Chapitre 13 : Jeux de pouvoirs
J'ai l'habitude de dire que la confiance de Laurence est sa plus grande qualité... mais c'est aussi son plus grand défaut ! Il est toujours trop sûr de lui. Avec ses airs supérieurs, son arrogance, il se croit sorti de la cuisse de Jupiter ! Un jour, son ego surdimensionné le tuera...
Dans sa petite cellule monacale, Alice Avril trompait l'ennui en tenant un journal. Présentement, des pensées parasites surgissaient et l'empêchaient d'approfondir le récit de ses dernières aventures avec Laurence. Elle finit par poser le crayon et regarda par la fenêtre en se perdant dans ses pensées.
Qu'est-ce que Laurence fait, à la fin ? Pourquoi il n'appelle pas ? J'espère qu'il ne lui est rien arrivé de fâcheux et qu'il est parvenu à retrouver Simmons. Il doit probablement encore le chercher... Et si cette mystérieuse organisation l'avait capturé, ou pire, tué ? Et si c'était sa connasse de gonzesse qui continuait à lui jouer la comédie ? Arrête ! Tu te fais des films, ma vieille !
Pourtant, l'inquiétude était bien réelle et la rongeait...
Il ne va rien lui arriver. Rien. Comme d'habitude... Parce que d'habitude, c'est moi qui tombe invariablement dans des pièges mortels, et c'est Laurence qui accoure pour me sortir des galères. Peuh ! c'est d'un cliché !
Paradoxalement, Laurence ne se vantait jamais de ses interventions héroïques. Aux yeux du monde extérieur, il s'était plutôt résigné à remplir ces missions rébarbatives et répétitives, comme si les sauvetages d'Alice Avril étaient la croix qu'il devait porter dans l'existence, une sorte de prix à payer pour toutes les femmes qu'il méprisait ou malmenait !
Tu parles ! En réalité, le mec adore se faire prier ! Ces interventions toujours arrachées à contrecœur, cette condescendance qu'il affiche, ne font que renforcer son image virile de mâle tout puissant et flattent secrètement son ego. En somme, en me sauvant, moi, sa meilleure ennemie, Laurence croit se racheter une conduite !
Il s'imagine vraiment qu'on était dupe, Marlène et moi ? Elle adore lui forcer la main pour qu'il revête son armure blanche et intervienne en héros de la dernière minute ! Et Laurence joue le jeu pour lui faire plaisir. Il grogne, rechigne toujours à y aller, alors qu'en réalité, il n'attend que cette occasion pour démontrer qu'il est quelqu'un de bien ! Non, mais quel charlot !
Le scénario s'était produit tellement de fois qu'Alice en était venue à se demander si elle ne faisait pas exprès de se mettre dans le pétrin pour que Laurence arrive à sa rescousse !
Mais non, je ne ferais pas ça inconsciemment pour un type aussi minable et macho, tout de même ? Ce sont les fruits du hasard ! De plus, la demoiselle en détresse, seule et abandonnée, avec son beau chevalier monté sur son fringant destrier (à bord de sa belle bagnole, en l'occurrence), c'est une vision très sexiste des rôles de chacun, ancrés dans l'inconscient collectif, non ? Moi, je préfère casser les codes. D'ailleurs, il aura beau dire, je lui ai sauvé la vie au moulin.
Il lui plaisait de penser que leurs rôles respectifs de victime et de sauveur s'étaient inversés. Cela la rendait forte et confiante, deux émotions qu'elle n'avait pas ressenties depuis un certain temps.
Mais j'y pense ! Quel ingrat ! Il ne m'a jamais remercié ! Laurence, outre votre absence injustifiée, vous allez avoir beaucoup à vous faire pardonner quand je vais vous revoir.
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L'hôte humain qui s'appelait Laurence et que l'Urvord occupait, aimait les énigmes et les mystères. Plus encore, il appréciait de les résoudre pour l'exercice de la complexité. L'Urvord s'était aussi rendu compte que son esprit était remarquablement souple, organisé et structuré, avec des connexions neuronales plus rapides que la moyenne des pathétiques individus qui peuplaient ce triste monde terrestre, voué à être colonisé. Face à un spécimen humain qu'il ne pensait pas aussi intelligent, la curiosité de l'Urvord s'éveilla et l'e.b.e. s'autorisa à sortir Laurence de son inconscience pour le tester.
Évidemment, il y eut une phase émotionnelle forte. Un esprit pris en otage pouvait basculer dans la folie, mais l'Urvord s'assura que Laurence soit rassuré par ses intentions, en modifiant dans le cerveau les réponses chimiques à l'angoisse.
Ils entamèrent un dialogue, prémices à toutes formes d'échanges et de communication.
L'Urvord procéda ainsi pour amadouer Laurence et avoir accès à ses connaissances de façon directe et spontanée. Même ainsi, il se heurta à la volonté de fer de l'humain qui ne comptait pas se laisser « dominer » et encore moins « devenir l'esclave d'un immonde parasite ». Cette résistance passive (tout à fait inutile), ce panache (ridicule), plurent tout de même à l'Urvord, même si Laurence se fit punir en étant renvoyé aux oubliettes pour avoir traité l'Urvord de « violeur psychique » et de « psychopathe sanguinaire intergalactique ».
L'Urvord étudia les souvenirs de Laurence qui avait presque assisté à l'éclosion d'un « Gris », un soldat sensé protéger l'Huile Noire et lui servir de corps. L'humain ne soupçonnait évidemment pas qu'il s'agissait d'une entité biologique extra-terrestre, mais il s'intéressait aux agissements d'un mystérieux groupe d'individus, qui, lui, s'intéressait aux visiteurs venus d'un autre monde.
Le Consortium était derrière toute cette affaire. Finalement, l'humain et l'Urvord avaient beaucoup plus en commun qu'il ne le pensaient.
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« Décidément, on vous fait sortir par la porte, Laurence, vous trouvez le moyen de rentrer par la fenêtre. »
Spender ne cacha pas sa contrariété à voir le consultant du F.B.I. de retour à la Bradford, en compagnie du Shérif Barkley, cette fois.
« Il est là à ma demande, agent Spender. L'Agent Laurence est persuadé qu'une autre affaire de disparitions l'année dernière, concernant une Ranger et un homme, est liée à celle de Simmons. Il voudrait poser des questions aux dirigeants de ChemicalTech, notamment sur l'existence d'une milice armée. »
« Une milice ? Je n'ai rien vu de tel. L'agent Laurence est prêt à vous faire avaler n'importe quelle couleuvre, Shérif ! »
« Mon adjoint et moi-même avons aussi croisé ces personnes. Ils sont très évasifs quand on leur pose des questions, c'est pourquoi je vais les convoquer et ouvrir une enquête à leur sujet pour de incidents répétés. Si ChemicalTech veut s'exprimer également, c'est le moment. »
Spender lança un coup d'œil vers Laurence. Inutile de demander d'où venait cette idée...
« Les arguments de l'Agent Laurence sont tout-à-fait raisonnables et logiques » reprit le shérif. « Vous l'avouerez, il se passe des choses étranges avec ce nouvel incident sur le site, non ? »
« Des arguments ? Donc, vous n'avez pas de preuves, Laurence. »
« Seulement un faisceau d'indices concordants. » répondit enfin le consultant.
« Qu'est-ce que c'est que ce charabia ? »
Laurence eut un bref sourire retors.
« Vous ne pouvez pas me virer, Spender. Mon enquête sur Simmons n'est pas close, tant que Jenkins n'a pas rendu ses dernières conclusions. »
Spender soupira.
« Bonne chance, alors... »
« Et pourquoi ? »
« Un incendie a ravagé partiellement la morgue de Gettysburg cette nuit. Un court-circuit accidentel apparemment. »
« Il y a des victimes à déplorer ? » s'inquiéta le français.
« Les défunts uniquement. La police est en train d'enquêter et d'évaluer les dégâts. »
Laurence et le shérif échangèrent un regard qui en disait long.
« Et Vosak, c'est aussi accidentel ? » demanda Laurence, après un court instant de silence.
« Des témoins l'ont vu sauter de là-haut. Personne ne l'a poussé. »
« Étrange comme suicide. J'ai parlé à cet homme il y a quelques jours et il ne m'a pas semblé déprimé. Effrayé, en revanche, il l'était. Il craignait pour sa vie. »
« On m'a rapporté votre présence en ces murs. Vous vous êtes fait passer pour ce que vous n'étiez pas, afin d'entrer ici sous un faux prétexte. »
« Pour votre information, j'ai décliné mon identité et montré mon badge. Hélas, Vosak ne pourra plus en témoigner, maintenant qu'il est mort. » Laurence s'approcha de l'homme de la N.S.A. « Je ne sais pas encore ce que Simmons avait découvert, ce que ChemicalTech mijote, mais je finirai par l'apprendre, Spender. Mon enquête est loin d'être terminée, d'autant qu'il est clair pour moi que ce suicide n'en est pas un et qu'on a voulu faire taire Vosak. »
« Du vent, Laurence ! Vous n'avez rien pour étayer votre théorie ! Allez interroger les témoins qui l'ont vu sauter seul dans le vide. »
Laurence se planta devant l'agent de la N.S.A.
« J'aurai ces preuves, Spender, et vous pourrez constater par vous-même que j'ai raison. »
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Spender s'isola dans un bureau de la Bradford et patienta, le temps qu'on lui passe son correspondant. Il en profita pour allumer une cigarette.
« Je vous écoute, Carl » fit finalement la voix de son supérieur.
« Laurence devient une menace, monsieur. »
Il y eut un silence.
« Alors, il est peut-être temps de s'en débarrasser. »
« Je vais faire le nécessaire. »
« Avant d'en finir avec lui, tâchez de savoir où se trouve la journaliste française. Qu'elle disparaisse elle-aussi. »
« Ce sera fait. »
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Alors qu'il marchait dans le parking souterrain de son domicile, Laurence les entendit avant même de les voir.
Une voiture noire tous phares allumés arriva en trombe sur lui. Aveuglé, il dut se jeter instinctivement au sol pour éviter la collision fatale. Un puissant coup de frein dans un crissement épouvantable et quatre hommes en noir se précipitèrent vers lui pour le maîtriser.
Le consultant était prêt à les recevoir. Il savait très bien se défendre au corps à corps contre un homme, mais quatre, c'en était trop : il opta pour la fuite. On le somma de s'arrêter et on lui tira finalement dessus. Les balles ricochèrent autour de lui sans le blesser.
L'extra-terrestre gronda en Laurence et décupla ses forces. À la course, il pouvait facilement distancer ses poursuivants, mais il ne pouvait pas prendre le risque d'exposer ce corps précieux aux balles meurtrières, d'autant que les individus malveillants tâchaient désormais d'anticiper ses mouvements et de l'encercler.
Si c'était ce qu'ils voulaient... L'Urvord les mena vers un cul-de-sac au fond du parking. Les hommes le prirent en étau et Laurence se retrouva rapidement coincé.
« Que me voulez-vous ? » demanda l'Urvord, tout à son rôle.
« Seulement vous parler. Simplifiez-nous la tâche. Nous préférerions que vous collaboriez de votre plein gré pour nous accompagner. »
« Sinon ? »
« Sinon, ce sera moins agréable pour vous. »
« Dans ce cas, il faudra venir me chercher. »
Les individus s'approchèrent et l'Urvord attendit le bon moment pour que le piège se referme de façon spectaculaire sur ces brutes. Quand les quatre hommes furent à bonne distance, il y eut un violent flash lumineux d'une intensité aveuglante, suivi de hurlements de douleur.
L'Urvord ouvrit les paupières et constata les dégâts. Les quatre individus avaient lâché leurs armes et porté des mains brûlées à leurs visages en masquant leurs yeux. Ils gémissaient sourdement à présent. Le plus proche de Laurence tomba à genoux pour finalement s'étaler de tout son long en étant pris de convulsions. De graves brûlures apparaissaient sur tout son visage convulsé. Et ses yeux... Ses yeux n'étaient plus que de sombres orbites vides. Son agonie avait commencé.
Pour les autres, ce serait plus long, mais tout aussi fatal. L'Urvord ne s'attarda pas et retourna vers la Corvette.
Que leur avez-vous fait ? Demanda intérieurement un Laurence consterné par ce qui venait de se passer.
Ton enveloppe corporelle me protège. En échange, Urvord protège l'hôte.
Mais qu'est-ce que c'était ?
Un puissant rayonnement ionisant gamma.
Vous les avez irradiés !
L'ampleur de l'horreur se révéla dans le ton du policier français.
Ne te laisse pas apitoyer, Laurence. Ces ramassis d'humains voulaient te capturer, t'interroger, puis te tuer.
Qu'est-ce que vous en savez ?
Ils appartiennent à un groupe de renégats humains appelé le Consortium. Ces cloportes espèrent nouer des contacts avec la noble race extra-terrestre à laquelle j'appartiens et négocier ainsi leurs survies. Tu étais sur le point de découvrir l'un de leurs nombreux secrets. C'est pour ça qu'ils veulent te faire disparaître.
Un secret ? Lequel?
Simmons était un espion infiltré depuis de nombreuses années. Il était chargé d'évaluer la menace extra-terrestre qui pèse sur la Terre au sein des États-Unis, de découvrir d'éventuelles relations et interactions de ce gouvernement avec une race venue d'ailleurs. Les agissements suspects de ChemicalTech ont attiré son attention. Sur le point d'être découvert, le Consortium a commandité son enlèvement.
Quel rôle joue cette entreprise dans cette affaire ?
Les dirigeants de ChemicalTech appartiennent au Consortium. Cette structure abrite une branche clandestine de recherches scientifiques avant-gardistes et illégales. Le Consortium fait des expérimentations en vue de créer un être hybride, moitié humain, moitié extra-terrestre.
Il y eut un silence, puis Laurence reprit la parole :
Pour créer un hybride, il faut disposer d'A.D.N. extra-terrestre, non ? Comment le consortium se l'est-il procuré ?
Le Consortium a négocié un échange avec nos dirigeants. Rendre les corps de trois de nos explorateurs tués en mission de reconnaissance, contre du matériel génétique vivant.
Mission de reconnaissance ? Vous parlez d'un ovni ?
Oui, l'un de nos vaisseaux s'est écrasé sur Terre il y a des années... Jamais nos responsables n'auraient dû accepter cet échange ! Ils auraient mieux fait de détruire les preuves de notre existence !
Ainsi des divisions existaient au sein des extra-terrestres sur la conduite à tenir vis-à-vis des êtres dits inférieurs.
Je t'entends penser, Laurence ! se moqua l'Urvord. Oui, il y a des divisions, mais nous sommes tous d'accord sur l'essentiel : conquérir votre monde et l'asservir !
Charmante perspective... Et l'être que j'ai aperçu à Gettysburg ? Qu'est-ce que c'était ? Un hybride ?
Non. Un Gris, un soldat de ma race, mis en gestation à l'intérieur de Simmons par le Consortium. Cela démontre que leurs chercheurs ne sont pas encore capable de créer un hybride.
Est-ce que cela est censé me rassurer ? demanda de façon sarcastique un Laurence dégoûté.
Pas vraiment, non ! s'esclaffa encore l'Urvord. Ce groupe n'agit que de façon égoïste pour sauvegarder ses propres intérêts. Ses membres veulent seulement sauver leurs peaux. Ils ne se soucient aucunement des populations humaines et poursuivent leurs propres objectifs.
Comme assassiner des leaders politiques pour, j'imagine, placer à la tête des gouvernements leurs partisans ?
Oui. Ils n'hésiteront pas tant qu'ils peuvent satisfaire leurs ambitions personnelles et devenir la nouvelle élite humaine. Ils se leurrent. Nous ne ferons aucune concession et ne permettront à aucun humain de demeurer en vie.
Laurence sentit pourtant une légère hésitation chez son envahisseur et comprit soudain quelque chose.
Vous voulez faire échouer les négociations en vue de créer cette race hybride, car vous avez peur de ce qui peut en résulter ! Vos intérêts, bien que différents des miens, les rejoignent ! C'est pour ça que vous me maintenez conscient !
Je ne cache pas que je me sers de toi, humain. Nous n'avons pas peur au sens où tu l'entends. Les objectifs de ce groupe vont à l'encontre des principes premiers de Pureté. Je suis un Maître de Guerre, un Colonisateur, et je refuse que mon peuple fasse des compromis en créant des abominations hybrides, moitié humaines, moitié A'Cheyn'ta. Les humains ne sont que des êtres inférieurs, des réceptacles condamnés à disparaître. Les plus forts dominent les plus faibles, c'est dans l'ordre naturel des choses.
Vous parlez d'hybridation en la réfutant. Pourtant, n'est-ce pas ce que nous sommes finalement devenus tous les deux ? Une sorte d'hybride ?
Tu es mon esclave, Laurence, et je te tolère jusqu'à présent. Si ton insolence continue d'être malvenue, je pourrais tout-à-fait te faire disparaître définitivement.
Vous avez besoin de moi. Vous ne me mettrez pas aux oubliettes.
Pour l'instant... concéda l'Urvord. Maintenant, retourne à ton poste d'observateur muet.
La voix de Laurence se tut dans l'esprit de l'Urvord. Le consultant du F.B.I. monta dans la Corvette, démarra et sortit du parking.
Spender put sortir de sa cachette et s'approcha des quatre hommes au sol. Trois se tordait de douleurs en gémissant faiblement, mangés par les radiations. Le quatrième était décédé.
L'agent de la N.S.A. ignorait ce qu'il s'était produit exactement. Un grand éclair blanc aveuglant avait brièvement éclairé le parking alors qu'il se trouvait en retrait de la scène. Il n'était pas brûlé. L'éloignement l'avait probablement sauvé.
Il lui fallait désormais prévenir les secours et son supérieur. Laurence était dangereux et n'était visiblement pas ce qu'il semblait être.
Raison de plus pour le pourchasser et le capturer. Vivant, si possible.
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Comme il est aisé de jouer avec vous, humains, et de vous manipuler.
Laissez Meredith tranquille ! Elle ne vous a rien fait !
Tu la détestes ! Autant s'en débarrasser, non ?
Si vous touchez à un seul cheveu de sa tête... gronda la voix intérieure de Laurence.
Tu vas faire quoi ? M'en empêcher ? Tu peux toujours essayer, pauvre vermisseau rampant ! C'est moi qui ai le contrôle ici !
Quittez mon corps, ignoble parasite, et vous verrez de quoi je suis capable !
Hahaha ! Tu ne mérites décidément pas que je te rende service !
Qu'allez-vous faire ? S'il-vous-plaît, ne lui faites pas de mal !
Tu me fais perdre mon temps et tu m'ennuies, humain ! Tais-toi, maintenant, et retourne dans le cloaque qui t'a vu naître !
Non ! Ne faites pas ça ! NON !
...
La voix désespérée se tut et « Laurence » reporta son attention sur la femme devant lui.
« Tu es ignoble, Swan ! »
« Vraiment ? Je découvre que tu profites de mon absence et que tu as une liaison. Comment crois-tu que je dois réagir ? En fermant les yeux et en te pardonnant ? »
« Tu n'es jamais là ! Steven m'a apporté un peu d'attention, alors que, toi, tu me délaisses ! »
Laurence ricana devant l'attitude de diva outrée de Meredith. Si elle croyait que la carte jalousie allait fonctionner avec lui, elle se mettait le doigt dans l'œil jusqu'à l'épaule !
« Épouse ton Steven, alors ! »
Meredith changea immédiatement de stratégie.
« Je m'en fiche pas mal de lui ! Il n'y a que toi qui compte, Swan ! »
« C'est comme ça que tu affirmes ton affection ? En me trompant ? »
« C'était une erreur, une terrible erreur ! Je t'aime ! Je t'en prie, pardonnes-moi ! »
Laurence eut un rire.
« Cet enfant, Meredith ? Est-il seulement de moi ? »
« Oui ! C'est bien le tien ! »
« Comment peux-tu être aussi affirmative ? Comment te croire ? Tu m'as déjà tellement menti ! »
« S'il-te-plaît ! Je te jure, il n'y a eu que toi ! »
« Il était l'unique raison pour laquelle je restais, Meredith. Cette comédie n'a que trop durer. Je vais m'en aller maintenant. »
« Mais ? Et notre mariage dans trois semaines ? »
« Il n'y aura pas de mariage. Tu as tout gâché »
« Non, tu ne peux pas me laisser ! »
« Je vais me gêner. »
Après un dernier regard, il se détourna de Meredith, non sans éprouver une certaine satisfaction. Il sortit sur le perron de la riche villa, alluma une cigarette et inspira profondément en fermant les yeux.
L'Urvord ne pensait pas que ce serait aussi bon de fumer. Laurence avait arrêté pour des raisons de santé. Des années de cigarettes avaient gangrené ses poumons. Les ajustements étaient en train de se produire pour détruire les cellules cancéreuses qui le rongeaient.
Je préfère encore mourir plutôt que de vivre ainsi, prisonnier dans mon propre corps !
Tu étais condamné. Remercie-moi plutôt ! Tu obtiens un répit.
Je n'en veux pas ! Je veux que vous quittiez mon corps !
Impossible. Ton corps protège Pureté.
Et s'il arrive quelque chose à mon corps ?
Je survis, tu meurs. Et je quitte cette enveloppe devenue inutile.
Dans les deux cas, je suis totalement foutu.
Si tu me sers bien, je peux te laisser la vie sauve.
Jamais vous ne le ferez. Je sais désormais trop de choses sur vous et votre espèce !
Tu as une utilité limitée, Humain. Je te laisse t'exprimer car j'ai besoin d'informations.
Je n'ai rien à vous dire !
Ton esprit est bien organisé et je rencontre toujours des résistances. Sache qu'il me serait facile de les vaincre en les détruisant. Mais ce faisant, je vais aussi détruire ta raison d'être. C'est ce que tu désires ?
Si cela peut abréger mes souffrances, faites. Je ne collaborerai pas.
Tu es courageux. Le courage est une valeur que nous estimons.
Il y eut un silence.
Parlez moi de vous et de vos semblables.
Nous voyageons à travers le cosmos depuis la nuit des temps.
Vous êtes des envahisseurs.
Nous ne faisons que survivre en colonisant. Votre forme de vie est l'une des plus remarquables qu'il m'ait été donné de voir. Il est regrettable que nous devions vous soumettre.
Nous ne sommes pas nés pour être des esclaves !
C'est pourtant ce que vous deviendrez.
Jamais !
Tu m'amuses, humain.
Oh ! Arrêtez avec votre condescendance ! Vous n'êtes pas tout puissants, loin de là !
L'Urvord balaya la provocation et renvoya Laurence au silence.
A suivre...
Je ne délaisse pas Alice. Elle jouera bientôt son rôle activement. Promis.
Les retrouvailles de Laurence et d'Avril sont pour le chapitre suivant.
