Pour être franche, Eisa ne voyait pas tellement maman Loptr comme une maman, du moins pas comme mère et maman l'étaient.
Ça tenait en partie à son âge : d'accord, maintenant Loptr avait des seins et pouvait aller chercher dans les placards de la cuisine sans prendre un tabouret, mais Eisa savait que quand il était arrivé à la maison, il venait à peine d'arrêter d'être un enfant. Alors que mère et maman avaient plutôt l'âge de papa. Donc c'était un peu dur de penser à lui pareil, alors qu'il avait seulement quelques siècles de plus qu'elle.
Et puis, maman Loptr ne semblait pas vraiment à l'aise quand on lui rappelait que maintenant, il était une des femmes de papa. Maman avait expliqué que pour certaines personnes, ça prenait plus de temps pour s'habituer au mariage, surtout quand ça venait tôt. Qu'il fallait laisser du temps, et en attendant ne pas brusquer maman Loptr, parce que ce serait une Très Vilaine Chose, et une jeune dame élevée correctement ne se montrait pas vilaine.
Eisa pouvait attendre. Puis, comme ça, elle avait un peu la variété : il y avait mère qui était l'instructrice sévère, il y avait maman qui distribuait les câlins et les cookies, et il y avait maman Loptr qui était un peu comme une grande sœur. Enfin, qui était comme Eisa imaginait une grande sœur, vu qu'elle n'en avait pas au naturel.
Une grande sœur, donc, qui était plus maman pour son petit frère. Mais bon, ça, c'était encore autre chose, et maman Loptr avait mis au monde Vali, alors ce serait bête si Eisa se sentait jalouse.
Sif n'avait jamais prétendu être une très bonne amie de Loki – surtout pas depuis cette épouvantable farce qu'il avait infligée à ses cheveux.
Tout de même, elle n'avait pas été heureuse d'apprendre sa disparition, et plus tard la décision prise par le Père de Tout de le déclarer mort. Tout insupportable qu'il avait été, Loki n'en était pas moins un prince d'Asgard.
Pas moins le frère que Thor avait adoré, les Nornes savaient pourquoi.
Depuis la perte de son cadet, le sourire et l'insouciance du prince blond s'étaient ternies. Pour la première fois, l'Univers lui avait démontré combien il pouvait se montrer cruel. Comment les souverains eux-mêmes n'étaient pas à l'abri de son injustice. C'était une leçon que tout le monde était contraint d'avaler, tôt ou tard.
Thor s'était cassé le nez sur cette réalité, et luttait encore pour la digérer, en dépit des décennies s'étant écoulées depuis l'événement. Ça se comprenait, chacun évoluait à son propre rythme. Chacun guérissait à son propre rythme.
Elle espérait juste que ça ne prendrait pas l'équivalent d'une vie entière pour Thor.
