Petit mot de l'auteure : on aime que Heleen crève.
Façon 6 : Inej
Ketterdam était couchée depuis bien longtemps.
Inej avait ainsi l'impression d'avoir la ville pour elle toute seule ; heureusement, d'ailleurs. Après tout, elle avait toutes les forces de l'ordre derrière elle. Une partie d'elle-même espérait que ces charmantes troupes la traque seulement pour avoir son témoignage, mais elle était lucide. Elle avait tué une femme, peu importe que celle-ci tienne plus du monstre que de l'être humain. À ses yeux, la ville entière devrait la remercier mais elle se doutait bien que la plupart ne partageraient pas son avis... La stadwatch ne voulaient que l'arrêter, sans même chercher à comprendre ses raisons, sans la croire sur le fait que tout cela avait été accidentel. Car oui, Inej n'avait pas prévu de tuer Tante Heleen.
Quand bien même elle en avait rêvé toutes les nuits.
Cela ne faisait que trois semaines qu'elle était arrivée à la Ménagerie. Trois semaines, c'est tout ce qui avait suffit à la maquerelle pour la briser. Elle l'avait frappé, torturé mentalement, et l'avait poussé sans ménagement dans les bras d'hommes vicieux qui n'avaient que faire de son âge ou de son consentement. Des hommes qui n'avaient que faire des bleus et des coups de fouet sur son corps. Bien au contraire, ils semblaient plutôt excités à cette vue... En seulement trois semaines, Inej avait ainsi apprit à craindre la cheffe impitoyable de cet enfer. Quand elle l'avait faite appeler, elle s'était recroquevillée sur elle-même, morte de peur. Comme d'habitude, sa détresse n'avait pas apitoyé les hommes de mains de Heleen qui l'avait amenée à leur patronne. Une fois devant elle, elle les avaient congédiés, expliquant devoir enseigner des choses à Inej. Laissées toutes les deux, elle s'était approchée d'elle, posant sa main sur sa joue, lui expliquant de sa voix doucereuse qu'elle avait intérêt à s'appliquer.
À cet instant, Inej n'avait pas réfléchit : elle avait dégagé la main dans une frappe violente. Les yeux de Heleen s'étaient ouverts de surprise, avant de prendre une teinte qui terrifia la suli. Heleen allait rappeler ses gardes, leur demander de la faire souffrir jusqu'à l'inimaginable et... Et elle ne pouvait pas laisser faire ça, elle ne pouvait pas. Elle s'était alors ruée sur le coupe-papier du bureau et égorgé la maquerelle.
Elle n'était restée que dix secondes devant le cadavres : cinq pour réaliser ce qu'elle venait de faire, et cinq autres pour paniquer. Elle venait de tuer quelqu'un ! Une personne horrible, qui l'avait blessé, mais tout de même ! Elle était devenue une meurtrière, elle avait sali son âme et... Et elle n'avait pas eu pas le temps de se poser plus de questions puisque, alertés par le bruit, les gardes avaient ouvert la porte en grand. Sans réfléchir, Inej avait sauté par la fenêtre, voltigeant d'un immeuble à l'autre pour fuir ses assaillants.
Depuis, elle se cachait.
Son portrait avait été distribué dans toute la vie, une belle somme en dessous de son portrait. Elle était épiée tant par la Stadwatch que par les honnêtes citoyens ravis de se faire un peu d'argent. Elle n'avait d'autre choix que de rester éloignée du monde, volant de ci de là pour trouver de quoi manger, réfléchissant au moyen de quitter la ville. Mais les barrages rendaient compliqués la fuite terrestre, quand à la mer... Aucun navire n'accepterait de la prendre à bord.
Du moins, pas pour l'instant.
Si ses trois douloureuses semaines à la Ménagerie lui avait appris quelque chose, c'est que tout était possible à condition d'avoir de l'argent. Et puisqu'il était hors de question pour elle de retourner à la légalité...
Il ne lui restait plus qu'une chose à faire.
.
Inej reconnut sa démarche claudicante à cent mètres.
Elle attendit qu'il l'ait dépassée pour revenir au sol.
- Je peux t'aider, dit-elle avec le plus d'assurance possible.
Elle le vit se figer. Quand il se retourna, il serrait sa canne, prêt à frapper.
- Mademoiselle Ghafa, se contenta-t-il toutefois de dire. Il me semble qu'une bonne dose de kruge vaut votre capture. Je devrai peut-être alerter l'un de nos braves stadwatch.
La phrase lui tordit l'estomac. C'était bien ce que Inej redoutait en sollicitant un malfrat ; qu'il ne l'arrête, la dénonce pour se faire de l'argent. Ça, ou pire... Il y avait tellement de moyens de profiter d'une femme en situation de désespoir. Kaz Brekker n'était pas meilleur qu'un autre... pourtant elle avait choisis de tenter le coup avec lui. Peut-être parce qu'il avait une lueur de dégoût lorsqu'il parlait à Heleen... lueur qui lui avait fait espérer qu'il l'écouterait peut-être.
- Vous gagneriez plus en me prenant avec vous.
- Vraiment ? Leva-t-il les sourcils. Dites moi pourquoi ?
Une chance de se défendre.
C'est tout ce qu'elle demandait.
- J'ai échappé aux hommes de mains de Heleen dans leur propre demeure. Cela fait une semaine que la ville entière est à ma poursuite, mais que personne ne me trouve.
- Vous savez, je fais depuis deux ans. Ce n'est pas un exploit.
- Je peux être utile, déclara-t-elle avec l'énergie du désespoir.
L'autre la regarda, avant de murmurer pensivement :
- Je ne vous ai pas entendu arriver.
- Pardon ?
- Vous avez réussi à me surprendre. C'est... inhabituel.
Il la dévisagea une nouvelle fois, une nouvelle lueur dans le regard.
- Bien, c'est entendu, le spectre. Bienvenue chez les corbeaux.
