Note : Coucou tout le monde ! J'espère que tout va bien chez vous ! On se retrouve pour la suite des aventures au pays des elfes. Des bisous !


CHAPITRE 7D

Tony commençait sérieusement à envisager un déménagement, non plus chez les nains et leurs intrigantes machines, mais chez les stupides elfes parfaits. Les jours s'écoulaient autour de lui, chauds et harmonieux. Les gens étaient polis et serviables, personne ne rechignait jamais à répondre aux nombreuses questions de Tony, qui pouvait à loisir inspecter les villes, rentrer dans les boutiques et parler avec qui bon lui semblait. Exception faite de l'artisan qui travaillait sur les armures du palais. Ce petit égoïste lui avait refusé tout accès à ses créations et gardait jalousement ses petits secrets. Tony le haïssait de toute son âme.

Leur technologie était différente de celle des nains, elle n'était pas basée sur la mécanique, mais sur la magie, les runes et les enchantements. Tony n'y comprenait pas grand-chose, même si les elfes étaient bons professeurs et même s'il avait l'avantage d'avoir un Loki sous la main.

Il passait donc bel et bien ses journées à faire du tourisme, quoiqu'il ne vît pas de montagnes ou de rivières dans ses investigations. Occasionnellement, il prenait une heure ou deux pour aller embêter son amant qui préférait se terrer dans la bibliothèque du palais, un lieu sombre et poussiéreux où les bougies n'étaient pas admises parce qu'on craignait qu'elles ne brûlent les précieux ouvrages qui s'y trouvaient.

Ses nuits étaient meilleures encore, à présent qu'il avait réussi à s'attribuer une place dans le lit de Loki. Ils les passaient en de longues heures chaudes, à découvrir leurs corps, se reposer, se battre gentiment ou se murmurer des bêtises, parfois jusqu'à ce que le soleil se lève, et que Loki, soudainement, ne se rappelle qu'il était ici pour faire des recherches sérieuses. Alors, il traitait Tony d'idiot distrayant avec un sourire au fond des yeux.

De temps à autre, Tony le surprenait à jeter des regards curieux à son reflet dans la salle de bain qu'ils partageaient, à regarder ses mains et à essayer son nouveau corps avec circonspection. Il essayait au maximum de lui donner de l'espace à ce sujet, parce que ouais, on ne déconstruisait pas des siècles de racisme en une nuit. Mais il avait parfois l'envie de le secouer dans tous les sens pour qu'il arrête de se torturer le cerveau avec ces conneries.

S'il y avait une tâche au tableau, c'était le super tonton de Loki. Tony avait d'abord cru que c'était un gars cool, parce qu'il ne pouvait pas supporter Odin et qu'il avait l'air d'un Roi décent. Il avait été prêt à laisser passer les quatre jours de cachot et leurs premières interactions glaciales. Mais à mesure que le temps passait, Freyr n'avait même pas fait mine changer son comportement. Tony y réfléchissait à deux fois avant d'emprunter les couloirs les plus sombres et les plus éloignés du palais.

Le tonton l'ignorait et quand par hasard, Tony osait lui rappeler son existence, il voyait la méfiance qu'il avait d'abord eu pour lui se transformer en mépris, voire en véritable agacement. Tony avait la certitude que le gars l'aurait tout bonnement fait tué s'il ne risquait pas, par là, de s'attirer les foudres de son neveu. Non pas qu'il ait vraiment une chance de tuer Tony parce qu'il avait quand même récupérée son armure et qu'il pourrait dégommer n'importe quel assassin que l'autre psychopathe lui enverrait. Mais quand même.

« Vous avez le beau temps chez vous, remarqua Tony en s'agitant sur son siège. Enfin, peut-être un peu humide, mais il fait chaud, quoi.

Freyr, de son emplacement magistral habituel ne daigna même pas lui répondre. En fait, il faisait mine de se concentrer sur un tas de papiers à l'apparence administrative et solennelle, remplis de tampons et de petites notes. Tony soupira à voix haute.

Il maudit intérieurement son amant, qui avait eu la brillante idée d'aller se refaire une beauté cinq minutes avant le dîner organisé avec son oncle. Putain d'enfoiré, vraiment. Il savait pourtant qu'ils ne s'entendaient pas. Tony s'en plaignait à chaque fois qu'il en avait l'occasion.

- Vous savez, insista-t-il, moi aussi, je me tape souvent ce genre de paperasse. C'est chiant, hein ? On ferait mieux d'en faire du bon feu, au moins ça serait utile. Après vous, vous avez déjà chaud tout le temps, mais vous pourriez en faire d'autres trucs, genre pour caler des portes. Ou même comme papier toilette, mais c'est vrai que c'est pas très confortable pour le…

- Tony, l'interrompit brusquement Freyr, sans lever le nez de son travail. Je ne vous aime pas, et je suis prêt à parier que vous ne m'appréciez pas plus. Que diriez-vous d'arrêter de faire semblant et de vous taire pendant que nous attendons que mon cher neveu daigne se montrer ?

- Ouais, j'avais capté que vous m'aimiez pas, reconnut Tony. Et vous avez pas l'air de vouloir me dire pourquoi. Mais y'a un problème chez moi, c'est que j'aime genre, beaucoup parler. Oh, et tout ce silence où je vous entends planifier mon meurtre me met un peu mal à l'aise.

Freyr daigna lever ses yeux sur lui. Il n'avait pas l'air très impressionné.

- Je ne vais pas vous tuer, le rectifia-t-il d'une voix sans conviction. Enfin, pas dans le futur proche. Votre condition de mortel s'en chargera bien assez pour moi. Mon cher neveu me reproche déjà beaucoup de choses, inutile d'ajouter votre mort à la liste, cela se fera naturellement.

- Charmant, commenta Tony avec toute l'ironie qu'il parvint à rassembler.

Il n'était pas convaincu par les explications du tonton, et toute cette inimité commençait sérieusement à lui taper sur les nerfs. D'agacement, il décida qu'il pouvait bien se permettre une ou deux remarques déplacées. Il reprit donc :

- Je sais que vous ne voulez pas mon avis, mais je vous le donne quand même, votre cher neveu a de bonnes raisons d'avoir une dent contre vous.

Tony vit qu'il avait fait mouche lorsque Freyr, sourcils froncés, reposa les documents qu'il tenait en main avec plus de violence que nécessaire sur la table de bois foncé.

- Et vous ne voulez pas du mien, mais je ne saurais que trop vous conseiller de rester à votre place, siffla le vieil homme. Mon neveu a, pour des raisons qui dépassent tout bon sens, décidé de vous amener ici avec lui et de vous accorder une place à ses côtés, mais cela ne vous donne pas le droit de parler de choses dont vous ne savez rien, lui rétorqua-t-il.

Tony détestaitvraiment ce genre d'attitude méprisante. Il ne pouvait pas croire que le gars qui avait caché la vérité à Loki pendant des siècles osât lui donner des leçons.

- J'en sais certainement plus que vous, cracha Tony. Et pour information, je me suis donné plus de peine pour comprendre ce qu'il s'était passé en trois mois que vous en des siècles. Peut-être que si vous ne vous étiez pas comporté comme un sale con méprisant et que vous n'aviez pas cherché à protéger vos intérêts de gros hypocrite, il aurait cherché votre appui, et les choses n'auraient pas si mal tourné. Je ne dis pas qu'il est innocent, mais vous avez une part de responsabilité, que vous le vouliez ou non. »

Freyr avait l'air sur le point de le décapiter, mais à ce stade Tony n'en avait vraiment plus rien, mais alors plus rien à foutre. Ça lui tordait le ventre, de voir Loki se reluquer dans la glace tous les matins. Ça lui tordait le ventre de le voir vulnérable et tendu, alors qu'il se montrait d'ordinaire toujours sûr de lui. Et c'était en partie de la faute de ce connard, incapable de se remettre en question.

Ils furent interrompus dans leur début de dispute par les portes de la salle qui grinçaient, alors que Loki arrivait enfin. Pas trop tôt, râla intérieurement Tony.

« Excusez mon retard, s'annonça-t-il de sa voix calme et grave.

Tony se tourna vers lui et lui pardonna instantanément ledit retard. Loki était bleu. En pleine salle à manger et l'air très satisfait de lui-même, quoiqu'il y eût un fond de doute dans ses yeux rouges.

- Tu aimes ma tenue, Stark ? l'interrogea-t-il alors qu'il se rapprochait.

Loki portait une cape nouée aux épaules et un plastron en cuir, bien décoré mais fonctionnel. Tony admira les bottes hautes qui lui arrivaient à mi-cuisse et lui donnaient tout un tas d'idées, le pantalon souple et bien ajusté, les bras nus et définis. Mais ce qui choquait le plus, c'était la couleur que Loki avait choisie, de la cape en passant par le pantalon aux reflets du cuir, tout était rouge.

- Ça va bien avec tes yeux, acquiesça Tony, malgré la surprise initiale. Aussi, tu sais que c'est ma couleur préférée.

Loki lui répondit par un sourire félin qui découvrait ses dents blanches, et Tony eut soudainement très chaud.

- Vraiment ? Je n'en avais aucune idée, en voilà une coïncidence amusante. » Dit-il en posant ses yeux dans ceux de Tony.

Tony n'arrivait pas à savoir s'il trouvait son petit numéro hilarant ou vraiment trop allumeur. Malheureusement, Freyr ne semblait pas voir cela du même œil. Tony entendit sa chaise racler le sol et se retourna pour constater qu'il se tenait debout, l'air de lutter pour garder son calme. Ses yeux clairs alternaient entre son neveu et Tony avec un mélange d'incrédulité et de colère.

« Est-ce que tu te trouves amusant, Loki ? demanda-t-il d'une voix blanche. Qu'est-ce qui a bien pu te passer par la tête exactement ? Ne me dis pas que tu as traversé tout le palais dans ce… cet accoutrement ?!

Loki resta calme en prenant sa place. Tony nota qu'il ne regardait pas en direction de son oncle, mais gardait son regard fixé lui. Il ne put s'empêcher de lui faire un clin d'œil.

- Si, malgré mes très nombreuses et excellentes capacités, je choisis encore de marcher lorsque je me rends d'un lieu à un autre, lui répondit très tranquillement Loki.

Tony ne parvint vraiment pas à retenir le rire qui lui échappa, ce qui attira immanquablement l'attention de Freyr. Il avait vraiment l'air furax.

- Et vous l'encouragez. Écoutez-moi bien Stark, je n'ai aucune preuve, mais je sais que vous êtes derrière cela, l'accusa-t-il alors que Tony prenait son air le plus innocent.

- Je n'ai besoin de personne pour prendre mes décisions vestimentaires, merci beaucoup, intervint sèchement Loki, en levant un regard défiant vers son oncle. À moins que ce ne soit pas avec mes vêtements que vous ayez un problème, mais avec mes origines ? J'ose vous rappeler que vous étiez déjà au courant.

Tony était à deux doigts de sortir une paire de pompons et une chorégraphie pour l'encourager. C'était bien envoyé.

- Tu es aussi inconscient qu'à l'ordinaire, lui reprocha Freyr. Ou est-ce que tu penses que la rumeur d'un jötun se baladant en toute liberté dans mon palais et dans la suite du second Prince d'Asgard va rester bien gentiment au sein de ces murs ? Les gens vont apprendre ce que tu es, Loki.

- Pas ce que je suis, qui je suis, le rectifia Loki, menton levé. Ne faites pas semblant de vous inquiéter pour ma réputation, elle est déjà ruinée. Nous savons tous les deux que vous ne vous inquiétez que pour vous-même, et que c'est pour cela que vous tenez tant à garder cette affaire sous silence, vous et Odin. Vous êtes un hypocrite. Vous le critiquez, mais jouez à son petit jeu des apparences parfaites. Saviez-vous que le peuple d'Asgard est encore sous l'illusion que je suis l'un des leurs ?

Freyr sembla sur le point de protester, mais Loki ne lui en laissa pas le loisir. Tony avait la distincte impression que son amant avait planifié et son entrée, et son petit discours avec le plus grand soin.

- À présent, je vais vous donner un choix : ou vous acceptez que je puisse marcher librement, selon l'apparence qui me convient, y compris celle de ma naissance, ou vous cessez d'être mon oncle, comme Odin a cessé d'être mon père. Je vous crois meilleur homme que lui, et c'est uniquement pour cela que je prends la peine de vous poser cette question. Pas pour vous blesser ou pour remettre en question votre autorité. »

Il y eut de très longues secondes de silence, durant lesquelles oncle et neveu se défièrent mutuellement du regard. Tony osait à peine respirer et il craignait un peu que cette histoire ne se transforme en combat à mort, et au vu du nombre de gardes que possédait le super tonton, il ne donnait pas cher de leurs peaux. Loki était assis, très droit, très bleu, le menton très levé et l'air d'un homme qui savait ce qu'il voulait. Tony devinait sans mal qu'il était prêt à s'effondrer ou à faire une énorme connerie, mais il ne fit pas un geste pour intervenir. C'était juste un de ces problèmes que Loki devait résoudre tout seul.

Tony vit le moment où Freyr céda. Quelque chose se détendit dans sa posture et sa voix prit des inflexions plus douces ou peut-être les inflexions de celui qui se savait battu.

« Que tu puisses seulement penser que je choisirais les manigances d'Odin au lien qui nous unit me peine Loki, soupira-t-il. Et je pense que c'est la preuve que je n'ai pas été à la hauteur. Toi et Thor, vous êtes tout ce qui me reste de ma chère sœur. Tout ce qui me reste de famille.

Freyr se rassit lentement. Loki se tenait silencieux et l'écoutait avec une attention aigüe. Malgré la gravité de la discussion, Tony se trouvait distrait par ses épaules nues, parce que c'était la première fois qu'il le voyait en public et sans manches. Il avait de jolies épaules.

- Tu dois comprendre, Loki, qu'à la seconde même où ma sœur m'a annoncé qu'elle avait choisi de te prendre pour fils, tu as été mon neveu. Les liens du sang n'ont jamais eu leur place dans cette histoire. Je soupçonne Odin de ne pas voir les choses tout à fait de la même façon.

Loki inclina le visage sur le côté, en signe d'acquiescement. Il avait perdu son arrogance et se calmait lentement, lui aussi. Il y avait même quelque chose d'un peu apaisé dans le pli de sa bouche.

- Cela dit, je pense toujours qu'il était imprudent de ta part de te balader ainsi dans le palais. Je peux contenir les rumeurs de ta visite, je sais quelles pattes graisser après tout. Mais un prince mort qui serait en réalité un jötun ? Je ne sais pas quelle somme il me faudrait sortir pour empêcher les gens de raconter cela, le morigéna-t-il. Tu sais comme notre peuple aime parler.

- Je n'y ai pas beaucoup pensé, admit Loki, une moue boudeuse aux lèvres.

- Je m'en doutais, acquiesça son oncle avec un début de sourire. Je ne te demanderai jamais de te changer lorsque nous sommes entre nous, tu peux porter ou être ce que tu veux. Mais je t'ai connu plus réfléchi que cela.

- Oh, j'ai toujours été un peu taquin, sourit le dieu, une lueur de malice dans l'œil.

- Taquin, oui, admit Freyr. Mais sans même parler des récents événements, tu avoueras que choisir un midgardien comme compagnon, cela ne te ressemble pas.

Tony leva les mains au ciel dans un geste contrarié. Mais quel genre de conneries racistes, c'était ça encore ?! Et pourquoi est-ce qu'on parlait de lui ?!

- Quel est le rapport ? intervint-t-il. Laissez-moi tranquille cinq minutes, merde à la fin ! J'ai bien compris que vous ne pouviez pas me saquer.

- Premièrement, Stark n'est pas mon compagnon, le corrigea Loki d'un ton pincé. Et ensuite, je ne vous ai jamais rien entendu dire à Thor lorsqu'il lui a pris la fantaisie de fréquenter une midgardienne.

- Parce que ton frère est stable. Il y a peu de temps, j'en aurais dit pareil de toi, Loki et je ne me serais pas mêlé de cette affaire, mais aujourd'hui j'ai de sérieux doutes quant à tes capacités à gérer une nouvelle perte, lui opposa Freyr tout en coulant un regard significatif à Tony.

- Vous avez absolument raison, ce ne sont pas vos affaires, siffla Tony.

Loki avait l'air bien moins remonté, ses sourcils plissés de concentration.

- Je dis ça pour ton bien, qui sait ce qui se passerait si tu venais à trop t'attacher à ce mortel, insista-t-il en désignant Tony d'un geste négligeant de la main. Tu n'es pas connu pour bien réagir lorsque des événements négatifs viennent perturber ta vie.

- Je ne suis pas attaché, protesta Loki, et Tony retint le grognement qui montait dans sa gorge, parce que tout le monde ici savait que c'était des conneries. Même le tonton, visiblement.

- Vraiment ? contre-attaqua Freyr. Je ne vais pas t'embarrasser en pointant les éléments qui prouvent le contraire. Mais j'ai besoin que tu me promettes d'y réfléchir. Personne n'a besoin d'un nouveau drame. »

Loki serra les lèvres avec l'expression d'un enfant qui venait de se faire réprimander en place publique. Tony pesta intérieurement contre le tonton qui était en train de ruiner tous ses efforts. Vraiment, il ne s'était pas cassé le cul à essayer de séduire le dieu pendant des mois pour finir par se prendre un râteau parce qu'il avait eu le malheur de naître sur la mauvaise planète.


« Ton oncle est un vrai connard, dit-il au dieu lorsqu'ils furent en sécurité dans leur chambre. Sérieusement, j'arrive pas à y croire. Est-ce qu'il traite tous les humains comme de la merde sous ses pompes ?

- Non, je dirais que tu reçois un traitement privilégié, bailla Loki en s'installant sur le bord du lit pour ôter les lacets compliqués de ses chaussures. Tony le regarda faire une seconde, distrait par les doigts bleus qui s'agitaient avec adresse.

- Putain, pesta Tony qui ne parvenait pas à s'arrêter de tourner en rond tant il était agacé. Quel connard.

- Tu es dramatique Stark, l'interrompit le dieu de sa voix traînante et grave. N'importe quel asgardien ou elfe serait d'accord avec lui, il ne fait qu'exprimer tout haut ce que tout le monde pense tout bas. C'est toi qui es décalé.

- Décalé ? Parce que je refuse de me faire traiter comme une sous-merde ? s'emporta Tony.

- Calme-toi Stark ! Parce qu'il est convaincu que nous avons une relation romantique, et que très peu de personnes saines d'esprit tiennent à s'infliger une relation romantique avec un midgardien. Réfléchis deux minutes. Je vais vivre cinq mille ans.Est-ce que tu peux seulement te le représenter ? Et toi ? Combien de temps te reste-t-il ? Deux ou trois dizaines d'années, et encore, avec ta tendance à te mettre dans des situations dangereuses, je suis généreux. »

Tony cessa de marcher pour considérer son amant qui finissait d'ôter sa première botte. Il était prêt à admettre qu'il n'y avait jamais pensé. Cinq mille ans. Loki avait raison, c'était si long qu'il peinait à se le représenter.

Mais il se trompait en affirmant qu'il n'y avait rien de romantique entre eux. Ouais, ils ne se chuchotaient pas des mots d'amour à longueur journée, mais c'était vraiment la seule chose qui manquait à la panoplie. Ils couchaient ensemble, mangeaient ensemble, dormaient ensemble, prenaient leur douche ensemble. Merde quoi, s'il y avait un concours du couple le plus niais, Tony était sûr qu'ils gagneraient haut la main. Lui-même était parfois dégoûté par toute la tendresse qu'il pouvait ressentir.

Il se garda cependant bien de formuler son avis à voix haute. Loki n'était pas idiot, il devait se douter qu'ils n'étaient pas juste de bons amis. Mais il préférait mentir en effaçant toute trace de sentiments de l'histoire. Et pour l'instant, Tony s'en contentait assez. Il y avait bien deux ou trois moments où il se sentait déraper, où sa bouche s'ouvrait et où les mots menaçaient de lui échapper. Mais jusqu'ici, il avait toujours réussi à s'arrêter à temps.

Il ne s'était jamais posé la question du futur, alors qu'il le réalisait à présent, Loki l'avait gardée à l'esprit depuis le débutde leur relation. Il n'avait jamais oublié, pas même une seconde, que Tony était mortel et il avait tout fait pour se prévenir de l'apparition de sentiments. Et Tony n'avait même pas fait semblant de respecter cela.

« Stark ? l'appela le dieu. Tu m'écoutes ?

Tony sortit de ses réflexions un peu brusquement. Le dieu avait fini d'ôter ses chaussures et reprenait sa forme habituelle pour s'allonger sur leur lit.

- Pourquoi t'es plus bleu ? Ça t'allait bien, demanda-t-il, parce qu'il était curieux et qu'il avait besoin de temps pour remettre de l'ordre dans ses pensées.

- Je l'ai principalement fait pour mettre Freyr en face de son hypocrisie, ricana le dieu. Il ne pouvait pas continuer à agir comme s'il n'avait pas joué au jeu d'Odin pendant des siècles en me cachant mon héritage. Mais je ne suis pas encore à l'aise à l'idée de me présenter ainsi.

- Je t'ai dit, ça viendra avec le temps, lui sourit Tony. Tu t'en sors déjà mieux qu'au début. »

Il était encore hanté par sa réalisation précédente. Il coula un regard qui se voulait discret sur visage détendu de Loki. Est-ce qu'il n'était pas en train d'agir comme un gros égoïste ? De toute évidence, le dieu s'était lui aussi investi dans leur relation. Peut-être pas dans les mêmes proportions que Tony, mais au moins assez pour avoir fait des entorses à ses propres règles.

Contrairement à Freyr, Tony ne croyait pas que Loki allait perdre la raison lorsqu'il finirait par crever (de sa belle mort, en héros avec des millions de spectateurs et le plus vieux possible, de préférence.). L'idée d'un Loki dévastant des planètes en sa mémoire était juste ridicule. Mais il était sûr que le dieu n'y resterait pas indifférent.

Toutes ces considérations sur sa propre mort mettaient Tony mal à l'aise, mais l'idée qu'il encourageait Loki à s'attacher à lui, juste pour crever après et le laisser tout seul avec son chagrin commençait à le déranger encore plus.

« Il a qu'à me rendre immortel, s'il craint tant que ça que je brise ton petit cœur, finit-il par râler. Je te jure qu'il m'aime juste pas.

Loki eut un petit rire depuis le matelas.

- Ça ne marche pas comme ça, Stark, se moqua-t-il. Et personne ne va te rendre immortel, mon oncle est peut-être un peu froid, mais il n'est pas cruel à ce point.

- Qu'est-ce que tu veux dire par là ? voulut savoir Tony. Ouais t'es un gros enfoiré Rudolphe, mais t'as aussi beaucoup d'autres talents. Je suis sûr qu'une éternité avec toi ne serait pas si terrible, on trouverait bien des moyens de, eh bien disons… de s'occuper.

Le dieu se haussa sur ses coudes pour lui jeter un regard peu impressionné.

- Est-ce que tu parles de sexe, Stark ?

- Je parle toujours de sexe, ricana Tony malgré lui. D'ailleurs, tu devrais mettre du rouge plus souvent, ça te va bien.

- Irrattrapable, se plaignit Loki en levant les yeux au ciel. Sois un peu réaliste Stark, on ne va pas passer l'éternité à s'envoyer en l'air. »

Tony alla s'écraser à ses côtés et Loki protesta lorsque l'une de ses mains manqua de lui arriver au visage. Il poussa un long soupir alors que ses muscles se détendaient dans le matelas mou et installa sa tête sur le torse de Loki pour l'utiliser comme oreiller. Lorsqu'il se tournait un peu, il pouvait apercevoir son visage faussement réprobateur en très gros plan. Il n'essaya même pas de combattre la tendresse qui menaçait de faire exploser sa poitrine.

« Ce n'est toujours pas ton lit Stark, l'informa le dieu en passant une main distraite dans ses cheveux.

Tony eut un petit grognement approbateur lorsque les ongles du dieu raclèrent son crâne. C'était plutôt sympa.

- C'est un peu mon lit maintenant que j'ai mis mon ADN partout, lui fit remarquer Tony. Qu'est-ce que tu disais à propos de cruauté tout à l'heure ? On a dévié du sujet à partir du moment où tu as commencé à me dire que, oh oui, s'envoyer en l'air pour l'éternité était la meilleure de mes idées et que tu admirais mon génie.

- Merci pour l'image grogna le dieu en plissant son nez. Je vais faire changer les draps. Pour répondre à ta question, offrir l'immortalité à un humain est considéré comme donner du pain à vos canards.

Tony ne put s'empêcher de hausser les sourcils à la comparaison. Loki explicita sans s'arrêter de jouer avec ses cheveux.

- Au premier abord, cela semble être une bonne idée, mais c'est mauvais pour vous, lui expliqua-t-il. C'est la raison pour laquelle Thor, même s'il aime profondément sa petite midgardienne, n'a jamais songé à lui offrir l'immortalité.

- J'avoue que je comprends toujours pas. Ouais, je suis sûr que ça peut nous poser des problèmes, c'est un ajustement à faire et tout, mais allez quoi, je suis pas le premier péquenaud venu, je suis quand même Tony Stark. Je suis sûr que mon cerveau pourrait très bien supporter tout ça.

Loki eut un rire et ses doigts se firent plus doux dans ses cheveux. Il entortilla une mèche.

- Jamais je ne t'infligerais cela non plus, Tony Stark, lui dit-il presque tendrement. C'est un des rares points de vue que je partage encore avec Thor. Vous n'êtes pas faits pour cela. S'il te plaît, prends le temps d'y réfléchir. Tu verrais tes proches mourir, un par un. Ton monde s'effondrer. Les choses autour de toi perdront lentement de leur valeur à mesure que tu découvriras toujours plus, toujours plus impressionnant ailleurs. Être immortel n'est pas si plaisant que cela, je te le garantis.

- Mais je pourrais empêcher mon monde de s'effondrer, justement, protesta-t-il. Comment est-ce qu'ils vont faire, sans moi ? J'ai encore beaucoup à faire là-bas. Et j'ai envie de découvrir de nouveaux trucs, tu me connais, je suis curieux. Et même si à la fin plus rien n'est assez impressionnant pour moi, bah, je construirais juste un tas d'autres trucs incroyables.

- Je n'ai aucun doute là-dessus, s'amusa Loki. Tony se tourna vers lui, parce qu'il avait comme l'impression qu'il ne le prenait pas au sérieux.

- Je vais pas prétendre que ça me ferait plaisir de voir tout le monde mourir, je sais que ce serait genre… vraiment nul, finit-il par manque de mots. Mais je t'aurais, toi. Et pas quoi toi, Thor aussi, et peut-être même que je pourrais me faire d'autres potes immortels.

- Oh, Stark, murmura Loki, et il avait soudainement l'air fatigué. Tony sentit sa main froide se poser sur sa joue. N'insiste pas, je t'en prie. Je ne peux pas prendre cette responsabilité, parce que, alors, tu me haïrais. Tu souffrirais, tu perdrais ton esprit et tu me blâmerais parce que c'est moi qui t'aurais mis dans cette situation. »

Tony voulut insister, mais il n'en eut pas le courage. Peut-être bien que le dieu avait raison, et qu'au bout de quelques siècles, il finirait par lui en vouloir et par regretter son geste. Avec un soupir, Tony se retourna pour admirer le plafond en bois au-dessus de lui.

Il se sentait triste, et peut-être écœuré. À demi-mot, Loki venait d'avouer qu'il tenait à lui, mais comme toujours chez lui, il n'avait fait un pas en sa direction que pour mieux reculer.