Avertissement pour contenus explicites : Ce chapitre contient des descriptions d'actes sexuels. Si votre sensibilité ne vous porte pas sur les scènes de ce type, je vous incite vivement à passer votre chemin. Pour les autres, enjoy !
Chapitre 30 : La Rivalité Amoureuse
La présence était diffuse, insondable, mais néanmoins familière, comme un déjà-vu, un écho à la fois proche et lointain. Empreinte d'un mélange de regrets et de culpabilité, elle mettait intrinsèquement Laurence mal à l'aise, peut-être parce qu'elle s'accompagnait aussi d'une remise en cause de ses croyances profondes.
Il avait déjà ressenti cette étrange sensation à chaque fois qu'il avait croisé...
« … Maillol ? »
A l'instant même où il prononça son nom dans le silence, il sut avec certitude que la brune était là, quelque part, proche de lui. De l'épais brouillard blanc qui l'entourait émergeaient à présent des formes indéfinies, des paysages fantomatiques et des fragments de lieux pêle-mêle, issus de ses souvenirs.
Il les ignora et tenta de percer le voile blanc à la recherche d'une silhouette familière.
« Le cache-cache reprend, à ce que je vois ! »
Pour toute réponse, il entendit le rire léger de celle qui aurait du être la compagne d'une vie.
« Allez, montre-toi, Euphrasie... »
« Et s'il me plaît de t'observer comme un rat de laboratoire ? »
Ce fut au tour de Laurence de rire, à la fois heureux d'entendre sa voix moqueuse et agacer par son ton provocateur. Comme il avait adoré cultiver ce paradoxe avec elle...
« Tu as tout le loisir de le faire en temps ordinaire, non ? » Comme elle ne répondait pas, il continua : « Je croyais qu'on s'était dit adieu ? »
« Je ne suis que le fruit de ton imagination, Swan. »
Il temporisa à ces mots, effleuré soudain par le doute. Et si c'était l'Urvord qui se jouait à nouveau de lui, en manipulant sa mémoire et ses sentiments, et en prenant la voix de Maillol ? Une peur irrationnelle s'empara de lui, contre laquelle il se révolta de tout son être.
Non, ce monstre n'a pas le droit de toucher à elle !
Il y eut alors un mouvement d'air dans la brume qui se fit virevoltante et attira son attention. Quelques secondes plus tard, Maillol en émergeait, toute de blanc vêtue, souriante, confiante, belle pour l'éternité, avec ses cheveux noirs, sa peau opaline, ses yeux intensément azur et son rouge à lèvres carmin.
Laurence se détendit immédiatement et retrouva le sourire en venant à sa rencontre.
« Si tu savais comme tu m'as manquée ! »s'exclama-t-il, soulagé.
Maillol leva la main vers son visage pour l'arrêter avant qu'il ne la prenne dans ses bras. Lentement, elle lui caressa la joue et son merveilleux sourire disparut alors qu'elle le dévorait des yeux.
« Mon pauvre chéri... »
Il baissa les siens un dixième de seconde, avant de la regarder à nouveau.
« Tu es là, je vais bien. »
« Pas à moi, Swan. »
Il eut un bref sourire sans joie et murmura :
« J'oubliais qu'on ne peut rien te cacher. »
« Avec moi, tu t'es acheté une conscience, il va falloir t'y faire, mon coco ! »
« Et quelle conscience formidable, hein ? »
Ils se dévisagèrent intensément, comme à chaque fois qu'ils se retrouvaient, leurs regards exprimant toute la palette de leur affection, bien plus que des mots pourraient le faire.
À nouveau, le sourire de la brune disparut et elle redevint la Maillol, lisse et froide, clinique et tranchante.
« Pendant combien de temps est-ce que ça va durer cette comédie avec Alice ? »
Un instant déstabilisé, Laurence éprouva une brève culpabilité, puis prit un ton moqueur nettement sarcastique :
« Tu es venue me faire une scène de jalousie, Maillol ? »
Sa réflexion ne la fit pas rire. Elle resta impassible et il fronça les sourcils.
« D'accord... Avril a profité du fait que je ne savais plus où j'en étais. Elle est juste... un accident de parcours. »
« Juste un accident de parcours, c'est comme ça que tu vois les choses ? » Comme il ne répondait pas, elle reprit : « Quand vas-tu lui dire que tu la quittes ? »
Il parut mal à l'aise et hésita.
« Bientôt... Pourquoi ? »
« Le plus tôt, le mieux. »
Laurence fronça les sourcils et marqua ainsi clairement son incompréhension face au regard accusateur de la brune :
« Attends une minute ! Tu m'as bien dit de vivre ma vie, de continuer à fréquenter d'autres femmes ? Tu me l'as dit parce que tu sais pertinemment qu'il n'y a que toi qui comptes à mes yeux, n'est-ce pas ? Alors pourquoi, ce revirement, quand bien même tu sais que ce n'est qu'une aventure sans lendemain entre elle et moi ? Te sentirais-tu menacer par Avril ? »
« Comment peut-on être aussi intelligent et autant aveugle sur ses propres sentiments ? » murmura la brune. « Ça dépasse l'entendement... »
Laurence se redressa, piqué au vif par la réflexion de Maillol qui lui faisait vraiment une scène ! En réaction, il se révolta contre l'insécurité qu'il avait devinée chez son ex-compagne.
« Enfin, c'est ridicule ! Avril s'est simplement trouvée là pour me soutenir ! Je t'assure que cette histoire ne change rien entre toi et moi ! »
« Vraiment ? Oh, sois honnête avec toi-même, pour une fois ! »
Le doute effleura Laurence et il ouvrit la porte à des vérités qu'il aurait préféré continuer à ignorer... Ce qu'il éprouvait pour Alice faisait désormais battre son cœur d'une façon similaire à ce qu'il avait vécu avec la femme en face de lui. Maillol avait raison. Il détourna le regard, en sachant qu'il ne pouvait cacher ce fait à la brune.
« Votre relation dépasse le simple cadre d'une amitié ordinaire, et ce, depuis le premier jour. Tu tiens suffisamment à elle pour la protéger, et maintenant qu'elle te témoigne un fort attachement, après tout ce qu'elle a sacrifié pour toi, il serait malhonnête de ne pas lui retourner ses sentiments, n'est-ce pas ? »
Il ne répondit pas tout de suite, tiraillé comme jamais, partagé par cette révélation et l'amour qu'il pensait porter inconditionnellement à la brune. La place qu'Alice occupait désormais dans ses pensées provoquait de vives émotions indescriptibles en lui, des sentiments contradictoires qu'il avait étouffés depuis la disparition de Maillol. Alors qu'il commençait à goûter à des instants de paix, il n'avait pas envie de les étouffer à peine sortis de l'œuf. Pour la seconde fois de sa vie, il s'avoua vaincu, totalement perdu.
Il y eut un long silence entre eux.
« C'est dans l'ordre des choses, je suppose... » La brune eut un sourire triste. « … Je devrais être heureuse pour toi, mais voilà, je ne suis qu'amertume... »
Swan ne pouvait pas lui en vouloir. Doucement, il lui prit la main gauche et caressa le magnifique saphir qu'il aurait aimé lui donner si le destin ne s'était pas chargé de les séparer. Elle releva ses yeux couleur océan vers lui et secoua la tête :
« Nous ne sommes pas mariés, Swan, ça n'a qu'une valeur symbolique. »
« En l'acceptant, tu as pris cet engagement avec moi. Un jour prochain, nous serons à nouveau réunis. »
Le visage de Maillol se crispa et elle baissa la tête. Soudain inquiet, il lui prit l'autre main.
« Euphrasie, qu'est-ce qu'il y a ? »
Elle hésita, tergiversa quelques secondes, puis lui dit finalement :
« Je ne t'ai pas trouvé quand tu es mort, Swan. »
« Et alors ? »
« Dès l'instant où ton cœur a cessé de battre, tu aurais dû être à mes côtés. »
Le visage de Laurence exprima le doute.
« On m'a ranimé très rapidement, je n'ai peut-être pas eu le temps... »
« … Swan, tu n'étais pas là ! » l'interrompit-elle sèchement. « Tu n'as jamais été avec moi ! »
Les yeux de Maillol brillèrent de larmes contenues. Il sentit un frisson descendre le long de sa colonne vertébrale, quand il comprit enfin ce que cela signifiait.
« C'est une erreur... Toi et moi, on est destiné à être ensemble pour l'éternité, n'est-ce pas ? »
Perdue, elle se mordit la lèvre et secoua la tête pour montrer qu'elle n'en savait rien.
Le visage défait, il la serra désespérément dans ses bras, comme si on pouvait la lui arracher à tout moment. Leurs fronts se touchèrent et ils restèrent ainsi à communier leurs forces, yeux clos, mains liées. Maillol s'écarta et essaya de sourire bravement. Ce qu'elle s'apprêtait à dire, était certainement la chose la plus difficile pour elle.
« Swan, tu ne sais pas de quoi demain sera fait, alors donne-toi une chance d'être heureux avec Alice dans cette vie... »
Il remua la tête négativement, refusant d'abandonner tout espoir.
« … Ne lui brise pas le cœur... »
« Non... » s'obstina-t-il encore. « Je ne peux pas ! C'est avec toi que je veux être ! »
« Tu ne le pourras pas si tu ne fais pas ce qu'il faut pour aimer à nouveau ! » Comme il s'apprêtait à protester, elle lui déclara fermement : « C'est pour te le dire que je suis ici, pas pour te faire une stupide scène de jalousie ! » Elle soupira et se radoucit : « … Là où je suis, tout n'est qu'amour ! Si tu le refuses par principe, alors tu n'as pas ta place avec moi ! »
Il se mit littéralement à frémir quand il saisit où elle voulait en venir.
« En aimant Alice, tu ne me trahis pas, Swan... En revanche, tu TE trahis si tu refuses cette chance. »
A l'écart, un couple sortit de la brume et attira l'attention de Laurence. Il se tenait par la main et Swan sentit immédiatement l'attachement et l'affection que cet homme et cette femme éprouvaient l'un pour l'autre, mais également envers Maillol. Il en fut surpris, mais accepta cet état de fait quand il comprit que la brune rayonnait de cette force.
« Oui... » fit-elle, comme si elle lisait dans ses pensées. « Quand je suis entourée, la souffrance n'est qu'un concept pour moi. Tandis que toi... Je sais combien tu as souffert et combien tu redoutes de souffrir encore. »
La brune lui serra la main pour l'encourager.
« L'amour est un partage, une richesse, alors aime Alice de tout ton être ! Rends la heureuse, comme tu m'as rendue heureuse. Ouvre-toi au bonheur et peut-être, peut-être alors, ton attitude changera-t-elle ton destin ? »
Le couple s'effaça discrètement dans le brouillard, comme il était venu. Maillol s'approcha de Laurence et le serra contre elle. Secoué, il murmura :
« Même toi tu n'as aucune certitude à ce sujet, Euphrasie. »
« Je sais, mais c'est toujours mieux d'agir que de faire l'autruche... Fais ce que tu dois, Swan, cesse de te punir et suis les penchants de ton cœur. » Elle lui donna un long et chaste baiser sur la joue. « Je dois te laisser maintenant. »
Déjà, elle était en train de disparaître et s'éloignait irrémédiablement de lui, une fois de plus.
« NON, RESTE ! NE PARS PAS !... MAILLOL !? MAILLOL ! »
Dans la seconde qui suivit, Laurence s'éveilla en sueur, le souffle court, au moment même où la silhouette de la brune s'évanouissait dans la brume. Il mit quelques secondes à comprendre où il se trouvait et à reprendre contact avec la réalité. Inquiet, il tourna la tête vers Avril qui dormait toujours, paisiblement allongée à ses côtés. Il ne l'avait pas réveillée.
C'était l'un de ces rêves tellement vivaces, qu'il croyait toujours qu'il parvenait à établir un contact avec Maillol et à communiquer avec elle dans l'au-delà. A chaque fois, à son réveil, son scepticisme et son sens rationnel finissaient par chasser les interprétations issues de son inconscient. Après tout, ce n'était qu'un rêve qui reflétait son dilemme, il ne faisait que mettre sa propre culpabilité dans les mots de Maillol.
En soupirant, Laurence fixa les reflets de lune bleutés qui jouaient sur le plafond de la cabine, tout en sachant qu'il n'arriverait plus à fermer l'œil pour le restant de la nuit
Sans faire le moindre bruit, Swan se leva et alla se rafraîchir. Il prit ensuite son paquet de cigarettes et monta sur le pont. La lumière d'un jour nouveau pointait à l'horizon, bientôt le soleil se lèverait. Il s'allongea sur le roof en goûtant le spectacle saisissant de la voûte étoilée au-dessus de sa tête, et fuma, bercé par les légers mouvements du voilier sous la brise. Il ressassait les images de son rêve en les traduisant par rapport à sa situation présente.
À force de trop hésiter, à force de tout éviter par peur ou par lâcheté, on devient nos propres barrières, on s'empêche d'avancer...
Les mécanismes de défense existaient depuis l'enfance chez lui. Laurence reconnaissait qu'il était difficile de faire sauter les verrous qui les maintenaient en place. Clairement, ces résistances étaient la solution de facilité, celle derrière laquelle il se réfugiait pour se protéger des autres.
Vivre seul lui avait toujours parfaitement convenu. Par goût, il menait sa vie à sa guise, préférant la solitude plutôt que la présence d'une autre personne à ses côtés. S'il se montrait autant asocial et odieux, c'était un leurre, une façon d'ériger un rempart efficace contre les agressions du monde extérieur.
Seules Marlène et Alice avaient réussi l'exploit de s'infiltrer dans la forteresse. D'autres s'étaient ensuite faufilé à des degrés moindres, Glissant, Tricard, même cette grande gueule d'Arlette Carmouille ! Mais tout ça n'était rien en comparaison de Maillol... D'un seul regard, la légiste avait tout fait voler en éclat, le faisant aller de frustrations en frustrations, jusqu'à ce qu'elle décide du moment où il lui appartiendrait...
Heureusement que tu m'as aimé, Maillol, sinon j'aurais été bon à ramasser à la petite cuillère, bien avant que tu ne disparaisses...
Il ne tenait qu'à lui que ses chaînes se brisent à nouveau. Swan tenait son sort et celui d'Alice entre ses mains. Son avenir, ni plus, ni moins, si tant est qu'il en ait encore un...
Je ne renoncerai pas à toi, Maillol... adressa t-il finalement au ciel, heureux d'être parvenu à un accord avec lui-même. … On se retrouvera, je te le promets.
Quand il eut terminé sa cigarette, il se secoua et se leva en distinguant mieux le paysage. Il plongea nu dans l'eau vivifiante du lac et commença à nager vigoureusement pour ne plus penser à rien d'autre que l'effort...
oooOOOooo
Un peu plus tard, Alice s'éveilla doucement et chercha machinalement son homme près d'elle. En vain. Sa couche était froide et elle n'entendait aucun bruit autour d'elle, à part les grincements du bateau se balançant mollement au fil de l'eau. Où donc était-il passé ?
Elle s'enroula dans le drap et monta sur le pont à son tour. Le soleil était en train de se lever, il était encore tôt. Elle avisa la serviette de bain et le paquet de cigarettes sur la banquette. Il ne pouvait pas être bien loin.
« Swan ! » appela-t-elle doucement, puis plus fort. « Swan, où es-tu ? »
Pas de réponse, mais elle ne s'en alarma pas pour autant. Elle prit la torche et fit quelques signaux aux quatre points cardinaux.
« Avril ! »
Dans le jour naissant, elle distingua des mouvements à la surface un peu plus loin. Il revenait vers le voilier en nageant tranquillement.
« Elle est bonne ? » lui demanda-t-elle, quand il fut suffisamment proche.
« Viens me rejoindre, et tu verras bien. »
« Sans façon, merci. »
Alice se tint à bonne distance de lui quand il remonta à bord.
« Tu pourrais quand même m'aider » grogna-t-il.
« Pour finir à l'eau ? »
« Cette confiance fait chaud au cœur. »
Alice se mit à rire.
« Tu n'arrivais plus à dormir ? »
« Je ne voulais pas te réveiller. »
« Tu aurais dû, je connais un somnifère naturel efficace quand on souffre d'insomnies. »
Quelque chose dans l'attitude d'Alice le mit instinctivement sur la défensive. La petite fouine en elle mourrait sans doute d'envie de savoir ce qui l'avait maintenu éveillé. Il n'était pas question de dire à Avril que son ex- occupait ses pensées la nuit, même inconsciemment ! Il s'approcha d'elle nonchalamment, en jetant la serviette sur la banquette.
« Un voilier pour naviguer en toute tranquillité... un ciel étoilé à contempler dans la quiétude estivale... » Il prit Avril dans ses bras avec autorité. « … et une femme dans son lit. Voilà ce que j'appelle la liberté... »
« Une femme ? Tu me reconnais enfin cette qualité ? »
« Une paire de seins et un vagin, physiquement tu remplis toutes les conditions, non ? »
« Espèce de salaud ! »
Le sarcasme avait fait mouche et il se moqua d'elle. Alice décida de ne pas relever, de toute façon, elle ne le changerait pas... Elle laissa plutôt glisser le drap qui la recouvrait et se blottit contre le torse de Laurence. La peau humide de Swan était fraîche contre la sienne, mais ce fut lui qui frissonna d'anticipation.
« Qu'est-ce qui te tracasse ? » demanda doucement la rousse.
Et voilà... Un bref moment, il s'étonna qu'elle arrive à sentir aussi bien ses tourments. Au lieu de lui répondre, il posa ses lèvres sur les siennes. Il n'y eut rien de délicat dans la façon dont il l'embrassa, écrasant sa bouche contre la sienne avec détermination.
Le corps d'Alice frémit tout de même contre le sien, et elle laissa échapper un gémissement, tandis qu'il glissait sa langue entre ses lèvres. Les mains de la rousse vinrent naturellement se poser sur son torse et il sentit son cœur cogner sous sa paume menue. Lentement, elle les fit glisser sur ses flancs, puis lui agrippa les hanches en pressant ses seins contre lui.
« Insatiable créature... » murmura-t-il de façon appréciative.
Alice sentit la pression de ses cuisses fermes contre les siennes, alors qu'il l'entraînait en reculant vers le roof, tout en continuant à l'embrasser possessivement. Très vite, une intense chaleur se répandit dans ses entrailles alors qu'elle se laissait déposer en douceur sur la bulle du toit.
Sans lâcher la rouquine, Swan s'allongea au-dessus d'elle. En prenant son temps, il dévora son cou et sa poitrine de baisers, et lui arracha des gémissements de plus en plus sonores, alors qu'elle exprimait son impatience.
Quand il releva la tête, il la pénétra très lentement, en scrutant ses émotions, son regard vrillé au sien. Les yeux d'Alice étaient noirs de passion. Se redressant sur les coudes, il entama doucement des va-et-vient en elle. Ce fut une lente torture qu'il lui infligea en liant ses doigts avec les siens et en l'empêchant de bouger plus qu'il ne faut.
Frustrée, Alice était totalement à la merci d'un homme qui dictait un rythme volontairement maîtrisé. Laurence le maintint aisément pendant de longues minutes, s'arrêtant parfois pour l'embrasser, profiter de ses frémissements, de son souffle court, de cette passion à fleur de peau, jusqu'à ce qu'il sente la tension monter inexorablement dans leurs deux corps. Il accéléra alors la cadence avec des coups de reins plus tranchants.
« Oh, Swan... Mon Dieu, ne t'arrête pas ! » cria Alice, alors qu'elle se sentait basculée dans une autre dimension.
La rouquine accompagna les mouvements de bassin de Laurence et mit ses jambes autour de sa taille, le prenant plus profondément en elle. Il grogna, heureux de pouvoir laisser libre cours à son envie d'elle, submergé par des émotions puissantes et ce sentiment de plénitude, cette promesse de libération qui arrivait inéluctablement... Dans un dernier coup de rein, les muscles de Laurence se tendirent en même temps que ceux d'Alice et tous deux jouirent bruyamment dans la même seconde.
À bout de souffle, Swan se laissa tomber à côté d'elle, la reprit dans ses bras et lui embrassa le front tendrement. Il venait de découvrir avec satisfaction une manière agréable d'éviter les sujets qui fâchent avec Avril.
Il ferma les yeux et soupira, détendu. Encore une fois, les ébats amoureux avec Avril avaient été intenses. Il avait pris l'initiative et le commandement des opérations, au grand bonheur de la rousse qui s'était prêtée au jeu et avait succombé sous ses assauts répétés.
Swan éprouvait une certaine fierté et la satisfaction du travail bien fait. Il ne se souvenait plus de la dernière fois où il avait autant assuré et satisfait une partenaire particulièrement exigeante ! Ce qui était sûr, c'est qu'Avril poussait son ego dans ses retranchements ! Le succès de leur nuit tenait aussi beaucoup à ce sentiment d'urgence qui les forçait à vivre tout intensément, en accéléré, comme si le peu qu'il possédait pouvait disparaître du jour au lendemain.
Il était temps de savourer le repos du guerrier. Près de la jeune femme, il n'était pas parvenu à dormir, sans doute gêné par cette intimité nouvelle qu'il avait refusé d'admettre jusqu'à maintenant.
La Maillol de son rêve avait raison. A quoi bon s'interdire d'être heureux ? S'il devait vivre encore dix ans, vingt ans – plus, qui sait ? – allait-il devoir renoncer à connaître le bonheur durant tout ce laps de temps, parce qu'il poursuivait une chimère, peut-être inaccessible ?
Vivre l'instant présent, profiter de chaque minute et saisir le bonheur, même s'il est fugitif, après tout, pourquoi pas ? Et pourquoi pas avec Avril ?
Dans ses bras, Alice soupira d'aise et attira son attention en s'étirant, comblée. Il la dévisagea intensément, presque avec gravité, et elle lui retourna un sourire, après avoir partagé un nouveau baiser avec lui.
« Si quelqu'un m'avait dit un jour que je serais amoureuse, je lui aurais ri au nez et je l'aurais pourri jusqu'à ce qu'il comprenne que je n'ai rien d'une romantique... »
« Je reconnais bien là ta délicatesse légendaire, Avril. »
« Pire, si quelqu'un m'avait dit un jour que je tomberais amoureuse d'un mufle comme toi, je me serais jetée d'office dans un puits ou enfermée à l'intérieur d'une tour pour le restant de mes jours ! »
« Bon débarras, la grognasse doublée d'un pot de colle... »
« Bon débarras, le type en permanence odieux, macho et égoïste ! »
Ils se mirent à rire doucement, puis partagèrent un nouveau baiser.
« Comment arrive t-on désormais à retourner nos pires insultes en mots emplis de tendresse ? » murmura-t-elle, sans le quitter des yeux.
« L'humour. Et peut-être parce que ce sont des qualités que chacun apprécie chez l'autre en réalité ? » proposa-t-il.
Alice se mit à rire franchement et donna son interprétation :
« Non. Peut-être est-on simplement beaucoup plus tolérant l'un vis à vis de l'autre ? »
« Et qu'on fait des compromis ? Je déteste les compromis ! »
« C'est pourtant à cette condition que tous les couples fonctionnent. »
« Marie-Chantal, le retour... »
Elle soupira et resta silencieuse quelques secondes. Laurence ne l'avait pas contredite pour une fois, alors elle s'engouffra dans l'ouverture.
« Je me trompe ou tu es parvenu à une décision me concernant ? »
« Je ne vois pas du tout de quoi tu parles. »
« Bien sûr...
« Tu es encore en période d'essai, Avril... » répondit-il avec légèreté et en lui adressant un sourire engageant. « … Tu as intérêt à te montrer à la hauteur, si tu veux poursuivre l'aventure... »
Ce fut elle qui l'embrassa, scellant implicitement leur pacte.
« Challenge accepté... Et Swan ? »
« Oui ? »
« Ne t'endors pas sur tes lauriers... Tu devras aussi me prouver ta valeur et te montrer à la hauteur de mes espérances. »
« Sinon ? »
« Sinon... Je n'ai pas encore décidé, mais ma vengeance sera terrible. »
Sans un mot, Laurence se leva et l'aida à se mettre debout. Le soleil était levé, il fallait repartir.
« Alors ? Tu en penses quoi de ma proposition ? »
Pour toute réponse, Swan se saisit d'Alice. Elle poussa un grand cri en pressentant ce qui allait arriver. Comme un vulgaire sac de pommes de terre, il la jeta à l'eau...
A suivre...
Les vivants versus les morts. A vous de choisir votre camp !
Je ne tranche pas car l'amour que porte Laurence à Maillol transcende la mort. Tel Orphée, il serait capable d'aller la chercher quel que soit l'endroit où elle se trouve, s'il ne se savait pas destiné à la retrouver.
Et puis, pourquoi trancher ? Laurence peut parfaitement aimer les deux femmes, chacune à sa façon, chacune en son temps. Celui de Maillol est révolu mais rien n'est écrit dans la pierre. Celui d'Alice commence, reste à savoir s'il va durer...
C'est bientôt l'heure des vacances pour moi, avant une rentrée riche en heureux événements sur le plan professionnel, je ne peux en dire davantage pour l'instant, mais c'est de la bombe !
Il y a aussi le Festival de la Fiction à La Rochelle en septembre. Avec un peu de chance, vous croiserez peut-être Samuel en fonction de la programmation et si son emploi du temps le permet.
Bonnes vacances !
