Chapitre 10 : le mystère s'épaissit

« Commission de Contrôle et de Sécurité des Installations ? » répéta le gardien à l'entrée du site de la Bradford. « On ne nous a pas prévenus de votre arrivée ! »

« C'est justement le but. Je viens sans m'annoncer pour vérifier que tout est bien conforme, sinon où serait l'intérêt ? » Par la fenêtre de la voiture, Laurence tendit une carte avec un numéro de téléphone. « Tenez, vous pouvez appeler monsieur Anderson, à la direction de ChemicalTech. Mes services l'ont informé que je ferai une visite sur un site au hasard, dans les trois mois suivant la notification qu'ils ont reçue. J'ai choisi Bradford. Aujourd'hui. »

Le gardien regarda la carte avec méfiance et hésita. Ce n'était pas à lui de déranger un important cadre fondateur et membre du conseil de ChemicalTech.

« Monsieur Kowalski, c'est ça ? Vous permettez que je prévienne le contremaître de votre arrivée ? »

« Bien sûr ! Et demandez-lui s'il peut se libérer du temps pour m'accompagner durant la visite d'inspection. J'aurai des questions à lui poser. »

Le gardien entra dans sa guérite et passa un appel en jetant de fréquents regards dans la direction de Laurence. Un casque de chantier défraîchi sur le siège passager, un badge officiel accolé au revers de sa veste, le consultant du F.B.I. affichait l'assurance d'un homme sûr de son fait.

C'était cependant dans ces moments-là qu'il aurait aimé avoir Avril sous la main. S'il devait reconnaître une qualité à la rousse, c'était d'être un caméléon qui se jouait avec aisance de toutes les situations.

Par le passé, hélas, il avait fini par s'accommoder de son insupportable présence. Après tout, puisque Avril s'imposait, pourquoi ne pas l'utiliser et en profiter délibérément ? Ainsi, il lui arrivait de semer incidemment des indices à son adresse, ou même de suggérer une mission d'infiltration, et la petite fouine s'engouffrait dans la brèche, trop heureuse de se rendre utile et de pouvoir enquêter ! Laurence avait fini par comprendre qu'exploiter la curiosité naturelle de la journaliste et essayer de la canaliser par un biais détourné, était moins dangereux pour cette emmerdeuse que de la laisser se lancer tête baissée, seule, dans les ennuis. Il ne doutait pas de la capacité d'Avril à en imposer, mais malgré son sale caractère, elle n'aurait pas été crédible une seconde pour jouer le rôle d'une chargée de mission gouvernementale, inspectant des installations de sites dangereux !

La veille, après sa visite chez le shérif, Laurence avait finalement conclu que prendre l'identité d'un contrôleur fédéral était la meilleure façon de s'introduire sur les lieux. Contrefaire son identité n'avait pas été bien compliqué pour cet ancien des services secrets. Sous prétexte de faire réviser sa Chevi, il avait emprunté une voiture ordinaire au garage local. Le garagiste avait ouvert des yeux ronds en voyant arriver la splendissime Corvette.

Le contremaître arriva enfin et se présenta. Laurence comprit immédiatement que Burt Vosak, l'homme dont lui avait parlé Travis, tentait de le cerner pour voir à qui il avait affaire. Évidemment, ce type se montrait méfiant, évidemment il voulait en savoir plus sur les raisons de la présence d'un inspecteur fédéral, mais Laurence resta fidèle à lui-même en reprenant le contrôle de la conversation.

Le contremaître commença la visite expressément et se montra un peu trop évasif et fuyant, ce que ne manqua pas de lui faire remarquer Laurence sèchement. L'homme se montra alors plus collaboratif et prit le temps d'expliquer.

Tout à son rôle, Laurence prit quelques notes, vérifia également les dispositifs incendie et les accès – au cas où il devrait revenir. Pour noyer le poisson, il recommanda même de changer des boîtiers électriques qu'il jugea « obsolètes », « plus du tout aux normes » et « dangereux ». Cela allait donner du grain à moudre au contremaître vexé !

Arriva le moment où ils passèrent devant le bâtiment interdit, sans s'arrêter.

« Nous n'entrons pas ici ? » demanda Laurence avec surprise.

« C'est une zone réservée, où l'on entrepose uniquement des matières dangereuses. »

« Raison de plus pour aller la visiter. »

« C'est une unité de stockage, je vous dis ! Il n'y a aucune installation. »

« Désolé, je dois m'en assurer personnellement. »

« Monsieur Kowalski, pour tout vous dire, même moi, je ne suis pas habilité à entrer dans cet entrepôt. »

« Je n'ai pas besoin d'habilitation, Monsieur Vosak. Je vais partout. »

Le contremaître se mouilla les lèvres en hésitant.

« Écoutez, on peut peut-être s'arranger, si vous voyez ce que je veux dire ? Ce bâtiment ne représente franchement qu'une perte de temps... Votre prix sera le mien. »

Laurence ne fut guère surpris en vérité que l'homme lui propose un pot-de-vin. Froidement, il regarda l'employé droit dans les yeux.

« Dans votre intérêt, je vous suggère de m'ouvrir toutes les portes. Vous ne voudriez pas voir débarquer une équipe d'experts pointilleux qui vont inspecter le site dans le moindre détail ? »

Quelque chose dans le ton de Laurence avertit le contremaître qu'il était inutile d'insister.

« Il faut passer une tenue de protection » grogna finalement l'employé à contrecœur.

Ce fut chose faite, et quelques minutes plus tard, Laurence sortait d'un sas et pénétrait dans un immense hangar sombre, où étaient effectivement entreposés des fûts et des containers, par centaines.

Un silence de mort régnait sur les lieux. A l'aide de lampes torche, ils inspectèrent une à une les allées sombres, bien alignées. Laurence nota que le contremaître était nerveux, qu'il se retournait souvent. Le policier n'avait pas cru Vosak lorsqu'il lui avait dit de pas avoir l'autorisation de se trouver là. Peut-être attend-il des renforts pour me dissuader de poursuivre ? pensa Laurence. Il fallait faire vite.

« C'est quoi ces séries de lettres et de chiffres peintes sur les fûts? »

« Leurs identifications. »

« Vous avez un manifeste qui répertorie ces substances ? »

« Il faut en faire la demande à la direction. »

« Très bien, dans ce cas, gagnons du temps. Que contiennent ces fûts ? »

« Des produits toxiques ou mortels. Je ne pourrais pas vous dire quoi exactement. »

« Ce n'est pas excessivement dangereux de les conserver tous au même endroit ? En cas d'accident, si vous voyez ce que je veux dire ? »

« Nous sommes à l'écart de la ville, en milieu forestier. Nous ne risquons pas de mettre en danger des vies humaines ! »

« Sauf celles des employés qui travaillent sur ce site et qui ignorent la dangerosité des matières entreposées dans ces murs ! Quelle est la provenance de ces produits ? »

« D'autres usines du groupe ChemicalTech. Nous stockons ici tout ce qui ne peut pas être réutilisé ou recyclé. »

« L'armée fait également appel à vos services ? »

« Non. Pourquoi ? »

Le coup d'œil acéré qu'avait lancé Vosak à Laurence indiquait qu'il mentait une fois de plus.

« Vous en êtes sûr ? Je vérifierai. »

Vosak se tut. Laurence leva la tête vers la structure métallique du toit et les tôles ondulées.

« Les températures doivent beaucoup varier l'hiver et l'été. Il y a sans doute des produits plus sensibles que d'autres à la chaleur ? Vous ne les conservez pas au froid ? »

« Tous les jours, une équipe inspecte les containers et signale les problèmes. Jusqu'à présent, il n'y en a pas eu. »

« Et contre ça, vous faites quoi, hein ? »

Laurence montra au contremaître des fûts rongés par la corrosion. Il s'accroupit et examina le sol avec la torche. Des taches noires apparaissaient ça et là. Il inspecta les fûts environnants plus attentivement.

Dans son dos, le contremaître se tendit et hésita, la main crispée sur un couteau qu'il venait de sortir discrètement de sa poche. Laurence continuait d'inspecter la terre autour des fûts.

« Il y a des fuites. Vous ne pouvez pas les laisser dans cet état. C'est potentiellement une menace, sans parler de la pollution que ça occasionne. »

« Je vais le signaler. »

Vosak s'approcha de Laurence au moment où ce dernier se redressait. Il s'apprêta à le frapper, mais le policier, sur ses gardes depuis un moment, fut plus prompt à réagir. Sans hésiter, Laurence lâcha sa lampe qui s'éteignit en heurtant le sol, tandis que celle de Vosak décrivait des arabesques de lumière sur les containers et vers le toit. En un éclair, Laurence captura le bras de Vosak avant que la lame ne s'abatte sur lui. Le couteau tomba au sol alors que Laurence maîtrisait le contremaître avec une torsion du bras.

« Allons, monsieur Vosak, que vous apprêtiez-vous à faire comme bêtise ? »

« Lâchez-moi, espèce de fouille-merde ! »

« Certainement pas ! Vous allez me dire ce que contiennent ces fûts ! »

« Je n'en sais rien ! Et même si je le savais, je ne vous dirai rien ! »

En jurant de façon imagée, le contremaître essaya de se sortir de l'étau exercé sur son bras, mais Laurence ne fit que raffermir sa prise. Derrière les gémissements de douleur de Vosak et ses protestations, Laurence tendit l'oreille alors qu'un étrange bruissement se faisait entendre. C'était comme si quelque chose frottait régulièrement de façon lancinante contre une surface rugueuse.

Le contremaître sembla en prendre conscience à son tour et s'immobilisa soudain, puis il balaya le sol de sa torche avec sa main libre, tout autour de lui, en s'écriant d'une voix blanche :

« Il faut qu'on sorte d'ici ! Vite ! »

« Et pourquoi ? »

« Parce que c'est dangereux de rester ici trop longtemps ! »

En grinçant des dents, Vosak recommença à se tordre désespérément contre Laurence pour lui échapper. Il semblait à présent complètement paniqué.

« Lâchez-moi, j'vous dis ! Si vous tenez à la vie, il faut qu'on sorte d'ici tout de suite ! Vite ! »

L'urgence dans la voix de Vosak convainquit Laurence de le libérer. Immédiatement, le contremaître se mit à courir vers le sas, éloignant la seule source de lumière.

« Venez ! Restez pas là ! Vite ! »

Sans comprendre, Laurence tenta de percer les ténèbres de l'allée, d'où provenait plus distinctement désormais ce frottement étrange. Dans l'obscurité, il lui sembla distinguer un mouvement, quelque chose, une présence indéfinissable... Tous les sens en alerte, Laurence sentit les poils de sa nuque se dresser et réprima un frisson involontaire. Avec la très nette impression d'être observé, d'être même une proie potentielle, il recula instinctivement.

Le frottement s'intensifia. Alors que le contremaître le pressait urgemment de sortir au plus vite, Laurence rejoignit Vosak, qui ferma le sas précipitamment.

« C'était quoi, dans l'allée ? »

« Je ne sais pas et je ne tiens pas à le savoir ! »

Vosak se ferma et regarda ailleurs, tendu. Laurence lui prit le poignet et le força à se tourner vers lui.

« Vous savez, mais vous ne voulez rien dire ! Qu'est-ce qui vous effraie tant ? »

Le contremaître secoua frénétiquement la tête.

« Je vous avais dit qu'il ne fallait pas entrer ! Ce qu'il y a là-dedans, est dangereux ! Vous l'avez senti, non ? Je vais vous reconduire, ce sera mieux ! »

« Vous voulez voir débarquer les équipes d'experts ? » le menaça encore Laurence.

« Vos experts peuvent toujours venir, tout ce que vous avez vu à l'intérieur de ce bâtiment, aura disparu ! » ricana Vosak. « Ils ne trouveront rien et vous passerez pour un fou ! Pire : Bradford portera plainte contre vous. D'une façon ou d'une autre, vous serez menacé ou contraint de démissionner, et ils ruineront votre famille, puis votre vie entière ! C'est ce que vous voulez ? »

Laurence dévisagea Vosak.

« Qui ça ils ? C'est en vous faisant peur de la sorte que les dirigeants de Bradford vous empêchent de parler ? »

Silence sur toute la ligne.

« Dites-moi ce que j'ai entraperçu. Cette chose, à l'intérieur, c'était quoi ? »

« Vous n'avez rien vu ! Un conseil : oubliez même que vous êtes venu ici ! »

Alors que Vosak se dirigeait vers la sortie, Laurence le retint encore et sortit de sa poche les deux photos des disparus.

« Monsieur Vosak, est-ce que vous connaissez cette personne ? »

Le contremaître observa Simmons mais secoua la tête.

« Non, c'est qui ? »

« Un homme qui a été aperçu ici pour la dernière fois par l'un de vos employés, il y a une semaine environ. Il serait entré dans ce bâtiment accompagné d'un individu en costume. »

« Désolé, je ne l'ai jamais vu. »

« Et elle ? »

« C'est la fille qui a disparu l'année dernière ? »

« Oui. Vous l'avez vue traîner par ici ? »

« Vous êtes de la police ou quoi ? »

« J'enquête sur la disparition de ces deux personnes, qui pourraient être liées. Alors vous l'avez vue ? »

« J'ai déjà répondu aux questions du shérif à ce propos ! »

« Et vous maintenez votre version ? »

Vosak s'impatienta et fronça les sourcils en comprenant soudain.

« Vous êtes encore un de ces journalistes fouteurs de merde, c'est ça ? Sortez ! »

Comme Laurence ne répondait rien, Vosak lui montra la porte d'un geste décidé. Le consultant suivit le contremaître, visiblement soulagé de revenir à la lumière du jour. Laurence inspecta attentivement les lieux. Personne ne les avait vus a priori. L'employé se retourna vers lui :

« Vous savez quoi, monsieur Kowalski ? Je pourrais porter plainte contre vous mais je ne vais pas le faire. Vous seriez trop content de pouvoir rameuter tous vos petits camarades sur le site en nous faisant une mauvaise publicité ! »

« Ce serait plutôt une question de bon sens. Vous m'avez agressé tout à l'heure, monsieur Vosak » souligna calmement Laurence.

« J'étais en droit de le faire ! Vous êtes un intrus qui n'êtes visiblement pas celui que vous prétendez être !»

« Je qualifierai même votre agression de tentative de meurtre. On est loin du Veuillez sortir d'ici classique et poli ! »

L'homme se troubla.

« Je voulais juste vous faire peur. »

« Peur ? »

« Pour vous faire déguerpir. » L'homme regarda autour de lui pour voir si on les observait. « Si vous en parlez aux flics, je leur dirais que vous m'avez menacé pour pénétrer de force dans cette zone interdite. C'est votre parole contre la mienne. »

« Elle ne pèse pas bien lourd face à celle d'un représentant fédéral... Agent Laurence, F.B.I. » dit-il en montrant finalement son badge.

Vosak ouvrit des yeux ronds et se passa la main dans les cheveux, conscient qu'il venait de se mettre dans les ennuis jusqu'au cou.

« Merde ! Écoutez, je voulais pas... »

« Je sais, sinon vous m'auriez laissé à l'intérieur. Alors, cette chose, c'était quoi ? »

Vosak se tut et secoua la tête.

« Il se passe des histoires étranges ici, depuis quelque temps, n'est-ce pas ? Peut-être même des incidents inexpliqués ? Et cette milice qui patrouille autour du site ? Pour quelles raisons est-elle là ? »

L'homme se mouilla les lèvres.

« Je veux pas d'ennuis. Je fais simplement mon boulot ! »

« Si vous savez quelque chose, vous devez parler. »

« Je n'ai rien à dire. »

« Je comprends. Voyons-nous dans un endroit discret où vous pourrez vous exprimer librement. »

« Non, ils sauront ! Personne n'est à l'abri ! Pas même vous, tout fichu F.B.I. que vous soyez ! »

Laurence dévisagea le contremaître. Ce type transpirait la peur par tous les pores et ne dirait rien. L'employé tourna les talons.

« Venez, je vous raccompagne à votre voiture. »

Ils marchèrent silencieusement vers le portail. Impatient d'en finir, Vosak se tourna vers Laurence et le salua brièvement.

« Un conseil : ne revenez pas traîner par ici. On risque de se montrer moins conciliant la prochaine fois. »

Après un dernier hochement de tête, le contremaître s'en alla. Laurence reprit son véhicule en se disant qu'il n'allait pas en rester là.

oooOOOooo

Intriguée, Alice se pencha sur le vieux grimoire en fronçant les sourcils pour mieux distinguer. Sous ses yeux se trouvait une enluminure colorée qui datait du treizième siècle. On y voyait trois petites créatures humanoïdes grises, avec de grands yeux noirs et aux longs doigts griffus, venue du ciel, combattue par des moines en soutanes, baignés d'un soleil flamboyant, sous la bienveillance d'un ange qui les bénissait. Au sol coulait une rivière bleue, chacun des moines avait un pied dans l'eau, l'autre sur la terre ferme. Les créatures battaient visiblement en retraite en grimaçant affreusement.

Les manuscrits du Moyen-Âge recelaient de nombreuses illustrations de la lutte millénaire entre le Bien et le Mal. Elles étaient généralement destinées à illustrer des textes pour les profanes qui ne savaient pas lire, à mettre en garde et surtout à faire peur.

Alice mit finalement le doigt sur ce qui différenciait cette enluminure des autres qu'elle avait déjà observées. Elle était optimiste : les moines avaient le sourire et affichaient leur victoire sur une créature qui, pour une fois, n'avait pas de queue fourchue, ni de sabots fendus, ni même une tête d'animal surmontée de cornes.

C'étaient d'ailleurs ces têtes qui intriguait Alice. Le Frère bibliothécaire rangeait des livres et elle l'arrêta au passage :

« Dites, mon Père ? Vous ne trouvez pas que cette représentation du démon ressemble à la créature de Roswell ? »

« La créature de qui ? »

« Roswell. C'est au Nouveau-Mexique. Vous n'avez jamais entendu parler de cette histoire d'ovni qui s'est écrasé dans le désert en 1947, et dont on a soit-disant retiré le cadavre d'un extraterrestre ? »

« Vous savez, nous n'écoutons que la radio. Et puis, ce genre d'informations, si tant est que ça en soit une ?... »

Le vieillard fit une moue significative et reprit :

« … Ici, la notion du temps qui passe n'est pas la même que celle des laïques. Les actualités n'en sont plus quand elles nous parviennent, et nous privilégions la réflexion, en accord avec notre spiritualité. »

« Pourtant, j'ai vu une photo en noir et blanc de cette créature, avec une enquête sérieuse à l'appui ! » Elle montra l'un des dessins sur la page. « Je vous jure qu'elle ressemble trait pour trait aux représentations dans ce livre, faites sept siècles auparavant ! C'est troublant, non ? »

« Saint Thomas disait : « je ne crois que ce que je vois. » Avez-vous vu cette abomination de vos propres yeux ?... Non, donc le doute est permis. Peut-être est-ce un simple canular monté de toutes pièces ? Sur quoi s'appuient ces journalistes pour étayer leur enquête ? »

« Un film clandestin, mais vous avez raison, rien n'atteste que ce soit vrai. Ce peut être de pseudo journalistes, qui écrivent de façon sensationnelle, dans une pseudo revue scientifique ! » Alice se mit à rire. « Personnellement, je ne crois pas à l'existence des petits hommes verts ! »

Le bibliothécaire resta de marbre.

« Il y a bien des mystères en ce monde, mademoiselle, et nombreuses sont les choses qu'on ne comprend pas encore. Si vous voulez bien m'excuser ? »

Le vieux moine la salua humblement, puis retourna à ses occupations. Alice leva les sourcils et murmura pour elle-même :

« Il n'y a pas que les livres qui prennent la poussière ici ! » Elle reposa les yeux sur l'enluminure, irrémédiablement attirée par les créatures venues du ciel. « Cette ressemblance est tout de même troublante et étrange. Et si ? »

Elle ne formula pas à voix basse ce qui la tracassait, mais le pensa fortement : Et si ces créatures étaient bien réelles et étaient venues sur Terre dans les siècles passées ?

A suivre...