Le monde ne ressemblait plus à ce qu'il avait été. Il était gris, tordu, plein de coins sombres et d'allées aveuglantes. Il était désert, mais, parfois, il ne l'était pas ; d'étranges formes laiteuses se manifestaient pour s'effacer aussitôt, laissant derrière elles des odeurs comme il n'en avait jamais senties, des mots, des rêves.

Il était aussi seul qu'il ne l'était pas. Il était là, mais il demeurait absent, pris au piège dans sa perception dérangée.

La plupart du temps, il errait sans penser à rien. Il ne s'en savait pas capable, ou l'avait oublié, et quand il s'en souvenait enfin, c'était au milieu de buissons vert pâle, dans des cafés silencieux, au coin d'une chambre vide, devant un appartement interdit d'accès.

De temps en temps, il ouvrait la bouche et se découvrait une voix déliée, je suis... je voulais juste... je veux... je veux... rentr... je voulais...

Puis il s'égarait à nouveau, se retrouvait devant un buisson d'herbes pâles et pensait, pas ça, pas ici, pas maintenant.

Il se perdait de longues heures dans un grenier gris et sale, la tête entre les mains, dans une salle de bain, devant un miroir craquelé, faisait les cent pas dans un salon qu'il ne connaîtrait plus jamais. Il avait si mal, alors, mais la douleur s'estompait finalement, et il se mettait à chercher il ne savait quoi.

Il cherchait sans jamais rien trouver.

Parfois, il entrait dans l'appartement interdit en longeant les murs et cherchait encore. Parfois il entendait son nom ; un souvenir, une prière, une question à laquelle il ne pouvait pas répondre. Puis il repartait, une fois de plus, pour chercher ou avoir mal.

Il lui semblait que quelque chose lui manquait. Il appelait, mais ça ne revenait pas. Il sondait les apparitions, les bribes de discussions, les pleurs. Il n'était pas celui qu'il croyait être, parce que ça lui manquait.

Ça lui manquait de plus en plus.

Il avait de plus en plus mal.

Il était de plus en plus faible.

Après un moment qui dura une éternité, il cessa de chercher.

xxxxx

Il errait depuis si longtemps qu'il ne savait plus pourquoi il errait ni où il allait, ou si seulement il avait une destination. On l'appela, mais il ne parvenait même plus à reconnaître son nom. Il se trouvait nulle part et partout à la fois, toujours hors de portée.

Les semaines, les mois, les siècles passèrent. Il s'accroupissait dans un grenier, les mains sur le crâne. Il avait si peur. Si mal.

Un grondement sourd résonna soudain dans le néant, accompagné de battements graves et entêtants. Il n'eut d'autre choix que de le suivre à travers la brume, comme de nombreuses âmes avant lui.

Le cortège avançait lentement dans la forêt. Il le savait, parce qu'il voyait les arbres pliés et tordus, et entre eux, des dizaines, puis des centaines de silhouettes filiformes qui glissaient vers l'avant.

À la tête de la procession, à l'horizon d'une blancheur à le rendre aveugle, un vieil homme décrépit se dirigeait vers un océan d'où émanait une faible lumière azurée.

Il la connaissait. Elle l'avait déjà guidé. Elle l'invitait à nouveau, mais il n'avait toujours rien trouvé, ni ici ni ailleurs. Il n'y avait peut-être rien nulle part, après tout. Il était incomplet depuis si longtemps.

Il avança pour la rejoindre, mais quelque chose le retint, un frisson dans son dos, des mains froides autour de ses poignets.

Une voix s'éleva au milieu du brouillard. Sa douceur lui était familière. Contrairement aux autres, celle-là ne s'évapora pas.

Il revint sur ses pas. Là-bas, avant les vagues, une flamme blanche flottait dans les airs. Elle parlait sans s'arrêter. Elle lui parlait, à lui.

Il tendit l'oreille et tenta de comprendre.

Ihsaaka. Ijiek.

Elle le répéta si souvent qu'il en eut le tournis. Puis la lueur fila, et, parce qu'il écoutait encore, il la suivit.

Il la suivit à travers la mer, au milieu de champs et des rizières, des forêts, des montagnes. Plus d'une fois, il la vit s'amenuiser, crachoter, mais jamais s'éteindre. Elle continuait à parler sans interruption.

Elle s'arrêta au bout du chemin, dans une maison où le vent hurlait plus fort qu'elle. Il se pencha pour mieux l'entendre.

Puis, sans crier gare, elle se dédoubla. Sa copie aussi parlait, mais, à présent, il la comprenait.

Akaashi. Keiji. Keiji. S'il te plaît.

Il abandonna la première flamme. Quand il approcha la deuxième, toutes deux s'évaporèrent.

Il cilla. Il n'était pas seul.

Quelqu'un était allongé dans un lit, paupières fermées, et dans son poing se trouvait ce qui lui avait toujours manqué. Il avança le bras pour le toucher. L'Autre ouvrit les yeux.

Il souriait.

Tu as donné, dit-il. Je rends.

Il lui prit la main, et autour de lui, tout s'éteignit.

xxxxx

Il s'éveilla et prit une profonde inspiration.

Sa main droite s'ouvrit sur l'amulette brisée.

Il regarda autour de lui. Du matériel d'exorcisme avait été abandonné là, et, au centre d'un cercle tracé à la craie, un miroir fêlé servait de réceptacle à une bougie éteinte.

Dans la chambre, l'Autre avait disparu.

xxxxx

Quelqu'un frappa à la porte de la chambre. Assis sur le lit, Akaashi laissa l'amulette tomber sans prêter attention aux perles qui roulèrent sur le parquet. Son cœur martelait sa poitrine, mais il n'avait plus peur.

La porte pivota sur ses gonds. Kiyoko et Kuroo s'immobilisèrent.

— Hé, articula Akaashi d'une voix rauque.

Puis il sourit.

— Je suis revenu.


Happy end.

Thanks for reading my friends. On se revoit pour l'épiloooooooooooogue yep yep bsous