Bonjour à tous,
J'espère que vous avez apprécié le chapitre précédent. Je vous laisse avec la suite en espèrant qu'elle vous plaise. :)
Bêta : Sabou
Chapitre 14
Scott n'avait pas menti. Stiles n'était plus seul et son quotidien s'était vu radicalement changer dès qu'il avait accepté le retour de Martin et McCall dans sa vie. Fini de traîner en solitaire dans les couloirs, terminé la solitude, Scott le suivait partout. Le motard ne se décollait plus de son meilleur ami, quitte à abandonner Allison même pour les travaux en groupe. McCall n'avait jamais été aussi présent et ses efforts semblaient payer.
Stiles avait retrouvé le sourire, du moins des risettes apparaissaient plus souvent sur son visage, sous son nez en forme de trompette. La meute avait accepté son retour à l'unanimité. Enfin presque. Erica était la seule à s'y opposer. Elle restait campée sur ses positions, têtue. Boyd et Isaac avaient même dû la rappeler à l'ordre, jugeant que ses petites piques qu'elle balançait à Stilinski dès qu'elle en avait l'occasion devaient cesser.
Ces dernières semaines Stiles avaient donc essayé de se réintégrer au groupe, goûtant à nouveau à leurs chamailleries, leur sens de l'humour parfois décalé, mais surtout à leur esprit d'entraide, de camaraderie. Il n'avait jusqu'ici pas remarqué à quel point entendre Boyd et Isaac débattre sur des jeux vidéo, voir Lydia taquiner Jackson, Scott et Allison se bécoter à la moindre occasion, entendre Malia se plaindre de ses fameux problèmes de math, puis observer Erica défendre avec ferveur ses convictions, lui avait manqué.
De temps en temps Stiles se sentait de trop dans la bande, ayant du mal à se trouver à nouveau une place. Parfois, à contrario, il avait l'impression que rien n'avait changé, qu'il retrouvait son groupe de potes comme il l'avait laissé, trois mois auparavant.
Seulement une pièce manquait au puzzle.
Stiles avait beau fournir des efforts, il ne pouvait pas l'ignorer. C'était comme un vide inexplicable dans sa poitrine, un trou à combler, une souffrance qu'il n'arrivait plus à faire taire. Le manque était terrible : Derek n'était pas là.
Le loup ne participait plus aux repas à midi avec la meute. Il ne s'asseyait plus auprès d'Erica en cours ou bien même d'Isaac ou de Boyd. Derek avait disparu de son quotidien, pour de vrai, pour de bon.
Quand Stiles avait essayé d'aborder le sujet avec le groupe, Erica lui avait fait clairement comprendre que Derek ne reviendrait pas et que ça ne servait à rien de s'étaler sur ses motifs. Stiles ne pouvait désormais s'empêcher de se demander s'il était la cause de cette absence. Si la colère du loup le poussait à s'éloigner autant de la meute, de tout le monde. Bien sûr, Derek n'était pas seul, il avait son équipe de basket, ses fidèles amis que Stiles n'appréciait guère, mais imaginer que Hale puisse en vouloir à toute la meute à cause de lui, de son retour, l'obnubilait.
Ce n'était pas comme si Stiles était resté sans rien faire. Il avait eu envie de retrouver son copain, alors se remotivant, Stiles l'avait bombardé de messages, d'appels. Il avait essayé de le croiser dans les couloirs du lycée, près de sa voiture sur le parking, dans les vestiaires du local sportif, mais rien n'avait fonctionné. Le loup l'avait évité avec brio, mettant ses capacités de loup-garou à contribution, au point que Stiles perde tout espoir.
Bien sûr, Stilinski aurait pu se rendre chez les Hale, passer à l'improviste, mais cette idée lui tordait les boyaux. Il ne se sentait pas prêt. Il n'avait aucune envie de revoir les membres de la famille de son copain, de revoir cette maison qui l'avait accueilli pendant près de cinq mois avant de ne devenir que cet endroit refermant des souvenirs dont Stiles aimerait se passer.
Le fils du Shérif soupira.
Allongé sur son lit, Stiles consulta une dernière fois ses messages, mais rien n'avait changé sur l'écran de son smartphone, aucune notification, aucun signe de vie de la part de Derek, alors il laissa son téléphone lui glisser des mains. Celui-ci atterrit sur les draps sans effectuer le moindre bruit.
Stiles resta sans bouger, fixant le plafond, jusqu'à ce que la pluie et le vent ne redoublent d'intensité à l'extérieur de la maison. Il trouva la force de se redresser, observant un long moment sa fenêtre ouverte qui laissait la pluie s'introduire dans la chambre, et mouiller le sol.
Attendre que le loup ne débarque au beau milieu de la soirée, pour monter sur le toit et rentrer par cette foutue fenêtre n'avait aucun sens. Pourtant Stiles ne pouvait s'empêcher de la laisser ouverte, espérant se tromper.
Le tonnerre frappa et l'adolescent se leva enfin pour fermer la fenêtre, ses pieds pataugeant dans la flaque qui s'était formée juste en-dessous de celle-ci.
- Qu'est-ce que tu fais ? le surpris son père à l'entrée de sa chambre.
- Rien, répondit l'adolescent allant à nouveau s'asseoir sur son lit, essuyant au passage ses pieds sur l'un de ses tapis.
Un petit silence persista pendant que Stiles admirait sans un mot le halo de lumière qui éclairait le couloir derrière son père. Le Shérif avait le nez rouge et un mouchoir humide dans la main droite, déjà prêt à rejoindre ses confrères à la poubelle. La météo capricieuse de Beacon Hills semblait avoir eu raison de son père. L'adulte ne faisait qu'éternuer depuis plusieurs jours, le nez et les oreilles bouchés. Résultat, le Shérif peinait à trouver le sommeil et des cernes bien plus noires que d'habitude s'étaient formées sous ses jolis yeux bleus. Stiles aurait voulu qu'il prenne quelques jours de congé, mais buté, l'agent refusait de s'arrêter pour un « simple rhume ». Comme si le monde s'arrêterait de tournée si le Shérif s'absentait de son poste rien qu'une journée !
- J'ai réfléchi, annonça l'homme en uniforme extirpant Stiles de ses pensées.
Le lycéen lui adressa un regard interrogatif, ayant du mal à comprendre de quoi pouvait bien parler son père. Le Shérif se racla une nouvelle fois la gorge pour se dégager efficacement la trachée puis une fois avoir repris le contrôle de sa respiration reprit, s'appliquant à conserver un air détaché :
- Tu as été très sage ces derniers jours, exposa-t-il avant d'entrer dans la chambre pour s'arrêter près du bureau de son fils.
Stiles le regarda jouer un instant avec les figurines qui traînaient sur la table.
- J'ai le droit de récupérer ma jeep ? demanda-t-il alors une étincelle dans les yeux.
- Non, rit le Shérif provocant une vilaine grimace de déception sur le visage de son fils. Mais j'ai reconsidéré ta demande concernant la fête de demain soir.
Stiles ouvrit la bouche puis la referma aussitôt voulant attendre la fin du monologue de son père pour parler. Il n'avait pas envie que le Shérif change d'avis si jamais il se risquait à s'exprimer trop tôt et trop vite.
- J'ai décidé que tu pouvais y aller, attesta l'adulte.
- C'est vrai ?
Le Shérif hocha la tête, et Stiles sentit une vague de joie le traverser. Scott serait ravi d'entendre la nouvelle, lui qui avait manifesté une déception immense en apprenant que son meilleur ami ne serait pas de la partie samedi.
- Merci, répondit l'adolescent se balançant sur son lit pour maîtriser le subit flux d'énergie qui le traversait.
Le Shérif sourit avant de reprendre une mine sérieuse.
- Ne rentre pas trop tard, et ne fais aucune vague, prévint-il.
- Tu peux compter sur moi !
- Tu es sûr ?
Dans un sourire Stiles hocha la tête, puis une fois que le Shérif quitta sa chambre, il s'empressa d'attraper son téléphone pour annoncer la grande nouvelle à McCall. La réaction de son meilleur ami ne se fit pas attendre.
oOoOo
Jour J.
Dès son arrivée à la fête d'Ariane, Erica avait trouvé au groupe une place de luxe près de la piscine, dans le jardin. Reyes était surexcitée, impatiente que les festivités commencent alors qu'elle admirait avec des yeux de merlan frit, la maison immense de sa camarade de classe. Erica ne pouvait pas croire qu'un palace pareil puisse exister dans les rues de Beacon Hills.
La maison était gigantesque, presque un labyrinthe sans fin. Elle ne l'avait pas encore entièrement visitée mais se tâtait d'abandonner ses amis pour partir en expédition. Erica avait l'impression d'avoir été invitée dans l'incroyable maison des Kardashian. Tout semblait hors de prix chez Ariane, même ce canapé sur lequel la louve avait élu domicile avec Isaac et Boyd. En face d'elle était assis Derek et Malia, une table basse les séparait.
Erica sonda rapidement les alentours, comme pour s'assurer que les regards n'étaient pas tournés vers eux, puis se pencha légèrement pour s'adresser à Isaac, un sourire éclatant sur le visage.
- Je crois qu'il est temps de sortir notre ingrédient magique ! exulta la jeune fille.
Erica ne fit pas attention au regard interrogatif que lui lança Derek et haussa plusieurs fois les sourcils pour qu'Isaac capte son empressement. Le jeune homme aux bouclettes fit la moue, voulant faire languir au maximum ses amis, puis se décida enfin à fouiller dans sa poche pour cette fois-ci sortir une fiole au contenu fuchsia.
Derek eut immédiatement un mouvement de recul en reconnaissant la poudre rose entre les mains de Lahey. Il fronça les sourcils et fusilla du regard sa cousine assise à ses côtés. Malia haussa les épaules dans un sourire béat, mimant l'incompréhension, la surprise. Seulement Derek la connaissait trop bien pour tomber dans le panneau. Malia lui mentait sans un scrupule. Cette imbécile de coyote croyait-elle vraiment pouvoir lui cacher la vérité avec un jeu d'acteur aussi pitoyable ?
Avant qu'Isaac n'eût le temps d'ouvrir le capuchon de sa fiole, Derek la lui arracha des mains attirant tous les regards dans sa direction.
- C'est dangereux, justifia-t-il d'un ton sans appel.
- Oh Derek s'il te plaît tu ne vas pas faire ton rabat-joie ! ralla Erica.
- Si ma mère apprend qu'on en a en notre possession, on est mort !
- Sauf que ta mère n'est nulle part ici, argua Malia dans une grimace effrayante.
- En plus, on a besoin de décompresser avant les exams, ajouta Boyd en s'affalant sur le dossier du canapé, son gobelet à la main.
- C'est dangereux, répéta Hale tentant de convaincre ses amis, mais au vu des regards qu'ils lui offraient Derek comprit rapidement que personne ne se rangerait de son côté.
- Pas aussi dangereux que traverser la route ! trancha subitement Isaac en se levant pour reprendre son dû dans les mains du basketteur, puis une fois récupéré il se rassit. Et sais quoi Hale ? Je traverse la rue tous les jours ! se moqua le garçon aux bouclettes dans un rire perlé.
S'apercevant qu'il n'aurait définitivement aucun soutien, Derek se tourna vers Boyd, il n'arrivait pas à croire que même lui se laissait endoctriner sans broncher. Il le vit tendre son verre à Isaac qui saupoudra son liquide jaunâtre d'aconit avant de passer au gobelet d'Erica, impatiente.
- Je pensais que tu étais le plus intelligent de nous tous, grommela Derek en s'adressant à Vernon.
- Relax ! pouffa le jeune homme en s'essuyant la bouche avec le dos de sa main une fois s'être accordé une rasade.
Derek put distinctement voir les pupilles de Boyd se dilater en avalant complètement le brun de ses iris.
- C'est juste pour une soirée, continua Boyd, son débit de parole ralentissant considérablement.
- La dernière fois que vous en avez utilisé, Erica a fini le crâne ouvert, rappela vivement Derek en observant sa cousine savourer à son tour son mélange d'alcool et d'aconit.
- Derek, tu es trop dramatique ! contra Isaac. Souviens-toi de toutes les fois où on s'est amusé comme des malades et absolument rien de grave ne s'est produit ! Mec, t'es vraiment devenu trop sérieux ! Passe ton verre et arrête de nous faire la morale ! jacta l'adolescent tentant d'introduire son ingrédient magique dans le gobelet de Hale, mais ce dernier éloigna son verre, refusant de suivre bêtement ses amis.
- T'en as vraiment besoin, argumenta à son tour Malia dans un rire étrange. T'es pas marrant ces derniers temps, détends-toi !
Derek grinça des dents observant une dernière fois la fiole d'Isaac. La poudre était hypnotisante, elle et sa couleur flamboyante. Hale se demanda un instant s'il ne ferait pas mieux d'écouter ses amis, de se laisser aller juste pour cette soirée. Après tout, Derek aimerait vraiment se débarrasser des problèmes qui ne sortaient plus de sa tête, lui aussi voulait ressentir cette plénitude que semblait déjà atteindre ses acolytes. Lui aussi, mais la voix de la raison résonna à nouveau dans sous son crâne. Il avait déjà du mal à contrôler son loup depuis quelques mois, l'aconit abaisserait sa vigilance, et Derek n'avait aucune envie de transformer cette soirée en un bain de sang. Il se leva donc, abandonnant le groupe, pour les laisser eux et les conséquences de leur choix. Il n'était la nounou de personne.
oOoOo
De sa main manucurée, Lydia frappa avec assurance la grande porte de la maison d'Ariane. Tout était gigantesque dans ce quartier, chaque maison recouvrait une parcelle à dimension hallucinante. La maison blanche d'Ariane semblait être la plus luxueuse de toute. Stiles craignait presque d'abîmer le carrelage aux éclats argentés présents sur le perron. Il se tourna pour admirer les escaliers interminables que lui et le groupe venaient à peine d'emprunter. Du lierre entourait les rampes ainsi que les luminaires à faible intensité. D'énormes poutres maintenaient une partie du toit. Un toit si haut que Stiles en avait le vertige.
Les rumeurs étaient donc vraies, Ariane était effectivement une gosse de riches. Une sacrée veinarde ! Jackson devait être fou de jalousie à l'idée qu'un autre élève du bahut puisse profiter d'une vie bien plus princière que la sienne. Du moins c'est ce que s'était dit Stiles en admirant la demeure incroyable d'Ariane.
Toutes réflexions se dissipèrent quand la porte d'entrée s'ouvrit enfin sur un garçon, laissant une musique électro et bien trop forte s'échapper de l'habitat.
Stiles se raidit en apercevant l'hôte qui venait de leur ouvrir la porte. Theo était tout sourire, un gobelet rempli à la main, une guirlande autour du cou et un chapeau étrange sur la tête. Il fit un grand sourire aux nouveaux convives et exigea du groupe la fameuse lettre rose que chaque élève invité avait obtenu dans son casier, il y a maintenant un peu plus d'une semaine.
Lydia ne prit même pas la peine de le saluer. Du haut de son mètre 60, elle fit claquer ses talons, poussa Theo de sa main droite et entra dans la maison en territoire conquis. Elle était prête à défier quiconque remettrait en cause sa légitimité de participer à cette fête. Son assurance dérouta Raeken qui la laissa entrer sans s'interposer, puis il se tourna vers Allison espérant que la jolie brune serait beaucoup plus courtoise et conciliante.
La chausseuse gloussa en observant de sa meilleure amie traverser le couloir. D'un mouvement rapide et se voulant presque autoritaire, la jeune femme s'accrocha au bras de Scott puis sortie son enveloppe rose de sa poche pour la brandir sous le nez de Theo. Ce dernier plissa les yeux, semblant prendre son travail de videur à cœur puis d'un signe de main sans équivoque accorda le droit de passage au couple.
Heureuse, Allison s'agrippa un peu plus au bras de son petit ami et l'embarqua avec elle dans ce nouveau monde rempli strasses et de paillettes.
Bientôt ce fut à Stiles de s'avancer. La boule au ventre, il sortit de sa poche sa lettre toute froissée, déchirée sur le côté. Elle était dans un piteux état, assez pour que Theo effectue une grimace en l'observant. Stiles n'avait jamais été très bon pour conserver de la paperasse. En période d'examen, il mettait toujours une demi-journée à retrouver ses feuilles de cours entassées dans des endroits improbables de sa chambre, et parfois il lui arrivait même de perdre des leçons entières.
- Tu es en règle, annonça Theo, tout sourire.
Il n'avait absolument pas l'air en colère ou bien vexé que Stiles l'ait volontairement ignoré depuis maintenant deux semaines, le rayant complètement de son quotidien.
Theo ne bougea pas, et ils se dévisagèrent quelques secondes avant que Raeken ne reprenne la parole.
- Je ne pensais pas que tu viendrais, déclara le beau blond.
Stiles se contenta de hausser les épaules et de ranger sans la moindre délicatesse son enveloppe dans la poche arrière de son pantalon. Il espéra voir Theo se décaler pour le laisser entrer mais comprit au bout de plusieurs secondes que l'autre adolescent ne comptait pas s'écarter. Raeken n'en avait pas fini avec lui, et bien qu'il eût eu l'air de se ficher royalement de l'habitude plus que déplacée qu'avait eu à son égard Stilinski ces derniers temps, Stiles se rendit compte que ce n'était qu'un masque. Theo ne le laisserait pas filer, et quand Stiles le réalisa il se sentit englouti par de l'embarras.
- Eh bien… Je suis là, tenta-t-il de se dépatouiller, s'appliquant à garder un air naturel sur le visage.
Le moment était très mal choisi pour régler leur compte. Pourquoi Theo n'était pas simplement venu le voir entre deux cours cette semaine ? Pourquoi avait-il attendu cette satanée fête ?
Stiles ne se voyait pas commencer tout un argumentaire, élever la voix ou trouver la parfaite excuse qui le sortirait de cette situation terriblement gênante. Theo l'avait trahi. Stiles l'avait toujours en travers la gorge, et il n'y avait rien de plus à ajouter. De plus, Stilinski avait promis à Scott de passer une bonne soirée, et si celle-ci commençait par une querelle, Stiles n'était pas certain de parvenir à honorer sa parole.
Il ravala sa salive, noua ses mains ensemble derrière son dos, et respira profondément en se rappelant qu'il n'était pas venu ici pour faire la guerre à qui que ce soit. Et puis, au vu de la motivation qu'il pouvait lire dans les pupilles de son interlocuteur, Stiles avait intérêt à se montrer courtois et attentif à la moindre occasion qui se présenterait à lui pour fausser compagnie à Raeken, afin qu'il puisse éviter de causer le moindre dégât dû à son tempérament de cochon. Stiles n'était pas certain de pouvoir se retenir éternellement. D'une minute à l'autre tout pouvait basculer et le Stilinski pouvait bien se retrouver à faire exploser toute sa rancœur au visage de Raeken.
- Oui, c'est vrai ! Ma réflexion était idiote, rit timidement Theo en se frottant l'arrière du crâne, sa maladresse énervant davantage Stiles.
Ses yeux cobalts se perdirent un instant dans le vide tandis que le fils du Shérif se tenait désormais sur un pied, le cœur battant, s'efforçant de rester patient. Des fourmillements désagréables vinrent prendre possession de ses jambes et Stiles pria intérieurement que ce supplice interminable se termine rapidement. Si Theo avait quelque chose à dire alors c'était maintenant. Stiles bouillonnait déjà d'impatience et garder sa bouche fermée lui demandait un effort considérable. Il regarda ses pieds, serra la mâchoire puis se força à attendre, remarquant une poudrée de confettis sur le parquet derrière Theo.
- Je suis désolé, lâcha soudainement ce dernier après un silence bien trop long.
Stiles leva les yeux vers le garçon, croisant une fois de plus ses prunelles bleues.
- Je sais que tu m'en veux pour avoir tout balancé à McCall et Martin, mais je ne crois pas que ce soit une raison valable pour me faire la gueule indéfiniment.
- J'aimerais bien savoir quelle raison est assez valable pour toi, lâcha amèrement le fils du Shérif.
- Comprends-moi. Tu agissais bizarrement, et j'avais peur qu'il t'arrive un malheur ! Tu fais des trucs dangereux quand tu ne prends pas ton traitement. Dangereux pour toi.
Stiles détourna le regard, posant ses pupilles une nouvelle fois sur le parquet couvert de rondelles en papier. Si Stiles restait lucide, il ne pouvait en vouloir à Theo. Sa peur était justifiée, et Stiles se souvenait parfaitement de l'accident qui avait eu lieu un jour d'automne lorsqu'ils n'étaient que des gamins. Stiles avait toujours été un petit garçon curieux et aventurier, trop aventurier, et parfois ce trait de caractère cumulé avec son trouble pouvaient mener aux pires catastrophes.
- Est-ce qu'on pourrait juste passer l'éponge ? Pour cette fois ? quémanda Theo sortant Stiles de ses pensées.
Ce dernier soupira. Theo ressemblait à un véritable chiot avec cette expression de tristesse collée au visage. Il était sincèrement désolé – même s'il n'aurait probablement pas dû l'être. Stiles sentit sa rancune s'évaporer. Scott et Lydia lui avaient bien accordé une nouvelle chance à lui. Stiles pouvait faire de même pour Theo.
- Ok, on fait la paix, capitula le fils du Shérif esquissant un sourire.
Theo lui tendit la main comme pour marquer leur réconciliation et Stiles la serra, surpris par la poigne solide que lui offrit le jeune homme. Un sourire satisfait sur le visage, Theo s'éloigna enfin de la porte, laissant libre champ à Stilinski qui hésita un instant avant de s'engouffrer dans le couloir.
- Passe une bonne soirée ! lui cria Theo avant de disparaître dans une pièce adjacente.
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La musique battait à son plein. La maison bien qu'énorme semblait inondé d'invités. Les gens dansaient, criaient, se bousculaient, buvaient, alors que Stiles restait dans son coin, un verre de grenadine entre les mains, ne sachant pas où pouvait bien être sa place.
Il s'était promené dans toute la maison, à la recherche d'une activité plus amusante que celle de rester immobile sur le canapé du salon. Dans le garage, il avait repéré Lydia jouant au bière-pong, semblant attirer – comme à son habitude – tous les regards masculins dans sa direction. Stiles devait avouer que la rouquine était vachement séduisante dans sa robe rouge, et son attitude de lionne insoumise devait en ébranler plus d'un. Mais il ne pouvait s'empêcher de penser à Jackson, introuvable, qui mourrait de jalousie dès qu'il s'apercevrait du nombre épouvantable de prétendant en orbite autour de sa belle.
Un peu plus tard dans la soirée, Stiles avait retrouvé Scott et Allison s'échangeant de fiévreux baisés dans le jardin, assis sur un transat. Dès que la rumeur affirmant la présence de Lil Noris – un célèbre rappeur – dans la maison était parvenue aux oreilles de McCall, Stiles l'avait vu bondir de sa chaise longue. Scott s'était aussitôt mis en tête de retrouver ladite Star et avait entraîné sa petite amie dans sa recherche, disparaissant à nouveau dans la maison blindée.
Stiles, lui, était resté là, avec son pitoyable gobelet épris d'un ennui immense. Bien sûr, il aurait pu tenter d'entamer la discussion avec les deux jumelles aux appareils dentaires colorés assises à quelques mètres de lui, ou à ce type au visage tout pâle près de la piscine, mais son attention glissa vers une tignasse noire qu'il reconnût presque instantanément. Derek.
Son cœur bondit lorsqu'il le vit de dos, s'engouffrer à l'intérieur de la maison. Stiles resta quelques secondes sans savoir quoi faire, la tête remplit d'une kyrielle de questions. Il posa son gobelet à terre, et se leva, sans même réfléchir pour suivre les pas du loup-garou.
Cette soirée était son uniquement occasion de pouvoir lui parler, de renouer enfin le dialogue, et Stiles ne comptait pas gaspiller cette chance. Il s'élança à la poursuite de Derek, ses yeux papillonnant dans tous les sens, essayant de retrouver le garçon parmi la foule, bousculé par des personnes visiblement alcoolisées, avant de s'immobiliser brutalement au beau milieu du salon.
Malgré la musique trop forte, l'agitation grandissante autour de lui, Stiles essaya de se concentrer, plissant les paupières, serrant la mâchoire pour retrouver son loup, mais rien. Plus rien, plus de veste en cuir, de chevelure noire, plus de Derek. Il s'était volatilisé, une fois de plus.
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Stiles passa sa soirée à traîner ici et là, à essayer de se changer les idées, à s'abstenir de boire une goutte d'alcool. Le Shérif n'apprécierait pas de voir son fils rentrer complètement ivre, et Stiles lui avait promis de se tenir à carreau avant de partir de la maison. Seulement, la bouteille de whisky qui traînait en face de lui, sur la table en bois du salon, lui faisait de l'œil. La pauvre, elle semblait être la seule à ne pas encore avoir été entamée. Elle était seule, tout comme Stiles qui commençait réellement à avoir le cafard.
Pourquoi ne s'amusait-il pas ? Pourquoi passait-il son temps à penser à Hale au lieu de participer à la fête comme tous ses amis ? Stiles en était certain, Derek devait vivre sa meilleure vie quelque part dans cette maison, et l'avoir complètement oublié. Comment cela pouvait en être autrement ? Deux semaines que le loup l'ignorait, sans apparemment éprouver le besoin de reprendre contact.
Deux semaines qu'Erica ne cessait de faire des allusions à Stilinski. De lui faire comprendre que Derek ne reviendrait pas vers lui. Soudain, Stiles sentit une chaleur diffuse l'envahir, et de la colère prendre possession de son cerveau. Le châtiment qu'il se voyait infliger par son petit-ami était plus qu'injuste. Stiles s'était excusé des millions de fois par messages, avait même fait l'effort le jour précédent de déposer un mot dans le casier du basketteur espérant que cette fois-ci Derek le lirait. Cela n'avait rien donné, comme toutes ces autres tentatives pour reconquérir le caniné, et Stiles commençait à saturer. Qu'attendait Derek ? Qu'il se jette à ses pieds pour le supplier de lui pardonner ? De revenir ?
Stiles se renfrogna, fixant toujours la bouteille de whisky au milieu de la table. Pour cela il aurait fallu que le loup arrête de le fuir. Stiles ne pouvait pas supplier un fantôme ou l'homme invisible.
Il détourna le regard vers la nuée d'individus qui se trouvait autour de lui, éparpillée dans la salle, profitant pleinement des festivités. Un couple s'embrassait fougueusement, langues apparentes. Ou bien était-ce deux inconnus qui se promettaient une nuit de folie. Stiles n'en savait rien, mais les voir aussi accro l'un de l'autre lui procura une sensation désagréable dans la poitrine. Le garçon malaxait fermement de la main droite le fessier de la jeune fille qui se dandinait contre lui sans aucune pudeur. Il mesurait au moins quatre têtes de plus qu'elle, et son autre main la maintenait tout contre lui. Il lui avalait littéralement la bouche.
Soudain, Stiles ressentit un manque, de la jalousie. Il voulut retrouver la chaleur des bras forts de Derek autour de lui, sentir son parfum, ses lèvres sur sa bouche. Il voulut enfouir son visage dans son cou, entendre le son de sa voix, de son rire qui lui faisait tellement de bien. Il voulut plus que ce froid et ce sentiment d'abandon qui le terrassèrent dès qu'il se rendit compte qu'en s'éloignant ainsi de lui, Derek le condamnait à subir son absence, à endurer une tristesse irrévocable, suffocante.
Stiles fixa derechef la bouteille en verre, ses doigts tremblants tapotant nerveusement la table. Il était hors de question que Derek gagne, qu'il obtienne gain de cause. Stiles ne lui courrait plus après. Si Derek pouvait passer sa soirée sans se soucier de lui, alors Stiles devait être capable de faire tout autant ! Il devait montrer au loup que leur distance ne l'atteignait pas, qu'il s'en foutait lui aussi complètement. Pris d'une détermination sans faille, Stiles se pencha pour attraper la bouteille de whisky et la colla à sa bouche avalant d'une traite tout le liquide qu'il put boire jusqu'à éprouver le besoin de respirer.
S'éclater, il devait s'éclater et cela quoi qu'il advienne.
oOoOo
L'alcool avait rapidement fait son effet. Stiles s'était – dès les premières gorgées – senti submergé par une chaleur brûlante, et son cerveau lui avait paru presque immédiatement plus léger.
Lorsqu'il avait jugé avoir assez bu, il s'était levé, sa bouteille toujours dans les mains pour cette fois-ci trouver une réelle activité sur laquelle se jeter. Dans l'un des milles couloirs de la maison, Stiles avait croisé Lahey, tiré par le bras par une jolie fille vers une direction inconnue. Stiles avait ri en voyant les bouclettes d'Isaac toutes abîmées, et des traces de lèvres rouges qui parsemaient son visage. Ensuite l'attention de Stilinski avait rapidement bifurqué vers une porte, la porte qui s'il ne se trompait amenait au garage, là où il avait croisé pour la dernière fois Martin.
Prenant son courage à deux mains, Stiles tituba jusqu'à cette dernière pour l'ouvrir, et sans savoir comment il réussit à descendre les quatre marches d'escalier qui le séparaient du sol plat sans s'emmêler les pied et se prendre le sol de plein fouet.
Lydia était toujours là, les joues désormais rouges, un sourire béat sur le visage, deux gobelets dans les mains. Elle n'avait toujours pas arrêté sa partie de bière-pong. Ou bien avait-elle fait une pause pour reprendre un peu plus tard ? Cette question s'évapora rapidement du cerveau de Stilinski qui décida de lui aussi participer au jeu, posant sa bouteille dans un coin.
Il poussa Lydia pour prendre sa place alors que la jeune fille tenait à peine sur ses talons et commença à jouer contre un adverse tout autant éméché que lui, voire plus.
Plusieurs tours se succédèrent avant que Stiles ne voie Allison débarquer pour attraper sa meilleure amie et l'emmener dans une autre pièce, jugeant peut-être que Lydia avait définitivement assez bu pour la soirée. Stiles, lui, n'abandonna pas la partie. Il s'amusait, enfin. Même si ses jambes ressemblaient maintenant à du caoutchouc et qu'il n'était plus certain des mots qui sortaient de sa bouche, Stiles ne pensait plus à son copain, et c'était tout ce qui comptait.
Un nouvel adversaire pointa le bout de son nez à la table, et Stiles se hâta de le battre à plate couture. Il leva ses yeux embrumés vers ce dernier et reconnu immédiatement sa guirlande bleu ciel et son chapeau en forme de canard. Theo.
Il semblait en pleine forme. Lui tenait parfaitement sur ses pieds. Stiles le regarda se remonter les manches dévoilant des biceps robustes, et faire craquer son cou – peut-être dans une tentative stupide de paraître intimidant.
Theo s'empara d'une balle perdue sur la table et tout en se concentrant visa l'un des verres de son concurrent. Bingo ! La boule tomba dans le liquide ambré et se mit à flotter sous le regard ébahi des spectateurs. La foule agglutinée autour des joueurs acclama Raeken et ce dernier bomba le torse visiblement fier de lui.
Stiles fit une grimace, sentant son cerveau tanguer contre son crâne. C'était injuste. Son rival ne devait même pas avoir bu plus d'un verre ou deux de la soirée. Il était encore très habile de ses mains contrairement à Stilinski. Cependant, le fils du Shérif ne grincha pas et joua le jeu, s'emparant du verre visé, pour en boire illico presto le contenu à grosses gorgées, encouragé par ses observateurs.
Une fois vide, Stiles montra le contenu de son gobelet tel un vainqueur, s'essuya la bouche et claqua le verre sur la table, un rire satisfait et presque terrifiant s'échappant de sa bouche.
Sa vision se brouilla l'espace d'une seconde et ce fut à cet instant que Stiles se décida d'arrêter de jouer. Il s'éloigna de la table, laissant sa place à un autre joueur et traîna les pieds jusqu'à la sortie du garage. Cette fois-ci il mit un temps fou à monter les marches qui le séparaient du couloir, et chancela à nouveau jusqu'au salon.
Il chercha du coin de l'œil un endroit où se poser, mais tous les canapés étaient pris, ainsi que les chaises. Isaac et sa nouvelle copine se roulaient des pelles près de la télévision. Boyd savourait une pizza tout en parlant à des inconnus, un sourire étrange sur le visage. Erica dansait sauvagement au milieu du salon, collée par deux autres nanas qui semblaient à cet instant précis aussi perchées qu'elle.
Un sourire niais vint décorer le visage de Stiles avant que le tapage incessant de la musique ne lui provoque un sentiment oppressant. Il se passa une main sur le visage. Son cerveau allait exploser. Il avait besoin de fermer les yeux, rien qu'une minute, afin de retrouver un peu d'énergie.
Il se força alors à fendre la foule, poussant malencontreusement quelques personnes sur son passage et se dirigea vers les escaliers qui menaient à l'étage. Il attrapa la rambarde et se hissa comme il le put jusqu'au premier étage. Il n'aurait pas pu aller plus loin de toute façon. Son cœur battait déjà la chamade et reprendre son souffle lui demandait un effort considérable. Stiles avait l'impression d'avoir couru un marathon – ce qui était évidemment faux.
Une fois sa respiration un peu plus stable, Stiles s'aventura, tout en gardant une main appuyée sur le mur pour ne pas trébucher dans le couloir qui lui faisait face. Il croisa au moins une dizaine d'invités avant d'enfin trouver une chambre inoccupée.
Heureux, il s'engouffra à l'intérieur, fermant la porte derrière lui. La musique baissa considérablement de le volume et Stiles tituba jusqu'au lit deux places de la pièce. Il se laissa tomber à plein ventre sur le matelas, avant de trouver le courage de se positionner correctement, plongeant sa tête dans un fourbi de coussins.
C'était comme si un marteau-piqueur lui martelait la cervelle. Stiles sentait son corps courbaturé et une fatigue immense s'emparer de lui. Il voulut dormir, alors il ferma les yeux, dans l'optique de ne plus jamais se réveiller avant que la porte de la chambre ne s'ouvre l'extirpant de sa tranquillité.
Stiles grogna en ouvrant les yeux, et vit Theo refermer la porte derrière lui. Stiles ferma à nouveau les yeux, la bouche pâteuse, la tête dans le coton. Il crut entendre des pas, puis sentit le matelas s'affaisser près de lui. Son visage se plissa dans une vilaine grimace et il se mit à dévisager Raeken. Ne pouvait-il pas le laisser dormir ? Stiles demandait juste deux minutes !
Apparemment son souhait ne fut pas entendu car dès qu'il croisa le regard de Theo, celui-ci se mit à parler.
- Tu passes une bonne soirée ? le questionna-t-il.
Stiles se contenta d'hocher la tête, incertain de ce qu'il avait entendu.
Theo continua de parler, pendant un long moment, avant que Stiles ne finisse par participer. Même si son cerveau l'empêchait certainement d'avoir des paroles cohérentes, Raeken paraissait le comprendre, répondant à chacune de ses répliques aussi farfelues soient-elles. Curieusement, la voix douce de Theo fit du bien à Stiles, qui même s'il ne trouvait pas le sommeil, se sentait désormais apaisé.
Il se sentait en sécurité ici, loin du monde qu'enfermait cette baraque, loin de ses soucis du quotidien. Ce sentiment se dissipa quand le prénom de Derek sortit de la bouche du garçon en face de lui. Tout d'abord Stiles plissa les yeux, puis fronça les sourcils, s'auto-persuadant qu'il avait mal entendu avant de se rendre compte que ses oreilles ne lui avaient joué aucun tour. Soudain, cette plénitude qu'il avait réussi à atteindre s'évanouit pour laisser place à de la mélancolie, de la peur, du désespoir, de la colère.
Où était Derek ? Que faisait-il ? Pourquoi Stiles ne l'avait pas revu depuis que le loup l'avait manifestement fui en début de soirée ? Sous l'emprise de l'alcool le cerveau de Stiles imagina des scénarios qui le prirent aux tripes. Et si Erica disait vrai ? Que Derek le laissait tomber ? Qu'il l'avait définitivement oublié ? Qu'il ne voulait plus entendre parler de lui ? Si Hale se sentait désormais libre comme l'air, assez pour se rapprocher de quelqu'un d'autre ? Assez pour laisser Stilinski sur le carreau, lui et son stupide cœur ? Stiles avait beau savoir qu'il divaguait complètement, et que les images qui passaient dans sa tête n'étaient que le résultat de ses craintes et de ses doutes, tout lui parut trop réel. Après tout, Stilinski le méritait. L'attitude du loup serait justifiée. Stiles n'avait pas été facile avec lui ces derniers temps. Il avait été horrible. Derek avait le droit de lui en vouloir. De lui en vouloir pour son attitude. De lui en vouloir pour Abigail.
Stiles se redressa brusquement, un nœud se créant dans sa gorge, des petits points noirs virevoltant dans sa vision avant de disparaître. Maintenant assis sur ses fesses, la voix de Theo refit surface. Stiles avait besoin de tout sauf d'entendre sa propre voix dans sa tête. Il ne voulait pas l'entendre. Il voulait que Theo parle plus fort pour que cette voix ne devienne qu'un bruit de fond, qu'elle disparaisse.
- On l'a tous remarqué, tu sais, soupira Raeken d'une voix étrangement douce.
Stiles s'appliqua à l'écouter avec attention, essayant de comprendre où leur avait mené cette conversation, mais c'était difficile.
- Des gens disent que c'est fini entre toi et Derek. C'est vrai ?
- C'est… C'est compliqué, bégaya Stiles sentant sa migraine revenir de plus belle.
- Je vois.
Le silence retomba enfin, mais Stiles le rejeta. C'était maintenant qu'il avait besoin de bruit, de se changer les idées, d'arrêter d'avoir ces images dans la tête, d'avoir ces murmures incessants qui lui broyaient littéralement le cœur. Abigail, Abigail, Abigail. Stiles inspira difficilement.
- Je ne sais plus quoi faire, souffla-t-il pour lui-même.
- Peut-être que tu devrais passer à autre chose, proposa Theo et Stiles fronça les sourcils ayant un instant peur d'avoir laissé s'échapper plus qu'il ne le pensait. Je… Enfin c'est vrai, reprit le blond les yeux posés sur les draps jaunes du lit. Tu mérites mieux que ce type ! Il ne sait pas la chance qu'il a de t'avoir, hoquetât Theo.
Stiles dévisagea le jeune homme puis secoua la tête pour contester. Mauvaise idée. Ses vertiges refirent immédiatement surface.
- C'est moi qui aie de la chance, bredouilla-t-il difficilement, parler lui demandait un effort considérable.
- Non, objecta Theo. Tu… Tu m'as toujours plus, confessa-t-il à voix basse rapprochant son visage de celui de l'hyperactif. Mais à l'époque, quand on traînait ensemble en primaire, je ne savais pas comment te le faire comprendre. Tu étais fou de Lydia et je croyais n'avoir absolument aucune chance, rit-il. Puis nos chemins se sont séparés. Malia est arrivée, puis Derek, soupira Theo l'air pensif. Maintenant qu'on est toi et moi… tous les deux… On pourrait peut-être essayer de-
Le garçon se tut un instant, plongeant ses pupilles bleues dans celles ambres du fils du Shérif. Stiles ne sut pas vraiment pourquoi mais les paroles de Theo lui firent du bien. Il ne se souvenait pas que les yeux de Raeken étaient teintés d'un bleu si profond. Il s'y perdit un instant, la voix dans sa tête se faisant plus petite. Stiles eut du mal à assimiler toutes les informations que lui lançait Raeken, la tête lourde, il ne prit pas garde lorsque la main du jeune homme se posa sur sa joue, la caressant tendrement. L'alcool dans ses veines allongeaient considérablement son temps de réaction. Stiles ne bougea pas quand Theo se rapprocha un peu plus de lui. Il aurait dû, il le savait mais Stiles ne le repoussa pas lorsque les lèvres de Raeken fondirent sur les siennes et la voix se tue enfin dans sa tête.
C'était la première fois depuis des mois que plus rien ne parasitait son esprit, comme une bouffée d'air frais, alors que les lèvres de Theo remuaient contre les siennes, que sa langue se frayait un chemin dans sa bouche, s'amusant avec celle de Stiles.
Ce silence, Stiles en avait besoin, il ne voulait plus qu'il parte.
Son vœu tomba à l'eau lorsque la porte de la chambre s'ouvrit dans un fracas assourdissant, le surprenant lui et l'autre adolescent. Stiles sentit Theo se détacher brusquement de lui pour se retrouver à terre sur les fesses, hors du lit. Le cœur de Stilinski rata un battement, puis s'emballa quand il croisa le regard explosif de Derek, en chair et en os devant lui. Stiles n'eut pas le temps de réagir, tout se passa trop vite.
Hale lui attrapa violemment le bras faisant se répandre une douleur lancinante tout autour de son poignet et le força à se lever. Derek l'entraîna hors de la chambre, les firent dévaler les escaliers à vitesse grand V, traverser la foule et en moins d'un instant, ils se retrouvèrent tous les deux dehors, au beau milieu d'une rue déserte, les basses de la musique de la maison d'Ariane faisant trembler tout le quartier.
Stiles sentit le sol trembler sous ses pieds alors que toute sa chaleur quittait son corps. Derek semblait fou de rage. Ses mains tremblaient. Ses yeux, assassins, luisaient dangereusement en direction de l'humain qui sentait son cœur défaillir dans ses oreilles, brûler dans sa cage thoracique. Derek tenait toujours son poignet et une douleur affreuse poussa Stiles à essayer de se défaire de l'emprise du loup, mais rien ne se produisit, et Stiles continua de souffrir en silence.
Tout tournait dans sa tête, alors qu'une émotion dominait toutes les autres. Peur, colère, tristesse. La culpabilité montait en flèche chez l'hyperactif, qui ne savait définitivement plus où se mettre. La colère qui lisait dans les yeux de son loup lui coupait le souffle.
- Derek, héla-t-il faiblement.
Hale lâcha brutalement son bras et lui tourna le dos, s'éloignant, passant ses mains dans ses cheveux pour se calmer, mais sans succès. Derek n'arrivait pas à redescendre, des milliers d'insultes lui passaient par la tête et l'odeur abominable de Stiles, étouffée sous l'alcool, le rendait malade.
Il entendit le fils du Shérif l'interpeler une nouvelle fois, mais l'ignora. Stiles s'avança timidement vers le lycanthrope, cherchant son attention, cherchant à rompre ce silence qui lui était insupportable. Il voulait désamorcer la situation, au plus vite.
- Derek, répéta-t-il pour la énième fois, effrayé par la tournure des événements.
- Ta gueule ! Je t'en prie, ferme ta gueule ! supplia le loup-garou sans même se retourner.
Stiles se sentit submergé par des émotions qu'il ne comprenait pas, qu'il n'arrivait pas à identifier, désagréables, douloureuses. Son cœur se ratatina sous sa poitrine émettant une douleur insupportable. Ses mains se mirent à trembler, sa peau collait.
- Ok, murmura-t-il en effectuant un pas en arrière. Ok.
Ses larmes coulèrent sans même qu'il eut le temps de penser à les réfréner. Stiles sentait la honte l'envahir, l'engloutir. La peur l'absorber.
Quand le loup se retourna enfin, Stiles préféra détourner le regard plutôt qu'affronter celui de Derek, glacial.
- Tu foutais quoi avec Raeken ?! aboya le fils de Talia.
- Rien, émit à peine l'humain, le son ne voulant pas sortir de sa gorge.
Stiles sentit son t-shirt se faire violemment empoigner par le loup-garou, mais il refusa toujours de le regarder comme si cela suffirait à rendre cette scène moins réelle, à ce que le cauchemar s'arrête.
- Ça fait des mois que tu me casses les couilles et que je dis rien, et maintenant ça !? hurla Hale en le secouant.
- Ça fait deux semaines que j'existe plus pour toi, peut-être que c'est ma manière de te rappeler que tu peux pas m'abandonner dès que ça te chante ! bourrassa Stilinski.
- Va te faire foutre !
Le loup le lâcha violemment, et Stiles fit quelques pas en arrière avant de retrouver encrage dans le sol. Il essaya d'essuyer les larmes qui ruisselaient sur ses joues, mais celles-ci redoublèrent. Il était vraiment à bout.
- Me regarde pas comme ça !
- Comment veux-tu que je te regarde !? s'exaspéra le fils du Shérif.
Derek sera les poings, leva tête vers le ciel puis ferma fortement les paupières. Se tempérer, il essayait, vraiment, mais quand Stiles refusait d'admettre ses torts, essayait même de retourner la situation, Derek se sentait vriller. Ses griffes lui rentrèrent dans la paume de ses mains et Hale essaya de les résorber. Sa mâchoire entière lui faisait mal.
En une fraction de seconde, Stiles vit Derek lui tourner définitivement le dos, s'éloigner, l'oublier à nouveau, marcher loin de lui, vers une destination qu'il ne connaissait pas et le fils du Shérif eut peur que son copain ne revienne plus, plus jamais. Stiles tenta de le rattraper, mais ni sa tête, ni ses jambes ne coopérèrent. Il avait tellement bu que le moindre mouvent ravivait son mal de crâne, lui donnait la nausée.
- Je suis désolé ! lui cria-t-il alors dans un sanglot pour tenter de l'arrêter. Je suis désolé ! Je… je ne comptais pas coucher avec lui, assura Stilinski. Je te le jure ! C'était… C'était une erreur ! S'il te plaît, t'en vas pas !
Voir Derek s'immobiliser, le soulagea. Le loup se tourna pour le fixer, un regard incertain collé au visage. Stiles savait que s'il voulait calmer Hale, l'empêcher de prendre une décision qui les impacterait tous les deux, s'était maintenant qu'il devait agir. Il s'efforça de faire fi de ses nausées, des céphalées qui lui anéantissaient le cerveau, et marcha vers son petit ami, déterminé, et le piégea dans une forte étreinte.
Stiles sentait le loup-garou se crisper contre lui, mais cela ne fut pas suffisant pour le dissuader de continuer. Derek avait beau être aussi raide qu'un pic, il ne le repoussa pas. Stiles le sentit se détendre au fur à mesure des secondes qui s'écoulaient. Les larmes de Stilinski cessèrent de tomber.
- Je te promets que ça n'arrivera plus, geint l'humain s'agrippant de toutes ses forces.
- Plus jamais ? quémanda le loup-garou.
- Non, plus jamais, secoua la tête le fils du Shérif, la bouche toujours aussi flasque.
Il entendit Derek soupirer, sentit ses mains se poser enfin sur sa taille et Stiles fut empli d'un soulagement démesuré. Il s'éloigna légèrement du loup, assez pour pouvoir le regarder dans les yeux, mais pas trop pour ne pas rompre leur étreinte, et s'essuya gauchement les joues avant d'attraper le visage de son compagnon entre ses mains.
Son cœur tambourinait encore, Stilinski se sentait délesté d'un poids. Il embrassa tendrement Hale, toujours avec la frayeur qu'il ne le repousse, puis décida qu'il ne voulait plus participer à cette fête qui se jouait encore dans la demeure d'Ariane. Il était épuisé et n'avait pas envie de faire quoique ce soit qui puisse attiser une nouvelle fois la colère de Derek.
- Je veux rentrer, dit-il.
- Où est ta voiture ? s'enquit le basketteur, explorant les alentours de ses yeux.
- Je suis venu avec Scott. Ne me dis pas que tu n'es pas venu avec ta bagnole ! roula des yeux Stiles.
- C'est Erica qui nous a emmenés, grimaça Derek.
Stiles soupira rageusement, puis contre toute attente haussa les épaules. Ils avaient des pieds, rien ne les empêchait de marcher. Stiles se détacha de son copain, et se mit en route offrant un signe de tête à Derek pour qu'il lui emboîte le pas.
oOoOo
Le trajet jusqu'à la maison des Stilinski se fit dans le silence complet. Le cerveau de Stiles semblait s'être éclairci même si ses pieds refusaient encore de lui obéir au doigt et à l'œil. Peut-être parce que sa cervelle n'était plus assaillie par une migraine énorme, Stiles put enfin réfléchir à peu près correctement et s'aperçut de la démarche toute aussi bancale de son copain.
Une fois devant la porte de sa maison, Stiles fourra ses mains dans ses poches pour retrouver ses clés. Il se fustigea de ne pas s'être habillé plus chaudement alors qu'un vent frais soufflait dans les rues de son quartier. Au bout de longues secondes, Stiles trouva enfin ses clés, et s'attela à ouvrir la porte d'entrée. Celle-ci grinça en laissant apparaître le hall d'entrée, sombre.
Stiles regarda une dernière fois le loup-garou, essayant de l'analyser, de mettre le doigt sur ce qui lui sautait aux yeux et en même temps lui échappait. Derek ne semblait pas dans son assiette, trop pâle, ses lèvres étaient blêmes. Ses mains tremblaient toujours. Il paraissait aussi fatigué que Stilinski.
- Reste, balbutia finalement le fils du Shérif sans détourner le regard du lycanthrope.
Même si Stiles se faisait probablement des idées, il valait peut-être mieux que Derek reste dormir ici.
- Tu as peur que je me fasse enlever par un vilain monsieur, badina Hale, l'air mauvais.
- J'ai peur que tu fasses quelque chose qui ne te ressemble pas, avoua Stiles gardant une mine impassible, bien que le ton moqueur du loup-garou le blesse. Je serais plus rassuré si tu dormais à la maison.
Derek réfléchit un instant puis finit par acquiescer. Les épaules de Stiles se détendirent face à la capitulation si rapide du loup-garou. Dans l'état de fatigue dans lequel il se trouvait Stiles n'était pas sûr de pouvoir débattre très longtemps avec Hale sans perdre son sang-froid, alors il était soulagé que convaincre Derek ait été si facile.
À la suite de l'accord du loup-garou, Stiles s'engouffra enfin dans sa maison, allumant les lumières, ses yeux se plissant un instant avant de s'adapter. Il n'y avait aucun bruit. L'absence des ronflements de son père signalait à Stiles que le Shérif n'était pas encore rentré.
1 heure du matin. C'est ce qu'affichait l'horloge accrochée au mur.
Reprenant ses esprits, Stiles invita Derek à le suivre à l'étage pour se rendre dans sa chambre. Les escaliers grincèrent sous leurs pas, puis arrivé à destination Stiles enleva ses chaussures et les poussa dans un coin imité de près par Derek. Le loup demeurait silencieux, des cernes cerclant ses yeux, et tant mieux, Stilinski n'avait pas la force d'échanger des banalités.
Stiles disparut quelques minutes dans une autre pièce puis revint avec un matelas qu'il jeta au sol près de son lit et des draps sur l'épaule.
- Vraiment ? l'interrompit le loup-garou alors que Stiles s'apprêtait à installer les draps.
Le ton du basket n'avait rien de joyeux, au contraire, il était froid, sec. Stiles cessa tout mouvement, se releva, et dévisagea Derek cherchant le problème. Hale ne pensait tout de même pas qu'ils allaient dormir ensemble ?
- Je crois qu'on a besoin de parler avant que tu ais le droit de retourner dans mon lit, relata Stiles.
Le visage du loup-garou se durcit et irrité, Stiles ne put s'empêcher de balancer :
- Derek, j'ai du mal à te comprendre !
- C'est réciproque, rétorqua brutalement ce dernier.
- Ça fait deux semaines que tu ne me donnes plus de signes de vie ! s'insurgea l'hyperactif. Tu ne peux pas me reprocher de ne pas vouloir dormir avec toi ! Tu veux quoi à la fin !?
- J'aimerais que tu arrêtes d'agir comme un con !
Stiles tenta de reprendre sa respiration, les dents serrées, dans un rythme maîtrisé, mais il sentait déjà son corps bouillir et son cerveau faire un tour sur lui-même. L'adolescent serra les points sur les draps qu'il tenait entre ses mains dans l'optique de se contenir. Cependant, Stiles remarqua au vu des mots qui lui passaient par la tête, que le whisky n'avait pas encore été éliminé de son organisme et le fils du Shérif craignit de ne pas parvenir à se retenir bien longtemps.
Cela ne faisait même pas une heure que Derek et lui se retrouvaient et déjà les disputes repartaient de plus belle. Stiles n'avait pas envie de crier. Il n'avait pas invité Derek pour qu'ils s'engueulent une nouvelle fois. Ils pouvaient trouver un terrain d'entente. Si Stiles faisait un effort, ils pourraient y arriver.
- Derek, soupira le fils du Shérif, se passant une main sur le front, tentant de contenir sa colère. Ça fait des jours que je n'arrête pas d'essayer de te contacter, tu n'as répondu à aucun de mes messages. Je t'ai appelé, encore et encore ! Tu n'as pas arrêté de me fuir au lycée !
- Super, et moi ça fait trois mois que je me tape une relation de merde ! cracha Hale. Tu t'es réveillé quand ? Il y a deux jours !? gronda-t-il sa voix grave résonnant dans toute la pièce.
Stiles frémit sous le regard glaçant que lui offrait le loup. La colère du basketteur se lisait clairement sur son visage, dans sa voix, et Stiles ne savait pas comment s'y prendre pour faire marche arrière. Il serra la mâchoire, s'empêchant de répliquer, espérant que ce comportement pousserait le loup à s'apaiser, mais Derek ne s'arrêta pas.
- Tu pointes le bout du nez, tu te souviens de moi et je suis censé céder à tous tes putains de caprices ?! Tu crois quoi ?! explosa le loup. Que tu es le seul à ressentir des émotions ?! Que je n'ai pas des hauts et des bas aussi ?! J'en ai ma claque que tu sois aussi égoïste ! cria-t-il.
- Tu te fous de ma gueule ?! fulmina l'humain perdant le peu de sang-froid qu'il lui restait. Je ne suis pas ! Je…, bégaya-t-il avant de fermer brutalement la bouche, frustré par son incapacité à s'exprimer.
Il lâcha les draps sur le sol, et s'éloigna à grand pas du loup passant sa main dans ses cheveux, sur son visage, alors que les reproches de Hale continuaient, ne s'arrêtant plus, fusaient. Stiles n'était pas égoïste. Il ne pensait qu'à Derek, à longueur de journée, au point de s'en rendre malade. Comment Derek pouvait-il lui reprocher un truc pareil ?! Comment pouvait-il foutre à la poubelle tous les efforts que Stiles faisait pour que leur couple ne s'émiette pas ? Lui aussi était victime de cette situation, lui aussi voulait trouver une solution.
Stiles se mordit le poing pour modérer l'ouragan qui bousculait tout dans sa tête. Puis il s'éloigna un peu plus du loup-garou, marchant jusqu'à l'autre bout de la pièce. Il avait besoin d'espace, de respirer. Il tenta une nouvelle fois d'endiguer sa rage, mais les mots sortirent de sa bouche avant même qu'il n'eut le temps de les filtrer. Il n'arrivait plus à se museler, Stiles avait besoin d'évacuer.
- Tu veux me faire passer pour quoi ?! hurla-t-il. Le méchant de l'histoire ?! Tu veux que j'assume toute la responsabilité de notre relation défectueuse ?!
- Je veux que tu arrêtes de te cacher derrière des excuses de merde, Stiles ! J'ai besoin que tu me parles enfin de ce qui ne va pas et qu'on arrête de se voiler la face ! J'en peux plus, ok ?!
- Je ne me cache pas ! Tu m'emmerdes Derek ! Tu m'emmerdes ! articula-t-il chaque mot. C'est toi qui restes bloqué ! C'est toi qui me prends la tête avec cette putain de fausse couche ! Quand est-ce qu'on va enfin tourner la page !? Quand est-ce que tu vas me lâcher avec cette histoire !? cria-t-il.
Stiles sentit une nouvelle fois, encore, ses larmes dévaler ses joues alors même qu'il essayait de toutes ses forces de les retenir. Abigail, Abigail, Abigail. Il ne voulait pas en parler. Il ne voulait plus y penser, et Derek ne cessait d'appuyer. Il ne cessait de vouloir le tirer en arrière.
- Stiles-
- Non ! C'est bon ! le coupa le fils du Shérif avec virulence. Tu veux que je te dise quoi !? Que je ne t'en veux pas ? Que je ne regrette pas de t'avoir fait confiance ?! Tu m'avais dit que vivre chez toi ce serait mieux, pleura-t-il. Tu…Tu m'avais promis qu'il y aurait moins de risque ! Sauf que ni toi, ni Laura vous n'avez détecté quoi que ce soit ! Alors je n'ai pas de leçon de morale à recevoir de ta part ! Si j'ai envie de garder ce que je ressens pour moi, je le fais !
Le silence s'empara de la pièce de la plus atroce des façons. Stiles arrivait à peine à respirer. Son cœur ne ralentissait pas et sa gorge nouée lui procurait une douleur irradiante. Ses larmes ne cessaient de couler, brouillant sa vision, malgré ses multiples tentatives pour les refreiner. Et ce mal de tête, implacable, ne semblait pas vouloir le lâcher. Il étouffait.
- Ok, j'en peux plus, suffoqua le loup avant de lui tourner le dos et de sortir de la pièce.
Stiles regarda Derek quitter la chambre puis emprisonna son visage entre ses mains. Ses larmes redoublèrent, le temps de quelques secondes. Il releva ensuite la tête, respira profondément, le crâne endolori, et tenta de retrouver un certain équilibre. Stiles avait besoin de silence. Il ne voulait plus voir le loup, l'entendre ou supporter sa présence. Pourtant il ne pouvait pas le foutre dehors au beau milieu de la nuit. Stiles devait faire le tri dans sa tête, alors que tout s'y bousculait : chagrin, colère, déception, culpabilité.
L'adolescent essuya ses joues à l'aide de sa manche, et laissa ses mains retomber le long de son corps. Il ferma les yeux et inspira profondément jusqu'à ce que son pouls daigne ralentir. Ce fut seulement à cet instant, quand son monde se temporisa enfin, que Stiles prit conscience de la rapidité avec laquelle le loup respirait dans le couloir. Derek ventilait, son souffle était beaucoup trop haché, décousu. Alarmé, Stilinski rejoignit Hale dans le couloir. Il avait besoin de s'assurer que tout allait bien.
Un sentiment de panique, prenant le dessus sur tout ce qu'il ressentait, l'étreignit quand il vit Derek à moitié recroquevillé sur lui-même, l'une de ses mains prenant appui sur le mur. Le dos voûté, le loup maintenait ses paupières fermées avec force. Stiles ne tarda pas à comprendre la gravité de la situation. Toutes griffes dehors, les crocs appartenant apparents, Derek luttait pour garder forme humaine, et Stiles regretta de ne pas avoir suivi son intuition, de ne pas s'être attardé sur les détails que son cerveau avait volontairement écartés.
Un million de question jaillirent sous le crâne de Stiles qui, sans plus attendre, s'élança vers le loup-garou pour lui prendre le visage en coupe et le forcer à se redresser.
- Derek, respire ! quémanda-t-il, l'inquiétude le submergeant. Respire, répéta-t-il ses poumons brûlants. Ca va aller, ok ? Regard-moi ! Regarde-moi Derek, supplia-t-il en relevant un peu plus la tête du loup-garou.
Derek ouvrit enfin les yeux laissant apparaître ses iris ocres dans l'obscurité du couloir. Stiles retint son souffle, gardant ses pupilles encrées dans celles du loup-garou, continuant à lui parler pour ralentir le processus, pour l'aider à s'apaiser. Il sentait la respiration irrégulière du bêta s'abattre sur son visage. Les grognements de Derek résonnaient dans la maison. Il tremblait.
Hale ne parvenait pas à reprendre le contrôle, à enfermer la bête à double tour. Plus les secondes passaient, plus Stilinski craignait que la situation ne dérape davantage. Il tenta de faire fonctionner son cerveau, de trouver un élément déclencheur qui mettrait fin à cette crise mais avant même qu'il eut le temps d'entamer quoi que ce soit Hale le repoussa violemment contre le mur et prit la fuite.
Stiles courut jusqu'au rez-de-chaussée, le cœur défaillant, ses pensées se bousculant dans tous les sens. Il ouvrit la porte d'entrée de sa maison, espérant apercevoir dans quelle direction s'était dirigé le loup, mais c'était déjà trop tard. Derek avait disparu. Derek n'était plus là.
Stiles se précipita alors dans sa chambre pour récupérer son portable. Il enfila ses chaussures à la va vite, ignorant les nausées qui lui tordaient le ventre, son mal de crâne qui le regagnait. Puis il composa de ses doigts tremblants le numéro de Scott, tout en essayant de retrouver ses clés de voiture dans la maison.
- Réponds, supplia-t-il à l'adresse de Scott alors que la recherche de ses clés ne menait à rien. Mais où est-ce qu'il les a foutues ?! s'énerva-t-il contre son père.
Le Shérif avait si bien caché ses clés de Jeep que Stiles ne parvint pas à mettre la main dessus, et sa panique grandissait, encore, toujours plus. Rien n'allait.
Soudain, la voix de Scott sortie du combiné et Stiles déballa une suite de mots à la vitesse de l'éclair. Il ne voulait pas perdre de temps, mais son anxiété l'empêcha d'être intelligible. Derek était là, dehors, sous la forme d'un loup-garou, et il fallait agir vite.
- Stiles, calme-toi ! ordonna Scott, apparemment frappé par l'affolement de son meilleur ami. Qu'est-ce qui se passe ? Recommence, je n'ai rien compris !
- Faut absolument que tu viennes ! On était chez moi et… Je ne sais pas ce que Derek a, mais on s'est disputés et… et, tenta-t-il de reprendre son souffle. Il a pété un câble, Scott ! Il s'est transformé et là je ne sais pas où il est, je n'ai pas les clés de ma jeep et-
- Bouge pas de chez toi, j'arrive tout de suite !
Scott raccrocha brutalement et Stiles s'évertua à reprendre son souffle, bataillant contre son stress. Il se mit à compter jusqu'à dix et recommença jusqu'à l'arrivée de son meilleur ami.
oOoOo
Rien. Cela faisait une demi-heure que la voiture de Lydia faisait le tour du quartier, mais ni McCall, ni Martin ou ni Stilinski n'avait aperçu quoique ce soit dans les environs. Le cœur de Stiles n'avait cessé de tambouriner depuis leur départ. Assis à l'avant de la voiture, il peinait à garder son calme, intenable sur son siège.
- Les autres doivent forcément avoir une autre piste, lança Scott le volant entre les mains. Il ne peut pas avoir disparu juste comme ça.
Stiles leva les yeux au ciel. Scott répétait les mêmes mots depuis déjà dix bonnes minutes. Stiles avait besoin de réelles informations, de faits, d'avoir des nouvelles rassurantes sur son copain. Jusqu'ici l'odorat de son meilleur ami ne leur avait strictement servi à rien et à présent, ils se dirigeaient vers la forêt en espérant trouver davantage que le néant.
Stiles se tourna vers Lydia, assise à l'arrière du véhicule, le front collé à la fenêtre, le visage blême. La demoiselle ne semblait pas encore s'être remise de sa cuite, et Stiles se maudissait d'avoir pensé l'espace d'une seconde qu'un seul de ses amis aurait pu lui venir en aide. Il attrapa le portable de la rouquine et fouilla dans ses messages à la recherche d'une réponse provenant du reste de la meute. Pressé.
Allison ne signalait aucune nouveauté, et Jackson ne donnait pas signe de vie. La meute s'était séparée en trois groupes distincts et aucun d'entre eux ne parvenait à retrouver Hale. Stiles n'arrivait plus à se contenir, son cœur cria sous sa poitrine, son corps entier était moite.
Stiles rendit le portable à Lydia et se mit à se mordre le bout du pouce, son stress ne faisant qu'accroître. Stiles avait beau rejouer leur dispute une centaine de fois dans sa tête, il ne comprenait pas comment un loup-garou né, ayant appris à se contrôler depuis tout petit pouvait du jour au lendemain, hors pleine lune, perdre ses moyens.
Derek ne réapparaissait pas et en tant de temps, tout pouvait s'être passé. Derek avait pu attaquer des passants, croiser un chasseur ou des loups-garous d'une autre meute. Les dégâts pouvaient être multiples. La simple pensée que Hale puisse se retrouver avec une balle en argent en pleine tête angoissait Stilinski.
Ne tenant, plus Stiles attrapa son téléphone et essaya, pour au moins la quinzième fois, de contacter le loup-garou. Comme pour ses tentatives précédentes, il tomba sur la messagerie. Cette foutue messagerie.
Scott finit par arrêter la voiture devant le bois. Stiles n'attendit même pas que son meilleur ami ouvre la bouche pour sortir du véhicule et s'engouffrer dans la forêt. Lydia et Scott coururent presque pour le rattraper. A défaut d'avoir des lampes torches, leurs portables demeuraient leur seule source de lumière. Le fils du Shérif commençait à désespérer car rien aux environs ne semblait bouger ou même ressembler un tant soit peu à son copain.
Scott s'arrêta subitement, provoquant l'arrêt du groupe, puis pencha la tête, les narines dilatées. Sous le regard pressé de ses amis, McCall analysa chaque effluve qui passa sous son nez. La tension était palpable et Stiles, ne supportant pas cette interruption interminable, finit par interrompre brutalement son meilleur ami.
- Quoi ? beugla-t-il au milieu des arbres, plus violemment qu'il ne l'aurait espéré.
La grimace de Scott ne plut pas du tout à Stiles, absolument pas. Le fils du Sérif ressentit l'envie de le secouer de toutes ses forces pour le pousser à parler plus vite. Perdre du temps ! Voilà ce qu'ils n'arrêtaient pas de faire alors que Derek était introuvable et que Stiles n'arrivait plus du tout à contenir sa peur.
- Je ne sens plus rien, annonça le loup-garou.
- Comment ça tu ne sens plus rien ?! l'agressa Stiles, sur le point de perdre tout contrôle sur ses émotions.
Scott ne pouvait pas annoncer un truc pareil alors qu'il les avait lui-même emmener ici !
- Je ne sens plus rien ! répéta Scott en écartant les bras, impuissant. Son odeur a disparu, des animaux ont dû passer par-là, effacer ses traces ! Il faut qu'on prenne deux minutes pour-
Stiles soupira difficilement en levant la tête vers le ciel pour dissiper la vague d'injures qui lui passait par la tête. Il n'écoutait plus Scott. Ses mains étaient moites et son mal de crâne ne faisait qu'amplifier. Il devait modérer ses paroles mais s'en sentant incapable il préféra se taire, la tête brûlante.
Le groupe n'avait pas le temps d'élaborer un plan B, ni d'en discuter pendant une demi-heure de plus ! Si les capacités de Scott se révélaient inutiles alors Stiles trouverait un autre moyen sur la route, mais ils ne pouvaient pas traîner, ni rester statique à ne rien faire.
- On continue, décréta le fils du Shérif sans même avoir écouté le ramassis de paroles qu'avait vomit Scott.
Il ignora les contestations de ses amis et s'enfonça un peu plus dans les bois. A cet instant, Stiles ne se voyait écouter personne. Il était hors de question qu'il perdre davantage de temps.
- Stiles, il n'est peut-être même pas là ! lui hurla McCall. On ferait mieux de retourner dans la voiture !
- On a déjà fait le tour du quartier quatre cent fois ! Putain tu veux qu'il soit où ?! s'emporta l'autre adolescent en se retournant, la lumière de son téléphone éblouissant le loup.
Il vit Scott se rapprocher, laissant Lydia immobile derrière lui.
- Stiles, je sais que tu as envie de le retrouver, mais ce n'est pas en se gueulant dessus et en prenant des décisions sans réfléchir que ça arrangera quoique ce soit ! lança McCall plus qu'à quelques pas de l'humain.
Stiles serra les dents puis se détourna de son meilleur ami pour reprendre son chemin. Si Scott ne voulait pas le suivre il passerait au peigne fin l'entièreté de cette forêt tout seul. Il n'écouta donc plus les protestations de McCall et brandit son téléphone pour tenter d'y voir plus clair jusqu'à ce que Lydia ne prenne la parole, d'un ton assez joyeux. Stiles s'immobilisa et se tut.
- Les garçons, s'exclama-t-elle les yeux fixant son portable. C'est bon, Jackson et Isaac l'ont retrouvé ! Il va bien ! annonça-t-elle, soulagée. Stiles, Derek va bien, c'est bon !
Le fils du Shérif vida instantanément l'air de ses poumons. Il retourna auprès de Lydia, bousculant presque Scott sur son passage. Il attrapa le portable de Martin pour s'assurer de ses propres yeux qu'il s'agissait bien de la vérité. Il se passa une main sur son visage, puis reprit enfin son souffle lorsque les bulles de conversation qui défilèrent sous ses yeux lui confirmèrent les dires de sa meilleure amie. Stiles ne s'était jamais sentit aussi soulagé de tout sa vie.
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Quand la voiture de Scott arriva devant la maison des Hale, le reste de la meute était déjà présent. Jackson attendait avachi sur l'une des portières de sa Porsche, les sourcils froncés, les bras croisés, la mâchoire carrée. Allison était, quant à elle, debout près de la voiture d'Erica. Scott n'eut aucun mal à percevoir son irritation, en descendant du véhicule, alors qu'Isaac, Erica et Boyd se tenaient à l'écart de Whittemore et Argent.
- Où est-il ? s'enquit immédiatement Stiles en arrivant auprès du groupe.
- Sa mère et Laura ont pris le relais, et Malia est rentrée chez elle, répondit Allison d'une voix beaucoup plus grave que d'habitude, puis elle tourna en direction du trio Erica, Boyd et Isaac. Vous n'allez pas en croire vos oreilles, poursuivit-elle en les montrant du doigt.
Allison marcha jusqu'à son copain, fusillant du regard le groupe de Reyes. Stiles savait qu'Argent pouvait faire peur, et être extrêmement jalouse, mais elle l'avait habitué à ce que sa colère soit toujours digérer vers McCall. Il ne l'avait vu s'emporter à ce point contre d'autres membres de la meute. Stiles devina aisément que l'annonce qu'Allison s'apprêtait à faire ne ferait plaisir à personne. Il se raidit malgré son soulagement en apprenant que Derek était maintenant en sécurité auprès de sa famille.
- Qu'est-ce qu'ils ont fait ? demanda enfin Scott, mettant un terme au silence qu'avait laissé planer sa petite amie.
- On ne pouvait pas savoir ! balança brusquement Reyes sur la défensive, les dents serrées, avant qu'Allison n'ait le temps de répliquer.
Erica titubait. Malgré tous les efforts qu'elle effectuait pour rester droite, la demoiselle menaçait de s'écrouler d'une seconde à l'autre, et Stiles n'eut plus aucun doute sur le fait qu'une partie des loups-garous de cette meute se comportait anormalement. Seulement, il n'avait aucune idée de ce qui se passait et encore moins, de pourquoi tout semblait prendre une ampleur démesurée ce soir. Son mal de crâne, toujours présent, l'empêchait d'avoir l'esprit clair, de faire marcher correctement ses méninges. Stiles voulut se pincer pour réveiller son cerveau.
- Vous ne pouviez pas savoir ?! se redressa subitement Jackson, hors de lui, faisant sursauter la moitié de l'auditoire. Personne ici n'est censé consommer de l'aconit transgénique ! Personne !
- De l'aconit transgénique ? répéta mollement Scott en secouant la tête comme pour mieux assimiler l'information.
- Exactement, reprit Allison. Ces gros crétins, en plus de consommer de l'aconit malgré l'interdiction de Talia, se sont dit que ce serait une super bonne idée d'en glisser dans le verre d'un loup-garou déjà instable !
- On n'était pas au courant, contra Boyd d'une voix forte. Si Laura nous en avait parlé plus tôt jamais on ne lui en aurait donné !
- Et puis si Stiles ne l'avait pas mis à bout encore une fois, accusa Erica, il n'aurait pas perdu le contrôle ! C'est complétement de sa faute !
- Je…, tenta Stilinski avant de se faire violement couper par Allison.
Il n'avait apparemment aucun droit de parole. Il fusilla Erica du regard mais celle-ci, fière, le foudroya également.
- Peu importe, claqua Argent perdant patience. Donnez-moi le reste de l'aconit, et on pourra tous rentrer chez nous !
Le trio de coupables s'échangea des regards. Ils ne semblaient pas vouloir obéir à Allison, ce qui énerva de plus belle la chasseuse dont le teint vira littéralement au rouge. Elle ne comptait pas rester ici toute la nuit.
- Quoi ? aboya-t-elle. Je suis la mieux placée ici et la seule avec qui l'aconit sera à l'abri de vos conneries ! Alors Isaac soit tu bouges ton cul, soit je m'assure de planter une flèche au beau milieu de ta testicule droite !
- Parle-lui correctement ! attaqua Erica, menaçante alors que dans cette état, la louve n'avait aucune chance de gagner le moindre combat.
Bientôt un brouhaha s'empara du groupe, les voix partant dans tous les sens. Les points de vue se bousculaient, les mots fusaient comme des balles, les esprits s'échauffaient.
- Stop ! hurla fortement McCall décidant de mettre un terme à ces enfantillages.
Son intervention avait suffi à ramener le calme mais pour combien de temps ? Erica continuait à envoyer des éclairs autour d'elle. Allison ne tenait plus en place, laissant s'échapper quelques insultes dans sa barbe, enfonçant son pied dans la terre. Jackson, les muscles bandés, furibond, était prêt à en venir aux mains pour raisonner ses camarades.
- On est pas là pour se disputer ! rappela au plus vite Scott de peur que la situation ne dégénère. Isaac, tu donnes l'aconit à Allison. Et Erica, poursuivit le motard avec autorité, je sais que cette situation ne te fais pas plaisir mais on est tous dans le même bateau ! Maintenant qu'on a ramené Derek chez lui, on va tous rentrer, et arrêter de se lancer des pics les uns aux autres. Je ne veux plus rien entendre avant lundi !
Le soulagement s'empara de McCall quand, contre toute attente, les membres de sa meute coopérèrent. Erica hocha la tête, malgré sa mine boudeuse et fit volteface pour remonter dans son véhicule, du côté passager. Scott adressa un regard interrogatif à sa copine, pour s'assurer qu'Allison tiendrait sa langue le temps du trajet qu'elle devrait effectuer avec Erica, car il était hors de question que dans cet état Vernon, Lahey et Reyes rentrent seuls au volant d'une voiture. Allison soupira pour montrer son agacement, mais hocha la tête en signe d'accord.
La chasseuse monta également dans la voiture une fois le bocal d'Isaac récupéré. Il ne restait plus qu'à oublier les tensions encore présentes, et à espérer que d'ici lundi, chacun ait mis de l'eau dans son vin.
oOoOo
Allison, Lydia. Scott déposa ses deux amies, avant de se mettre en route pour la maison des Stilinski. Stiles n'avait plus rien dit de tout le trajet. Il était resté muet, essayant de garder les yeux ouverts. Les rayons de lumière des lampadaires défilant sur son visage, Scott n'avait pas osé prendre la parole, jugeant que la fatigue de son ami était bien trop importante pour qu'il s'engage dans des discussions futiles. Il se tut également, jusqu'à arriver devant la maison de Stiles.
D'ici, Scott pouvait voir la lumière du salon allumée, et l'ombre du Shérif se déplaçant dans la pièce. En plissant les yeux, McCall put même se rendre compte que le père de son meilleur ami portait toujours son uniforme. Le Shérif venait certainement de rentrer d'une dure journée de travail, à mille lieux d'imaginer la panique générale qui s'était emparée de la meute cette nuit. Stiles détacha sa ceinture et Scott reprit ses esprits, ses mains toujours accrochées en volant, son pied frôlant l'une des pédales de la voiture.
- Merci, bredouilla son meilleur ami la voix emprunte de fatigue, les yeux tombants. Je suis désolé de t'avoir hurlé dessus tout à l'heure, j'étais à cran, se justifia Stiles gêné. Je ne voulais pas que cette soirée soit un fiasco total pour tout le monde, mais apparemment je suis incapable de vous laisser respirer même pour une nuit, grimaça-t-il. Je suis désolé.
Scott soupira, laissant un silence planer dans le véhicule, puis il interpela son ami, l'empêchant de sortir de la voiture.
- Stiles, débuta-t-il, sérieux. Je sais que tu n'aimes pas quand Lydia et moi interférons dans ta vie amoureuse, prévint doucement McCall. Seulement… Peu importe ce qui s'est passé cette nuit entre toi et Derek, il faut que ça s'arrête.
- Je sais, concéda Stiles dans un soupir, le regard dans les vagues. Je sais.
- Je ne parle pas de nous… Enfin de Lydia, des autres ou de moi, précisa Scott. Je te parle de Derek.
Stiles tourna lentement la tête vers lui et Scott se sentit défaillir, juste une seconde. L'expression désespérée de Stiles ne le stoppa pourtant pas. Scott regonfla ses poumons, les mots devaient être dits.
- Derek ne t'attendra pas éternellement, souffla-t-il. Si tu continues à agir de cette façon avec lui, Stiles, tu vas finir par le perdre. Pour de bon.
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Les paroles de Scott ne lui sortirent pas de la tête au point que malgré son envie puissante de dormir, Stiles resta les yeux ouverts pendant plusieurs heures, le moral dans les chaussettes.
Scott disait vrai. Si Stiles persistait sur cette voix le loup finirait par réellement partir, et cette idée le terrifia. Elle l'épouvanta assez pour qu'à quatre du matin passée, Stiles s'empare de son téléphone pour écrire un long message d'excuse au loup-garou, lui proposer de se voir lundi, avant les cours, dans le but de discuter, calmement, afin de trouver un moyen, n'importe lequel, pour ne plus se faire du mal, s'égratigner.
Voici pour le chapitre 14. Comment avez-vous trouvé les "retrouvailles" de Derek et Stiles ? Scott a-t-il raison de prévenir Stiles ? Stiles et Derek arrivront-ils à faire définitivement la paix ? N'hésitez pas à me laisser un petit message pour me dire ce que vous en pensez ! Bon week-end !
