Avertissement pour contenus explicites : Ce chapitre contient des descriptions TRES graphiques d'actes sexuels. Si votre sensibilité ne vous porte pas sur les scènes de ce type, je vous incite vivement à passer votre chemin.

Chapitre 22 : Pourquoi faire simple... ?

Laurence releva la tête, surpris d'entendre l'escalier grincer sous les pas d'Avril. Quelques secondes plus tard, la jeune femme le rejoignait dans la cuisine, des chaussures de marche à la main.

Machinalement, les yeux de Laurence balayèrent le corps de la rouquine en découvrant qu'elle ne portait qu'un débardeur moulant et un short très court qui mettaient en valeur ses jambes fuselées.

Alice remarqua son manège et retint un sourire alors qu'il faisait comme s'il n'avait rien vu.

« Les coups de soleil ne t'effraient plus ? » demanda t-il, d'un ton détaché.

Elle vint vers lui sans répondre et se hissa sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sur sa joue rasée de frais. Il leva les sourcils et eut un regard interrogatif.

« Le secret... » lui chuchota t-elle. « … c'est de mettre de la crème solaire. »

Il fit un hum appréciatif après avoir pris une inspiration. Il ne pouvait pas nier qu'elle sentait bon.

« Et puis, n'est-ce pas toi qui m'as dit hier soir de profiter de la vie dans ces moments d'incertitude ? »

Il fit une moue amusée.

« Écoute, ce ne sont que quelques jours que j'ai envie de vivre le plus sereinement possible. On fait un marché ? Si je fais des efforts, tu fais des efforts, d'accord ? »

« Tant que tu ne me harcèles pas avec ta présence et tes questions indiscrètes et idiotes... »

« C'est toi qui m'as demandé de venir ! »

« Parce que te laisser seule ici avec cette bande de malfrats n'est pas une bonne idée. » Il secoua la tête et s'expliqua : « Avril, ces types dehors ne sont pas des enfants de chœur, et ta présence peut être... » Il la regarda des pieds à la tête. « distrayante. »

Si lui-même l'admettait...

« Vraiment ? » se moqua-t-elle en croquant une cerise et en prenant une pose provocante. « Je n'ai rien remarqué. »

Froidement, il s'arrêta une seconde de plus que nécessaire sur son visage espiègle, avant de retourner à son paquetage.

« Alors, tu crois que c'est dans tes cordes de te montrer plus aimable et attentionné pendant quelques jours ? » reprit-elle.

« Je ne vois pas pourquoi je changerais d'attitude » grogna-t-il en s'affairant.

« Nous avons tous les deux envie de légèreté et de détente, pas de nous faire la guerre. »

« Je ne suis plus le sombre rabat-joie psycho-rigide dont tu ne supportes pas la présence ? » demanda-t-il avec sarcasme.

« Swan, ne commence pas... » soupira-t-elle, d'un ton las.

Il la prit par la taille et la colla contre lui.

« Redis-le moi, alors. »

« Quoi ? Oh... Swan... » dit-elle doucement en insistant sur son prénom.

Il sembla considérer sa proposition un instant.

« Tu peux faire mieux. Je réserve ma réponse en fonction de ton comportement. »

Sentant qu'il se jouait d'elle, Avril s'écarta de lui avec un « Peuh ! » significatif.

« C'est fou comme les rapports humains peuvent changer dès qu'on fait preuve de bonne volonté » remarqua Laurence de manière ironique .

« … dixit celui qui refuse d'ordinaire la discussion et les compromis avec une mauvaise foi caractérisée. »

Seul un léger sourire trahit l'amusement de Laurence.

« Tu m'emmènes où, alors ? » demanda la rousse en picorant des raisins secs dans un bol et en changeant de sujet.

« Regarde par la fenêtre sur ta droite. Tu vois les volutes de vapeur qui s'élèvent au dessus des arbres ? Les sources d'eau chaude sont là, dans cette direction... On marchera jusqu'à les trouver. »

Ils finirent de préparer leurs sacs à dos et partirent enfin après qu'elle se soit restaurée légèrement. L'un des Italiens voulut leur emboîter le pas, mais Laurence le somma de rester à bonne distance, sous peine de recevoir de la chevrotine. Ils s'affrontèrent un instant du regard et l'Italien baissa les yeux avant d'accepter du bout des lèvres.

Au début de la randonnée, Alice discuta de tout et de rien, mais quand Laurence accéléra la cadence pour ne pas subir son verbiage, elle se tut pour garder son souffle. Stratégiquement, il se maintenait à dix mètres devant elle pour avoir la paix. Elle ne tarda pas à montrer des signes de fatigue et il dut ralentir.

« Comment tu fais ? » lui demanda t-elle lors d'une pause hydratation, alors qu'il semblait à peine essoufflé et qu'il l'attendait pour passer à un endroit plus délicat du parcours, un torrent.

Laurence observait la rive en face depuis un moment et décida qu'il était possible de sauter d'un rocher vers un autre. Il l'avait à peine écoutée.

« Comment je fais quoi ? »

« Marcher aussi vite. »

« Je m'entretiens, Avril. » Il n'hésita pas à mentir pour ne pas avoir à affronter ses questionnements sur son extraordinaire état de forme. « … Une vie saine avec du sport, une alimentation équilibrée, et surtout, pas de bonne femme enquiquinante ou pipelette en permanence sur le dos ! »

La dernière remarque s'adressait visiblement à elle. Alice leva les yeux au ciel.

« Évidemment... Honnêtement, Swan, je ne vois pas comment une femme saine d'esprit arriverait à te supporter, de toute façon ! »

« Les femmes sont rarement saines d'esprit ! Et quand elles sont amoureuses, elles ont douze ans d'âge mental ! »

Il prit son élan et franchit la distance avec facilité. Alice s'apprêta à en faire autant quand elle se rendit compte que c'était un peu plus large qu'elle ne pensait... Et haut... L'eau bouillonnait sous ses pieds à quelques mètres dans un bruit infernal. Elle se mit à crier :

« Vu ta haute opinion des femmes, vingt quatre heures passées en ta compagnie leur suffisent amplement pour qu'elles comprennent leurs erreurs de jugement ! »

« Je ne leur en demande pas plus ! Je ne tiens à m'encombrer d'une emmerdeuse qui finira par m'exaspérer ! »

« Tu as tort, la chieuse est souvent la femme parfaite ! »

Il eut un ricanement.

« La chieuse est la pire de toutes ! Parles-en à ton ex-mari, Avril, et tu comprendras pourquoi Vasseur a divorcé ! »

« Pour ton information, ce n'est pas lui, mais moi qui ai demandé le divorce ! Ce minable... »

« … ne faisait pas tes quatre volontés ? devait supporter au quotidien ton caractère difficile, hystérique et capricieux ? répondre à toutes tes questions sans queue, ni tête sur ta place et ton rôle insignifiant dans cette société ? approuver ton militantisme féministe, dans lequel tu voulais t'affirmer ? »

Choquée, Avril ouvrit la bouche, puis la referma. Elle n'avait pas envie de hurler par dessus le bruit du torrent, pas envie de se disputer avec lui comme elle le faisait d'habitude. Pourtant, la colère enflait et elle répondit néanmoins :

« Qu'est-ce que tu en sais, toi, puisque tu n'as jamais été en couple ? C'est sûr pour ça, il faudrait que tu acceptes de te mouiller ! Mais tu es bien trop LÂCHE ! »

Sans réfléchir, cette fois, elle s'élança et sauta... et évidemment, elle sut immédiatement qu'elle n'allait pas pouvoir atteindre le rocher... Elle poussa un cri d'effroi...

Elle entendit un AVRIL ! effrayé, alors que la pointe de son pied d'appui glissait sur la paroi lisse du rocher humide, qu'elle percuta de fait, en pleine poitrine. Le choc et la douleur lui coupèrent le souffle et elle se sentit glisser inexorablement, jusqu'à ce des doigts se referment sur son poignet.

« Je te tiens ! »

Le visage crispé par l'effort, Laurence s'était jeté au sol au dessus d'elle et venait de la rattraper in extremis dans une position des plus périlleuses. Il pouvait lui-même glisser à tout moment. En rampant, il parvint à rétablir son équilibre, puis à la hisser jusqu'à lui en serrant les dents. Elle resta allongée dans ses bras, pendant qu'elle tentait de retrouver sa respiration.

« Ça va ? »

La tête posée sur son épaule, encore incapable de dire un mot, Alice hoqueta involontairement.

« Ne me refais plus JAMAIS un coup pareil, tu m'entends ? »

« Fallait... pas... m'é... m'énerver... » parvint-elle à dire.

« Tu es capable du meilleur comme du pire, mais dans le pire, c'est incontestablement toi la meilleure ! »

Il l'aida à s'asseoir et la détailla rapidement.

« Estimes-toi chanceuse, tu t'en sors sans une égratignure... » La colère prit le relais après la peur. « … Mais qu'est-ce qui t'a pris de sauter comme ça ? J'allais venir te chercher ! »

« C'est ta faute, Laurence ! Si tu ne m'avais pas dit toutes ces horreurs, je ne me serai pas élancée pour venir t'arracher la langue ! »

« Tu as vraiment fait n'importe quoi ! Quand est-ce que tu vas apprendre à te contrôler, Avril ? »

Tendus, ils se dévisagèrent longuement, l'un furieux comme à son habitude, l'autre fortement secouée parce qu'elle venait d'échapper miraculeusement à un accident vraiment stupide. Finalement, elle baissa les yeux, consciente d'avoir dépassé les bornes. Elle s'était vraiment fait peur et lui avait fait une belle frayeur en retour.

« Merci » murmura-t-elle, repentante.

Il eut un grand soupir et sa colère sembla retomber. Son visage reprit peu à peu son indifférence coutumière.

« On repart » ordonna-t-il.

Elle le suivit sans mot dire. Laurence l'observa du coin de l'œil. Peut-être allait-elle enfin comprendre l'inquiétude qu'il ressentait invariablement, quand elle se lançait dans des expéditions hasardeuses ? Il en doutait, elle était trop impulsive, trop spontanée, trop naturelle... Vouloir réfréner sa nature avait toujours été contre-productif. C'était aussi pour toutes ces mêmes raisons qu'il la détestait et qu'il l'aim...

À peine commença t-il à formuler cette pensée qu'il la rejeta immédiatement, mais c'était trop tard. Sans s'en apercevoir, il accéléra l'allure, agacé de devoir considérer Avril comme autre chose qu'une empêcheuse de tourner en rond, inconsciente et casse-cou ! Attachiante était vraiment le terme qui la définissait le mieux !

« Attends-moi... » se plaignit-elle au bout d'un moment, incapable de suivre son rythme.

Il continua sur sa lancée sans rien dire. Il s'arrêtait de temps en temps pour l'attendre. Seulement, dès qu'elle arrivait à deux mètres de lui, il repartait aussi sec. Du coup, Alice ne se reposait pas... Au bout d'un moment, elle lâcha prise avec un point de côté et s'assit sur un rocher, en le maudissant vertement, lui et son caractère de chien.

Laurence disparut de sa vue et elle se sentit soudain misérable. Les réflexions qu'il lui avait faites sur son mariage, avaient fait remonter des souvenirs pénibles et des sentiments qu'elle croyait avoir enterrés après son divorce. Robert et elle s'étaient mariés sur un coup de tête, leur vie conjugale n'avait ensuite été pour Alice qu'une suite de déceptions. Loin de s'épanouir, elle s'était sentie mourir à petit feu, étouffée par un minable immature, loser magnifique et roi de l'embrouille.

C'était un échec dont elle avait appris, mais malgré tout, il restait douloureux à plus d'un titre. A l'évocation de son plus grand regret, Alice sentit les larmes lui monter aux yeux et elle se mit à pleurer, heureuse que Laurence ne soit pas présent pour voir les dégâts qu'il lui causait involontairement.

En réalité, Laurence la voyait très bien d'où il se trouvait. Dissimulé par un rocher, il l'attendait et la vit sangloter. Lui rappeler une période de sa vie où elle n'avait probablement pas été heureuse, était cruel de sa part. Il finit par s'en vouloir mais n'alla pas vers elle. Pas question qu'il s'excuse pour lui avoir crûment dit la vérité, tout de même !

« Avril ? Tu es là ? » appela-t-il au bout d'un moment.

Il la vit qui s'essuyait les joues précipitamment et se remettait debout.

« J'arrive ! » lui cria t-elle d'une voix presque normale.

Il sortit de derrière le rocher comme s'il venait à sa rencontre, puis quand elle l'aperçut, il attendit qu'elle le rejoigne.

« Tu vas bien ? »

« Oui, c'est bon ! J'avais besoin de souffler. »

Elle mentait clairement mais il n'insista pas.

« On est presque arrivé. »

Ils marchèrent plus posément en silence, puis le terrain commença à s'aplanir, les arbres s'espacèrent, poussant entre de gros rochers. Le sol tapissé de sapinettes et d'herbes folles était souple sous leurs pieds. Ils avancèrent vers les volutes de vapeur proches qu'ils apercevaient désormais.

La première piscine avec ses concrétions de calcaire apparut devant eux. Émerveillés, ils contemplèrent les eaux claires et cristallines qui tombaient d'autres bassins situés en terrasses plus haut.

« C'est magnifique » souffla Alice en contemplant le cirque rocheux formé tout autour des bassins fumants et la cascade du torrent qui jaillissait une centaine de mètres plus haut.

« Et dire que tu as failli ne jamais découvrir ce site ! » ricana Laurence.

Alice décida de ne par relever. L'endroit avait été aménagé, remarquèrent-ils. Des arbres avaient été coupés pour permettre au soleil de baigner l'espace raisonnablement, des troncs disposés pour faire des bancs, il y avait même une sorte de table formée par deux rochers.

« Le premier bassin est celui dans lequel on se prélasse, m'a dit Gennaro, les eaux froides et chaudes s'y mélangent en amont... Les autres plus haut sont trop chauds pour s'y baigner. »

« Tu montes voir avec moi ? »

Avril hocha la tête et le suivit. Ils grimpèrent un moment avant de parvenir au niveau du bassin le plus haut. L'eau bouillonnait en remontant des profondeurs et glougloutait. La vapeur y était plus présente et apportait des odeurs de soufre plus marquées. La vue qu'ils avaient des piscines en contrebas qui se déversaient les unes dans les autres, était à couper le souffle.

« C'est vraiment un endroit magique. Je ne regrette pas d'être venue. »

Laurence était également sous le charme, même s'il n'en disait rien. Il mit ses lunettes de soleil et s'allongea sur un rocher plat.

« Farniente ? » demanda-t-elle, surprise de le voir lézarder.

« Repos » confirma t-il.

« Je retourne au premier bassin. Si je reste avec toi, ma peau de rousse va cramer en un rien de temps avec ce soleil. »

« Fais attention en descendant, et crie si tu vois un ours. »

« Un ours ? » dit-elle en s'arrêtant net.

Laurence eut juste un sourire narquois, sortit le revolver de son sac sans s'occuper davantage d'Avril. Peu rassurée, elle descendit tout de même et revint vers le premier bassin. Dans le placard de sa chambre, elle avait trouvé un joli bikini fleuri et l'avait passé en constatant qu'il lui allait comme un gant. Avec un plaisir manifeste, elle entra dans l'eau. Elle était chaude juste comme il faut. C'était parfait pour une journée d'été.

Avec un soupir de contentement, elle s'installa à l'ombre en espérant que la chaleur de l'eau soulage ses côtes endolories. Elle n'avait peut-être rien en apparence mais elle avait lourdement heurté le rocher. Elle ferma les yeux et essaya de ne plus penser à rien, en se laissant porter par les bruits de la nature.

Sans s'en rendre compte, Alice s'endormit.

Ce furent les mouvements de Laurence qui la réveillèrent. Elle ouvrit les yeux alors qu'il entrait dans le bassin. C'était la première fois qu'elle le voyait nu et elle eut largement le temps de se rincer l'œil alors qu'il s'installait en face d'elle.

« Bien dormi ? » dit-il, un sourire goguenard aux lèvres.

Évidemment qu'il avait remarqué qu'elle l'observait... Il voyait tout !

« Je ne me suis même pas aperçue que je m'étais endormie... Quelle heure est-il ? »

« Onze heures passées. »

« J'ai faim. »

« Tu n'avais qu'à manger davantage ce matin, estomac sur pattes ! »

« … et soif aussi. »

Avec un regard désabusé, il se leva et sortit du bassin. Alice en profita pour mater son cul et son dos en convenant finalement qu'il ne faisait décidément pas son âge, ce qui était une bonne chose. Elle était même heureuse de donner un grand coup de pied au cul aux stéréotypes.

Il revint avec une bouteille d'eau qu'il lui tendit. Cette fois, il s'installa à côté de la jeune femme et passa un bras derrière ses épaules, sans toutefois la toucher.

Alice déglutit en prenant conscience de sa présence charismatique et de sa sensualité débordante. Il avait un torse bien défini, couvert d'une légère pilosité, avec un grain de peau très délicat, presque féminin, qui donnait l'envie d'y promener les mains. Malgré de larges épaules, ses muscles étaient fins, tout en longueur. Elle avait déjà eu l'occasion de voir ses jambes quand il s'était blessé à la cuisse. L'ensemble était tout à fait dans ses goûts, en conclut-elle.

En inspirant, Alice bascula la tête en arrière et posa sa nuque sur l'avant-bras de Laurence. Automatiquement, ses doigts vinrent caresser l'épaule de la jeune femme avec légèreté. Elle ferma les yeux et resta ainsi, sans bouger. Allait-il en profiter ?

Il n'en fit rien. Alice ouvrit les yeux, tourna légèrement la tête vers lui et le découvrit dans la même posture qu'elle, détendu... offert. Il avait également les yeux fermés et attendait qu'elle fasse sans doute le premier pas.

La balle était dans son camp, comme on dit. Alice avait envie de lui. Elle n'hésita pas.

Elle bascula lentement sur le flanc et passa sa main dans la nuque de Laurence en s'avançant vers lui. Il tourna la tête mollement vers elle, ouvrit les yeux paresseusement, pour les refermer dès que leurs lèvres se touchèrent. Leur premier baiser échangé depuis la veille fut doux, attentionné, destiné à apprivoiser l'autre, à apaiser également leurs tensions précédentes, en un accord quelle voulait tacite.

Alice goûta Laurence en prenant son temps, comme pour mieux le savourer. Elle dicta le rythme et leurs premiers soupirs mêlés à leurs souffles chauds trahirent la montée d'un désir commun qu'ils n'avaient pas envie de nier.

Alice se colla contre lui et continua à l'embrasser en approfondissant leurs baisers. Laurence se laissa faire, les bras toujours en croix, la suivant en tout sans rien précipiter. Déterminée à profiter de son avantage stratégique, la rouquine s'installa finalement à califourchon sur ses cuisses. Naturellement, il posa ses mains sur ses hanches et commença à lui caresser le bas du dos en posant des baisers mouillés de ci, de là, sur ses joues, sa mâchoire et dans le creux de son cou.

Sentir ses lèvres qui partaient en exploration n'était pas suffisant pour Alice. Elle voulait être touchée, possédée, comme il l'avait fait avec elle la veille.

« Embrasse-moi » murmura-t-elle, dans un souffle tremblant.

Il s'exécuta et leurs langues dansèrent l'une avec l'autre, d'abord lentement, puis de plus en plus passionnément, attisant les braises qui couvaient dans leurs veines. Leurs souffles se mêlèrent, inégaux, déjà fébriles. Alice sentit son cœur brusquement s'emballer et eut un gémissement quand les mains de Laurence remontèrent et capturèrent ses deux seins au travers du coton.

« Ton bikini est charmant... » murmura Laurence d'une voix rauque entre deux baisers « … mais il y a décidément encore trop de tissus. »

Laurence tira sur les cordelettes et libéra les petits seins fermes d'Alice. Il fit de même avec les cordelettes de sa culotte sur ses hanches. Alice plongea dans le cou de Laurence, l'embrassa, en s'acharnant sur un point précis, en le léchant et en le mordillant pour le marquer à son tour. Avec un sourire, il soupira quand elle promena ses mains sur son torse et ses flancs.

« Prends ton temps » murmura t-il de façon appréciative. « Je suis tout à toi. »

Laurence lui laissait l'initiative et ce n'était pas pour déplaire à Alice. La rouquine pressa ses cuisses contre le pelvis de son compagnon et sentit son érection contre son intimité. Un courant de plaisir embrasa ses entrailles et elle savoura la perspective de l'avoir bientôt au fond d'elle.

Tout entière tournée vers son plaisir, Avril mettait les nerfs de Laurence à rude épreuve mais cette attente était aussi ce qu'il aimait dans une relation avec une femme. La veille, il avait cédé à de fortes pulsions, réaffirmant qu'il était bien vivant, en pleine possession de ses moyens. Il avait possédé Alice avec un empressement, une bestialité libératoire qu'il ne se permettait seulement que lorsqu'il était en confiance avec une partenaire. Aujourd'hui, c'était à elle de décider quand et comment elle allait l'emmener avec elle.

Alice promena lentement ses mains sur le torse de Laurence et joua avec les tétons qui pointaient. Ils s'embrassèrent à nouveau avec ardeur. Quand Laurence captura l'un de ses seins dans sa main et le malaxa, Alice laissa échapper un long gémissement et ondula contre sa raideur. Ce fut lui, cette fois, qui laissa échapper un soupir tremblant en sentant son sang pulser dans ses veines

La rousse se souleva légèrement et offrit sa poitrine à sa bouche. Les lèvres de Laurence se refermèrent avec avidité sur la pointe d'un sein tandis qu'il pinçait l'autre entre deux doigts, puis l'empaumait. Tremblante, Alice subit la loi de sa langue brûlante, gémit et se cambra, traversée par une fulgurance de désir qui culmina au cœur de son intimité.

La main de Laurence glissa vers sa hanche, puis vers ses fesses qu'il caressa en faisant de petits cercles concentriques, avant de descendre vers sa fente avide de sensations. Des tiraillements d'impatience traversèrent Alice, l'électrisèrent de la tête aux pieds. Oui, c'était là qu'elle voulait qu'il aille, là qu'elle voulait qu'il s'acharne et se montre impitoyable...

Comme s'il lisait dans ses pensées, il écarta doucement les lèvres et la caressa du bout des doigts, en remontant vers le clitoris sur lequel il ne tarda pas à se concentrer. Alice se tortilla contre lui et se cambra davantage en poussant de petits gémissements. Elle ne voulait plus penser, juste ressentir encore et encore.

« Je ne connais aucune femme qui résiste à ça » lui glissa Laurence à l'oreille, le souffle court.

Alice se saisit de son membre et le masturba de haut en bas, en s'attardant sur ses bourses, à la fois fermes et douces. Ce fut une torture qu'ils s'infligèrent tous les deux pendant de longues minutes, en haletant et en gémissant, à la limite de leurs orgasmes respectifs. Laurence crut qu'il allait perdre le contrôle lorsqu'elle décida de s'empaler lentement sur son sexe tendu.

Laurence serra les dents en pénétrant dans sa chaleur moite. Alice était si douce, si chaude autour de lui et il était si dur. Il dut réfréner l'envie irrésistible de remuer son bassin pour la labourer sans répit sur le champ. C'était le moment d'Alice, c'était elle aux commandes. Il l'immobilisa en passant ses bras autour de sa taille. Si elle lâchait les chevaux maintenant, il n'allait pas tenir bien longtemps...

Laurence sentit le sourire victorieux de la jeune femme contre ses lèvres quand elle l'embrassa à nouveau. Il s'élargit encore lorsqu'elle se recula et s'aperçut de l'effet qu'elle avait sur lui.

« L'excès de fierté te va bien, Avril » murmura Laurence en la dévisageant, souveraine en pays conquis.

« Je te rappelle que l'orgueil est ton pêché, Laurence. »

« L'un des moindres... Et puis, il faut bien commencer quelque part avant... »

Elle amorça un lent mouvement de va et vient ondulatoire et il ferma les yeux en gémissant doucement.

« … avant d'en arriver à la luxure... » Il déglutit à cause de la tension qu'elle créait déjà en lui. « Oh, Seigneur... »

Il se tendit pour s'obliger à ne pas bouger les hanches.

« Déjà proche, Laurence ? »

« Je suis endurant... comme un vieux chêne. »

« Vraiment ? Ne présumes-tu pas de tes forces ? Rappelle-toi la fable avec le roseau. »

Elle accentua le basculement de son bassin en le prenant bien au fond d'elle et il se mit à gémir de plus belle en implorant tous les dieux de le faire tenir suffisamment pour la satisfaire. Depuis qu'il l'avait prise la veille dans la réserve, il se sentait comme un adolescent lubrique, en imaginant tout ce qu'il pourrait lui faire subir. Il glissa la main entre eux et posa son pouce sur le clitoris gonflé de la jeune femme pour les remettre à égalité.

Alice eut une contraction involontaire lorsqu'il la toucha et crut qu'elle allait partir, trahie par son corps avide de sensations. Sous sa caresse, la tension monta en flèche en elle, réclamant irrésistiblement son dû.

Ils ne se quittaient pas des yeux, surveillant chacune de leurs expression faciales en proie à la passion. Le cœur battant, elle accéléra encore, emplie entièrement par ce sexe qu'elle sentait au bord de l'explosion.

« Alice... je vais... bientôt... » confirma-t-il, alors qu'il allait désormais à la rencontre de son bassin.

Toute à ses sensations exacerbées, Alice reconnut les signes annonciateurs d'un tremblement de terre intérieur, et s'écria :

« J'y suis presque ! »

Laurence était si dur en elle, si proche, et les parois d'Alice, si étroites... Il serra les dents en sentant qu'il atteignait le point de non retour.

« Avril... » l'implora-t-il.

Alice s'arc-bouta contre lui pour l'entraîner encore plus profondément en elle, puis, soudain, l'air s'embrasa, le ciel bleu explosa en des milliards d'étoiles éblouissantes... Dans un grand cri, le corps d'Alice se tendit violemment.

Laurence sentit simultanément les violentes contractions de son vagin autour de son membre. C'en fut trop. Déjà à l'agonie, il s'oublia dans les délices de son propre plaisir avec un immense frisson et une plainte rauque.

Comme une naufragée à bout de force, à bout de souffle, Alice s'effondra sur lui en tressaillant involontairement, les sens saturés de plaisir, occultant tout le reste.

Quand Laurence émergea de longues secondes plus tard encore engourdi de bien-être, il se mit à se maudire pour son manque de précaution. Il tenta de la soulever mais elle s'accrocha à lui.

« Bouge, Avril. » grogna t-il.

« Je peux pas. »

« Peux pas quoi ? Te lever ? » Il s'énerva. « Bon sang, Avril ! Laisse-moi me retirer ! »

Alice s'exécuta difficilement, puis se mit debout en vacillant légèrement. Cette réaction fit sourire Laurence, flatté de l'avoir assommée de plaisir. Il déchanta quand il la vit lui tourner le dos et sortir silencieusement du bassin.

« Avril... Avril ? »

Elle ne répondit pas, s'enroula dans une serviette et s'éloigna pour s'asseoir sur un rocher au soleil. Laurence fronça les sourcils, sortit à son tour de l'eau et prit l'autre serviette qu'il se passa autour de la taille.

Il la rejoignit en pestant silencieusement contre Avril. Ce n'était pourtant pas faute de l'avoir prévenue...

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

Elle ne répondit pas.

« C'est parce que je t'ai houspillé ? Enfin, tu sais que c'est la chose la plus raisonnable à faire, si tu ne souhaites pas te retrouver enceinte ! »

« On a essayé d'en avoir avec Robert... En vain. »

Laurence resta un moment perplexe, le cerveau encore embué. Cette fois, il prit le temps de la réflexion avant d'ouvrir à nouveau la bouche.

« C'est peut-être lui qui... ? »

« C'est moi. »

« Avril, tu ne peux pas être catégorique à 100% sur ce point. »

« C'est moi, je te dis. »

Il y eut un long silence. Il vint s'asseoir à ses côtés, en ne sachant que penser, à part peut-être qu'il venait de se comporter comme le roi des cons et le dernier des indélicats. Mais comment aurait-il pu deviner ?

« Tu veux bien m'expliquer ? »

Alice hésita. Elle n'en avait jamais parlé à aucun de ses amants, pas même à Robert, son ex-mari, ça lui aurait brisé le cœur. Laurence avait le droit de savoir que ses actes n'auraient pas de conséquences. Il était son ami avant tout, il était à même de comprendre... Et puis, elle ne risquait pas de poursuites, il n'appartenait plus aux forces de l'ordre. Elle prit quelques secondes, puis se lança :

« A 17 ans, je me suis retrouvée enceinte d'un type dont j'étais tombée bêtement amoureuse... Quand je le lui ai dit, il s'est enfui en courant, et je me suis retrouvée seule, effrayée, avec cette perspective... » Elle baissa la tête. « Dans le quartier de Sainte Cécile, il y avait une femme... Je suis allée la voir. » Elle releva les yeux, sans honte, prête à affronter ses critiques éventuelles. « Fin de l'histoire. »

L'avortement était illégal, passible de peines de prison pour celles qui y avaient recours pour interrompre une grossesse. Laurence n'était pas là pour juger Avril, alors il se tut et baissa les yeux.

« Avant que je parte, elle m'a assurée que je pourrai avoir des enfants plus tard, quand je le désirerai vraiment. Mais... »

Elle haussa une épaule avec un sourire crispé, et tâcha de paraître détachée :

« On a essayé. Sans succès... Maintenant, ça n'a plus d'importance... J'ai même pas de Jules, de toute façon. »

Il tiqua involontairement à cette réflexion, puis se sentit peiné pour la jeune femme.

« Si, ça a de l'importance, si tu le prends autant à cœur » dit-il gravement.

Alice tourna la tête vers lui.

« … Ça a de l'importance, parce que c'est ton corps qui a décidé pour toi, sans que tu aies ton mot à dire. Il t'a privé de ta liberté de choix, de décider si oui ou non tu voulais un enfant, et ça, c'est profondément injuste et inacceptable pour l'esprit qui se sent dépossédé de son libre-arbitre. »

Soudain émue, Alice le dévisagea intensément. Pourquoi fallait-il qu'il lise aussi clairement en elle ? Elle eut immédiatement la réponse. Laurence comprenait parce qu'il avait vécu la même chose avec cette créature qui l'avait également privé de sa liberté de choix, comme il disait.

« On n'est pas si différent l'un de l'autre finalement » dit-elle doucement avec empathie.

Alice comprit immédiatement son erreur. Le visage de Laurence se ferma quand il prit conscience du parallèle avec son propre traumatisme. Il détourna les yeux, ramené brutalement à la réalité, à des souffrances qu'il fuyait manifestement en se jetant dans les bras de la rouquine. Il inspira profondément, puis se leva sans mot dire.

« Swan, je ne voulais pas... »

« Rhabillez-vous, on repart dans quelques minutes. »

Le retour au vouvoiement doucha Alice, plus que la froideur de ses paroles. Qu'avait-elle fait ? Elle le vit faire jouer sa mâchoire, en proie visiblement à un dilemme. Finalement, il lâcha sèchement :

« Alors, voilà donc la véritable raison de votre comportement conciliant depuis quelques jours... » Il planta des yeux devenus froids dans les siens. « Cette volonté de m'amadouer, de vous rapprocher de moi... C'est parce que vous avez pitié, Avril ? »

« Swan, non, il ne s'agit pas de... »

Elle voulut lui prendre la main, mais il retira la sienne, comme si ce contact l'avait brûlé. Sans plus s'occuper d'elle, il s'éloigna.

« Swan, attends ! »

Le cœur d'Alice se fendit en deux. La ligne rigide des épaules de Laurence et son dos raide étaient le reflet de son hostilité et de son désir de ne pas parler de ses problèmes. Pourtant, c'était plus fort qu'elle, désormais.

« S'il-te-plaît, ne te détourne pas de moi... Ce n'est pas de la pitié que je ressens pour toi, c'est de la souffrance ! TE voir souffrir m'est devenu insupportable ! »

Sa réponse eut le don de le faire dégoupiller :

« Je n'ai pas envie de partager mes tourments avec toi, tu comprends ça ? Ils sont miens et uniquement miens ! Personne n'y pourra rien changer ! JE ne peux rien y changer ! Je dois vivre avec ! Maintenant, habille-toi ou je te laisse là et tu rentres toute seule ! »

Ce sont ceux que nous aimons le plus qui ont le pouvoir de nous infliger les plus grandes blessures... Au désespoir, Alice prit douloureusement conscience de ce qu'elle éprouvait réellement pour lui à cet instant. Elle l'aimait, et sans doute depuis un certain temps. Elle se rappela sa joie de le revoir quelques semaines auparavant et le baiser qu'elle lui avait donné au moulin, dans la crainte de ne plus le retrouver vivant... Déjà, elle montrait des signes de fébrilité qu'elle n'avait pas sus interpréter, trop perdue dans ses propres contradictions. Mortifiée à cause de cette révélation, elle le regarda s'éloigner farouchement.

« Tu te trompes, je peux t'aider » murmura la rouquine, désemparée. « Pourquoi tu refuses de voir la vérité en face ? »

Elle connaissait en partie la réponse, et c'était bien tout le problème : il était en déni permanent lorsqu'il s'agissait d'émotions qu'il ne contrôlait pas. Il avait peur de montrer ses faiblesses, peur de s'abandonner, peur d'ouvrir son cœur. Il était aussi persuadé que l'amour, le dévouement, l'affection et l'attachement étaient des signes de vulnérabilité, inutiles et encombrants.

Laurence n'avait aucune idée de ce qu'elle ressentait en sa présence, comment il faisait désormais battre son cœur d'un seul regard, d'une seule caresse. Le lui dire était tentant, mais elle savait qu'à l'instant où elle ouvrirait la bouche, elle le perdrait pour toujours. Et pourtant, s'ils en étaient rendus à ce point de basculement tous les deux, c'était parce que cet événement terrible les avait inexorablement rapprochés et qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre autre chose qu'une simple attraction.

Gennaro avait vu juste. Seulement...

Tant que Laurence serait dans cet état d'esprit, Alice allait devoir composer avec les difficultés de communication.

Comment lui faire comprendre sans le braquer ? Comment lui faire admettre qu'elle comptait pour lui, s'il refusait sciemment d'entendre, même de voir ?

Impuissante, elle poussa un soupir à fendre l'âme.

A suivre...

Comme le titre l'indique, rien n'est simple avec ces deux-là, et ils peuvent faire pire... Je ne vous cache pas qu'Alice fait face à un challenge. Il va peut-être lui falloir utiliser des méthodes non conventionnelles pour s'attirer les bonnes grâces de Laurence.

La suite prochainement.