Résumé : Moïra est une vraie lionne quand il s'agit de protéger sa famille, même si l'objet de ses reproches n'est pas toujours le bon.
Chapitre 7
Le petit-déjeuner se déroulait dans une ambiance tendue. Après leur nuit agitée, ils s'étaient tous levés tardivement, heureusement qu'aucun d'eux n'avait d'obligations le samedi, Moïra n'aurait pas pu attendre avant d'avoir la discussion qui s'imposait avec son fils. Il était apparu avec une Éléanore souriante qui sautillait presque à ses côtés, pressée de boire son chocolat chaud. Pour ne pas la perturber, Moïra n'avait pas abordé le sujet de sa nuit agitée mais les non-dits pesaient lourds dans l'air et leurs discussions tombaient toutes à plat.
Même Walter qui maîtrisait l'art de parler de tout et de rien, qui s'intéressait toujours à la vie de Théa et d'Oliver depuis qu'il était revenu, et qui était doué pour mener une discussion civile même en cas d'animosité ambiante, se faisait silencieux. La réaction de panique d'Éléanore lorsqu'elle l'avait vu l'avait perturbé et occupait toutes ses pensées. Moïra n'avait eu aucune réponse à lui donner, surtout que ce matin, Éléanore l'avait accueilli avec ses embrassades habituelles.
Assise en face d'elle et Walter, la petite dévorait à pleines dents le pancake plein de confiture à la fraise qu'Oliver lui avait préparé, clairement remise de ses émotions de la veille. Même si c'était rassurant en soi, cela signifiait aussi qu'elle y était habituée, que ce n'était pas sa première terreur nocturne et que Moïra n'aurait aucun moyen de savoir à quelle fréquence ça se produisait. Leur petit-déjeuner terminé, elle demanda à Théa de s'occuper d'Éléanore le temps qu'elle parle à Oliver.
-Mais papa a promis de faire les tresses qui se rejoignent, tata elle sait pas, se plaignit-elle.
-On a une discussion d'adulte à avoir, après il viendra très vite pour te coiffer, expliqua Moïra.
Son fils ne se défilerait pas si facilement. Éléanore fit la moue mais ne protesta pas plus, par contre Théa croisa les bras et resta assise sur sa chaise, n'appréciant pas d'être évincée de la conversation. Après quelques échanges tendus, elle finit par sortir, tenant sa nièce par la main, en laissant savoir à son frère qu'elle aussi lui en voulait.
Étonnamment, Oliver ne semblait pas anxieux ni contrit, à peine exaspéré par Théa comme si elle en faisait trop. Ça ne fit que la mettre plus en rogne, il ne se rendait vraiment pas compte de ce qu'il avait fait vivre à sa propre fille en disparaissant en pleine nuit.
-Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il avec nonchalance en repoussant son assiette. C'est à propos d'Éléanore ? Je suis désolé qu'elle vous ait réveillés, ça lui arrive de faire des cauchemars.
-Ce n'est pas le problème, répliqua Moïra un peu sèchement, outrée qu'il puisse même le suggérer.
-Bien sûr que non, ajouta Walter. On se réveillerait toutes les nuits pour l'apaiser si ça l'aidait.
Il les remercia et la confusion sur ses traits l'irrita encore plus. Il n'avait vraiment aucune idée de la raison pour laquelle ils voulaient lui parler, et de fait, il leur demanda quel était le problème.
-Tu étais où cette nuit ?
-Dans un club, répondit-il avec un sourire désinvolte. On étudie la concurrence avec Tommy, et après eh bien… c'est entre moi et Natalie. Non, Annie. Je crois.
-Alors tu faisais la fête pendant que ta fille sanglotait dans mes bras en demandant à te voir.
Le ton sec et tranchant, elle lui avait assené un coup dur pour essayer de le faire réagir. Un éclair de douleur passa sur ses traits, comme si la détresse d'Éléanore le heurtait, mais elle fut vite chassée par son insouciance habituelle.
-Maman, c'était juste un cauchemar, ça lui arrive, c'est rien.
À l'écouter, exagérait. Une main se posa sur sa cuisse, Walter essayait de l'enjoindre à garder son calme face à l'attitude si irritante de son fils, mais ce n'était pas lui qui avait consolé Éléanore pendant des heures parce que son papa n'était pas là. Ce n'était pas lui qui avait tenu son corps tremblant dans ses bras parce qu'elle avait trop peur de se rendormir.
-Ce n'était pas rien, répliqua-t-elle fermement. Elle pleurait si fort qu'elle nous a tous réveillés, elle refusait de fermer les yeux de peur de revoir les images de son cauchemar. Il est temps que tu grandisses Oliver, tu es père, tu ne peux pas continuer comme ça.
-Qu'est-ce que tu me reproches au juste ? s'emporta-t-il finalement, perdant son sourire. Je ne pouvais pas deviner qu'elle allait faire un cauchemar, et je ne l'ai pas abandonnée dans la rue, elle était bien entourée avec toi, Walter et Théa. Quoi, parce que j'ai une fille je n'ai plus le droit de vivre ma vie ?
Il était tellement frustrant. Tout revenait toujours à lui et à ses désirs, elle avait vraiment manqué quelque chose dans son éducation.
-Ses besoins viennent avant ton propre plaisir, expliqua-t-elle avec le peu de patience qu'il lui restait. Tu ne peux pas juste disparaître, espérer qu'on prendra soin d'elle à ta place, simplement parce que tu as envie de t'amuser.
-Je sais ça, dit-il entre ses dents. Elle est toujours ma priorité. Mais je l'avais couchée, elle était en sécurité et entourée, elle n'avait plus besoin de moi pour la nuit.
-Tu n'arrêtes pas d'être père à la tombée de la nuit, Oliver !
Walter murmura son prénom, il n'appréciait pas qu'elle aille si loin dans ses propos, mais elle garda toute son attention sur son fils qui perdit tout semblant d'insouciance.
-Je t'interdis de dire ça, dit-il d'un ton tranchant qui n'acceptait aucune réplique. J'ai passé des nuits entières à surveiller que ses pieds ne bleuissent pas de froid. À l'écouter respirer, de peur qu'elle rende son dernier souffle entre mes bras parce qu'elle était malade. À passer de l'eau froide sur son corps brûlant en priant que ce ne soit pas une erreur parce que je ne pouvais rien faire d'autre pour l'aider. À veiller à ce qu'elle ne fasse pas un bruit au risque de nous faire repérer et tuer.
Effarée, le cœur battant la chamade, Moïra restait immobile, le choc de l'horreur qu'il avait vécue la prenant à la gorge. Le tableau qu'il dépeignait en quelques mots la glaçait d'effroi et toutes ses accusations lui parurent anodines en comparaison. Il ne parlait presque jamais de ces cinq ans, et les bribes qu'il partageait décrivaient un enfer.
-Oliver…
Il ne la laissa pas s'excuser et se leva, faisant grincer sa chaise sur le parquet.
-Vous pouvez critiquer mes choix de vie autant que vous voulez. Mais je vous interdis de me juger sur la façon dont je prends soin d'Éléanore.
Le jeune homme frivole qui ne se rappelait plus du nom de sa conquête avait disparu, laissant place à un père dur et implacable qui n'accepterait aucune objection. Lui aussi souffrait de ce qu'ils avaient vécu, même s'il le cachait mieux. Si sa façon de gérer son traumatisme comprenait le fait de s'oublier dans l'alcool et de collectionner les filles, elle se devait de le respecter, peu importe combien il l'exaspérait. Et il n'avait pas tort, Éléanore avait été en parfaite sécurité auprès d'eux, ils s'étaient occupés d'elle jusqu'à son retour.
Le regard dur, il les fixa quelques instants, les mettant presque au défi de le contredire, prêt à ne faire qu'une bouchée d'eux. Pleine de remords et clouée par la colère froide qui exsudait de son fils, Moïra ne s'y risquerait pas. Satisfait par leur silence, il se retourna pour quitter la salle.
-Oliver, attends, dit Walter alors qu'il arrivait à la porte. Il y a un autre sujet dont je voulais te parler.
-Si c'est une autre critique sur ma capacité à être père, je m'en passerai, répliqua-t-il en posant la main sur la poignée.
-Non, c'est à propos d'Éléanore. Elle a eu peur de moi cette nuit. Une peur panique, c'était… est-ce qu'elle me craint ?
La vulnérabilité dans la voix de son mari la sortit de sa torpeur et Moïra lui prit la main qui reposait toujours sur sa cuisse pour lui signifier son soutien. Elle savait qu'il n'avait jamais rien fait pour mériter qu'Éléanore réagisse si violemment en le voyant.
Toujours dos à eux, Oliver s'était arrêté, tendu, et il leva la main devant ses yeux, comme défait, avant de finalement lâcher la porte pour se retourner vers eux. Bouleversé, il ne semblait pourtant pas choqué ni inquiet par la nouvelle. Alors qu'il se rapprochait de la table, elle redouta ce qu'il allait leur révéler cette fois. Malgré sa colère, il prenait sur lui pour répondre à Walter, ça ne pouvait que signifier que le sujet était grave, et important.
…
Note : Quelques explications au prochain chapitre, on sait tous combien Oliver adore se confier haha ! Qu'avez-vous pensé de cette discussion tendue ? Pensez à me laisser une petite review, ça me fait toujours hyper plaisir :)
