Chapitre 19 : Willow Creek

La dernière heure de trajet s'effectua dans le silence. Laurence avait fermé les yeux à peine la voiture repartie, marquant ainsi sa volonté de s'isoler. Dormait-il réellement ? Alice en doutait et n'arrêtait pas de penser à lui.

De nombreuses fois durant les dernières vingt quatre heures, elle l'avait observé et surpris en train de regarder fixement dans le vague, perdu dans ses pensées, une expression parfois torturée sur le visage. Il tachait de faire bonne figure, se reprenait brièvement, avant de retomber dans de sombres idées, les yeux désemparés.

Devant ses silences et sa vulnérabilité manifeste, Alice avait tour à tour envie de le serrer dans ses bras pour lui communiquer de la force, et envie de lui hurler dessus pour le secouer et le faire parler. La rousse s'agaçait, puis se raisonnait alternativement, essayait alors d'imaginer ce qui lui passait par la tête dans ces moments-là, mais au final, elle abandonnait, effrayée par des dérives, probablement éloignées de la réalité.

Alice se battait également avec ses propres démons. Ces dernières soixante douze heures, les cauchemars ne l'avaient pas épargnée. Ils se chargeaient de lui faire revivre la scène effrayante de la noyade de Laurence. Depuis deux nuits, elle se réveillait en pleurs, tremblante, le cœur au bord de l'implosion. Elle devait se raisonner, se forcer à se dire que tout allait bien, qu'il était là, bien vivant, que tout redeviendrait comme avant entre eux... Mais c'était un mensonge qu'elle commençait à entrevoir. Bientôt, il lui serait difficile de faire illusion et là... elle avait peur que tout vole en éclat entre eux, quand elle craquerait à son tour.

Elle n'avait toujours pas réussi à résoudre la quadrature du cercle dans leurs rapports : comment concilier l'hostilité de Laurence et sa volonté à elle de se rapprocher de lui, de l'aider ? Elle savait d'expérience que plus elle tenterait de s'attirer ses bonnes grâces, plus il deviendrait agressif et distant. Pour sûr, elle se préparait à passer de sales moments ! Encore une fois, elle tenta de se persuader que c'était pour le mieux. Mais jusqu'où était-elle prête à aller ? Devait-elle renoncer à ses principes pour un sale type qui ne pensait qu'à lui et qui lui en faisait voir de toutes les couleurs ?

À un moment, enfin, Gennaro quitta la route principale et s'engagea dans un chemin forestier sur lequel il roula à allure modérée. Au détour d'un virage, une clairière avec une prairie apparut, un lac aux eaux bleutées en arrière plan. Alice ouvrit des yeux émerveillés et descendit complètement la vitre. La brise tiède sur ses joues associée à la chaleur du soleil de cette fin d'après-midi, les senteurs douces de foin qui remontaient de la terre, le bruit des insectes dans l'herbe, prirent d'assaut ses sens et elle ferma les yeux, heureuse de trouver un répit avec des choses aussi simples. L'endroit était un vrai paradis sauvage entouré de montagnes à l'horizon et de forêts de mélèzes s'étirant à l'infini sur les pentes environnantes.

« Qu'est-ce que c'est beau ! »

Gennaro arrêta le break devant le lac et ils sortirent tous les trois pour contempler sa surface paisible. Sur l'autre rive, à quelques centaines de mètres, ils pouvaient apercevoir un grand chalet entouré d'une grange et d'un autre bâtiment. Trois saules majestueux se penchaient sur les eaux calmes.

« Je vous présente Willow Creek, la bien nommée. »

Le charme du lieu opérait. Pourtant, du coin de l'œil, Avril vit Laurence faire la grimace avec une moue pessimiste.

« Arrêtez de faire la tête, Laurence, on va être bien ici ! »

« Je déteste la nature. Tout ce vert, ça me donne la nausée ! »

« Vous n'aimez rien, de toute façon ! »

En sentant monter la colère, Alice s'éloigna rapidement du policier. Elle éprouvait le besoin de respirer, de se dégourdir les jambes après tant de temps passé assise dans la voiture. Ce n'était pas pour se faire pourrir son moment de plénitude par le grincheux de service !

Heureusement, elle n'entendit pas Laurence bougonner dans son dos :

« Le bonheur, c'est un bon vieil orchestre de jazz, qui fait un bœuf dans un club de Greenwich Village, à deux heures du matin ! »

Comme l'Italien ne disait rien, il se tourna vers lui.

« Tu n'es pas d'accord, Gennaro ? »

Le moine lui renvoya un regard las et tendu. Sa patience commençait également à être mise à rude épreuve.

« J'y vais aussi à pieds » lâcha finalement Laurence.

Le policier suivit Alice à bonne distance pendant quelques minutes mais ses foulées plus amples le rapprochaient inexorablement d'elle. La jeune femme avait stoppé au bord de l'eau pour observer les poissons qui nageaient mollement sous la surface, en regrettant pour la première fois d'être revenue aux États-Unis. Dans le reflet de l'eau, elle vit la haute silhouette de Laurence s'arrêter à ses côtés, sans qu'il prononce un mot. Il se perdit lui aussi dans l'observation du fond pendant de longues secondes.

Hésitait-il à parler ? À exprimer de nouvelles excuses peut-être ? Alice n'en attendait plus de sa part. Elle ressentait seulement la lassitude d'une longue journée de voyage et l'envie de ne plus penser à rien.

« Si proches et si lointains... » murmura tout de même la rousse en regardant leurs deux reflets qui se touchaient presque. « … Est-ce qu'on arrivera un jour à se comprendre tous les deux ? »

Laurence ne répondit rien. Alice sut qu'il avait entendu, quand son avatar aquatique tourna la tête dans une autre direction. Elle sentit son cœur se serrer : cette attitude était tellement révélatrice de leurs dissonances. Blessée encore une fois, elle tourna les talons et reprit sa marche solitaire.

Laurence l'observa s'en aller, la mine soucieuse, soudain conscient de trop tirer sur la corde et de l'avoir déçue.

Perdu dans ses propres tourments, il n'avait pas une seule fois pensé à Avril, à ce qu'elle pouvait ressentir. Depuis son retour, il se comportait comme le dernier des connards avec elle. À vrai dire, il appliquait le même tarif à tout le monde ! Il poussait les gens à bout, parce qu'il voulait qu'on le laisse tranquille.

Mais Avril était son amie, quoi qu'il en dise. Le voir mourir avait été une expérience traumatisante pour elle et il l'avait à peine écoutée. Trop centré sur sa propre personne, il l'avait négligée. Les reproches s'accumulaient dans le regard empli de tristesse de la rousse. Elle souffrait de son attitude revêche à son encontre, de son isolement volontaire. Ce n'était pas digne de l'ami qu'il pensait être pour elle.

Conscient de ses errements, Laurence s'en voulut d'avoir oublié que le monde continuait à tourner, et encore une fois, hâta le pas pour revenir à la hauteur de la jeune femme. Elle l'ignora et cela lui convint parfaitement car il ne savait pas exprimer son mal-être. Juste la sentir à ses côtés lui suffisait pour l'instant.

Est-ce la culpabilité qui le fait agir ainsi ? se questionna Avril. Laurence semblait hésitant dans l'attitude à adopter avec elle.

« Pourquoi ça ne vous plaît pas, la campagne ? » lui demanda-t-elle au bout d'un moment.

« Ça vous plaît, vous ? »

« Je trouve que l'esprit s'ouvre, qu'on respire, que ça nous change de nos habitudes citadines, et puis regardez-moi ce panorama, c'est quand même grandiose ici, non ? »

« Avril, vous dites ça parce que vous n'êtes jamais sortie de votre bled paumé ! »

« Je vis désormais chez mon père, à la campagne justement, et j'ai appris à apprécier. »

« Dans un manoir qui comporte une trentaine de pièces et les domestiques qui vont avec. Vous vous êtes embourgeoisée, Avril. »

« Ça ne m'empêche pas de savoir d'où je viens ! » répliqua sèchement la jeune femme. « Je reste une fille de l'assistance qui sait ce que c'est la galère et les petits boulots pour vivre ! Personne ne m'enlèvera ça. »

Il ne releva pas et ils poursuivirent leur route en silence, avant qu'elle reprenne :

« Finalement, on n'est pas si différent, vous et moi. Si je n'avais pas été abandonnée à la naissance, j'aurais pu grandir dans le même milieu que vous. »

Sa remarque n'était pas dénuée de bon sens.

« Votre éducation aurait été différente. Vous seriez devenue une petite fille riche insupportable, capricieuse, pourrie, gâtée... »

« N'importe quoi ! Et vous, vous venez d'où ? C'est dingue, ça, mais maintenant que j'y pense, vous ne m'avez jamais dit où vous étiez né, où vous avez passé votre enfance, où vous êtes allé à l'université... Vous êtes bien allé à la fac, n'est-ce-pas ? »

« Non. »

« Vous avez fait des études, pourtant ? »

« Si je vous dis quoi, vous n'allez pas me croire. »

« Dites toujours. »

« Génie civil. »

« Hein ? C'est quoi, ça ? On vous a décerné un diplôme d'être supérieur ? Avec votre ego de la taille d'une pastèque, ça ne m'étonnerait pas ! »

Il eut un petit rire devant sa réflexion.

« J'ai construit des routes, Avril, et puis un jour, j'en ai eu assez. J'ai pris ces routes pour voyager. Partout où elles me menaient, je m'enrichissais. »

« Ah, ça explique pourquoi vous êtes polyglotte... Pourquoi vous vous êtes jamais fixé aussi, sans doute ? Et marié ? Il n'y a jamais eu une femme quelque part qui comptait plus que les autres pour vous retenir ? »

« Vos posez trop de questions, Avril. »

« Ça fait six ans que je vous connais et que je n'en pose pas assez ! Je ne sais rien de vous. On va passer du temps ensemble, autant qu'on en apprenne un peu plus l'un sur l'autre. »

« Je n'ai pas envie d'évoquer mon passé avec vous, comme si nous étions les meilleurs amis du monde ! »

« Vous l'avez bien fait avec Gennaro que vous n'aviez pas vu en vingt ans ! Moi, j'aimerais bien vous entendre parler des affaires que vous avez résolues quand vous étiez au 36, à Paris... »

Laurence eut un sourire, en la reconnaissant bien là.

« … de ce que vous avez fait dans les Services Secrets ! »

Elle avait prononcé le terme de façon obséquieuse.

« Secret, Avril, ce mot veut bien dire ce qu'il veut dire. »

« Ben, moi, c'est ce qui m'intéresse justement, même si c'est de l'histoire ancienne ! Allez, faites un effort, j'essaie de vous distraire pour vous faire penser à autre chose. »

« Plus tard, d'accord ? »

Le silence s'installa à nouveau entre eux.

« Vous avez résolu votre dilemme concernant la proposition de votre père ? »

« J'ai choisi de poursuivre ma carrière. Je ne me sentais pas de reprendre ses affaires. »

« Sage décision... » murmura-t-il.

« Objectivement, je suis plus douée pour le journalisme. »

« Vous êtes douée pour les embrouilles, Avril ! C'est tout ce que je suis prêt à vous reconnaître ! »

Elle ne put s'empêcher de sourire.

« Vous avez beau dire, vous ne m'auriez jamais autant poussée dans mes retranchements, si je n'avais pas un certain talent d'enquêtrice... » Elle stoppa quand elle se rendit compte d'autre chose : « … Et si je n'avais pas autant fait votre publicité ! La France entière connaît désormais le fameux commissaire Laurence, son meilleur flic ! »

Il secoua la tête devant sa moquerie. Il n'avait jamais résolu des enquêtes pour être célèbre.

« Pourquoi vous êtes parti si brutalement ? Vous ne nous l'avez jamais dit. »

Le visage du policier redevint grave et Alice crut qu'il n'allait pas répondre. Il s'arrêta et regarda au loin, vers les sommets encaissés.

« Outre la proposition d'entrer au F.B.I. qui ne se refuse pas, je suis venu aux U.S.A. pour des raisons de santé. »

« Ah ? » demanda-t-elle, surprise.

« Il y a un an, on m'a découvert une tumeur au poumon. C'était inopérable. J'avais besoin d'un traitement de radiothérapie à la pointe. »

Alice eut l'impression de recevoir un coup de poignard dans l'estomac tellement la nouvelle fut brutale. Elle eut du mal à déglutir et le considéra avec effroi. Devant son silence, il tourna enfin la tête vers elle et se rendit compte qu'elle était choquée.

« Je vais bien maintenant, Avril. »

« Bien ? Ça veut dire que... vous êtes guéri ? »

Le ton de la jeune femme trahissait tant d'incertitudes et de peur qu'il lui fit un sourire teinté d'amertume.

« Oui. »

Impulsivement, Alice se jeta dans ses bras et le serra fort contre elle.

« Merci, mon Dieu ! » murmura-t-elle contre son épaule.

Dieu n'avait rien à voir dans cette histoire. Avril ignorait que sa guérison miraculeuse était due à l'entité extra-terrestre qui avait nettoyé son corps en quelque sorte, un paradoxe avec lequel il allait devoir vivre désormais. Surpris, néanmoins, il lui rendit son étreinte et ils restèrent quelques secondes ainsi, à profiter de leur intimité, sans prononcer un mot.

Quand elle se recula, elle lui fit un grand sourire rassuré malgré des yeux un peu trop brillants.

« Vous pouvez vous vanter de me faire passer par toutes les émotions ! » Gênée, elle haussa les épaules et eut un petit rire en se séparant de lui. « Allez, venez, on va fêter ça ! Il doit bien y avoir une bouteille quelque part dans cette fichue baraque ! »

Le cœur plus léger, ils cheminèrent ensemble vers la maison. En approchant, ils aperçurent un petit groupe d'hommes armés de fusils, tous habillés comme des cowboys. Ils se tenaient autour de Gennaro devant le chalet en gros rondins. Les bagages attendaient leurs propriétaires sous le porche.

« C'est quoi, ce comité d'accueil ? » demanda Avril, intriguée.

Laurence fronça les sourcils et resta un moment silencieux, puis murmura :

« Non, Gennaro n'a pas fait ça, quand même ? »

« Fait, quoi ? »

Laurence ne répondit pas et partit à grandes enjambées vers les deux hommes en discussion au centre du groupe, en laissant derrière lui une Avril perplexe. Alors qu'il approchait, les paroles échangées en italien lui confirmèrent ses doutes.

« Swan, je voulais te présenter... »

« Gennaro, un mot, s'il-te-plaît ? »

« Bien sûr... Excuse-moi, Giuseppe. »

Avril vit les deux hommes se mettre à l'écart. La rouquine tourna la tête vers le dénommé Giuseppe. C'était un homme d'environ cinquante ans, d'allure jeune, aux cheveux noirs et aux yeux perçants. Il se dégageait de lui une certaine autorité et ils se saluèrent cordialement. Ce devait le chef de cette troupe. Alice observa les autres membres du petit groupe.

L'un d'entre eux retint son attention parce qu'il la dévisageait intensément de ses yeux bleus. Il avait son âge, et ce que l'on appelait communément, une belle gueule, malgré ou à cause de son visage mal rasé. Il était brun, grand et large d'épaules. Un bel animal, fut ce qui vint immédiatement à l'esprit d'Alice. Il détourna le regard prestement quand elle le regarda, mais il revint immédiatement poser des yeux avides sur elle. Cette fois, ce fut elle qui détourna le regard, gênée, pour le porter sur le chalet.

C'était une sacrée bâtisse toute en bois, se rendit-elle compte. On devait pouvoir y loger au moins une quinzaine de personnes, estima-t-elle, et cela semblait confortable. Il lui tardait de voir l'intérieur. Elle tourna la tête vers Laurence et Gennaro. À voir leur agitation, quelque chose n'allait pas...

oooOOOooo

« Et moi qui croyais que ton passé criminel était derrière toi ! »

« Il l'est. C'est juste un service que l'on me rend, Swan, sans aucune contrepartie. »

« Ah oui ? Et tu crois que ta famille va te laisser tranquille ? » Laurence secoua la tête, déçu. « Comment peux-tu être aussi naïf, Gennaro ? Ton frère a trouvé là l'occasion rêvée de te ramener à lui ! »

« J'ai fait un serment envers Dieu. Ma vie est vouée au Seigneur pour le restant de mes jours. Francesco a promis de ne plus m'impliquer dans ses histoires de succession. »

Laurence secoua la tête et ricana :

« Il Capo gagne tout de même. Tu t'imagines que Francesco ne va pas me demander des comptes à moi ? J'appartiens au F.B.I., Gennaro ! Je suis la proie idéale pour lui ! »

« Tu n'appartiens plus au F.B.I. Tu es une personne recherchée pour meurtres. »

« Quoi ? »

« Spender a été le témoin de ton attaque sur quatre agents de la N.S.A. dans un parking. »

« Ce n'était pas... »

« … Toi, je sais ! Deux hommes sont déjà morts, les deux autres sont mourants dans un hôpital et ils t'accusent. Spender a confirmé leurs témoignages. Toutes les agences gouvernementales sont à tes trousses. »

Laurence fut atterré par cette nouvelle.

« Je suis un fugitif... Pourquoi ne me l'as-tu pas dit plus tôt ? »

« Tu avais déjà suffisamment de choses à gérer... Écoute, les hommes de Giuseppe vont te protéger. Dans quelques jours, il vous feront passer la frontière, Alice et toi. De Montréal, vous prendrez un avion vers la France. Spender ne viendra pas vous y chercher. »

« Je ne peux pas partir comme ça ! Il faut que je me disculpe ! »

« Et comment comptes-tu t'y prendre ? Spender t'a vu, Swan ! Il a compris que la créature avait pris possession de toi ! » Gennaro exprima son inquiétude. « Tu sais que ces avis de recherche ne sont que des prétextes pour mettre la main sur un spécimen d'hybride ! S'il te capture, Spender ne trouvera pas ce qu'il veut et il te tuera parce que tu en sais trop ! »

Laurence baissa la tête.

« … Tout ce que l'on a entrepris pour te sauver, n'aura servi à rien ! Tu comprends ? »

« Je n'ai rien demandé, Gennaro. »

L'Italien fit un pas en avant et planta ses yeux dans ceux de Laurence.

« Espèce d'ingrat, ose me dire que tu ne voulais pas qu'on te débarrasse de cette chose ? » gronda-t-il.

Laurence eut la décence de ne rien répondre et baissa les yeux, reconnaissant implicitement la vérité. Gennaro prit un temps pour se calmer.

« Je ne pouvais pas rester les bras croisés sans rien faire, pas après tout ce que tu as fait pour moi il y a vingt ans... pas après tout ce que j'ai pu ressentir pour toi... »

Laurence redressa la tête en dévisageant intensément son ami. Gennaro n'avait jamais fait son coming out, mais Swan avait toujours soupçonné que l'Italien éprouvait des sentiments plus qu'amicaux envers lui. Ce dernier eut un pauvre sourire quand il vit que Laurence avait enfin compris.

« … et que je croyais ne plus ressentir, même après toutes ces années. »

Laurence prit une profonde inspiration et déglutit, perturbé. Cette franche camaraderie pendant la guerre, cette amitié virile qui avait perduré ensuite... Gennaro était toujours resté en retrait, quand bien même Laurence s'affichait avec les plus belles femmes qu'il croisait... Son esprit survola tous ces moments passés ensemble, mais n'y trouva rien à redire. Si c'était à refaire, il ne changerait rien.

« Je suis désolé, Swan. Je te devais au moins la vérité. »

Laurence balaya d'un geste son commentaire, troublé.

« Non, tu n'as pas à être désolé. Tu es ce que tu es » finit par dire le consultant. « … C'est moi qui t'ai mis involontairement dans cette situation en faisant appel à toi pour aider Avril... Ta rupture avec ta famille, tout ce que nous avons fait pour t'éloigner, n'aura servi à rien, en définitive. Tu vas devoir rendre des comptes à ton frère, le chef de l'une des pires organisations criminelles qui soient. »

« Peut-être qu'on n'échappe pas à son destin finalement ? Peut-être que c'était écrit ? »

« Gennaro... »

« Une dette de sang se doit d'être honorée. » affirma clairement le moine.

Laurence dévisagea son ami si fier et droit, et murmura douloureusement :

« Pas au prix d'autres sacrifices. »

« C'est mon choix. La vie est ainsi faite. »

Laurence n'avait rien à redire encore à ce sujet. Il était trop tard pour revenir en arrière. Gennaro reprit :

« Si tu veux faire quelque chose pour moi, alors sauve-toi avec Alice. Elle a remué ciel et terre pour toi. Tu es son monde, Swan. Si tu es autant aveugle pour ne pas le voir, alors tu ne mérites pas son amitié. »

Laurence fit jouer sa mâchoire en silence et détourna le regard. Gennaro soupira. Ce n'était probablement pas le moment de lui rajouter des complications supplémentaires, qu'il n'était pas prêt à entendre de toute façon.

« Allez, viens, je vais te présenter Giuseppe. »

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Alice les vit revenir mais s'inquiéta en voyant le visage à nouveau grave de Laurence. Ça ne s'était pas bien passé.

Les présentations furent faites. Dans une confrontation virile, Laurence et Giuseppe se défièrent du regard et Alice se dit que ce n'était pas gagné, côté fierté et testostérone. Les autres membres du groupe furent également présentés rapidement, presque de façon militaire. La rouquine comprit entre les mots que ces types étaient chargés de leur protection.

Le jeune homme au regard azur s'appelait Arno. Il hocha simplement la tête en réponse à son sourire, puis il s'éloigna avec les autres membres du groupe.

« Vous serez tranquille dans la maison. Ma troupe et moi logeons dans le chalet et la grange à côté. Totti se charge de la cuisine et vous apportera vos repas, si vous le souhaitez, bien sûr. »

« Ça me va très bien » s'empressa de dire Alice, ravie de se débarrasser de cette corvée.

« Attendez de goûter sa cuisine avant d'être ravie... Je vous laisse vous installer. À plus tard. »

Ils prirent leurs chambres à l'étage en fonction de leurs goûts. Alice opta pour une grande suite, avec salle de bain attenante. Elle possédait un balcon qui avait vue sur le lac et les montagnes. Laurence en prit une à l'opposé de la sienne, tandis que Gennaro se contentait de la plus petite qu'il put trouver. Quand elle se fut rafraîchie et changée, elle visita la maison de son côté et à son rythme.

Le chalet comportait de nombreuses chambres confortables et était étonnamment moderne dans sa conception. Au rez-de-chaussée, la cuisine américaine était ouverte sur une grande pièce de vie au centre de laquelle se trouvait une longue table pouvant accueillir une vingtaine de personnes au moins. De nombreux trophées aux murs attestaient du caractère cynégétique des lieux et la mettaient mal à l'aise.

Gennaro lui avait dit que ce chalet n'était utilisé que par les invités de sa famille pour la chasse aux cerfs à l'automne. Dans le salon, elle retrouva les deux hommes en train de discuter, debout devant la cheminée, un verre de whisky à la main.

« Et bien, vous vous ennuyez pas tous les deux ! »

« Servez-vous, Avril... Je viens d'apprendre que je suis un fugitif recherché pour les meurtres de deux personnes ! »

« Quoi ? »

Gennaro expliqua la situation à Alice, choquée, qui se tourna vers le policier.

« Vous en avez été le témoin ? »

Laurence se perdit dans la contemplation du liquide ambré au fond de son verre.

« Je ne savais même pas de quoi il était capable. Il a intentionnellement laissés les quatre hommes s'approcher, et puis il y a eu un éclair. Il les a irradiés. Spender était caché quelque part et a tout vu. »

Alice échangea un coup d'œil inquiet avec Gennaro.

« Vous comptez faire quoi ? »

« À part disparaître ? Vivre avec. »

« Laurence, c'était pas vous... »

« Je le sais bien, triple buse ! Arrêtez de me dire que je ne suis pas responsable ! J'en ai marre qu'on me répète sans arrêt que je n'y suis pour rien ! J'étais là, merde ! »

La violence de Laurence lui explosa à la figure.

« Ok, Ok, d'accord ! J'ai rien dit ! »

Laurence s'éloigna farouchement et se planta devant la fenêtre en leur tournant le dos. La rouquine le regarda avec inquiétude.

« Laissez le décompresser un peu, ça ira mieux ensuite » murmura Gennaro, puis plus haut : « Alice, je repars demain à l'abbaye. Il n'y a pas le téléphone dans la maison, mais je vous laisserai un message chez Foster, quand je serai arrivé au monastère. C'est le bar de la bourgade qui se trouve à vingt minutes de route. Il n'y a pas de police à cet endroit, mais on remarque les étrangers, alors évitez de vous montrer. Giuseppe enverra quelqu'un faire vos courses, si vous avez besoin de quoi que ce soit. »

« Merci Gennaro, c'est chouette ce que vous faites pour nous. »

« Vous me remercierez plus tard... Swan m'a suggéré de lancer Spender sur une fausse piste et c'est ce que je vais faire pour vous faire gagner du temps. Dans quelques jours, si tout va bien, vous pourrez passer tous les deux la frontière et rentrer en France. Dans quelques semaines, je vous promets que vous ne serez plus inquiétés. »

« Mais cette accusation de meurtres contre Laurence ? »

« … va être classée sans suite. Spender n'a aucun intérêt à faire de la publicité autour de la disparition de Swan, surtout qu'il va rapidement comprendre que la créature a quitté son corps. Je soupçonne même qu'un jour prochain, on va retrouver ton cadavre incidemment quelque part. »

Laurence et Avril échangèrent un regard.

« Mais ? Comment ça ? »

« Qui ira vérifier qu'il s'agit bien de moi ? Beaucoup de vivants disparaissent sans être jamais retrouvés, alors vous imaginez, un mort que personne ne va réclamer ? Le seul petit hic, c'est que je ne pourrai plus jamais remettre les pieds aux États-Unis, Gennaro. »

« C'est un moindre mal... Pense surtout à Francesco qui n'aura plus de prise sur toi. »

« Qui est Francesco ? » demanda Avril.

« Mon frère. »

Alice les observa tour à tour.

« Et, alors ? Que vient faire votre frère dans cette histoire ?

Seul le silence lui répondit.

« Ça a un rapport avec votre passé, Gennaro ? »

« Avril, mêlez-vous de vos oignons » grogna Laurence.

« Ça va, je ne fais que poser une question ! » s'agaça Alice, cette fois.

Le silence tomba pourtant sur la pièce, et Alice les regarda tour à tour.

« Ok ! Continuez vos cachotteries tous les deux ! » Comme ils ne disaient rien, elle reprit, en colère soudain : « Vous savez quoi ? Ne dites rien ! Mais j'ai des yeux, je vois ! Vos amis italiens, là... Ils sont pas nets ! »

La rouquine s'en alla, vexée.

« Ça pue, cette histoire ! » cria-t-elle finalement, avant de claquer la porte du salon.

Gennaro accentua volontairement son sursaut.

« Ouh ! Quel caractère ! Je comprends mieux maintenant pourquoi Alice t'excite. »

« Gennaro, Avril ne m'excite pas ! Elle m'énerve ! »

« Ce n'est pas la même chose en français ? » demanda innocemment l'Italien.

Laurence fusilla du regard son ami et comprit qu'il se moquait de lui. Il secoua la tête et descendit le reste de son whisky d'une traite.

oooOOOooo

Alice poussa un cri d'horreur et s'assit brusquement dans le lit, le cœur battant. À tâtons, elle chercha l'interrupteur de la lampe de chevet, et l'alluma en reprenant son souffle. Le même cauchemar récurrent venait de la frapper. Comme les nuits précédentes, Laurence mourrait. Emplie de chagrin, elle veillait son cadavre, jusqu'à ce qu'elle le voit ouvrir les yeux, se relever tel un mort vivant, et s'approcher d'elle en ricanant comme un fou.

Elle se leva et alla se rafraîchir dans la salle de bain. Elle éprouvait aussi le besoin de prendre l'air. Sur le balcon, elle écouta les bruits de cette chaude nuit d'été, puis remarqua que la lumière du salon était toujours allumée au rez-de-chaussée. Une silhouette se dessinait derrière la fenêtre et elle ressemblait à celle de Laurence. Que faisait-il encore debout à plus de deux heures du matin ? Il éprouvait probablement aussi des difficultés à dormir. Alice décida de le rejoindre.

Elle trouva Laurence assis sur le canapé en cuir, en face d'une bouteille de whisky bien entamée, et n'en fut pas surprise. Sans un mot, il lui tendit un verre, l'invitant de ce fait à le rejoindre. Assise à ses côtés, elle l'observa. Le col de sa chemise blanche était ouvert, il n'avait pas dormi et ses traits étaient tirés. Les yeux un peu trop brillants, il était taciturne, calme, presque mélancolique.

Alice eut l'impression qu'un fossé s'était creusé progressivement entre eux, qu'elle ne savait toujours pas comment combler. La tâche lui paraissait soudain insurmontable, au-dessus de ses forces. Elle ferma les yeux et réfléchit brièvement. Elle en vint à la conclusion qu'elle n'avait plus vraiment le choix.

« Laurence ? Il faut qu'on parle. »

« C'est inutile. »

« Ce serait un premier pas vers la compréhension et l'ouverture. »

« Pour quoi faire ? »

« Vous libérer et faire que vous alliez mieux. »

« Avril, vous n'allez pas faire votre Gennaro et me dire ce que j'ai à faire, hein ? » s'agaça-t-il, sur la défensive.

Alice soupira.

« Écoutez, je vais être honnête avec vous. Je vous regarde sombrer et ça me fend le cœur ! J'en ai marre de rester les bras croisés à attendre que vous vous décidiez à accepter mon aide ! Réagissez, bon sang ! Je ne veux pas vous perdre. »

Il baissa la tête et contempla le fond de son verre de façon pessimiste.

« Je peux pas. »

« Non, vous ne voulez pas, nuance ! Arrêtez avec votre maudite fierté, avec cet ego infernal qui vous mène par le bout du nez ! Il est bien temps de s'occuper des apparences ! Tout est en train de s'écrouler autour de vous ! »

Comme pour appuyer la véracité des propos d'Alice, les épaules de Laurence s'affaissèrent légèrement. La rousse hésita, puis finalement, se rapprocha de lui.

« Vous êtes complètement parti à la dérive. Au milieu de cette tempête, laissez-moi vous guider, comme je l'ai déjà fait quand vous étiez aveugle... Revenez à bon port avec moi. »

Il se mit à ricaner.

« Vous ? Me guider ? Vous n'étiez même pas fichue de trouver votre voie il y a quelques jours ! »

« Justement, en parler avec vous m'a aidé à y voir plus clair. Pourquoi je ne vous retournerai pas la politesse ?

« Peuh ! »

« Enfin, merde, vous savez bien que vous pouvez me faire confiance ! Et ne me dites pas le contraire, juste pour me contredire, sinon je sens que je vais vous atomiser ! »

Il tourna la tête vers elle et leva un sourcil de façon sardonique.

« Et puis, arrêtez de croire que je suis fragile ! Je vous ai vu mourir. Qu'est-ce qui pourrait être pire que ça ?»

Il se ferma à nouveau sans répondre. Elle reprit plus calmement :

« Mon père m'a appris un mot que je ne connaissais pas : résilience. Il m'a dit que je ne baissais jamais les bras et que je me relevais à chaque coup dur... Vous non plus, vous ne vous déclarez jamais perdant. On a ça en commun. La détermination, l'envie d'aller au bout des choses. »

Il tourna la tête vers elle et ne put s'empêcher de ricaner :

« Chez vous, ça ressemble plutôt à de l'acharnement, voire du harcèlement, comme en ce moment. »

« Ne commencez pas par détourner la conversation sur moi... Vous allez survivre à ça, Laurence, parce que vous vous êtes déjà relevé de situations toutes aussi dramatiques, et peut-être même pires. »

« Qu'est-ce que vous en savez, d'abord ? » grommela-t-il.

« Vous croyez que je ne suis pas au courant pour votre père ? Et puis, j'étais là lorsque vous avez perdu Maillol. »

Il fit une tête atterrée et ironisa d'une voix sourde :

« Merci, Avril, j'ai vraiment besoin que vous me remontiez le moral en ce moment... »

« N'oubliez pas : ce qui ne nous tue pas, nous rend plus forts. »

Alice le vit terminer son verre cul-sec, puis se resservir dans la foulée.

« Pourquoi chercher désespérément un sens à ce qui n'en a pas ? » murmura t-il douloureusement, les yeux perdus dans les souvenirs.

C'était une question rhétorique qui n'appelait pas de réponse en principe, mais elle avait son idée sur la question.

« Parce que c'est humain. Parce que la vie continue. Qu'est-ce qu'on peut faire d'autre, à part avancer ? » Elle resta un moment silencieuse. « Bien sûr, vous êtes marqué dans votre chair, mais ces moments n'appartiennent qu'à vous. Même si elle a pris le contrôle, cette créature n'a jamais touché à ce que vous êtes intrinsèquement ! »

« Et je suis quoi ? »

« L'enfoiré qui lui a botté le cul ! Voilà ce que vous êtes ! »

« Langage, Avril... »

« Quoi, langage ?! C'est pas vrai qu'elle est tombée sur le seul type sur Terre capable de l'envoyer paître en mourant ? En mourant, Laurence ! Vous l'avez battue à son propre jeu ! »

Cette fois, il ne masqua pas le léger sourire amusé qui était apparu malgré lui, bien qu'il finisse par secouer la tête. Enfin, il se déridait !

« Allez, on trinque à votre retour parmi nous ! » fit Alice en lui tendant son verre.

Ils burent ensemble en silence, chacun savourant la présence tranquille de l'autre.

« Vous aviez besoin d'exorciser vos cauchemars, hein ? » demanda Laurence avec lucidité au bout d'un moment.

Alice se contenta d'observer le breuvage ambré dans son verre sans répondre. Puis, elle releva les yeux et dévisagea à nouveau Laurence, tout en s'approchant pour déposer un baiser léger sur sa joue. Il se laissa faire et la regarda se lever en reposant sur la table le verre qu'elle avait à peine touché.

« Si votre esprit vous joue encore des tours, accrochez-vous à des moments que vous chérissez. »

« Et si ça ne suffit pas ? »

« Alors, essayez d'en construire des nouveaux. »

Elle lui fit un dernier sourire. Au moment où elle s'apprêtait à partir, Laurence attrapa la main d'Alice pour la retenir.

« Restez. »

Alice enregistra à peine sa demande tellement elle fut surprise par son geste. A peine l'avait-il touchée qu'une sorte de courant électrique était remontée de ses doigt jusqu'au tréfonds de son être.

Ce n'était pas comme ces décharges d'électricité statique que l'on prend par inadvertance en touchant un objet. Non, ça, c'était ce petit quelque chose qu'on ressent quand on est sur la même longueur d'onde avec quelqu'un, ce truc indéfinissable et inexplicable qui vous lie l'un à l'autre, sans que vous en compreniez le pourquoi et le comment.

Et apparemment, à voir le froncement de sourcils de Laurence et son regard fixé sur leurs deux mains jointes, il l'avait ressenti aussi... La chaleur qui émanait de lui rappela à Alice les massages que la créature avait pratiqué sur sa peau. Perturbée par ce souvenir intense, la rousse eut du mal à déglutir.

« Euh... Je voudrais bien reprendre possession de ma main... si c'est possible ? » demanda t-elle d'une voix sourde.

Laurence parut soudain sortir de sa transe et s'éclaircit la voix.

« Bien sûr ! Pardon. »

« Je vais vous laisser en tête à tête avec votre bouteille. Je retourne me coucher. »

« Bonne nuit, Avril. »

Au pied de l'escalier, Alice lui jeta un dernier regard alors qu'il semblait à nouveau perdu dans ses pensées. Troublée par ce qui venait de se passer, elle retourna dans sa chambre.

Pourquoi chercher désespérément un sens à ce qui n'en a pas ? Les paroles de Laurence lui revinrent spontanément en mémoire en la faisant sourire. Cela s'appliquait tellement à ce lien étrange qu'ils venaient de tisser malgré eux qu'inexplicablement, Alice sentit un nouvel élan d'espoir et d'optimisme se lever en elle. Alors que la jeune femme s'apprêtait à éteindre la lampe de chevet, elle entendit le parquet grincer dans le couloir et dressa l'oreille.

En catimini, la rouquine quitta le lit et s'approcha souplement de la porte qu'elle avait oublié de verrouiller, se rendit-elle compte... Laurence se trouvait derrière le battant, elle pouvait entendre son souffle, presque percevoir ses hésitations. Les yeux d'Alice tombèrent sur la poignée, s'attendant à tout moment à ce qu'elle tourne. Inconsciemment, elle avança la main vers elle, puis suspendit son geste, le cœur battant, partagée à son tour...

A suivre...

Mais que va t-il se passer ? Oh, evil, evil ! C'est pas gentil de vous laisser en carafe sur un cliffhanger pareil ! Rassurez-vous, la suite va arriver très vite !

Je vous ai livré un long chapitre que je n'avais pas à cœur de couper, d'autant qu'il est bourré d'informations. J'ai adoré faire de Laurence le « chieur » de service infect et insupportable, alors que ce rôle est plutôt dévolu d'habitude à Alice, devenue a contrario plus raisonnable et réfléchie, plus inquiète aussi. J'aime à croire qu'ils peuvent s'équilibrer tous les deux, quand l'un est en perdition.

Vous pouvez me laisser un petit commentaire, cela fait toujours plaisir.

A bientôt.