Avertissement pour contenus explicites : Ce chapitre contient des descriptions TRES graphiques d'actes sexuels. Si votre sensibilité ne vous porte pas sur les scènes de ce type, je vous incite vivement à passer votre chemin. Pour les autres, enjoy !

Chapitre 20 : Tous les mêmes !

Dès le lever du soleil, Laurence avait quitté le chalet avec le strict minimum dans un sac à dos : de l'eau, du pain, de la viande séchée et quelques fruits frais et secs. Il avait également pris une arme au cas où il ferait de mauvaises rencontres, humaines ou animales.

L'Italien chargé de sa protection – de sa surveillance, selon l'opinion de Laurence – lui avait emboîté le pas et n'avait pas tenu la distance devant le rythme de marche forcée, imposé par le français. Le jeune homme ignorait que le corps de Laurence bénéficiait pour quelques temps encore des ressources physiques octroyées par l'entité biologique étrangère. Incrédule, il avait dû se résigner à regarder partir le quinquagénaire, sans pouvoir le suivre.

Déjà à son réveil, Laurence s'était étonné de ne pas ressentir les effets ordinaires d'une gueule de bois carabinée. Il avait très peu dormi au final, et malgré tout, il débordait d'énergie et éprouvait le besoin de se dépenser. Alors, sur le chemin, il se poussait, testait des limites et une endurance qu'il n'avait jamais connues, pas même dans sa prime jeunesse. C'était bon de sentir son cœur pomper et alimenter en oxygène chaque muscle, bon d'être essoufflé, de transpirer, bon de se faire mal, pour justement se sentir à nouveau vivant, maître de son corps.

Il partait en quête de lui-même et n'avait besoin de personne d'autre pour se retrouver. Et surtout cet exercice imposé lui permettait de ne penser à rien, d'oublier la blessure de son égo meurtri, la perte de contrôle et le vol d'identité, la culpabilité aussi, bien que sa raison lui rappela sans cesse qu'il n'était en rien responsable de ce qui s'était passé... Il était un survivant qui devait apprendre à vivre avec un traumatisme.

Au plus fort du raidillon, Laurence avait le souffle court, les poumons en feu, les cuisses et les mollets remplis d'acide lactique. Au bord de la rupture, il ne pensait à rien d'autre que de mettre encore et encore un pied devant l'autre. Peu importait la destination, ce qui comptait, c'était d'avancer, de continuer à grimper.

Au bout de la longue montée, il parvint enfin sur un plateau à découvert et se laissa rouler dans l'herbe accueillante, totalement au bout de son effort. Les bras en croix, il récupéra, laissant son cœur reprendre un rythme moins sauvage. Les yeux fermés, il resta ainsi allongé à savourer le retour au calme, la chaleur du soleil sur son visage, et le silence seulement perturbé par les bourdonnements des insectes et les chants des oiseaux.

Le vent léger dans les frondaisons des pins environnants dictait un rythme lancinant sur lequel Laurence cala peu à peu sa respiration. Il se retrouva bientôt dans un état méditatif en train de suivre automatiquement une routine pratiquée depuis des années. Des pensées défilèrent dans sa tête alors qu'il les considérait avec recul, veillant à ne pas juger, écartant tout excès émotionnel, tâchant d'en positiver chaque aspect.

Il se heurtait cependant à des résistances, des blessures encore trop vives pour les envisager avec sérénité. Instinctivement, il les contournait, les évitait, et s'il se focalisait trop, il substituait des images rassurantes, parmi lesquelles l'une revenait un peu plus souvent que les autres : cette imbécile heureuse d'Avril, avec son sourire optimiste, sa confiance aveugle et sa psychologie de magazine féminin à trois balles !

Depuis son réveil, Laurence était perturbé par la folie qu'il avait faillie faire. Contrairement à ses habitudes fuyantes lorsqu'il s'agissait de la journaliste, il décida de considérer son propre comportement avec objectivité. Il était resté un long moment indécis dans le couloir, sans avoir le courage de frapper à la porte de la rouquine. Avril envoyait pourtant des signaux encourageants, et il se serait agi d'une autre femme, il n'aurait pas hésité une seconde.

Quelques heures dans les bras d'une femme pour oublier et s'oublier... Heureusement pour sa santé mentale, il avait finalement renoncé. Malgré son ivresse, il avait été parfaitement conscient que tout pouvait basculer entre eux s'il franchissait ce pas. Partagé comme jamais sur l'instant, il s'était à la fois traité de fou et de lâche, tiraillé entre la raison et des envies d'évasions proprement masculines. Comme il avait eu raison d'opter pour un autre type de... distraction.

Et puis, qui sait comment la jeune femme l'aurait reçu ? Probablement pas aussi amicalement. Elle n'était pas ivre et l'aurait sans doute jeté dehors manu militari avec insultes à la clé ! Quel embarras ! La peur d'un rejet l'avait retenu, la peur du ridicule aussi, il faut bien l'avouer... Avril se serait gaussée de lui d'abord, avant de constater ses faiblesses et de les exploiter, alors qu'il voulait apparaître avant tout comme un homme fort, capable d'encaisser et de surmonter tout ça. Pas question qu'elle se rende compte qu'il ne contrôlait plus grand chose dans sa vie...

Quand il prit conscience que ses pensées se focalisaient trop sur la jeune femme, il s'en agaça et sortit définitivement de sa phase de méditation. Avril suscitait encore en lui le même partage et il se promit de travailler cet aspect pour ne pas aller vers des désillusions futures.

oooOOOooo

« Bonjour Alice, vous avez bien dormi ? »

Avril fit un large sourire en découvrant avec plaisir Gennaro dans la cuisine. Elle s'était levée pour le voir avant qu'il retourne à l'abbaye, sa mission terminée, et pour le remercier de son aide.

« Pas assez. »

« Les petits yeux ne mentent jamais. Café ? »

« Volontiers. »

Gennaro la laissa prendre place à table et la servit.

« Toujours vos cauchemars ? »

« Ça, plus un mélange d'inquiétude et d'excitation. Notre situation est plutôt inédite. »

« Les incertitudes liées à votre cavale vous perturbent et c'est bien normal. C'est déstabilisant de devoir vous cacher et fuir, alors que vous n'avez rien fait de mal. »

Avril hocha la tête.

« Gennaro, que va t-il arriver si Spender nous retrouve ? »

L'Italien tenta un sourire rassurant.

« Je vais tout faire pour l'empêcher d'arriver jusqu'à vous deux. Je ne vous garantie pas que cela fonctionnera, mais j'ai un plan qui devrait l'occuper un certain temps et surtout, détourner son attention. »

« C'est pour cette raison que nous ne passons pas la frontière maintenant ? »

« Le Consortium a des ramifications au Canada. Ils surveillent les zones clandestines de passage. Vous vous feriez prendre à peine entrés. Si Spender est sur une autre piste, la surveillance va se relâcher de l'autre côté et vous pourrez passer. »

Il y eut un silence.

« Je n'en reviens toujours pas qu'on soit devenu des cibles, Laurence et moi. Et cette histoire d'extra-terrestre, quand on y pense... » Elle fit un geste d'incompréhension. « … C'est juste édifiant ! »

« C'est une réalité que l'ordre auquel j'appartiens combat depuis des siècles, Alice. »

« Comment vous avez réagi quand on vous a révélé tout ça, la première fois ? »

Gennaro eut un sourire.

« C'était perturbant mais passionnant... L'approche a toujours été théologique, scientifique et rationnelle, sans qu'il y ait de contradictions. Après tout, pourquoi serions-nous les seuls êtres dans l'univers ? Ce débat existe depuis l'Antiquité. Puisque Dieu dans son infinie sagesse a créé ce monde, sa créativité féconde ne saurait se limiter à nous. Il existe une variété de mondes que nous ne concevons même pas, des formes de vie dont nous ignorons tout. Faire preuve d'arrogance en mettant l'homme au centre de tout, est une erreur courante. L'humilité et la réflexion doivent nous conduire sur la voie de la vérité. »

« C'est une démarche sage. Il y en a d'autres... des comme vous, je veux dire ? »

« Il existerait un autre sanctuaire en Chine, mais nous sommes tellement les gardiens de nos propres secrets que nous avons perdu le lien qui nous unissait. »

« C'est peut-être une erreur de rester chacun dans son coin pour combattre cette menace ? Pourquoi ne reprendriez-vous pas contact avec eux? »

« Je dois en parler au Père Gabriel justement. Il est le garant de nos règles et de notre discrétion. »

« Pas question de dévoiler tout ça au grand jour, alors ? »

« Pour créer un vaste mouvement de panique ? Que les gens crient au complot ? Le monde n'est pas prêt, surtout après la crise majeure que les États-Unis ont traversé l'année dernière avec Cuba. La Guerre Froide a rendu les hommes politiques frileux, méfiants et paranoïaques. »

« Justement, à ce propos, Laurence n'a pas eu l'occasion de découvrir l'identité de l'homme dont la vie est menacée par le Consortium. Vous pouvez y faire quelque chose ? »

« Nous ne pouvons pas intervenir contre les manipulations de ce groupe. Seuls les agences gouvernementales de ce pays pourraient les combattre mais elles semblent noyauter. À qui faire confiance dans ces conditions ? Swan a tenté et il se retrouve désavoué, discrédité. Il a de la chance d'être encore en vie. Vous aussi. »

« Ça veut dire que tout est perdu ? »

« Non. Ce qui est arrivé montre que le Consortium est en échec. Mais aussi que nous devons plus que jamais être vigilants dans un avenir proche. »

Comme Gennaro voyait que le visage d'Alice était devenu grave, il eut un sourire et ajouta :

« Je sais que ce ne sera pas simple pour aucun de vous deux, mais vous devez laisser tout cela derrière vous, et penser à l'après. »

« L'après ? Pour moi, c'est désormais clair, je vais tâcher de poursuivre ma carrière de journaliste d'investigation, peut-être à Paris, mais pour Laurence, c'est un peu plus compliqué. »

« Swan saura rebondir, je lui fais confiance. C'est un homme plein de ressources. »

Gennaro observa en silence la jeune femme qui grappillait des miettes de pain sur la table, perdue dans ses pensées.

Le moine avait frappé à la chambre de Laurence plus tôt, pour ne pas obtenir de réponse. Il s'était permis d'ouvrir pour découvrir un lit inoccupé. Pendant quelques minutes, il avait vraiment cru que son ami avait passé la nuit aux côtés d'Alice, avant d'être informé que le français était parti marcher de bonne heure.

Avril se perdit dans la contemplation du paysage par la fenêtre en se remémorant les instants qui avaient suivis la discussion entre Laurence et elle. Il n'avait finalement pas frappé à sa porte et avait rejoint sa chambre. La déception qu'Alice avait alors ressentie, l'avait mise face à une vérité qu'elle aurait préféré ignorer. Encore maintenant, elle ne savait pas trop quoi en faire.

« J'ai trouvé vos deux verres et la bouteille vide dans le salon » souligna doucement Gennaro.

La question sous-jacente était claire et fit sourire Alice.

« Ce n'est pas ce que vous croyez. Nous avons juste parlé. »

Et Alice lui fit un bref résumé de leurs échanges.

« Paradoxalement, il est toujours plus réceptif quand il a bu » se rappela Gennaro. « … c'est comme s'il se dépouillait de son cynisme. »

Alice se contenta de hocher la tête et but son café.

« J'ai compris que vos rapports ont toujours été très houleux. Mais sa fragilité actuelle vous touche, n'est-ce-pas ? »

« Je devrais m'en foutre royalement, l'envoyer paître pour toutes les vacheries qu'il m'a faites, mais non, je suis là à m'inquiéter pour lui, à me faire du souci alors qu'il se montre odieux ! C'est complètement insensé ! »

« C'est votre ami, vous lui pardonnez beaucoup. » Gennaro eut un sourire. « Vous savez, il ferait la même chose pour vous. Seulement il ne veut tout simplement pas vous montrer que vous avez de l'importance pour lui. C'est pour ça qu'il est infect avec vous. »

« Vous êtes comme mon amie Marlène. Vous lui trouvez toujours des circonstances atténuantes. »

« J'aime à penser qu'il est encore récupérable. »

Alice secoua la tête.

« Je peux pas fonctionner comme ça, moi ! C'est pas possible ! J'ai besoin d'exprimer sincèrement ce que je ressens, que ça sorte, vous comprenez ? »

« Comme quand vous êtes partie en claquant la porte hier soir ? »

Alice eut un moment de gêne.

« Désolée, j'ai accumulé pas mal de tensions depuis quelques jours. »

« Vous êtes toute excusée. »

« Qui est Francesco ? »

« Il y a des choses qu'il est préférable que vous ignoriez au sujet de mon encombrante famille. Le moins, vous en savez, le mieux c'est pour vous en terme de sécurité. »

« Vous voulez me faire peur, Gennaro ? Après ce que je viens de vivre ? »

L'Italien se mit à rire.

« Non, bien sûr... Alice, je suis originaire de Calabre et j'ai rompu avec une longue tradition criminelle. Dans le monde de la pègre, cela ne se fait tout simplement pas. »

« Votre vie est en danger ? »

« Non, plus maintenant. En me tournant vers le Seigneur, je me suis libéré de mes engagements familiaux, mais j'ai aussi fait un serment : ne jamais les trahir. »

« Ces hommes, dehors ? Laurence semblait furieux ? »

« Vous n'avez pas à vous en inquiéter. Ils feront ce qu'ils ont à faire, c'est-à-dire, vous protéger. »

« Gennaro, j'ignore ce que cela vous coûte, mais merci pour tout ce que vous faites. »

Le moine se contenta de la dévisager sans rien dire. Alice reprit :

« Vous savez que c'est une mauvaise idée de me laisser seule avec Laurence ? Il va tout essayer pour me faire dégoupiller. Et bien évidemment, il va y arriver. »

« Vous n'êtes pas obligée d'être tout le temps en sa compagnie. Il y a suffisamment d'espace pour que chacun trouve sa place. Il y a aussi des endroits remarquables à voir mais ne vous y aventurez pas seule. Soyez toujours accompagnée d'un homme en arme. »

Gennaro lui expliqua les promenades à faire, les points de vue à escalader, les sources chaudes et les piscines naturelles dans lesquelles se baigner.

« Vous aimez pêcher, Alice ? »

« Je n'ai pas pêché depuis que j'étais môme pendant la guerre. J'en garde de bons souvenirs sur les bords de la Deûle, à Lille. »

« Le lac regorge de belles truites. Si vous voulez améliorer l'ordinaire des repas de Totti, n'hésitez pas. »

« Il ne sait faire que des pâtes ? Sans vouloir vous offenser ! »

Gennaro se mit à rire.

« Totti n'est pas très original. C'est dommage, la cuisine italienne ne se résume pas qu'à ça. » Gennaro fronça les sourcils. « Il me semble me rappeler que Swan mijotait de bons petits plats, vous devriez lui demander de cuisiner. »

« Sérieux ? »

« Sérieux. »

« Cette enflure s'est bien gardée de me le dire ! Il est où, d'ailleurs ? »

« Il est parti en randonnée dès le lever du soleil. »

« Quoi ? Il est parti comme ça, sans vous dire au revoir ? »

« Nous nous sommes déjà faits nos adieux hier soir » répondit tranquillement le moine. « Et je vais devoir vous faire les miens. L'heure tourne, je dois partir si je ne veux pas rentrer trop tard ce soir à l'abbaye. »

Le moine se leva, suivi d'Alice.

« Gennaro, je veux vraiment encore vous remercier pour tout ce que vous avez fait pour moi. »

« Ce fut un plaisir partagé, Alice. Vous êtes un rayon de soleil qui a réchauffé le cœur d'un vieil homme et qui a apporté beaucoup de joie autour d'elle durant ces quelques semaines au monastère. »

« Et vous, vous êtes un merveilleux ami. Je ne vous oublierai jamais. »

Alice avança spontanément et ils s'enlacèrent.

« Nous serons encore en contact pendant quelques jours, jusqu'à ce que vous quittiez le Canada. Prenez soin de vous, Alice. Ne laissez surtout pas Swan vous faire croire que vous ne comptez pas pour lui, parce que c'est tout le contraire. Cet idiot est juste trop fier pour admettre qu'il éprouve une grande affection pour la tête de mule que vous êtes... » Comme Alice allait protester, il ajouta malicieusement : « … parfois. »

« Je vous promets de ne pas le louper s'il me fait la vie dure. »

Gennaro se mit à rire.

« Promettez-moi aussi une autre chose : quand vous vous disputerez comme un vieux couple, ne mettez pas le feu au chalet, d'accord ? »

Ils se serrèrent encore dans les bras en riant et Alice accompagna Gennaro vers la sortie. La voiture attendait dehors. Avril regarda Gennaro saluer Giuseppe, puis lui fit un dernier signe avant qu'il monte dans le break.

Quand la voiture disparut derrière les arbres, Alice se sentit un peu plus orpheline que d'ordinaire.

oooOOOooo

Laurence aperçut enfin le chalet et savoura à l'avance l'idée de prendre une bonne douche et de se poser en sirotant un petit mojito bien frais avec la menthe qu'il avait ramassée en route.

Il avait encore grimpé pendant un bon moment, fait une sieste, puis était reparti dans l'autre sens. Il n'avait pas de mal à se repérer dans cet environnement pourtant sauvage, le lac en contrebas lui permettait de se guider et de retourner sur ses pas.

Assise en train de lire à l'ombre d'un saule au bord de l'eau, Alice le vit passer et s'attarda avec surprise sur sa silhouette inhabituelle de bourlingueur crasseux. Il portait un pantalon de toile couvert de poussière et un tee-shirt gris au col tunisien largement ouvert, auréolé de sueur. Malgré son chapeau, son visage, son cou et ses bras à découvert avaient pris des teintes cramoisies sous le chaud soleil de juin. Elle courut après lui alors qu'il ne l'avait pas encore vue.

« Hé, Laurence ! Vous ressemblez à un homard bien cuit ! Vous vous êtes éclaté ? »

« Je m'éclate toujours quand vous êtes loin de moi, Avril. »

En marchant en retrait dans son sillage, elle continua à le détailler en faisant une grimace significative.

« Vous puez. Je ne saurais trop vous recommander de prendre une douche. »

« C'est bien mon intention. »

« Vous êtes tombé dans des épineux ? » ajouta-t-elle en arrivant enfin à sa hauteur. « Vous êtes couvert d'égratignures. »

« Ça y est, l'inventaire est fini ? » dit-il en s'arrêtant enfin, et en la considérant de façon blasée.

Malgré lui, les yeux de Laurence s'élargirent quand il nota qu'Avril portait une charmante petite robe d'été à bretelles qui mettait les courbes de son corps bien en évidence. Il retint à grand peine un sifflement admiratif.

« Pas trop vieux pour tous ces crapahutages inutiles et dangereux ? » le nargua la rousse en s'apercevant de son trouble.

Ramené sur Terre, son soudain intérêt pour Alice... Avril ! vola immédiatement en éclat. Il repartit d'un pas vif en serrant la mâchoire.

« Je suis en pleine forme, merci. Et vous devriez en faire autant, avant que les pâtes que vous dévorez midi et soir s'accumulent un peu trop généreusement sur vos hanches et votre postérieur ! »

« Mais de quoi je me mêle ? Occupez-vous de vos fesses plutôt que de reluquer les miennes quand j'ai le dos tourné ! »

« Ça ne risque pas d'arriver ! Elles ne m'intéressent pas ! »

Quel goujat ! Avril serra les poings avec colère, sans noter la contradiction émise par Laurence. Elle le regarda monter les marches du porche, puis disparaître dans le chalet.

La rouquine tourna la tête, résolue à lui faire prochainement ravaler ses paroles, quand elle s'aperçut que le dénommé Arno l'observait, appuyé nonchalamment contre l'un des poteaux du porche. Avec son couteau dans la main, il écorçait tranquillement une branche et en taillait le bois blanc.

Il avait tout entendu, mais avait-il compris un traître mot de leur conversation ? En réponse, il lui adressa un léger sourire arrogant, inclina la tête et posa ses yeux bleus volontairement sur ses fesses, puis la salua du bout des doigts, le regard rieur et appréciateur.

Sidérée par son attitude, Alice secoua la tête. J'hallucine ! Décidément, ce sont tous les mêmes !

Furieuse, Alice rentra dans le chalet et se dirigea vers la cuisine. Elle descendit un grand verre d'eau fraîche en ravalant les noms d'oiseaux qui volaient dans sa tête.

La semaine promettait d'être longue si tous les mâles de cet endroit se focalisaient sur elle. Non, il n'y avait pas d'erreur, elle incluait bien Laurence dans le lot ! Son regard appréciatif sur elle un peu plus tôt, l'avait trahi. Ses paroles acerbes, en revanche, étaient la preuve de sa mauvaise foi...

Enfin, quoi, je ne vais pas m'habiller comme en plein hiver ou rester enfermée dans cette baraque ! S'ils ne sont pas fichus capable de maîtriser leurs pulsions, je vais pas me gêner pour remettre ces sales machos à leurs places !

Le bol de cerises devant elle la tentait, mais elle suspendit son geste quand elle repensa aux paroles de Laurence.

Ah, non ! Cet enfoiré ne va pas en plus me faire culpabiliser ! Je mange ce que je veux !

« Façon, qu'est-ce que ça peut vous foutre, Laurence ? » demanda-t-elle à voix haute dans le silence de la cuisine. « C'est mon cul, après tout ! Personne, à part vous, n'a l'air de s'en plaindre ! »

Elle se contorsionna pour justement regarder son joli postérieur.

« Il est très bien comme il est ! »

Et elle s'enfila des cerises en continuant la lecture de son magazine !

oooOOOooo

Où donc Gennaro a t-il rangé ces fichus ingrédients ? L'Italien lui avait montré à l'abbaye comment préparer son fabuleux thé glacé, et il en avait fait hier soir à leur arrivée pour les rafraîchir après leur journée de voyage.

Elle ouvrit des placards sans rien trouver. Il restait la réserve. Après tout, c'était l'endroit frais où l'on conservait les aliments périssables, c'était probablement là.

Elle ouvrit la porte et actionna l'interrupteur. La lampe ne s'alluma pas. Avec une bûche, elle empêcha la porte mue par un ressort de se refermer derrière elle et avança dans la pénombre. Elle n'y voyait pas grand chose à vrai dire, autant revenir avec une torche... Elle continua à avancer, quand, tout à coup...

« Aïe ! Oh, la vache ! Ça fait mal ! »

Elle souffla en évacuant la douleur qui irradiait de son pied.

« Ça va, Avril ? »

La voix inquiète de Laurence provenait de la cuisine... Il était descendu, une fois sa douche prise, et devait la chercher.

« Vous êtes où ? »

« Dans la réserve... Mais qui a eu l'idée fabuleuse de mettre des cartons en plein milieu du passage ? Je n'ai plus d'orteil ! »

« Vous n'allumez jamais la lumière ? »

« Encore faudrait-il qu'elle fonctionne ! L'ampoule doit être grillée. »

« J'en ai vu dans un tiroir. Je reviens. »

Elle attendit qu'il revienne en faisant bouger son doigt de pied encore endolori. Laurence entra et machinalement, écarta la bûche. Ce qui devait arriver...

« Non ! Ne fermez... »

Trop tard... Sous l'effet de son ressort, la porte se referma et le pêne s'enclencha.

« Mais c'est pas vrai ! Mais vous l'avez fait exprès !? »

« Quoi ? »

« Il n'y a pas de poignée de ce côté ! On ne peut pas sortir ! »

« Oh... Heureusement que j'ai pris une torche, alors. »

Il alluma la lampe et dans le halo, ils découvrirent des étagères bien organisées, certes un peu vide, mais il y avait quelques conserves, de l'épicerie, de l'eau et une caisse de bière.

« On n'a plus qu'à attendre que quelqu'un nous trouve. »

« Très drôle ! Et si personne ne s'inquiète ? »

« On a au moins de quoi boire et manger. »

« Quel optimisme ! Vous allez bien ? »

« Je ne me suis jamais senti aussi bien, Avril. »

Le silence s'instaura. Alice recula au fond de la réserve pour lui faire de la place et lui permettre de changer l'ampoule. Quand il actionna l'interrupteur, la lumière jaillit.

« Bon, ça c'est fait. Voyons voir cette porte... »

La rouquine le détailla pendant qu'il s'activait. Laurence portait désormais un polo bleu marine et un pantalon de toile léger, et surtout, il sentait bon le savon, et autre chose aussi. Un cosmétique ? Avait-il mis de la crème sur ses coups de soleil ?

Alice eut l'impression qu'il faisait dix degrés de plus dans le réduit quand il se tourna vers elle. Une lueur s'était allumée dans son regard quand il l'avait à nouveau détaillée, la rousse le sentit, alors même qu'il détournait les yeux une seconde trop tard, à la recherche de quelque chose.

Elle s'éventa le visage avec un bout de carton. Avec sa haute taille et ses larges épaules, Laurence semblait remplir tout l'espace.

« Vous cherchiez quoi ? » demanda-t-il sans la regarder dans le silence soudain pesant.

« De quoi faire un thé glacé. »

« La recette de Gennaro ? »

« J'aime bien, il m'a montré comment faire... Il m'a aussi dit que vous saviez bien cuisiner. »

Laurence eut un petit rire.

« Le traître... »

« Vous pourriez changer notre ordinaire en nous mijotant de bons petits plats ? »

Il lui lança un coup d'œil amusé et secoua la tête.

« Je ne sais pas, Avril... Cette vie domestique n'est pas vraiment faite pour moi. »

« Allez, je suis nulle en cuisine. Vous êtes bon, le calcul est vite fait. »

« C'est sûr que si je compte sur vous, je vais mourir d'inanition ou empoisonné... » Il se pencha sur les étagères. « Voyons ce que nous avons ici... »

Laurence détailla le contenu du garde-manger et se rapprocha d'Alice qui n'eut d'autre choix que de se recroqueviller dans son coin. C'était ça ou toucher son corps pour changer de place avec lui.

Alice sentit son cœur s'emballer sans raison à cause de sa proximité. Il s'aperçut de son malaise et eut un sourire amusé.

« Vous comptez disparaître dans le mur ? »

« Vous prenez toute la place. »

Il se mit de profil. Même ainsi, elle était obligée de le frôler. Elle commença néanmoins à se glisser dans l'étroite ouverture pour qu'ils intervertissent leurs positions – Seigneur ! Il sent réellement bon ! quand elle surprit le regard de Laurence, qui avait une vue plongeante imprenable sur son décolleté...

« Vous voyez quelque chose d'intéressant ? » demanda-t-elle innocemment en s'arrêtant exprès juste sous son nez.

Il se troubla immédiatement et reporta ses yeux sur le visage de la rousse.

« Non ! C'est juste que... je réfléchissais, et je me disais que... vous devriez venir avec moi... demain... »

Il se mit à danser d'un pied sur l'autre, soudain perturbé.

« Demain ? »

« Oui. »

« Où ça ? »

« En randonnée... dans la montagne. »

« J'ai une tête à faire de la randonnée dans la montagne avec un idiot qui rougit dès qu'il voit une paire de seins ? »

Il leva les sourcils, ouvrit la bouche et resta effectivement comme un idiot devant elle. Un sourire se dessina peu à peu sur les lèvres de la jeune femme : elle avait réussi à clouer le bec de Laurence et à le déstabiliser ! Quel exploit !

« Ce ne sont que des coups de soleil, Avril » grogna-t-il finalement. « J'ai passé l'âge de rougir aux attributs... »

Il se retint in extremis. Le dire, c'était reconnaître qu'il s'était fait prendre par la patrouille ET qu'elle avait effectivement, disons... certains arguments chocs typiquement...

« … Féminins ? C'est le mot que vous cherchiez peut-être ? Pourquoi vous n'êtes pas venu cette nuit ? »

La surprise s'inscrivit brièvement sur ses traits avant qu'il ne se reprenne en déglutissant.

« Vous auriez aimé ? »

Il n'avait pas nié, ce qui était surprenant de sa part. Cette fois, ce fut elle qui déglutit.

« Je ne sais pas... Même encore, maintenant... »

« … Tu hésites ? »

Le tutoiement était venu spontanément. Laurence se rapprocha d'elle et leurs corps se touchèrent davantage. Alice sentit battre son cœur sourdement dans sa poitrine et prit une inspiration tremblante.

Sans la quitter des yeux, il leva la main et la glissa dans le cou d'Alice.

« Qu'est-ce que tu fais, Laurence ? »

« J'essaie de savoir ce que tu veux réellement. »

Il fit une pause pour donner à Avril la possibilité de l'arrêter, mais elle n'en fit rien. Au contraire, elle posa ses mains sur son torse et commença à le caresser. D'abord, ses pectoraux, puis ses larges épaules...

De leurs côtés, les doigts de Laurence caressèrent doucement le creux de sa nuque, et instinctivement, elle ouvrit la bouche, exhalant un souffle court. Il se pencha sur elle et Alice ferma les yeux, prête à recevoir son baiser. Il se colla contre elle et posa ses lèvres sur les siennes...

Enfin ! Des années de frustrations s'exprimèrent immédiatement quand Alice ouvrit les lèvres en gémissant. La bouche de Laurence la taquina avec des petites morsures et des suçotements sensuels, se faisant à la fois violentes et douces. Elle ne fut pas en reste et fut récompensée de ses efforts par un grognement de son baryton sexy.

Leur étreinte devint immédiatement irrésistible, comme si le feu et la glace se rencontraient, comme si le barrage qu'ils imposaient à leurs émotions respectives, cédait d'un coup, en emportant tout.

Leurs langues dansèrent l'une autour de l'autre, affolant leurs sens, éveillant une passion brûlante qu'ils s'étaient interdite jusque-là. Ils avaient besoin de reprendre leurs souffles, aussi il brossa encore ses lèvres contre les siennes plus tendrement, puis se recula :

« On va se calmer, sinon... »

« Sinon, quoi ? »

« Sinon, je ne réponds plus de rien. »

« Ça me plairait de voir ça. »

Dans les yeux d'Alice dansaient les flammes d'un petit démon. Ceux de Laurence s'assombrirent d'un coup et ses traits marquèrent une nouvelle détermination. Il reprit les lèvres de la rousse avec force et l'embrassa comme un homme assoiffé de désir et de désespoir. Sans délicatesse, il la poussa contre le mur et ses larges mains masculines furent partout sur elle, caressantes, possessives. Des doigts impatients descendirent les bretelles de sa robe et la bouche de Laurence plongea dans le cou de la rousse, pour l'embrasser, la sucer, la mordiller, puis ses lèvres brûlantes comme le soleil descendirent plus bas vers sa poitrine...

Des frissons parcouraient le corps entier d'Alice comme jamais auparavant. Dans ses veines brûlait un feu attisé par chaque baiser, chaque caresse de ses larges mains sur sa peau. Ses entrailles se tordait sous l'effet de violents élancements de désir. Quand il mit à jour un sein, il s'en empara sauvagement avec sa bouche et s'acharna sur le téton. Alice gémit de bonheur et il ne tarda pas à faire subir le même sort à l'autre.

Que c'était bon de s'abandonner dans les bras de cet homme ! Jamais elle n'aurait cru le voir perdre ainsi le contrôle et c'était une immense victoire en soi.

« Dis-moi... que tu as envie de moi... » lui demanda-t-elle, au bord de la folie.

« Je vais te ravager, Avril... Quand j'en aurai fini avec toi, tu me supplieras pour que je recommence. »

A ces paroles, Alice laissa échapper un soupir rauque. Il raffermit sa prise sur elle et souleva sa robe jusqu'à sa taille. Aussitôt, ses mains caressèrent sans ménagement les fesses de la jeune femme et se glissèrent dans le sous-vêtement.

Il trahissait tant d'impatience, mais Alice ne voulait surtout pas qu'il ralentisse, de peur qu'il arrête la douce torture qu'il exerçait sur ses sens. Il reprit ses lèvres de façon possessive, presque sauvagement, promena à nouveau ses mains sur tous le corps de la rouquine, mais c'était entre ses jambes qu'elle voulait que ses doigts se logent. Quand enfin, il glissa sa main dans son intimité, elle poussa un cri de plaisir. Elle était déjà bien mouillée alors qu'il l'avait à peine touchée...

« Tu m'excites tellement... » lâcha-t-elle, comme pour se justifier.

Le souffle rauque, il peinait à se contenir.

« Tourne-toi, Avril. »

Elle fit ce qu'il demandait et elle ne tarda pas à sentir son ardeur dans le bas de son dos quand il se colla contre elle après avoir descendu sa robe sur sa taille.

« Pose tes mains sur le mur. »

Il dévora alors ses épaules nues et son dos de baisers et de tendres morsures qui lui arrachaient de petits cris. Les mains de Laurence continuèrent leurs cheminements sur ses hanches, ses flancs, son ventre avant de se saisir de ses seins à pleine paume. Ses doigts jouèrent avec les pointes en les faisant durcir. Elle tourna la tête vers lui et il l'embrassa pendant qu'un nouveau gémissement s'échappait de la bouche de la jeune femme.

« Dis-moi que tu me veux... » la pressa t-il de répondre.

« Oui... »

Il fit glisser le slip d'Alice puis des doigts habiles glissèrent sur son mont de Vénus non rasé, écartèrent sa fente, découvrant un clitoris déjà gonflé de plaisir. Alice se mit à gémir longuement.

« J'ai tellement envie de toi... »

Il glissa une cuisse entre ses jambes pour les écarter tandis que des doigts habiles s'acharnaient sur son clitoris. Les gémissements d'Alice s'intensifièrent au même titre que la chaleur au creux de ses reins. Incapable de s'en empêcher, elle se mit à onduler des hanches contre sa main, accentuant la friction, sentant la tension monter en flèche.

« Oui, c'est ça, continue... » fit-elle dans un halètement incontrôlé.

« Tellement proche... »

Elle entendit l'excitation dans sa voix rauque, puis le zip de la fermeture éclair de son pantalon. L'impatience presque sauvage d'Alice à l'idée qu'il allait la prendre était palpable. Elle voulut se retourner.

« Non, reste comme ça ! »

Il plaqua ses mains sur les siennes au mur, l'empêchant de bouger.

« Il me plaît de venir te posséder ainsi... » Il l'embrassa ardemment dans le cou. « Je vais tellement te donner du plaisir, Alice, que tu me supplieras de t'en donner encore et encore... »

Maudit mâle dominateur ! Le plaisir vrilla cependant dans son bas-ventre alors qu'il venait de l'appeler par son prénom.

« Des promesses, toujours des promesses... » le défia-t-elle.

Seul un rire moqueur se fit entendre.

« Tu ne sais pas encore dans quoi tu t'es fourrée, petite inconsciente » lui glissa t-il ironiquement à l'oreille.

Alice sourit, acceptant implicitement le jeu. Elle sentait l'excitation poindre dans la voix de son compagnon. Savait-il lui même à quel point il était mal embarqué ? Probablement que non.

« Tu m'as toujours dit que j'adorais les ennuis. »

« Trop... Le temps des punitions est venu. »

Il lâcha l'une des mains d'Alice pour pouvoir glisser la sienne sous sa cuisse et la soulever. Obligeante, Alice le laissa faire et se positionner derrière elle. Pourtant, quand rien ne vint, elle se mit à craindre une seconde qu'il renonce à poursuivre.

« Qu'est-ce que tu attends ? »

Pour toute réponse, il promena simplement sa raideur le long de sa fente humide. Elle se mit à trembler et à gémir, immédiatement rassurée.

« Laurence... »

« Dénoterais-je une certaine impatience dans ton attitude ? »

Il accentua le frottement, non sans trahir une excitation bien réelle. Alice comprit obscurément que sous cette demande de soumission, il y avait un besoin de réaffirmation de soi, de montrer qu'il était à nouveau tout en maîtrise, bref qu'il était le mâle dominant qui assurait.

En temps ordinaire, elle ne lui aurait pas donné satisfaction, mais elle reconnut qu'elle pouvait lui concéder cette victoire, compte tenu des circonstances et de ce qu'il avait vécu. Surtout qu'au final, il n'y aurait aucun vainqueur, ni vaincu.

« Tu es un monstre » souffla t-elle.

Seul un nouveau rire lui répondit et il se serra encore davantage contre elle. Elle le sentait trembler, il avait le souffle court et chaud dans son cou, excité comme un beau diable.

« Je ne te supplierai pas ! » le prévint-elle.

« Mmm... l'idée est pourtant plaisante. »

« Salaud ! »

« C'est pour ça que tu m'aimes. »

Sur ces derniers mots, Laurence plongea enfin en elle, l'empêchant de protester. Avril retint à grande peine un cri de bonheur alors qu'il la remplissait. Il s'installa bien au fond d'elle avant de commencer un lent mouvement de balancier profond avec son bassin.

Très vite, pourtant, leurs souffles inégaux et leurs gémissements rauques trahirent l'intensité du désir qui montaient en eux. Ils en avaient besoin, se rendit-elle compte, alors que les choses commençaient à lui échapper.

Ses deux mains plaquées au mur par celles de Laurence, Alice s'abandonna à ce bruit de sexe mouillé, à leurs bassins qui s'entrechoquaient, à leurs gémissements de plaisir de plus en plus forts, à ce plaisir de plus en plus exigeant. Les coups de butoir de Laurence se firent plus tranchants, plus marqués, enflammant encore davantage le corps tremblant d'Alice qui sentait qu'elle basculait, qu'elle ne s'appartenait plus. C'était organique, pur, violent, sombre, entier, passionné à l'image de leurs rapports dans la vie.

Très vite, Laurence accéléra encore la cadence avec des grognements de bête en rut. Les gémissements d'Alice s'amplifièrent, l'encourageant implicitement à venir combler cette tension insoutenable.

Alice pensa à ce sexe si dur en elle, qui la crochetait inlassablement, et elle décolla. Elle partit dans une énorme explosion sensorielle qui la terrassa violemment, lui faisant tout oublier. Elle n'existait plus que par ce plaisir brûlant qui se déversait en elle en palpitant. C'était divin.

Quand le plaisir reflua, elle prit conscience que son cœur battait à se rompre dans sa poitrine, qu'elle avait chaud, et qu'elle tenait à peine debout, secouée de tremblements convulsifs. Laurence cherchait également son souffle derrière elle en ahanant, lui même secoué de soubresauts de plaisir post-coïtal.

Leurs quatre mains aux jointures blanchies étaient restées liées ensemble dans un même partage. Laurence les relâcha enfin et se redressa.

C'est maintenant que ça va être bizarre, pensa Alice, encore tremblante et hébétée.

Contre toute attente, Laurence enlaça tendrement la rouquine et l'embrassa longuement dans le cou. Leurs respirations avaient repris un rythme presque normal.

« Ça va ? »

Alice tourna la tête, un sourire aux lèvres. Il l'embrassa, en l'entourant de son odeur et de sa chaleur, et Alice se fit la réflexion qu'elle pourrait rester dans ses bras comme ça pour toujours.

« On aurait dû faire ça, il y a une éternité. »

Alice éclata de rire.

« Sérieusement, Laurence ? »

Il se mit à rire à son tour.

« Non, bien sûr... Cependant, ça valait le coup d'attendre, tu ne crois pas ? »

Elle soupira en s'appuyant contre lui.

« Ce que je crois, c'est que ça a bien failli ne jamais arriver. »

« Tu ne regrettes pas, alors ? »

Elle fit non de la tête et se retourna. Pour la première fois depuis des jours, ils échangèrent un regard complice dans lequel il n'y avait aucune animosité.

« Tu te sens un peu mieux ? » demanda t-elle.

« Je crois que je vais bien dormir ce soir. »

« A condition qu'on sorte d'ici. Je te rappelle que tu nous as enfermés. »

« Oh ? »

Il la lâcha, remonta son pantalon et se rajusta, puis marcha jusqu'à la porte... qu'il ouvrit avec un grand sourire. Elle comprit qu'il s'était joué d'elle !

« Espèce de... »

Alice chercha du regard un objet à lui lancer. Il en profita pour sortir en riant et referma précipitamment derrière lui.

« Salaud ! »

Un pot en terre se brisa en heurtant le panneau. Aussitôt la jeune femme chercha à ouvrir la porte retenue par ses soins, tambourina comme une folle, alors qu'il éclatait de rire.

« Laisse-moi sortir, espèce de minable ! »

« Seulement si tu me fais une promesse ! »

« Hein ? C'est quoi ce chantage ? »

« Promets-moi... » Il marqua un temps d'arrêt et se dit qu'il allait sans doute le regretter plus tard, mais tant pis... « Promets-moi de passer toutes tes nuits ici avec moi. »

Il y eut un silence, alors qu'elle mesurait probablement la portée de sa demande.

« Et après ? » dit-elle au bout d'un moment.

« Quoi, après ? »

« Qu'est-ce qu'on fait ensuite ? On va quand même pas filer le parfait amour, toi et moi ? »

Après ? Rien... C'était la première chose qui lui était venue à l'esprit mais il ne pouvait décemment pas lui dire ça de but en blanc, même si c'était la vérité.

« Chacun va de son côté et vit sa vie. C'est le plus raisonnable, non ? »

Elle ne répondit pas.

« Alors, qu'est-ce que tu en penses ? » reprit-il.

Toujours le silence. Il décida de changer de tactique.

« Je m'en vais, Avril, je te retrouve ici au dîner. »

« Attends ! »

« Oui, tu as quelque chose à dire ? »

« Ça me va. »

Laurence ne put s'empêcher de sourire largement à sa double victoire, avant de la délivrer.

Alice s'était rhabillée avant de sortir. Il lui adressa un regard moqueur et calculateur, celui qui avait le don de la faire sortir de ses gonds. Elle lui retourna un regard noir.

« Ne crois pas que tu vas t'en tirer comme ça si facilement ! »

« Je me réjouis à l'avance de ce que tu me prépares. »

« Peuh ! »

Elle haussa les épaules et sortit, vexée. Il l'entendit monter dans sa chambre pour prendre une douche et se changer.

Les prochains jours allaient être intéressants. Quant aux nuits, elle allaient être particulièrement chaudes...

A suivre...

On n'est pas bien, là ? ^^

J'ai écrit la dernière partie de ce long chapitre d'une traite, sur une inspiration subite, je l'avoue. Ce n'était que du plaisir ! Je n'avais pas prévu de les mettre ensemble de cette façon, j'avais un autre scénario en tête, mais ce n'est pas grave, j'aurais l'occasion de le dérouler plus tard.

Des petits commentaires, remarques, observations ? En tous cas, merci d'être arrivés jusque ici et d'avoir pris le temps de lire toute cette prose ! Bonne continuation.