Chapitre 18 : Ajustements
Gennaro ouvrit la porte derrière laquelle Alice attendait depuis un moment.
« Alors ? » demanda la jeune femme, en ne cachant pas son inquiétude.
« Il veut bien vous voir. »
Alice ressentit un immense soulagement et murmura :
« Merci Gennaro ! Il est comment ? »
L'Italien eut une moue significative.
« Pas très loquace quand il s'agit de parler de lui, mais il a retrouvé sa langue acérée quand je lui ai servi quelques vérités... Allez-y en douceur, cette fois. »
« Ok. »
Alice prit une inspiration profonde, puis entra dans la pièce, en ignorant dans quel état d'esprit elle allait trouver Laurence.
Il était debout, ce qui était déjà rassurant, et semblait plus reposé malgré une pâleur persistante. Elle croisa son regard et il y eut un bref moment de flottement entre eux alors qu'ils semblaient gênés de se retrouver tous les deux dans la même pièce. D'un geste de la main, sans rien trahir, il l'invita finalement à venir le rejoindre.
« Ça va ? Vous vous sentez mieux ? » lui demanda-t-elle, clairement tendue.
« Comment voulez-vous que je me sente mieux quand Gennaro fait preuve d'un tel pragmatisme ? C'est juste consternant ! »
Encore une de ses réponses détournées, mais au moins, le propos ne manquait pas d'une ironie mordante. L'Italien partagea un sourire narquois avec le consultant du F.B.I. avant de lui dire :
« À dire vrai, je ne t'ai guère laissé le choix, mon ami. »
« Entre deux maux, toujours préférer le moindre. Retenez cette leçon, Avril. »
La jeune femme avait la très nette impression que cette remarque s'adressait à lui plutôt qu'à elle, alors elle ne fit pas de commentaire. Laurence la dévisagea avec gravité et temporisa avant de lâcher :
« J'aurais dû vous écouter. »
Alice écarquilla les yeux de surprise. L'admission de Laurence en forme d'excuse était tellement rare qu'elle en était d'autant plus précieuse. Ils se dévisagèrent intensément, comme si un courant de compréhension passait enfin entre eux.
« Vous faire peur n'était pas non plus dans mes intentions » ajouta-t-il doucement.
Il était sincère, elle le savait. D'ordinaire, il se moquait bien de ce que l'on pensait de lui et se comportait en véritable mufle, mais il connaissait aussi les limites à ne pas dépasser dans leur amitié. Alice tacha d'effacer le léger sourire apparu sur ses lèvres et décida de faire également amende honorable en reconnaissant ses torts.
« Peut-être que je n'aurais pas dû autant vous bousculer… »
« Dans le genre éléphant dans un magasin de porcelaine, vous vous posez là, c'est sûr ! » ricana-t-il avec sa férocité habituelle. « Mais à quoi pouvais-je m'attendre d'autre de la part d'une péquenaude ? »
Souffler le chaud et le froid, il savait faire ! Alice en resta muette l'espace d'un instant et encaissa comme elle put l'insulte cinglante. Gennaro s'empressa de calmer le jeu pour éviter que le ton monte entre leurs deux caractères volcaniques :
« Même si le moment était mal choisi, je reste persuadé qu'Alice a agi pour ton bien en crevant l'abcès. »
Laurence secoua la tête en ricanant.
« Mon bien... Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre ! »
« Tu étais logiquement désorienté, Swan, ça t'a permis de t'en rendre compte... Comme je te l'ai expliqué, tu ne dois pas garder ce poids en toi, ça va te détruire. Tu as la chance d'être entouré de personnes qui te soutiennent. Appuie-toi sur nous... Alice, moi, toute la communauté qui a prié pour toi, dès lors que nous avons compris ce qu'il t'arrivait. Nous sommes là. Quand tu es mal, ouvre-toi, même si c'est difficile, même si tu dois forcer ta nature. Laisse-nous la possibilité de t'aider, ne reste pas seul pour supporter ce fardeau. »
Laurence fit jouer sa mâchoire quelques instants et essuya le regard blessé et plein de reproches d'Alice. Il détourna les yeux, hésita, visiblement mal à l'aise, puis se décida enfin à formuler le fond de sa pensée :
« Loin de moi l'idée d'être un ingrat, je vous suis reconnaissant pour tout ce que vous avez fait. »
Il s'interrompit brusquement, la voix plus rauque, signe qu'il était ému. Il s'éloigna d'eux et prit quelques secondes avant de poursuivre :
« J'entends vos arguments, seulement... il y a des sujets que je ne souhaite tout bonnement pas aborder, d'autres que je gère à ma façon... Je vous demande simplement de respecter ma pudeur et de ne pas insister quand mes silences vous semblent trop... pesants. »
Irrésistiblement bouleversée par son émotion contenue et sa dignité, Avril dut réfréner l'envie de le serrer dans ses bras. Cette fois, elle décida de passer l'éponge et lui fit un petit sourire pour l'assurer de son total soutien.
« Bien sûr. En tous cas, ça fait du bien de vous retrouver... »
« Je n'en dirais pas autant, en ce qui vous concerne. »
« … Tel qu'en vous-même, Laurence. »
Les yeux d'Alice pétillaient indéniablement de malice tandis que l'éternel bougon restait de marbre. Gennaro eut un sourire en les regardant tous les deux se perdre l'un dans l'autre et retrouver sans doute leur dynamique et leurs routines. Il frappa soudain dans ses mains pour attirer leur attention.
« Tout ça, c'est bien bon, mais si nous parlions de votre prochain départ ? » s'écria soudain le moine.
« Attendez ! Il m'est venue une idée un peu plus tôt, alors que j'étais dehors... »
« Oui, alors là, je ne sais pas ce qu'il faut attendre de pertinent dans vos réflexions, Avril. »
Elle ignora le commentaire caustique du consultant et poursuivit comme s'il ne l'avait pas interrompue :
« … Et s'il retournait au bassin pour bénéficier des bienfaits du jet d'eau ? Je sais, ça peut paraître dingue dit comme ça, mais moi, ça m'a aidé à faire le vide dans ma tête et à y voir plus clair. »
« Le vide dans votre tête ?! » s'exclama Laurence avec consternation. « Parce que vous avez l'impression d'avoir un cerveau entre les deux oreilles, Avril ? »
Pour le coup, Alice roula des yeux vers Gennaro en soufflant.
« Je le trouve très en forme pour un ressuscité, non ? » se contenta de dire l'Italien en riant, un brin chambreur.
Avril grogna et murmura : « Un peu trop, à mon goût... »
Quand il vit que la journaliste n'allait pas mordre, Laurence reprit plus sérieusement :
« C'est quoi, cette histoire délirante de jet d'eau ? »
« Ce n'est pas aussi farfelu que ça semble être... » Comme Laurence l'observait sans comprendre, Gennaro expliqua : « Le jet d'eau du bassin agit de façon apaisante sur les personnes qui se trouvent à sa proximité immédiate. On perd toute notion du temps et on se... recentre sur soi-même de façon objective, comme si des pièces de puzzle se mettaient en place dans l'esprit... C'est un phénomène difficilement explicable, dû au magnétisme de la roche probablement, mais aussi à l'environnement bucolique. Au solstice d'été, en ce moment donc, l'attraction est la plus forte... Ce n'est pas garanti que cela fonctionne sur un vieux grincheux comme toi, mais ça ne coûte rien d'essayer ! »
« Si, en plus, ça peut améliorer votre légendaire bonne humeur, qu'avez-vous à perdre ? »
« Un risque demeure cependant, Alice, celui de faire remonter le traumatisme de sa noyade chez Swan, sans compter ce qu'une nouvelle exposition à la météorite pourrait éventuellement déclencher chez lui... » Il se tourna vers Laurence. « À toi de voir si tu veux tenter l'expérience. »
Laurence les considéra tour à tour, en pesant silencieusement le pour et le contre. Finalement, il secoua la tête, exprimant clairement ses doutes. Il prit néanmoins la direction de la porte et sortit.
« Bon, qu'est-ce que vous attendez ? Vous venez ? » leur adressa le policier depuis le couloir.
Gennaro et Alice échangèrent un sourire de connivence.
oooOOOooo
Personne ne voulut prendre le risque qu'un nouvel incident se produise. Aussi, des moines se relayaient pour surveiller Laurence discrètement à bonne distance. Au bout d'un long moment tout de même, Gennaro et Alice se rendirent sur place et trouvèrent le policier assis en tailleur, à même le sol, le dos droit, les yeux fermés, en pleine méditation.
L'extirper de son état contemplatif ne fut pas simple, et comme pour Alice la première fois, la fatigue s'abattit sur lui dans la foulée. Il n'était pas d'humeur communicante mais il accepta que la jeune femme le raccompagne à sa chambre à condition qu'elle se taise, volonté qu'elle respecta pour une fois. Laurence dormit d'un sommeil de plomb.
Le lendemain, le bénéfice de l'opération se fit sentir en terme de sérénité. Laurence retrouva un certain équilibre dans ses relations à autrui… tant qu'Alice restait éloignée de lui ! Dès qu'ils étaient ensemble, les piques et les entourloupes repartaient à la hausse. Gennaro eut l'impression d'avoir affaire à deux gamins en train de se chamailler pour un oui, pour un non, et s'étonna qu'ils n'en viennent pas aux mains tellement leurs différents tournaient systématiquement au vinaigre.
Gennaro avait toujours connu Laurence comme un donneur de leçons impossible à remettre à sa place et quelqu'un qui se complaisait dans le conflit. Pour en avoir lui-même fait les frais parfois, il savait l'énergie nécessaire pour affronter un tel personnage. L'humour de l'Italien lui permettait de désamorcer des situations compliquées, mais Avril... C'était une combattante de front dont il saluait le courage et la détermination ! La jeune femme ne se laissait pas démonter et contre-attaquait tout aussi férocement. Il n'y avait aucun vainqueur et aucun vaincu dans leurs affrontements. Le moine les trouvait juste fatiguant, ce qui était un comble pour un Italien, habitué de ce genre de tapage !
Une seconde fois, Laurence retourna au bassin, accompagné d'Alice, qui se perdit elle aussi dans la contemplation féerique des lieux. Autant en profiter, le lendemain, ils prenaient la route, vers une destination inconnue.
oooOOOooo
Assise sur la banquette arrière, Alice émergea doucement de sa brève sieste en se frottant les yeux et en baillant. Pendant une minute, elle regarda le paysage défiler devant ses yeux en enregistrant que des forêts de mélèzes avaient succédé aux plaines et aux champs de blés. Le relief était également plus accidenté.
Gennaro conduisait et emmenait Avril et Laurence quelque part en sécurité, leur avait-il assuré. Rompu aux techniques d'exfiltration dans une autre vie, l'Italien les avait fait sortir discrètement du monastère, chacun de leur côté. Après s'être assuré avec l'autre chauffeur qu'ils n'étaient pas suivis par les hommes de Spender, ils avaient pris ensemble le même break et roulaient depuis huit heures vers une destination inconnue.
Alice changea de position et signala à ses compagnons qu'elle était éveillée.
« Vous avez ronflé comme un vieux poêle à bois, Avril. »
Le coup d'œil moqueur de Gennaro dans le rétroviseur confirma les paroles ironiques de Laurence, assis à l'avant. Alice haussa les épaules. Il faisait chaud et le manque flagrant de sommeil dû aux cauchemars depuis que Laurence avait failli disparaître, se faisait sentir.
« On est encore loin ? » demanda t-elle, après s'être hydratée.
« On arrive dans une heure. »
Que ne donnerait-elle pas pour une douche rafraîchissante ? Elle éprouvait aussi le besoin de se dégourdir les jambes.
« Je vais bientôt m'arrêter faire une pause. »
« Merci Gennaro, vous lisez dans mes pensées. »
L'Italien eut un petit rire tellement le soulagement était palpable chez Alice.
« Votre dos, comment il va ? »
« On va faire aller. »
« Je croyais que les massages de Swan avait été efficaces ? »
À ces paroles, Alice se figea tandis que Laurence réagissait de son côté.
« Si, mais... »
« Ce n'était pas moi ! » s'empressa de dire catégoriquement le consultant.
L'ambiguïté de son commentaire souleva les mêmes questionnements dans l'esprit d'Alice qui avait déjà réfléchi à tout ça et avait une théorie.
« Justement, à ce propos... Vous en aviez conscience, Laurence ? Je veux dire, quand il m'a massé ? »
Il... Ils en parlaient désormais comme d'une troisième personne, en citant rarement son nom, et cependant, Laurence avait toujours du mal à aborder le sujet. Alice sentit ses réticences qu'elle attribua au fait que la conversation pouvait être gênante, et préféra élargir le débat :
« D'une façon générale, vous étiez conscient quand il agissait à votre place ? »
« Ce sont désormais des souvenirs » finit-il par dire.
« Ça veut dire que vous vous rappelez aussi de tout le reste ? »
À nouveau, il prit un certain temps avant de répondre.
« Pas de tout, non... Il me maintenait parfois en état d'inconscience, et puis, nous avons commencé à dialoguer. Ensuite... il a pris un plaisir sadique à m'avoir pour témoin de ces actions. Je suppose que dans son esprit dérangé, cela lui donnait une certaine légitimité. Il s'imaginait sans doute qu'il allait me gagner à ses idées et me faire collaborer. »
Le dégoût qu'il ressentait était perceptible.
« Je suis sûre que vous n'avez jamais cédé, Laurence, même dans les moments les plus difficiles. »
L'intéressé ne fit aucun commentaire. Gennaro lui jeta un coup d'œil et reprit doucement :
« Tu l'as vu faire des choses terribles quand il te contrôlait ? »
Nouveau silence et regard détourné. La tension monta d'un cran chez Laurence. Alice s'étonna de le sentir à coup sûr viscéralement en elle.
« Swan, quel que soit ce qu'il a fait quand tu étais sous son emprise, tu n'es en rien responsable des actes de ce psychopathe » reprit Gennaro.
« Je le sais bien. » répondit sèchement le policier.
Avril vit Laurence remuer de façon inconfortable et serrer les poings en faisant jouer les muscles de sa mâchoire. Elle regarda droit devant sur la route. Pas l'ombre d'un endroit où se garer...
« Gennaro, il y a un petit chemin à droite, un peu plus loin. J'ai très envie, si vous voyez ce que je veux dire... »
« Oui, bien sûr ! Où avais-je la tête ? »
Gennaro ralentit et trouva ce qu'il cherchait. Sans attendre, Laurence sortit de la voiture et se dirigea vers les fourrés. Alice le vit disparaître derrière les arbres et se tourna vers le moine.
« Il n'est pas prêt. »
« Non, vous avez raison. Mais j'ai peur qu'il se referme comme une huître quand il sera seul avec vous. S'il commence à évoquer ce qu'il a fait maintenant, il parlera plus facilement ensuite. »
« Ou pas... Je l'ai déjà vu aller très mal, ne rien dire et ne pas demander de l'aide. »
« Dans quelles circonstances ? »
« Le décès accidentel de la femme qu'il allait épouser. »
« Une femme qu'il a aimé ? Mon Dieu ! Il enchaîne les drames. »
« Il y a quelque chose que je devrais savoir ? »
« Vous a t-il jamais parlé de son père ? »
Avril fronça les sourcils.
« À votre avis ? Sa mère l'a évoqué une fois devant moi. Je sais seulement que Laurence était jeune quand il l'a perdu. »
« C'était un suicide, quand Swan avait dix ans. C'est lui qui a découvert le corps. »
Alice eut un regard empli d'horreur.
« Son enfance n'a pas été très heureuse. Il l'a passée en solitaire, entre les murs austères d'un pensionnat, où sa mère l'avait envoyé. Elle venait rarement le voir. »
« Il y a une telle animosité entre eux, mais jamais je n'aurais imaginé ça ! »
« Je suis Italien, Alice, et je peux vous dire que jamais ma mère n'aurait agi comme Alexina a agi avec lui. La famille, c'est sacré pour nous. »
« Mais vous n'avez eu qu'une version de l'histoire. J'ai compris entre les lignes que Alexina s'était remariée avec un homme autoritaire qui s'est comporté en tyran avec elle. »
Ce fut au tour du moine de froncer les sourcils en comprenant.
« Et Swan ne l'a jamais su ? »
Alice secoua la tête.
« Elle refuse de lui en parler, même maintenant. Elle m'avait dit à l'époque que cet épisode de sa vie était mort et enterré. »
L'Italien soupira et secoua la tête.
« Je sais, Gennaro. Tant d'incompréhensions entre eux, tant de non-dits alors qu'ils s'adorent au fond, ça dépasse l'entendement. »
Gennaro eut un sourire et décida de la taquiner :
« Et il reproduit le même schéma avec vous. À cause de quoi, dans votre cas ? »
Alice sourit à son tour, en reconnaissant implicitement la véracité du propos.
« Il m'a prise en grippe dès qu'on s'est rencontré sur notre première enquête. J'y étais allée au culot, c'est vrai, il n'a pas apprécié, et depuis, on est toujours entre deux eaux, jamais sur la même longueur d'onde. »
« Et pourtant, vous êtes amis depuis des années ? »
« Ouais, si on veut... On se tolère, on va dire. »
« Vous faites plus que vous tolérer. C'est une façon de fonctionner en vous protégeant l'un de l'autre. » Gennaro se mit à réfléchir. « Si vous voulez briser ce cercle vicieux, faites preuve d'honnêteté avec lui, montrez lui combien vous êtes mal de le voir comme ça, et peut-être qu'il acceptera de se livrer ? »
« Vous rêvez ! Il va me crucifier ! » Alice secoua la tête. « Si je lui montre une once de compassion, alors il va me démonter, profiter de mon moment de faiblesse ou retourner ça contre moi. »
« Il vous a fait des excuses il y a deux jours, non ? S'il va trop loin, il sait qu'il va vous perdre, et croyez-moi, il n'a absolument pas besoin de ça en ce moment. »
Il y eut une pause.
« Gennaro ? C'est très dur pour moi aussi de le voir comme ça. » La mine soucieuse, Alice continua : « Qu'est-ce qui va se passer si je ne suis pas à la hauteur ? »
« Vous ne craquerez pas, Alice. Vous allez trouver les ressources en vous. Je le sais, parce que vous êtes portée par quelque chose de fort, quelque chose d'irrésistible qu'on appelle l'a... » Gennaro s'interrompit en voyant Laurence réapparaître dans le dos d'Alice. « … le courage ! Vous êtes d'un courage comme j'en ai rarement vu, Alice Avril ! »
« Méfie-toi, Gennaro, elle t'a mis dans sa poche... » grogna Laurence en ayant entendu les dernières paroles de l'Italien. « Elle est surtout inconsciente et indisciplinée. »
Alice échangea un sourire complaisant avec le moine.
« C'est une tête sans cervelle doublée d'un véritable boulet, une emmerdeuse finie qui se fourre toujours dans des situations improbables ! Si on en est là aujourd'hui, c'est à cause d'elle et des complots qu'elle découvre ! »
« Ça y est ? Vous avez fini de m'attribuer tous les fléaux du monde ? »
« Avril, vous êtes une plaie ! »
« Ou une sangsue, c'est selon les jours ! Décidez-vous, sinon ce sera les deux ! »
La rouquine lui lança un regard perçant pour lui signifier que sa patience s'effritait, puis partit à son tour en direction des sous-bois.
« Swan, il va falloir que tu arrondisses les angles quand vous serez ensemble. Alice a vraiment eu peur pour toi, et crois-moi, elle prend énormément sur elle pour te ménager. »
« Cette blague ! Si tu t'imagines cinq minutes que je vais changer mon attitude pour lui plaire, tu te trompes, Gennaro. Je n'ai rien demandé ! Et surtout pas à être assimilé par un monstre avec un ego de la taille d'une pastèque, désireux d'effacer toute trace de vie humaine sur Terre ! »
« Ne la rends pas responsable de ce qui t'est arrivé. Tu sais que c'est profondément injuste envers elle et cela ne t'aidera pas non plus à faire la paix avec toi-même. »
Laurence fit jouer sa mâchoire et détourna les yeux vers la forêt environnante.
« Je sais que tu es fatigué et amer, Swan. L'impuissance que tu as ressentie ne doit pas te faire oublier que tu n'as pas cédé. Alice a raison sur ce point. Tu es entré en résistance, tu n'as jamais accepté ce que cette créature t'a imposé, alors sois indulgent avec toi-même et commence par te pardonner. »
Laurence resta totalement impassible, tandis que le visage de Gennaro refléta toute son empathie pour son ami.
« Même si je sais que tu es hermétique à toute forme de spiritualité, je vais prier le Seigneur pour qu'il t'aide à surmonter cette épreuve. »
L'Italien fit un signe de tête envers son ami et le laissa seul un instant, alors qu'Alice revenait vers Laurence en prenant son temps. Avant qu'elle n'ouvre la bouche, il leva la main pour la prévenir :
« Pas un mot de plus, Avril. Je vais déjà devoir vous supporter pendant un certain temps, alors limitons si possible nos interactions. »
« Ça ne me plaît pas plus qu'à vous, Laurence, mais il faut bien que quelqu'un veille sur votre état mental. Et devinez quoi ? Manque de bol, ça tombe sur moi ! »
« Mon état mental, comme vous dites, sera stable si vous ne venez pas constamment vérifier que je vais bien. En résumé, lâchez-moi la grappe ! Foutez-moi la paix ! »
Après un dernier regard bien appuyé, il tourna les talons et remonta en voiture. Alice ferma les yeux, prit de profondes inspirations en expirant lentement à chaque fois. Finalement, ce que lui avait appris le Frère Anselme sur la gestion du stress, allait peut-être lui être utile...
A suivre...
C'est encore un peu tendu, mais ça devrait aller mieux par la suite...
