— Je me suis demandé si je te reverrais un jour, lâcha Rhadamanthe d'une voix dédaigneuse. T'as vraiment merdé en laissant la Vierge t'embarquer. Rune et Pharaon en ont marre de tenir encore ton tribunal à ta place.

— Vraiment ? ria Minos. Pourtant, je viens de faire un portail pour que tu puisses me rejoindre sur Terre. Alors, tu penses toujours que j'ai merdé ?

—Félicitation. T'as ouvert la porte des enfers dans une ferme paumée en France. Qu'est-ce que ça nous avance ? On a perdu la dernière guerre sainte. Seigneur Hades ne reviendra pas avant 200 ans.

— J'en ai pas après la Terre. J'ai de vieux comptes à régler. Mais… si on peut faire d'une pierre deux coups et faire plaisir à Seigneur Hadès…

— Me dis pas que tu vas remettre ça avec Poséidon, s'exaspéra Rhadamanthe. Faut vraiment que tu passes à autre chose.

— Son royaume est sans surveillance. Ils ont remis Poséidon dans son urne. Il peut rien faire là-dedans. On a moyens d'anéantir son royaume, et anéantir la Terre en même temps. Je veux voir le désespoir dans ses yeux. Je veux qu'il voit tout ce qu'il a bâti tomber en ruines. Après ce qu'il a fait à ma femme… il le mérite. Tu me suis ?

— Je ne suis pas sûr qu'on puisse faire ça sans Hadès, admit Rhadamanthe. Thanatos et Hypnos ne nous suivront pas sans le grand patron. Ta femme a été humiliée par Poséidon, et elle t'a déshonorée avec le tout premier chevalier du Taureau. C'est malheureux, mais après tout ce temps, il faudrait que tu passes à autre chose, mon frère.

— Et avec l'aide de la patronne ? Tu crois qu'ils accepteraient ?

Minos présenta la fiole au liquide doré à son frère. Elle brillait d'une lumière merveilleuse. Rhadamanthe recula d'un pas et ouvrit de grands yeux ravis en découvrant l'élixir ;

— Où tu as eu ça ?

— Il se trouve que j'ai découvert le continent perdu de Mü. Il regorge d'alchimistes. Cette potion de vie sortira notre reine Perséphone de son long sommeil.

Rhadamanthe récupéra le flacon, et le rangea précieusement dans ses affaires.

— D'accord… je te suis, dit la wyvern. C'est quoi la suite de ton plan ?

Minos prit le temps d'expliquer les idées qu'il avait en tête à son frère. Les deux échangèrent des arguments pour convenir d'un plan qui pourrait fonctionner. Après deux heures de débat, Minos laissa les pierres du portail à son frère, et retourna sur Mü. Il se glissa ensuite dans ses appartements au temple d'Héphaïstos, pour se faire discret. Tous les anciens chevaliers d'or étaient bien trop distraits pour se douter de ce qu'il préparait…

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Pendant ce temps, loin des manigances de Minos, Milo découvrait sa nouvelle vie de jeune marié. Jouer le rôle de la reine aurait pu être humiliant, mais cela avait au moins le mérite de lui laisser plus de liberté, contrairement à son précédent rôle. À présent, le Scorpion pouvait sortir et rencontrer les habitants des mers hors du château, ce qui était bien plus plaisant. Kanon quant à lui, passait tout son temps dans la salle du trône, ou à des réunions dans son bureau. Le couple prenait tout de même le temps de déjeuner ensemble le matin, avant de commencer leur longue journée de travail. Et Milo devait bien avouer que l'aide de Kanon lui était bénéfique. Car, il arrivait enfin à se reposer convenablement en partageant les tâches royales avec lui. Ce matin-là, les deux compagnons discutaient un peu dans leurs appartements, et s'occupaient de Bubulle, qui grossissait à vue d'œil. Depuis qu'il avait revêtu l'armure de Cétos, le poisson avait triplé de volume. Il avalait des kilos de fruits de mer et de poissons, et commençait à devenir sérieusement imposant. Il avait déjà presque gagné la taille d'un dauphin. Ce qui était inhabituel pour un poisson-globe de son espèce.

— Il va bientôt plus pouvoir passer par les portes, fit remarquer Milo. Il faudrait peut-être y aller mollo sur les moules.

— C'est l'armure qui le fait grossir, expliqua Kanon. Je me demande jusqu'à quelle taille il va arriver. Il pourrait devenir aussi gros que le précédent Cétos.

— Cela ne risque pas de devenir un problème ?

— Il n'y a pas de raison. Pour moi, le voir te protéger est ce qui est le plus important. Avec un monstre marin à tes côtés, tu n'auras plus d'ennemis.

— Je n'en suis pas si sûr, marmonna Milo.

— Tu peux faire confiance à Bubulle, assura Kanon. il est de notre côté depuis le début.

— Si cela ne te dérange pas, j'aimerais qu'on le rebaptise Cétos, demanda Milo. Bubulle c'est mignon pour un petit poisson… mais peut-être pas adapté pour un monstre marin.

Kanon accepta, puis s'approcha de Milo pour lui offrir un geste affectueux. Il était déjà l'heure pour eux de retourner au travail. Comme ils risquaient de ne pas se revoir avant la fin de la journée, le couple s'échangea une dernière étreinte avant d'appeler Cétos. Deux marinas arrivèrent devant la porte alors qu'ils s'apprêtaient à quitter la chambre royale. Leurs visages semblaient déconfits et tristes. Ils avaient une mauvaise nouvelle à annoncer ;

— C'est… c'est votre mère… Amphitrite…

Milo avait déjà compris. Il fila en courant vers la chambre où Amphitrite se reposait habituellement. Kanon s'empressa de le suivre, jusqu'à arriver dans la pièce. Plusieurs Néréides s'occupaient d'elle, et tentaient de soulager ses souffrances. Elle respirait difficilement, et parvenait à peine à ouvrir les yeux quand Milo arriva à son chevet. Le Scorpion déglutissait, et se sentait impuissant. Il voyait que tout espoir de la sauver était terminé.

— Mère… ?

— La mort des dieux est cruelle… Milo, répondit faiblement la reine. Sans mon corps, je serais condamné comme Poséidon, à ne jamais trouver de repos…

— Je peux peut-être encore te sauver… avec Davy Jones ? Je peux te ramener ?

— Davy Jones ne pourra pas me ramener… Seul un porteur comme Julian Solo pourra me ramener parmi vous un jour…

Milo ferma les yeux avec peine. Il attrapa la main de sa mère qui semblait à bout de forces. Il devait même se rapprocher d'elle pour mieux entendre sa voix.

— Mon fils, promets-moi de défendre la vie du peuple des mers. Leur protection est entre tes mains… ne laisse personne leur faire du mal. Peu importe ce qui arrivera.

— Je te le promets…

Kanon se rapprocha à son tour de Milo, et passa sa main sur son épaule pour le réconforter. C'est impuissant qu'ils veillèrent sur la déesse durant ses derniers instants.

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[Note de l'auteur : je m'excuse pour la lenteur de mes publications en ce moment. J'ai eu pas mal de soucis de santé qui m'ont découragé à travailler, et j'ai encore des examens médicaux à faire à l'hôpital dans les semaines qui arrivent. Du coup je n'ai plus trop la tête pour écrire en ce moment. Encore désolé pour l'attente. J'ai aussi la grande joie de vous annoncer que ma fanfiction de Noël a gagné le concours organisé par Saint Seiya LOJ. N'hésitez pas à y jeter un coup d'oeil si vous ne l'avez pas encore lue. ]