Résumé:

"— Je… voulais te demander quelque chose.

— Hmm ?

— Hum… c'est peut-être une immense connerie… Mais j'ai envie d'essayer.

Tetsurō cessa ses caresses et fronça les sourcils.

— Qu'est… qu'est-ce que c'est ?

Le blond échappa un soupire. Il se redressa, disparut dans sa chambre et revint vers lui quelques instants plus tard. Sur la table basse, il posa un appareil ressemblant à un diffuseur d'huile essentielle emballé dans du plastique.

— C'est quoi ?

— Un pacificateur.

Tetsurō écarquilla les yeux.

— Qu'est-ce que tu fais avec ça ? demanda-t-il dans un souffle."

Chapitre 42 : Ce qui nous lie

On oubliait parfois à quel point la vie étudiante pouvait être difficile. Les examens, la compétitivité, le stress, la précarité : tout cela ne faisait que participer à la dégradation psychologique des hordes de jeunes esprits qui allaient un jour ou l'autre rentrer dans le marché du travail, déjà minés, prêts à se laisser persécuter par des entreprises au management dénigrant et toxique. Oui, il y avait de cela, mais Kuroo en ce lundi après-midi n'avait pas ce genre de préoccupations : non, ce qui était vraiment douloureux pour lui était de lutter contre le sommeil alors qu'il écoutait son cours de microbiologie d'une seule oreille, sa main trainant sur sa feuille pour écrire des pattes de mouches illisibles. Combien de temps encore ce supplice allait-il durer ? Il leva les yeux sur la pendule installée au-dessus de son professeur, il sentit son cœur se soulever d'horreur en voyant qu'à peine quelques minutes s'étaient écoulées depuis son dernier coup d'œil. Impossible ! Le temps n'avait pas pu être autant distordu ! Tetsurō se laissa retomber en arrière, et ses yeux tombèrent sur l'écran de l'ordinateur d'Oikawa installé à ses côtés : 17h48. Il échappa un soupire, rassuré de constater que la pendule lui avait éhontément mentit : plus que quelques minutes et il était libre. Son regard resta posé sur l'écran : son ami n'avait pas l'air bien absorbé par le cours non plus, il avait ouvert sa boite mail, qu'il rafraichissait toutes les cinq secondes. Au bout d'un moment, un nouvel email apparut finalement. Oikawa retint son souffle, et l'ouvrit. Tetsurō ne réussit pas à lire de quoi il s'agissait, mais vu la tête que son ami tirait cela devait être important.

— And we will be happy to welcome you in one of our unit in… Youhou!

Oikawa s'était levé de son siège et avait hurlé la fin de sa phrase. Tetsurō et Chris le regardèrent, médusés : qu'est ce qui pouvait bien lui prendre ? Leur professeur le réprimanda, mais Oikawa n'en eut cure, il continua ses cris de victoires, et finalement se mit debout sur sa table :

— Je pars pour la NASA bébé, tchao les nazes !

Il se baissa, récupéra les feuilles de cours de Kuroo et les jeta festivement dans les airs.

— Monsieur, je vous prierai de bien vouloir vous assoir et de ne plus perturber le cours…

— Rien à faire ! Youhou !

Il avait complètement perdu les pédales.

Oikawa se retourna, et remonta l'amphithéâtre en escaladant les tables. Il se vautra sur la dernière, bien heureusement vide, mais se remit sur pieds rapidement et hurla « je vais vivre pour toujours ! » avant de finalement quitter la salle. Le silence tomba.

— Heu… Désolé, tenta Kuroo en sentant tous les regards braqués dans sa direction.

En tournant les yeux, il trouva le regard de Chris, qui avait l'air tout aussi stupéfait que lui. Ils explosèrent de rires en chœur.

Le cours finit quelques minutes plus tard. Oikawa avait laissé toutes ses affaires en plan, et Chris et lui durent lui ranger pour pouvoir les lui ramener. En sortant du bâtiment, ils trouvèrent leur ami devant, à bout de souffle. Kuroo pouffa en le voyant dans cet état, il était ravagé d'euphorie.

— Qu'est-ce que t'as foutu pour être aussi essoufflé ? demanda le brun en tendant ses affaires à son ami.

— Merci… Désolé je pouvais pas revenir après cette magistrale sortie… J'ai dû courir un peu pour redescendre.

Il lui sourit.

— Bordel… Je vais faire mon stage à la NASA.

— Bien joué, dit Tetsurō.

Il ouvrit ses bras et Oikawa, pour une fois, ne fit aucun commentaire et accepta l'étreinte.

— Oui, félicitation Oikawa, ajouta Chris.

— Tu sais sur quel site tu dois aller ? Quand ?

— Non, non pas encore, il faut encore tout bien organiser et tout, mais… c'est… Il recommença à sauter comme une puce, échappant des babillements euphoriques. Ohh, faut que je le dise à Iwaizumi… et Kōshi… Oh, il doit être au Karasu là… je vais aller lui dire. Il tourna les talons et commença à prendre la direction du métro.

Il se retourna en constatant que personne ne le suivait :

— Vous venez ?

Chris et Tetsu échangèrent un regard et finalement suivirent leur ami.

Lorsqu'ils arrivèrent à destination, Sugawara, occupé à prendre une commande derrière le comptoir, capta leur présence instantanément. Son visage s'illumina d'un sourire et il laissa sa cliente en plan, partant en courant dans leur direction.

— Tu lui as déjà dit ? demanda Kuroo, surpris de sa réaction.

— Non…

— Bah qu'est-ce qui…

Sugawara venait de se jeter sur Tetsurō comme un boulet de canon, pour le serrer fortement dans ses bras.

— Oh, bonjour à toi aussi, commença le brun en réciproquant l'étreinte, que me vaut cet accueil ?

— Fait pas l'innocent, mon profil ne s'est pas retrouvé par hasard dans la ligne de mire d'Akaashi Tsubaki.

— Oh, elle t'a contacté déjà ?

— Oui ! Ce matin ! J'y crois pas c'est…

Il resserra l'étreinte, et Kuroo en perdit le souffle quelques instants.

— Merci, merci, merci…

— C'est pas vraiment moi qui faut remercier…

Il n'écouta pas et continua ses tentatives de suffocations affectives.

— Qu'est-ce qui se passe ? finit par demander Oikawa.

— La sœur de… c'est bien sa sœur ?

— Oui.

— La sœur d'Akaashi m'a proposé une place dans sa garde périscolaire.

— Sérieux ? C'est génial ! s'exclama Oikawa, sincèrement ravi pour son ami, ouvrant les bras pour l'enlacer à son tour.

— J'ai pas dû faire grand-chose, Tsubaki-san n'a pas été bien compliquée à convaincre.

— Félicitation Sugawara, intervint Chis. Décidément, beaucoup de bonnes nouvelles aujourd'hui.

— Comment ça ? demanda l'argenté.

Oikawa lui sourit.

— Quoi ?

— Tu as face à toi un futur stagiaire à… la NASA.

Kuroo vit les yeux de Sugawara s'écarquiller.

— Sérieusement !

Oikawa hocha la tête. Ce fut à son tour de subir la suffocation affective, et cela sembla bien loin de lui déplaire.

— C'est génial ! T'en as parlé à Iwaizumi déjà ?

— Pas encore, j'ai eu la réponse ya à peine une heure.

— Je te dis pas la scène qu'il nous a faite, commenta Tetsurō.

— Bon, vous me raconterez ça après, je dois bosser encore un peu… Même si je me casse bientôt, je croise les doigts. Et après on sort fêter ça ?

— Évidement, tu nous offres à boire un attendant ?

— Bien sûr.

Il se retrouva cinq heures plus tard, complètement éméché, dans la voiture de Kenma. Le réveil le jour suivant fut douloureux, et ses deux heures de chimie organique le furent encore plus. Oui, la vie étudiante n'était pas toujours facile. Peut-être qu'il ne se souviendra pas d'un traitre mot de ses cours dans quelques années, mais de cela, il était sûr de s'en souvenir bien plus longtemps.

-/-

Le week-end arriva enfin : parfaite occasion de faire quelque chose de nouveau, sortir, faire un peu de jardinage, se mettre à la peinture acrylique, les possibilités étaient infinies !

Tetsurō aurait pu utiliser son temps de milliards de façon différente, mais non, il choisit de se vautrer sur le canapé et de regarder d'un seul œil un mauvais téléfilm à la télévision. Alors qu'il commençait à s'endormir, Kenma vint s'installer à ses côtés. Il ouvrit un œil pour voir ce qu'il faisait : il était simplement assis, regardant le programme nul avec lui. Finalement, il attrapa son regard :

— T'étais pas censé bosser ? demanda le blond.

Il grimaça.

— Si… Mais j'ai pas envie…

— T'avais pas un contrôle lundi ?

— Non… Pourquoi ? J'ai dit ça ?

Kenma haussa un sourcil, amusé.

— C'est ce que t'as dit à Keiji et Kōtarō.

Oups. Bon peut-être qu'il avait un peu affabulé. Ses deux petits-amis avaient décidé de passer le week-end dans leur famille respective, et peut-être qu'il avait un peu mentit pour ne pas avoir à quitter la maison… Non pas qu'il n'appréciait pas leur famille, mais après la rencontre avec les parents de Keiji une semaine au paravent, il devait avouer que l'optique de se retrouver, non seulement avec les parents de Keiji, mais également ceux de Kōtarō, accompagnés de toutes leur ribambelle de frères et sœurs, l'avait un peu essoufflé. Une autre fois peut-être, mais pour le moment il avait besoin de calme…

— J'ai menti… Enfin pas vraiment… je devais vraiment travailler, mais je suis juste fatigué là.

— Hum…

Tetsurō se redressa sur ses coudes.

— Et toi ? Tu devais bosser aussi ?

— Ce soir…

— Oh… ok.

— J'avais rendez-vous chez la psy cette aprem.

— Oh… ok. Tu veux que je t'accompagne ?

Kenma hocha négativement la tête.

— Je vais pas y aller…

Tetsurō se redressa complètement cette fois.

— Kenma… t'es sûr que c'est une bonne idée ?

Il ne voulait rien lui imposer, mais il en avait assez discuté. Kenma savait qu'il avait besoin d'aide, une aide que ses partenaires ou lui n'étaient pas forcément à même de lui fournir.

— Je sais Ji, je sais. C'est juste que…

— Que ?

Le blond souffla.

— Ça me stress beaucoup plus que ce que je pensais et… j'ai pas l'énergie de m'expliquer.

— De t'expliquer ?

— Ji… je suis un homme oméga asexuel en couple avec trois hommes, tu crois que ya beaucoup de psy qui capte ?

— C'est pas à toi de t'expliquer, et puis c'est...

— J'ai déjà changé quatre fois, le coupa Kenma, à chaque fois je me prends soit des réflexions limites homophobes, ou hyper invalidante, ou… enfin ça me fatigue.

— Je comprends, mais…

— Mais quoi ? J'ai pas le temps ou l'énergie pour ça.

— Kenma…

— La dernière est… pas trop mal, mais… pff, j'ai l'impression de devoir me justifier sur tout ce que je suis, ou elle me sort des trucs à côté de la plaque, et ça… me fatigue…

— Ok, ok… Mais après, ça peut prendre du temps de trouver quelqu'un d'adapté. Je sais que c'est pas facile maintenant, mais une fois que tu auras trouvé, ça vaudra vraiment le coup… Kōtarō dit pareil…

Kenma se laissa basculer en arrière :

— Je sais, je sais, je sais… J'ai vraiment pas besoin de ça maintenant Ji.

— Ok… Ok je comprends, pas de soucis. Va à ton rythme.

Kenma hocha la tête. Il se décala pour s'allonger à ses côtés. Kuroo passa une main dans ses cheveux.

— Je… voulais te demander quelque chose.

— Hmm ?

— Hum… c'est peut-être une immense connerie… Mais j'ai envie d'essayer.

Tetsurō cessa ses caresses et fronça les sourcils.

— Qu'est… qu'est-ce que c'est ?

Le blond échappa un soupire. Il se redressa, disparut dans sa chambre et revint vers lui quelques instants plus tard. Sur la table basse, il posa un appareil ressemblant à un diffuseur d'huile essentielle emballé dans du plastique.

— C'est quoi ?

— Un pacificateur.

Tetsurō écarquilla les yeux.

— Qu'est-ce que tu fais avec ça ? demanda-t-il dans un souffle.

— Hum… j'ai lu quelques trucs et je me disais que ça pouvait être une bonne idée…

— Je t'avoue que pour le moment, ça ressemble pas trop à une bonne idée Kenma…

— Je sais, mais écoute. Ces trucs-là sont liés à mes souvenirs traumatiques, si j'arrive à… reconsolider ces souvenirs autrement, en les réactivant et en y rajoutant des émotions positives, je me dis que ça pourrait peut-être … améliorer les choses… Je dis pas que ça résoudra tout magiquement, mais…

Tout cela avait l'air tout de même assez bancal...

— Kenma, je suis pas sûr que…

— Je sais, je sais, ça sonne pas super… Mais je suis pas en cycle, je réagis beaucoup mieux quand je suis dans mon état normal… Et je serais avec toi…

— Je…

— Je comptais le faire de toute façon, je me disais juste que ce serait plus simple avec toi.

Kuroo était partagé ; il n'était absolument, mais absolument pas sûr que cela était une bonne idée du tout. Kenma avait l'air décidé… Et quitte à ce qu'il fasse une énorme connerie, il préférait être là.

— Ok… qu'est-ce que je dois faire ?

— Rien… m'enlacer.

Le blond maintint son regard un long moment.

— Ok, céda finalement Tetsurō.

Le silence s'étendit quelques secondes.

— Tu veux faire ça maintenant ?

Kenma hocha lentement la tête.

Tetsurō ne fit aucun commentaire et se redressa. Il saisit le pacificateur posé sur la table.

— Tu fais quoi ? demanda son petit-ami en le voyant partir dans la cuisine.

Kuroo ne lui répondit pas et se contenta de lui montrer les ciseaux qu'il venait de récupérer. Il s'attela à l'ouverture du plastique épais entourant le dispositif.

— T'es sûr que ça te va ? demanda le blond à mi-voix.

Il attrapa son regard et le maintint un long moment. Finalement Tetsurō souffla.

— Ça me va… Je suis pas sûr que ce soit une bonne idée, mais je te fais confiance.

Kenma détourna les yeux, hochant vaguement la tête.

Ils se retrouvèrent côte à côte dans le couloir.

— Tu veux pas aller dans ma chambre plutôt ? intervint Kuroo alors que le blond posait sa main sur la poignée de la porte menant à sa chambre.

— Pourquoi ? demanda Kenma, confus.

— Bah, si on met ça – il désigna le pacificateur- l'odeur va rester dans la pièce un moment, c'est pas mieux si c'est dans ma chambre, je le sens pas forcément moi.

Kenma sembla y réfléchir.

— Ça te dérange pas ?

— Non, j'aurais pas proposé sinon, ça me va.

Kuroo avait décelé rapidement le trouble dans la voix de son amoureux. Kenma était décidé à faire ce qu'il voulait, mais il n'y allait pas sans appréhension non plus.

— Ok… Je te rejoins en haut.

Tetsurō acquiesça et s'exécuta. Une fois dans sa chambre, il posa le pacificateur près de la prise électrique, avant de faire un tour rapide de la pièce des yeux. Il rangea les vêtements qu'il avait éparpillés un peu partout et entassa dans un coin le reste. Kenma apparut enfin, il avait ramené ses baffles, et son duvet en patchwork avec lequel il trainait souvent. Ils poussèrent le lit contre le mur du fond et Kenma étendit le duvet à même le sol. Tetsurō le regarda faire. Il attendit. Il ne savait pas ce qu'il devait faire, ou ce qui l'attendait, il devait juste être là pour Kenma, alors il attendit. Une musique relaxante où se mêlait bruissement de vent, torrent, chant lointain et tintinnabulement, s'éleva dans la pièce.

— Ok.

Kenma inspira profondément. Il ferma les yeux et resta immobile quelques secondes. Finalement, il se tourna et alla brancher le pacificateur. Tetsurō le regarda faire, sentant son cœur se serrer fort dans sa poitrine. Ce n'était vraiment pas une bonne idée, finalement il n'était pas sûr qu'accepté serait bénéfique pour Kenma. Et s'il s'était magistralement trompé ? Il se calma en croisant le regard de son amoureux, qui lui sourit. Kenma se dévêtit, restant simplement en sous-vêtement. Par mimétisme, Tetsurō en fit de même.

— Assieds-toi en tailleur, lui indiqua-t-il.

Il s'exécuta. Leurs regards s'attrapèrent, Kuroo regarda son amoureux s'approcher de lui, il s'assit sur ses jambes et passa les siennes autour de son bassin. Tetsurō sentit les mains de Kenma passer dans son dos, les siennes firent le même voyage. Ils se retrouvèrent front contre front, leurs regards ne s'étant pas lâchés une seconde. Le blond commença à respirer profondément, et il le suivit, jusqu'à ce que le rythme de leurs respirations se synchronise complètement.

Le temps peu à peu leur sembla devenir statique, la musique autour avait tant gorgé leur esprit qu'elle était devenue inaudible. Il n'y avait plus qu'eux deux, leurs regards, leurs souffles, qui peu à peu eux aussi se confondait tant ils se fondaient l'un dans l'autre, devenait indissociable. Kuroo sentit son corps comme s'évaporer, devenir léger, et pourtant, il était conscient de chaque inspiration, de l'air s'engouffrant dans ses poumons, ceux de Kenma, de son regard sur lui, de lui-même et de son amoureux; mais les deux entités qu'ils formaient s'imbriquaient tant qu'elles en devenaient presque insubstantiel. Il n'y avait plus de "moi" de "lui" de "nous" : juste "ça", immense, submergeant, et pourtant si doux. Ils avaient finalement atteint un état ataraxique, leur résonance étant devenue si parfaite, si harmonisée qu'elle ne formait plus qu'une unité vibrant au rythme de leurs respirations. Ils restèrent longtemps ainsi, des heures peut-être, il ne savait plus, le temps n'avait plus cours de toute façon. Il revint finalement à lui lorsque Kenma brisa le contact visuel. Il ferma les yeux, semblant lutter avec lui-même. Son souffle avait commencé à s'agiter et il le sentit trembler. Tetsurō inspira profondément, et Kenma le suivit, ils expirèrent ensemble, puis recommencèrent. Les yeux de Kenma s'embuèrent et de lourdes larmes roulèrent sur sa peau. Tetsurō détacha ses mains de derrière son dos pour les essuyer, caressant tendrement sa peau. Le contact sembla l'apaiser.

— Tu veux arrêter ? murmura-t-il.

Le blond fit "non" de la tête.

— Ça va.

Il laissa sa tête retomber dans sa nuque, ses bras l'enserrant fortement.

— Serre-moi.

Kuroo s'exécuta, resserrant son étreinte jusqu'à ce que plus rien ne les sépare, jusqu'à ce que les battements du cœur de Kenma roulent sous sa propre peau, jusqu'à ce que leurs rythmes se mêlent et résonnent ensemble, jusqu'à ce que la matière qui les faisaient chacun se confonde, jusqu'à ce que chacun de leurs atomes ne se sentent plus solitaire.

Les mains du blond commencèrent à voyager sur la peau de son dos, la caressant du bout des doigts. Il en fit de même. Chaque contact lançait de petits papillonnements électriques sous sa peau, la décharge remontant dans son cerveau pour tout court-circuiter. Sous ses propres doigts, il sentait Kenma se gorger de lui, d'eux. Leurs mains finirent par s'immobiliser, satisfaites de leur cartographie, abreuvées de tendresse, et ils se perdirent à nouveau dans leur ataraxie.

Finalement, Kenma se détacha de lui. Leurs regards se rencontrèrent à nouveau. Le blond avait de nouveau les larmes aux yeux, mais elles avaient perdu de leur lourdeur, elles avaient quelque chose de salvateur, de délivrant. Il passa ses mains sur son visage et l'embrassa. Il lui sembla que jamais un de leur baiser n'avait eu autant de sens. Le blond se sépara finalement de lui, et lui sourit. Kuroo sentit ses lèvres lui répondre. Son amoureux se détacha complètement de lui, il se redressa, repartit à l'autre bout de la pièce et alla débrancher le pacificateur, puis éteignit la musique. Kenma ouvrit la fenêtre de toit, et l'air frais s'engouffra immédiatement à l'intérieur. Tetsurō le regarda faire, sa peau se sentant déjà terriblement solitaire. Il le regarda se mouvoir dans la pièce, sans pour autant intégrer ce qu'il faisait. Il avait l'impression qu'un fil avait été tendu entre eux, tenant leurs cœurs par chaque extrémité.

Il était tombé amoureux de lui depuis longtemps, et pourtant, il lui sembla que quelque chose de neuf venait de se créer, quelque chose de plus puissant encore. Il avait connu son souffle comme jamais au paravent; leurs esprits, défaits de toute enveloppe corporelle, s'étaient rencontrés pour se saluer, s'enlacer. Redevenir prisonnier de sa chair, si loin de lui, avait quelque chose de déchirant, et pourtant de beau. Car le savoir différent de lui, scindé, autre, lui apparaissait comme une bénédiction.

Kenma croisa de nouveau son regard. Il pouffa :

— T'as du mal à redescendre ? lui demanda-t-il avec un sourire en coin.

Il fallut du temps au brun pour retrouver l'usage de la parole.

— Oui… Je… Wouh…

Le blond pouffa de nouveau.

— Ça fait toujours cet effet-là.

— De quoi ?

— Ça…

Silence.

— Ça quoi ?

— Ça… Je sais pas comment on pourrait l'appeler, du tantra ?

— Oh…

Il n'était vraiment plus en état de réfléchir.

— Et… ça a marché ?

Le blond haussa les épaules.

— Je sais pas… peut-être.

Il s'approcha et vint s'assoir entre ses jambes, reposant son dos sur son torse.

— Au début non mais… j'ai fini par m'en détacher après… J'imagine que c'est positif. Avoir maintenant si ça change les choses quand je suis en cycle… je vais éviter de croire aux miracles mais bon… On verra dans quelques mois. Normalement il faudrait recommencer plusieurs fois mais... On verra.

— Hmm.

Le blond laissa sa tête retomber dans le cou de Tetsurō, ce dernier lui sourit, avant de poser un baiser sur ses lèvres.

— Merci… De m'avoir fait confiance.

— Merci d'avoir été là.

Ils se retrouvèrent de nouveau dans une étreinte.

— Parcontre on va peut-être prendre une douche parce que mine de rien, les phéromones artificielles ça pue.

— Si tu le dis…

— Bah je te le dis, tu schlingues.

— Tu me blesses.

— Mon pauvre ami.

Kuroo éclata de rire.

— Tu piques les répliques de Keiji maintenant ?

— Ya pas que ça que je lui ai piqué…

— Hmm, quoi d'autre ?

— Bah déjà, ses mecs.

Kuroo pouffa.

— C'est pas piqué, c'est partagé ça.

— Les ravages du marxisme, que dirait ma pauvre mère.

Ils pouffèrent en chœur.

— Bon… On se douche et après on regarde un film ?

— Tu devais pas streamer ce soir ?

— Non… Flemme.

Kuroo hocha la tête et ils quittèrent la pièce.

Ils restèrent de longues heures, affalés l'un sur l'autre dans le canapé. Tetsurō n'avait pas suivi une seule seconde de ce qui se passait à l'écran, et il en était surement de même pour Kenma. Ils étaient trop grisés de la présence de l'autre, prient dans les effluves encore entêtants de leur moment ataraxique.

Au bout d'un moment, Tetsurō releva les yeux, prenant le temps de regarder son petit-ami.

Est-ce que c'était cela finalement ? Être lié ?

Il sourit pour lui-même à cette pensée. Il laissa sa tête retomber sur le torse de Kenma et s'endormit bercé par ses caresses.

-/-

Tetsurō releva la tête de son téléphone en entendant une voiture s'arrêter devant lui. Un immense sourire lui échappa en reconnaissant Keiji, installé au volant de la voiture de Kenma. Il s'empressa d'ouvrir la portière et se jeta en travers du siège pour saisir le visage de son amoureux entre ses mains.

— Hello love, lui murmura-t-il avant de l'embrasser.

Il sentit Keiji sourire sur ses lèvres.

— Bonjour à toi aussi, répondit Keiji, te voilà d'excellente humeur.

— Tu m'as manqué, se justifia Tetsurō, s'approchant de nouveau pour l'embrasser.

Keiji arrêta complètement la voiture pour pouvoir enlacer son petit-ami lui aussi. Ils se séparèrent finalement lorsque la voiture derrière eux les klaxonna. Ils pouffèrent et se séparèrent finalement, ils attachèrent leurs ceintures et Keiji redémarra la voiture.

— T'as passé un bon week-end ? demanda Tetsurō en ajustant sa ceinture.

— Oui, un peu fatiguant, mais c'était agréable quand même. Vous n'avez pas eu de problèmes sans la voiture ?

— Nan… Je pense même que ça arrangeait Kenma, comme ça il avait une excuse pour pas bouger.

Keiji leva les yeux au ciel.

— Je ne suis pas sûr qu'il ait besoin de ce genre d'excuse, mais soit.

— Hum… Et Kōtarō ?

— Il n'avait pas cours aujourd'hui, il est resté un peu plus longtemps. Ses parents le ramènent ce soir.

— Ok.

Le silence s'installa entre eux. Kuroo ne put détacher son regard de son amoureux. Trois maigres jours s'étaient écoulés depuis la dernière fois qu'il l'avait vu, mais dieux qu'il lui avait manqué. Bordel qu'il l'aimait.

Keiji, se sentant surement observé, tourna un instant son regard vers lui. Il sourit en devinant la tendresse de son regard. Kuroo haussa un sourcil en l'entendant échapper un rire discret.

— Quoi ?

— Rien…

— Si tu me juges ! Je n'ai pas le droit d'être ravi de te voir ? Je t'aime et tu m'as manqué- il se pencha pour l'embrasser sur la joue- Je t'ai pas manqué moi ?

— Bien sûr que si.

— Bah alors.

— Tiens-toi, on va voir des enfants, commenta Keiji qui n'avait pas cessé de sourire non plus. Tu as pu trouver les affaires de Tsubaki ?

— Yep- Tetsurō ouvrit son sac à dos- un cahier vert et un pull noir, c'était tout ?

Son petit-ami échappa un soupir de soulagement.

— Merci… J'ai bien cru qu'elle allait me tordre le cou quand je lui ai dit que j'avais oublié de prendre ses affaires…-il fit la mou- Si cela était si important, elle n'aurait pas dû les oublier en premier lieu…

— Les ravages de l'alcool.

— Hum…

— Du coup on va à son boulot ?

— Oui, elle doit bientôt terminer.

Kuroo hocha la tête.

— J'y pense, Sugawara-san ne vit pas bien loin non ?

— Hum, je crois…

— Je ne sais pas si c'est très protocolaire, mais on pourrait passer le chercher, il pourrait rencontrer Tsubaki, et voir où elle travail.

— Ce serait pas mieux de demander la permission à ta sœur déjà ?

— C'est elle qui m'a soufflé l'idée par message tout à l'heure. Je ne suis pas sûr qu'elle était sérieuse, mais je ne pense pas que cela la chagrinera.

— Bah ok, grave ! Je vais l'appeler, voir s'il bosse ou s'il est chez lui.

Tetsurō sortit son téléphone et rechercha dans ses contacts le numéro de son ami. Il ne fallut pas plus de dix secondes à Sugawara pour lui répondre.

— Kuroo ?

— Yo, t'es chez toi ou tu bosses là ?

— Je suis chez moi, pourquoi ?

— On doit passez ramener des affaires à la sœur de Keiji, à son boulot. On se disait qu'on pouvait te prendre au passage, histoire de faire connaissance, rien de formel, mais …

— Sérieux ! Euh… Ok, ok ! Je me prépare, ok ! Totalement oui ! Je… Attends.

Il entendit des bruits de fracas et de chahutage à l'autre bout du film.

— Ok, ok, on passe te chercher, mais pas de stress-il raccrocha- Bon je crois qu'il est d'accord.

— Parfait.

Après un petit détour d'à peine quelques minutes, ils s'arrêtèrent devant l'immeuble d'habitation ou vivait leur ami. Keiji se gara sur le côté.

— Je sonne pour le prévenir attends.

Il sortit de la voiture. Il lui fallut quelques instants pour retrouver la sonnette, mais son regard trouva rapidement l'étiquette portant les noms « Sugawara/Sawamura » et il appuya sur le petit bouton à côté.

— Oui ?

— C'est moi.

— Oh, euh ok, attends-je… Bah monte, le code c'est 541236.

— Bah attends, je t'attends…

Il attendit quelques secondes, mais comprit rapidement qu'il ferait mieux de monter directement pour aller le chercher. Il fit le code qui lui avait été donné et pénétra à l'intérieur. Une fois arrivé au 3éme étage, il commença à remettre en question sa mémoire : était-ce le 34 ou le 36 ? Il ne douta pas bien longtemps, car une fois face à la porte de l'appartement 34, il reconnut le magnifique paillasson « Please, fuck off » qu'Oikawa lui avait offert pour son anniversaire. Il pouffa et toqua à la porte.

— Entre, c'est ouvert !

— Ojama shimasu… annonça Kuroo en ouvrant la porte.

— C'est bien ça ? Ça fait pas trop sérieux ?

Sugawara venait de débouler dans l'entrée, les cheveux en pagailles, vêtu d'une élégante chemise blanche et d'un pantalon de costume gris foncé.

— Euh…

— Non t'as raison, trop sérieux, attends…

Il repartit en déboutonnant déjà les boutons de sa chemise.

— Et ça ? C'est mieux non, ça fait sérieux, mais pas trop, c'est bien ?

Il était réapparu, cette fois vêtu d'un simple jean et d'une chemise blanche à col arrondi brodés de quelques fleurs.

Kuroo sourit.

— Ca te va très bien.

— C'est vrai ?

— Hum… Ca fait professeur de petite maternelle. En bien.

— Parfait, c'est l'effet désiré.

Il se recoiffa, examinant son reflet dans le miroir de l'entrée.

— Ok bah c'est bon on peut y aller. Je mets juste mes pompes.

Tetsurō se décala pour laisser la place à Sugawara de se chausser.

— Ah non attends, mon sac.

Il se déchaussa et repartit dans sa chambre.

À ce moment-là, quelqu'un frappa à la porte.

— Merde, c'est qui ? Tu peux ouvrir ?

— C'est peut-être Keiji qui...

Il se tut, découvrant Oikawa planté face à lui.

— Oh… Kuroo, je m'attendais pas à te voir ici.

Le brun fronça les sourcils. La voix de son ami était faible, abattue.

— Oik…

— C'est qui ? intervint Suga. Il réapparut dans l'entrée. Tōru ? Qu'est-ce que tu fais là ?

— Oh, vous alliez sortir… Désolé, j'arrive à l'improviste, je…

Ok, les choses commençaient à être inquiétantes : un Oikawa qui s'excuse et un Oikawa qui ne va pas bien.

— Je repasserai plus tard.

Alors qu'il allait tourner les talons, Sugawara l'interpela :

— Tōru, qu'est-ce qui se passe ?

L'interpelé se stoppa. Il prit une profonde inspiration, et se tourna.

— Hum… Rien c'est… Je repasserai t'inquiètes.

Il baissa les yeux, caressant nerveusement son bras droit.

— Tōru… Regarde-moi.

Il s'exécuta.

— Qu'est-ce qu'il se passe ?

Sugawara avait l'air profondément inquiet pour son ami. Oikawa maintint son regard quelques secondes, avant d'exploser en larmes.

— Oh…

Dans un même élan, Oikawa se jeta sur son ami et Sugawara ouvrit les bras pour l'étreindre.

— Il veut pas venir avec moi… Il ne viendra pas…

— Oh…

— J'ai pas décidé de passer ma vie ici, ça veut dire quoi, je fais quoi ?

— Tōru, c'est juste pour quelques mois…

— Non, bordel Kōshi, ça va me tuer…

Sa voix se brisa dans une nouvelle salve de larmes.

— Ca va me tuer, je vais mourir putain, je vais en crever…

— Mais non… Chut…

— Mais si ! Si ! Ça va me tuer.

Sugawara resserra son étreinte, berçant son ami dans ses bras. Il releva les yeux et attrapa le regard de Kuroo.

— Désolé, je… je vais rester avec lui… Hum… merci. Désolé.

— C'est rien… Je vais y aller alors… Keiji m'attend en bas.

— Ok… Dis-lui que je m'excuse.

Il hocha la tête.

— Prends soin de lui.

Suga acquiesça.

Kuroo quitta l'appartement, ne sachant pas vraiment comment il devait analyser la situation. Une fois revenu dans la rue, il s'installa de nouveau dans la voiture.

— Il n'est pas là ?

— Hum… Non. Pas cette fois.

— Oh… d'accord.

La voiture redémarra.

— Il s'est passé quelque chose ?

— On allait partir, mais Oikawa est arrivé, il est resté pour le consoler.

— Le consoler ?

— Hum… Je t'ai dit qu'il faisait son stage à la NASA non ? Je sais pas où exactement, mais loin quoi… Apparemment il voulait qu'Iwaizumi le suive, mais il a refusé.

— Oh…

— En même temps je comprends, il a un boulot ici, il peut pas partir comme ça… Ça veut pas dire qu'il bougera jamais, enfin je crois, je sais pas, j'ai pas toute l'histoire. Mais bon… Il fait un peu sa drama queen je crois… Il arrêtait pas de dire qu'il allait en mourir. C'est romantique, mais bon, ça va. Je comprends que ça lui fasse du mal… Mais c'est pas un peu dramatique, non ?

— Un peu… Mais…

— Mais ?

Keiji soupira, son regard resta rivé sur la route.

— Mais pas impossible.

Kuroo fronça les sourcils. Voilà que Keiji versait lui aussi dans le dramatique ?

— Un chagrin d'amour n'a jamais tué personne… Enfin si, enfin, peut-être pas directement non, mais… ça va, c'est pas pour… Enfin je me mets à sa place, je sais pas… mais pas à ce point-là.

— Peut-être pas, mais…

— Mais quoi ?

Keiji soupira de nouveau.

— Tu sais ce qu'il se passe quand un alpha se sent abandonné…

Tetsurō écarquilla les yeux :

— Une torpeur…

Il n'y avait pas pensé plus tôt…

— Oh…

Il pouvait comprendre à présent pourquoi cela avait secoué son ami.

— Surtout avec ce genre de lien, intervint Keiji.

Kuroo fronça les sourcils :

— Ce genre de lien ?

— Son partenaire est un bêta non ?

— Oui, et ?

— Et bien… C'est plus délicat.

— Comment ça ?

— Hum… dans ce cas la synchronisation est plus compliquée, un peu plus unilatérale, ça ne change rien au reste, mais… dans ce genre de situation, j'imagine que ça peut engendrer de la détresse, voir empirer les choses.

Kuroo écarquilla les yeux. Il ne s'attendait pas à entendre ça de la bouche de son petit-ami.

— Oh…

Unilatérale ?

Tetsurō avait fini par oublier quelque chose de primordiale : les bêtas ne peuvent pas créer de lien. Pas comme ça. C'est ce qu'on lui avait toujours dit.

Alors oui, forcément, il serait unilatéral…

Il n'y avait pas pensé plus tôt…

Il eut l'impression que son corps, terriblement lourd, s'écrasait sur lui-même.

Il n'y avait pas pensé…

Il tourna les yeux vers Keiji.

Il était un bêta.

Qu'est-ce que cela voulait dire pour lui ? Pour eux ?

Il sentit sa gorge se serrer.

Il savait. Il savait depuis le début que ce que partageait ses petits-amis avec lui, et entre eux, était différents. Et c'était naturel, parce qu'ils étaient différents, parcequ'ils n'en étaient qu'au début de leurs histoires, il fallait du temps pour bâtir quelque chose, et comparer serait inutile. Il sentit un poids immense lui tomber dessus. Il ne pensait pas ressentir cela un jour : il était… jaloux ? Mais rien ne servait de l'être, il n'avait pas à comparer, ce n'était pas comparable ni mesurable !

Il y avait cependant une différence entre savoir qu'il n'en était pas là maintenant, et savoir qu'il n'y serait jamais… Jamais il ne pourrait partager cela avec eux. Et même si ses petits-amis se liaient à lui, cela ne ferait qu'engendrer de la détresse pour ceux qu'il aime. La réalisation était brutale.

Il se sentait si petit maintenant… Et il se sentait si égoïste : son ami était en détresse et c'était la seule chose qui lui était venue ? Il avait envie d'exploser en larmes. La douleur dans sa poitrine était insupportable.

— Tout va bien ?

— Je…

Chut, tais-toi, garde ça pour toi, le somma une voix dans sa tête.

— Je m'inquiète juste pour Oikawa, j'espère que ça ira.

Garde ça pour toi.

-Fin du chapitre-

Ne serait-ce pas le retour du roller-coaster? Ca faisait longtemps non?

J'espère que ce chapitre vous aura plu :)

Prochain chapitre: "retour au bercail 2"

"— Mmmm ?

Tetsurō pouffa en entendant la voix encore toute endormie de sa cadette.

— Katsu-Katsu, il est 10h, c'est l'heure de se lever !

— Oh ta gueule.

Sa sœur lui ouvrit quelques instants plus tard, en pantalon pilou-pilou et sweatshirt délavé, les cheveux en pagaille et les yeux encore englués de sommeil. Il pouffa en la voyant ainsi. Alors qu'il allait faire un commentaire, Kasumi échappa un long gémissement ensommeillé et l'enlaça.

— Un câlin ! Mais que me vaut cet honneur ?

Sans mentir, sa petite sœur avait dû l'enlacer peut-être trois fois dans sa vie, l'occurrence avait donc de quoi surprendre.

— Je suis juste contente de voir mon grand frère, j'ai pas le droit ?

— Pff, si.

Tetsurō lui rendit son étreinte, et ils restèrent plusieurs secondes ainsi.

— Bon allez, rentres, dit Kasumi en se séparant finalement de lui."