Chapitre 21 : Le Cactus de Sibérie
À la sortie d'une douche prise rapidement, Alice observa son reflet dans le miroir. La rougeur de ses joues avait disparu, mais ses lèvres carmin étaient encore toutes gonflées de leurs baisers enfiévrés. En inclinant la tête sur le côté, la rouquine remarqua la présence d'un suçon au creux de son cou et sut qu'elle garderait une marque pendant quelques jours.
Sans être violent, Laurence n'y était pas allé de main morte avec elle. Amant ardent et fougueux, le catégorisa t-elle silencieusement. Ce n'était pas pour lui déplaire, mais elle espéra tout de même qu'il se montre plus tendre avec elle, si d'aventure... Immédiatement, elle refusa de se projeter dans un futur proche. Seul l'instant présent importait. Elle n'allait pas se plaindre, elle sentait encore son corps vibrer sous le déferlement brutal de plaisir qui l'avait submergé.
Un poids dont elle ne soupçonnait pas même l'existence, s'était indéniablement allégé de ses épaules. L'heure était à la détente dans leur relation, et Alice se fit la réflexion qu'elle ne regrettait décidément rien. Elle avait voulu franchir ce pas, c'était arrivé, même si avec un peu de recul, elle pressentait déjà qu'elle était en train de faire une erreur colossale.
Voulait-elle continuer à la faire ? Toute la question était là. Un nouveau chapitre venait de s'ouvrir dans ses rapports avec Laurence. Ce n'était pas de la peur qu'elle ressentait mais plutôt de l'exaltation. Elle était réaliste, elle savait où elle mettait les pieds et ne se faisait guère d'illusions. Ils s'étaient rapprochés d'une façon qu'elle n'aurait jamais imaginée en temps normal, c'est vrai, mais ne vivaient-ils pas tous les deux des circonstances exceptionnelles depuis quelques jours, pour que toutes les cartes soient rebattues ?
Alice sortit de la salle de bain et s'habilla, obsédée par les gestes possessifs de Laurence sur son corps, ses mains impatientes, ses caresses enflammées qui suscitaient encore des frissons dans tout son être, la chaleur de leurs souffles mêlés, le bruit de leurs baisers mouillés, ses gémissements sensuels alors qu'elle perdait pied, totalement à sa merci... Elle dut s'éventer à cause de la chaleur qui se répandait à nouveau en elle à cette évocation.
Elle comprenait mieux maintenant pourquoi les femmes s'accrochaient à lui. Il avait un côté animal, charnel, qui échappait à son contrôle habituellement policée et rigide. C'était exaltant de découvrir presque par erreur cette sensualité brute, qui encore une fois, n'était pas pour lui déplaire, car elle se rapprochait de la sienne au cœur de l'étreinte.
Que sera, sera... se mit-elle à fredonner en descendant l'escalier pour rejoindre Laurence. Alice préférait restée ouverte sur la suite à donner à leur... aventure. Voilà qu'elle venait d'entrer dans la galerie de ses nombreuses maîtresses. L'idée la fit sourire. Elle ne se sentait pas changée pour autant, toujours désireuse de le remettre en place si nécessaire.
Laurence se trouvait à la cuisine et lui tournait le dos.
« Qu'est-ce que tu fais ? » demanda-t-elle en entrant.
« Je prépare un mojito. » Soupçonnant que ça n'éveillait rien en elle, il ajouta : « Tu veux goûter ? »
« Pourquoi pas ? »
Elle découvrit ce qu'il avait étalé sur le plan de travail.
« Mais où as-tu trouvé toutes ces herbes ? »
« Là-haut. Pour qui sait chercher. »
« Tu n'arrêteras jamais de me surprendre. »
« De façon agréable, j'espère. »
Il se tourna enfin vers elle en affichant un sourire arrogant qu'elle eut immédiatement envie de lui arracher.
« Oh, arrête d'être autant imbu de ta personne, Laurence, c'est insupportable ! »
Il eut un petit rire, tout en lui tendant un verre.
« À une toute nouvelle collaboration, Avril, qui, j'espère, nous apportera des bénéfices mutuels. »
Elle roula des yeux, mais accepta finalement le pacte tacite en trinquant. Un bruit dans son dos la fit se retourner, et elle découvrit Arno à genoux devant le frigidaire. Il le remplissait de denrées fraîches. Le jeune homme échangea un regard avec Alice, avant de retourner à son rangement.
« Quand est-ce que tu as eu le temps de passer commande ? »
« C'est Gennaro. Il a tout prévu. »
« Quand même pas que nous finissions ensemble tous les deux dans la réserve ? » murmura-t-elle.
« Tu veux qu'on enquête sur la personne qui a posé ce carton fortuitement dans le passage ? » lui répondit-il sur le même ton.
« Enfin, Gennaro est un homme d'église ! »
« … Qui prône l'amour de son prochain. C'est aussi un homme qui a eu son lot d'aventures, avant de consacrer sa vie à Dieu. »
Elle fit une grimace.
« Pardon, mais dans mon esprit, c'est totalement incompatible... D'un côté, il y a Gennaro, un moine asexué, et de l'autre, à l'opposé, il y a les femmes. »
Laurence se contenta de sourire sans rien dire. Il préféra changer de sujet.
« Alors, tu viens te promener avec moi demain ? »
« Ne rêve pas ! Crapahuter par monts et par vaux pour récolter un horrible bronzage agricole, très peu pour moi. »
« Si tu préfères un bronzage intégral, il y a moyen d'y remédier. »
« Laurence ! » s'écria-t-elle en rougissant.
Il se mit à rire.
« Pas très loin, il y a les fameuses piscines naturelles dont je suis sûr que Gennaro t'a parlées... Des sources chaudes, revigorantes, et personne pour te voir. »
« À part toi... »
« Tu as un problème avec ton corps, Avril ? »
« Cette discussion à caractère intime est très gênante devant une autre personne » murmura à nouveau la jeune femme.
Laurence jeta un œil vers le jeune homme.
« Va tutto bene, Arno, sto per finire » (C'est bon, Arno, je vais finir)
« Sì signore »
« Grazie molto. »
Arno s'en alla.
« Tu sais qu'il comprend le français ? »
« Tu as échangé avec lui ? » demanda un Laurence, soudain suspicieux.
« Non » Alice parut gênée. « Mais il comprend ce que l'on dit, crois-moi. »
Laurence sembla réfléchir un instant, puis passa visiblement à autre chose :
« Bon. Puisque le monde entier semble s'être ligué contre moi pour que je prépare le dîner, qu'est-ce qu'il te ferait plaisir ? »
Les yeux d'Alice pétillèrent d'anticipation.
« Tu peux cuisiner en parlant italien ? »
Image même de l'exaspération, Swan Laurence leva les yeux au plafond et soupira.
oooOOOooo
« Allez, raconte moi ta plus belle gaffe » supplia Alice, le menton posé sur sa main.
« Je ne gaffe jamais, Avril. Si je donne l'impression de faire un faux pas, c'est toujours intentionnel. »
« La fin justifie les moyens, c'est ça ? »
Laurence l'observa d'un air calculateur. Elle s'agaça de son mutisme :
« Donne-moi quelque chose, bon sang ! Je sais pas, une histoire tordue, extraordinaire, une anecdote ? Montre moi que tu es humain ! »
Laurence et Avril terminaient de dîner tranquillement. La bouteille de vin qui avait accompagnée le délicieux repas concocté par les soins de Swan, avait délié les langues et réchauffé l'atmosphère. Les discussions entre eux avaient été légères, détendues, non dénuées de sarcasmes parfois, mais sans aucune envie de casser l'ambiance apaisée de la soirée.
« D'accord... » concéda-t-il finalement. « Ça remonte à avant la guerre. J'étais au restaurant avec des amis, où nous avions l'habitude de refaire le monde, comme on dit, l'actualité, l'argent, les femmes, le sport, la politique... Tout y passait. C'étaient des conversations d'hommes auxquelles les petites amies se mêlaient avec aplomb en apportant leurs points de vue décalés. C'étaient souvent des débats animés et j'aimais provoquer ces demoiselles... Au cours de l'une de ces discussions avec elles, j'ai fait le malin, je me suis écrié : " Je connais ici une femme qui tire divinement bien et a une fente magnifique !"... Il y a eu un de ces silences... Tous mes voisins de table sans exception m'ont regardé de travers en s'interrogeant sur la fidélité de leurs compagnes, et ont surtout été choqués par mes propos, comme toi en ce moment même... »
Alice le regardait en effet avec des yeux ronds comme des soucoupes.
« … Et tout comme mes amis, tu ne connais rien à l'escrime, n'est-ce-pas ? » Il eut un large sourire. « Seule une femme assise quelque table plus loin, a éclaté de rire. C'était la championne olympique de fleuret, Cécile de Beaumont »
« Tu savais qu'elle était là ! » s'écria Avril, soufflée par son audace.
« Évidemment ! Je l'ai vue entrer et j'ai tout de suite voulu la séduire. »
« Quel culot ! Tu as réussi ton coup ? »
« Mes assauts, tu veux dire ? »
Le sourire coquin qui accompagna le commentaire ne laissait planer aucun doute sur ses succès.
« Oh ! Tu es pire que ce que j'imaginais ! »
Il se mit à rire à son tour.
« Je ne fais jamais rien pour rien, Avril, tiens le toi pour dit... Et toi, ces gaffes ? Je parie que tu en as des salées à ton palmarès ? »
« Tu es bien placé pour savoir que je suis une spécialiste en la matière ! »
« Et fière de l'être avec ça... » railla t-il sarcastiquement. « Raconte. »
« D'abord un souvenir, quand j'étais môme à l'orphelinat, genre j'avais huit ans et je voulais déjà tout faire comme les mecs... »
« Quelle surprise ! »
« … J'ai mis un bonnet pour cacher mes longs cheveux bouclés et j'ai réussi à me glisser discrètement dans l'équipe de football du Père François, juste pour faire enrager Sœur Clotilde ! »
« Tu ne respectais déjà rien ! Ça t'a plu, je parie ? »
« J'ai adoré ! Mais un gamin a fini par dire qu'il ne voulait pas jouer avec une fille. Je ne me suis pas laissée démonter par sa remarque et je lui ai répondu crânement : " Ben, joue pas alors ! " et j'ai continué à taper dans le ballon avec les autres. »
Laurence secoua la tête, une lueur amusée dans le regard.
« Manque de bol, le Père François m'a entendue. J'en ai encore les oreilles qui sifflent ! »
« Queen Sassy. »
« Quoi ? »
« C'était comme ça que mon père appelait sa plus jeune sœur. Elle était tellement badass ! C'était la reine des réparties assassines et de l'insolence ! »
« Badasse ? »
« Heu... je t'expliquerai. »
« Ok, donc ça vient de ta tante, tous ces sarcasmes ? »
« Hé, les chiens ne font pas de chats » ricana t-il. « Tu en as d'autres des histoires du même genre ? »
« Je devais avoir 16 ans, j'étais de corvée de cueillette de cerises dans le verger. Après plusieurs paniers, le surveillant de l'orphelinat, un type horrible qui nous cherchait des noises, me dit qu'il aurait fallu que j'enlève également les queues... J'ai pas réfléchi, c'est du fond du cœur qu'est sorti innocemment le " Oh non ! Me dites pas que je vais devoir me taper toutes les queues ! "
Laurence eut un éclat de rire franc et joyeux.
« Ce jour là, j'ai compris que les hommes avaient les idées vraiment mal tournées. J'en ai entendu parler pendant des mois ! »
« Que veux-tu ? Les puceaux boutonneux sont vraiment bêtes à manger du foin ! »
« Tu étais comme ça, minot ? »
« Non... J'étais timide, renfermé sur moi-même et complexé par un corps qui a grandi trop vite. »
« Tiens donc ! »
Alice lui fit comprendre qu'elle appréciait cette confidence. Comme ils se regardaient affectueusement, elle se rapprocha de lui.
« J'aurais aimé... » Elle s'arrêta, autant pour chercher ses mots, que pour prendre le temps de la réflexion.
« Oui ? »
« … Que tu te sois montré comme ça plus tôt, Laurence. »
« Comme quoi ? »
« Ouvert... Amical... agréable. Si tu ne t'étais pas braqué dès le départ contre moi, nos rapports auraient pu être très différents. »
« Je ne crois pas, non. Il y avait – il y a encore ! – trop de choses en toi qui me déplaisent profondément et me hérissent. »
Elle secoua la tête en souriant.
« Disons que tu ne veux retenir que ces aspects là, en refusant de voir mes qualités. »
« Des qualités ? Quelles qualités ? » se moqua t-il.
« Ma générosité ! Mon altruisme ! Ma détermination ! » Elle leva un doigt et précisa lentement : « Mon intelligence ! »
Alors qu'il se remettait à rire, elle insista :
« Si, tu auras beau me dire le contraire, j'ai une autre forme d'intelligence que la tienne, la mienne est instinctive, émotionnelle, relationnelle ! »
Il secoua la tête. Elle récita de mémoire :
« On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux. »
« … Saint-Exupéry » prononcèrent-ils de concert.
Ils se dévisagèrent et l'atmosphère bascula entre eux, révélant une tension d'un genre nouveau. Laurence posa brièvement les yeux sur les lèvres de la rousse avant de les planter à nouveau dans les siens.
« Il faut que tu arrêtes de faire ça. »
« Faire quoi ? » Demanda t-il innocemment.
« Tu le sais très bien. »
« Tu me connais par cœur. Si tu m'empêches de faire mes effets, alors je ne sais pas comment... »
Avril posa impulsivement un doigt sur ses lèvres.
« Tu parles trop, Laurence. »
« Tu préfères quand j'agis, hein ? » ricana-t-il.
« Tss ! Idée mal tournée ! »
Son regard s'assombrit et il lâcha :
« Castratrice ! »
« Manipulateur ! » répliqua-t-elle du tac au tac.
« Danger public ! »
« Cactus de Sibérie ! »
« Cactus de Sibérie ?! » demanda-t-il, surpris.
« Parce que tu es piquant et froid à la fois. » Alice s'expliqua : « Un cactus, c'est pas sympa d'aspect avec toutes ces épines, c'est sec, ça vit dans les conditions les plus rudes, et puis de temps en temps – rarement – ça produit une fleur magnifique... Tu es dans ta période fleurie, il faut que j'en profite. »
« Ma période fleurie ? » Il éclata de rire. « Où est-ce que tu vas chercher tout ça ? »
Elle haussa les épaules.
« J'ai juste envie de célébrer ta renaissance. »
Il se recula dans sa chaise, puis finalement hocha la tête :
« Mission accomplie, alors. »
« Je t'en prie. »
Ils échangèrent un sourire complice.
« Continue à me raconter tes mésaventures » reprit-il doucement.
« Alors, dans la série : mes déboires avec la police – ben, oui, ça s'invente pas ! – je demande... le contrôle routier ! Un gendarme m'a arrêtée un jour en me demandant mes papiers. Je sors mon permis de conduire et là, surprise ! Le bout de papier rose que je détenais depuis près d'un an, était issu d'une erreur administrative et ne m'était pas destiné ! »
« Fraudeuse... Tu n'as jamais passé ton permis, Avril. »
« Comment tu le sais ? »
« J'ai vérifié. »
« Tu m'as pourtant laissé conduire ta précieuse voiture. »
« Tu crois que j'avais le choix ? La conduite de Marlène résume à elle seule l'expression une femme au volant, la mort au tournant ! »
La simple mention du prénom de leur amie jeta soudain un froid entre eux. Laurence vit le visage d'Alice se décomposer et eut lui-même l'impression étrange qu'il trahissait son ancienne secrétaire en lui faisant un enfant dans le dos... ce qui n'était pas loin de la vérité !
« C'est... très maladroit de ma part... »
Au temps pour lui de ne jamais faire de gaffe ! Perturbé, Laurence s'éclaircit la voix et se leva pour débarrasser la table, en écartant la culpabilité et en se répétant qu'il n'avait fait aucune promesse à la belle blonde. Dès le départ, les choses avaient été claires. Même si ses sentiments pour elle étaient toujours aussi ambigus, il n'y aurait rien d'autre que cette dernière nuit ensemble qu'il avait taché de lui rendre aussi douce que possible.
A peine Alice eut-elle évoqué son amie que l'effroi et le goût amer de la trahison envahirent la rousse. Envolée la petite bulle de bonheur. Bon sang ! Elle avait une aventure avec un homme qu'elle était sensée détester et dont Marlène était follement amoureuse !
« C'est très bizarre, excuse-moi... »
Incapable soudain de rester dans la même pièce que Laurence, Avril sortit dehors.
Le quinquagénaire jeta négligemment le torchon qu'il tenait et se maudit pour sa maladresse. Il soupira et resta un moment à ressasser le souvenir de Marlène et bizarrement, celui de Meredith, dont la créature l'avait débarrassé. Les femmes qui passaient dans sa vie dernièrement étaient des sources de problèmes dont il se serait bien passé. Mais au fond, s'il regardait la vérité en face, n'était-ce pas lui le problème ? Quelle idée ! Non, bien sûr. Rien n'avait changé...
Il laissa quelques minutes à Avril pour se reprendre, avant de venir la rejoindre sous le porche. En silence, il prit place à côté d'elle et écouta les bruits de la nuit.
« Marlène va me détester » dit Alice au bout d'un moment.
« Marlène n'a pas à savoir. »
« Je ne pourrai plus jamais la regarder en face sans éprouver de remords. »
« Il va pourtant falloir vivre avec, Avril, et ne rien lui dire. »
« Toi et ton tact légendaire ! L'empathie n'a jamais été ton fort, hein ! »
« Réfléchis au lieu d'être un paquet de nerfs. Nous ne lui ferions que de la peine. C'est ce que tu veux ? »
Avril soupira, la mort dans l'âme. Il s'approcha d'elle.
« Aussi louable que soit ta loyauté vis-à-vis d'elle, ta générosité et ton sens de l'altruisme font parfois que tu t'oublies, Avril. Tu risques de passer à côté de beaucoup de choses essentielles et de les regretter par la suite, si tu ne penses pas aussi à toi, à ce que tu veux personnellement... »
Ils se dévisagèrent intensément.
« … Réfléchis à ce que tu attends de la vie maintenant, car demain, dans une semaine, qui sait ? Il sera peut-être trop tard. »
Le rappel de l'épée de Damoclès pendue au dessus de leurs têtes lui fit baisser les yeux, mais elle les releva très vite en devinant ses intentions.
« Tu y vois aussi ton propre intérêt. »
« Évidemment, puisque je ne pense qu'à satisfaire un plaisir égoïste... » répondit-il avec une franchise désarmante. « … Je ne crois pas me tromper en voulant toutefois le partager avec toi. »
Il lui laissa quelques secondes pour digérer cette information puis posa un simple baiser sur son front.
« Je te laisse y réfléchir seule. Ça a été une longue journée, je vais me coucher. »
« Attends ! » dit-elle en le retenant par la main. « Je voulais te dire... »
« Oui ? »
« Je sais que c'est insensé, compte tenu de notre situation, mais... je ne regrette pas du tout ce qui est arrivé. »
Il hocha simplement la tête.
« Moi non plus. »
Ils échangèrent encore un long regard où passèrent des émotions et des non dits.
« Bonne nuit, Alice. »
« Bonne nuit... » Elle prit une profonde inspiration. « … Swan. »
Un sourire étira imperceptiblement les lèvres de Laurence et trahit sa satisfaction, puis il s'en alla.
Le cœur battant, Alice resta seule. Elle prit alors conscience qu'elle venait de basculer dans une autre dimension avec lui et qu'elle était littéralement sous son charme. Ce soir, Laurence avait fait tomber en douceur les barrières qu'elle érigeait habituellement contre lui et l'avait séduite. Confondue, elle se rendit compte qu'elle avait aimé être l'objet de ses attentions et de sa persévérance. Un peu perdue, elle se passa la main sur le visage pour finalement se faire cette réflexion à voix haute :
« Dans quoi j'ai mis les pieds ? Je suis folle, complètement folle à lier... »
A suivre...
Ah, ces maudits sentiments dont on s'embarrasse ! Parfois, il faudrait avoir un bouton on/off et switcher à volonté !
PS : La première anecdote d'Alice est mienne. Enfant, j'étais un vrai garçon manqué, je refusais de mettre des robes au désespoir de ma mère, et je n'ai jamais été intéressée par les poupées et autres fariboles pour les filles. Un jour, je me suis infiltrée dans une petite équipe de foot avec les copains. L'un des garçons ne voulait pas jouer avec moi, alors je lui ai sorti « Ben, joue pas alors ! » sans plus m'occuper de lui ! Ce jour là, j'ai marqué un but (j'ai un gauche redoutable) et il a fait la tronche ! Quelques années plus tard, nous nous sommes retrouvés au collège dans la même classe. Quand il appelait son équipe en sport co, j'étais toujours la première à être choisie !
Comme quoi, les filles, rien n'est impossible pour vous !
Si vous avez aimé, manifestez-vous ! Si vous n'avez pas aimé, même chose !
