Un petit mot, avant de vous laisser à la lecture de cette introduction.

Cette fanfiction est un cadeau pour Marly et toutes les adoratrices d'Avery. Cette dernière a réussi le pari de m'extorquer une histoire, j'ai pris certaines libertés par rapport à ses exigences, car votre serviteur demeure un elfe libre. Je vous invite à aller découvrir sa fanfiction sur Regulus Black, lien sur mon profil dans la catégorie auteurs favoris.

J'aurais aimé peaufiner certains détails, mais le temps presse et Marly n'attend pas.

Un merci à Madelight pour sa relecture et ses encouragements. Sans elle, il n'y aurait pas de chapitre.

Bonne lecture !


Il aurait fallu être le dernier des idiots pour ne pas remarquer les regards de la petite chose triste, laide et morne qui se cramponne à sa sœur depuis l'enfance.

Avery ne l'avait plus revue depuis Poudlard, à son grand soulagement. Le harcèlement silencieux de ses grands yeux noirs, perpétuellement fixés sur lui, dans la Grande Salle, les couloirs, la salle commune, dehors, à toute heure du jour ou de la nuit, voilà de quoi épuiser même le plus vaniteux des hommes. Et encore, si cette créature se suffisait de cet examen distant, pourquoi pas, Avery aurait pu lui pardonner cette admiration irrationnelle, démesurée, l'envisager comme un hommage à son charme et son intelligence, mais Prudence Bulstrode, non satisfaite de cette tolérance, a noué une amitié avec sa sœur pour mieux l'approcher, le coincer.

Avery n'est pas un sorcier à se laisser menacer sans réagir. Alors que son tempérament est naturellement agréable, courtois et engageant, en présence de l'amie de sa sœur, Avery se montre plus réservé, calculateur, presque impassible, pour ne pas l'encourager.

Cette stratégie a perduré longtemps, jusqu'au milieu de sa septième année, avec un succès assez éclatant. Bien qu'à la moindre occasion, la fille Bulstrode continue de le dévorer du regard, jamais un geste, une parole ne sont venus combler le fossé qui existe entre eux.

Plus tard, pendant un long, éprouvant voyage en Bulgarie, un vertige frappe Avery face au titre de Sorcière Hebdo : « Prudence Bulstrode décroche un apprentissage chez Arsenius Beaulitron. »

Arsenius Beaulitron, le potionniste qui a refusé à de multiples reprises, et malgré l'insistance du Seigneur des Ténèbres, la candidature d'Evan Rosier, un modèle d'érudition, doué comme personne ? Dans quel monde Prudence Bulstrode peut réussir là où Evan Rosier a échoué ?

Et, puis, sa dernière mission.

Une aubaine, l'occasion rêvée de rappeler à cette saleté sa juste place.


Son Maitre, nom dont on honore, par tradition, les grands professeurs, discute à voix basse.

Plus loin, dans l'obscurité et la moiteur des caves souterraines, Avery est d'une beauté inouïe.

Prudence se concentre sur la manipulation délicate des algues qui doivent constamment être maintenues dans un état d'humidité optimal. Sèches, ces algues produisent de l'hydrogène sulfuré, poison toxique et hautement inflammable. Que Son Maitre lui laisse une charge si importante, six mois après le début de son apprentissage, relève du miracle.

En temps normal, dans une boutique de potions, un botaniste assume toutes les tâches relatives à la préparation des ingrédients d'origine végétale. Son Maitre, lui, ne délègue aucune étape. Chaque ingrédient, de la graine à la plante, de la pierre à la poudre, du liquide au solide, est fabriqué ici-même, dans ces caves souterraines.

Avant de lui laisser fabriquer ne sait-ce qu'un baume apaisant que Prudence maitrise depuis sa deuxième année à Poudlard, son professeur exige une connaissance parfaite, une maitrise absolue de chaque ingrédient qui compose cette potion d'une simplicité enfantine.

Prudence n'a jamais rien connu d'aussi frustrant. Alors que, chaque année, ses enseignants augmentaient la difficulté des théories, la complexité des préparations, que son année d'études pour entrer en apprentissage a été l'une des plus dures de toute sa scolarité, certaines nuits, à moitié aveuglée par les effluves de chaudron, à force d'entraînement et d'abnégation pour surmonter la préparation d'une potion de niveau IV, Prudence mesurait la chance de vivre un moment si formateur, Son Maitre la ramène en arrière. Remuer des algues, surveiller la fleuraison de cactus, découper et réduire en poudre des pattes de chauve-souris… Un préparateur, sans talent, pourrait s'en charger.

D'autant plus frustrant que cette étroitesse, Prudence la côtoie déjà dans toutes les autres sphères de son existence. Enfin, l'autre sphère de sa vie : sa famille.

Comme toute personne qui restreint sa compréhension du monde aux premières impressions, sa mère lui dit, tu es bien raisonnable ou, si seulement tu souriais un peu, tu serais plus avenante, encore, attache tes cheveux qu'on voit mieux ton beau visage.

Des gestes si insignifiants ne permettent pas de contourner le problème : son corps. Prudence est grosse, il n'y a pas d'autres moyens de le dire. Pas avec des formes là où il faut, ronde, pulpeuse, avec une surcharge pondérale d'une dizaine de kilos, non, objectivement grosse.

Sa mère ignore tout, que c'est son corps qui la contraint à la raison. Belle, Prudence aurait marché sur le monde. Belle, Prudence aurait tenté sa chance avec Avery. Belle, Prudence ne lui aurait pas laissé une chance de dire non.

Sa mère ne sait pas que, même rompue par la raison de son corps, Prudence s'est obstinée à rêver de cet homme inhabité, superficiel. Elle hurlait, dans son oreiller, lorsque, dans la journée, son regard glissait par inadvertance sur elle.

Il aurait fallu être la dernière des imbéciles pour ne pas avoir compris qu'Avery l'évitait. Pour ne pas lui donner d'espoir.

Le revoir, après toutes ces années, lui rappelle toutes ses faiblesses déplaisantes. Sa folie, contenue.

– Viens, ordonne Son Maitre de sa voix qui ne tolère aucune discussion.

Prudence délaisse ses algues.

Dissimulé par la capuche d'une grande cape sombre, Avery a changé depuis Poudlard. La rondeur de l'enfance a définitivement quitté ses traits, laissant place à un homme au visage plus dur, acéré et cette sévérité enjolive d'autant plus son châtain aux reflets miels. Ses grands yeux vert translucide, eux, sont toujours là et son cœur rate un battement.

Agacée de se découvrir, si longtemps après, sensible au magnétisme d'Avery, Prudence se détourne pour focaliser son attention sur Son Maitre.

– Sang d'épine du diable.

Un peu hébétée, Prudence se demande la raison d'être d'une question à la réponse si évidente. Est-ce un test ?

– Rare, illégal, se résout-elle à soutenir. Pas ici, Maître.

– Voyez, même mon étudiante connait le sujet.

Rien dans l'attitude d'Avery ne laisse transparaitre la reconnaissance de son existence. Prudence pourrait aussi bien être un courant d'air.

Il veut cet ingrédient plus que tout.

– Cela sonne comme un problème personnel qui ne me concerne pas.

Son Maitre fait quasiment la taille d'Avery, mais tout chez son précepteur est noir : sa robe moins brillante que la cape de son adversaire, ses mains cailleuses, son regard autoritaire, sa tignasse et sa barbe. L'un possède le maintien altier, l'arrogance de l'élite sorcière persuadée d'être dans son bon droit quand l'autre dégage la force inébranlable des sorciers aux talents exceptionnels, unanimement reconnus comme tels par tous.

– Si nous unissons nos forces, nous pourrions partager le butin, ce qui pourrait être très… utile pour vos recherches sur les potions de résurrection, je me trompe ?

Le regard d'Arsenius Beaulitron dérive dans la vague. Par pur hasard, ses yeux noirs se posent sur un point près de sa personne, sans la voir, perdu dans un autre monde, mais Avery fait volte-face comme si Son Maitre cherchait son approbation.

Dans ses prunelles brille une hostilité inédite.

Prudence gèle sur place. Jamais Avery ne lui a accordé toute son attention, délibérément. Puis, immédiatement après, dégoûtée par sa réaction d'écolière amourachée, pathétique, Prudence lui renvoie son expression la plus meurtrière.

Inconscient du moment, son professeur reprend ses esprits.

– Les algues ont besoin de vous.

Prudence s'éloigne, non sans un dernier regard assassin.


– Adèle Rowle, hein, glousse Gabrielle, le nez dans sa coupe de champagne.

Distrait par la recherche de son meilleur ami dans la foule de cette soirée, Avery répond :

– Qui l'aurait cru.

Et lui décoche son sourire charmeur, celui qui fait craquer toutes les sorcières depuis ses douze ans.

En public, la politesse oblige à feindre la surprise, mais Avery a su, dès leur rencontre, qu'Adèle Rowle ne pourrait se refuser à lui. Comme toutes les sorcières, elle a résisté au début, juste ce qu'il faut pour ne pas passer pour une fille facile. Comme si Avery n'avait pas déjà décidé, en la voyant, si belle, si parfaite, douce et éperdue d'admiration.

– C'est juste que je t'imaginais avec une sorcière moins épouse modèle.

– Quelqu'un de plus… comme toi ?

– Oui, pourquoi pas, ricane Gabrielle, en vidant le fond de son verre, on aurait partagé plus qu'un joli minois.

Pendant ses longues missions lointaines, Avery a caressé l'idée de sortir avec une disciple du Seigneur des Ténèbres. Ce serait plus simple, à bien des égards. Mais moins agréable, Avery tient à partager sa vie avec une sorcière qui a tout le loisir de s'occuper de lui. Et Adèle Rowle est sur la liste de sa mère, ce qui ne gâche rien.

– Tu trouveras mieux, badine-t-il, sans en penser un mot.

Charmeur, susurre Gabrielle, son visage de renard éclairé par l'amusement.

– Laisse-moi t'aider, propose-t-il, lui prenant son verre des mains dans l'idée de retrouver plus vite Rosier. Je reviens de suite, avec une nouvelle coupe.

Et gentlemen.