La réaction d'Eisa à l'annonce de la grossesse de Loki avait été de pousser un hululement de joie si strident que Tamamo l'avait collée de corvée balai pour les trois semaines à venir, le temps que les oreilles meurtries de la dokkalfr se remettent de l'assaut auditif.
Pour leur part, Vali et Einmyria s'étaient montrés nettement plus hésitants, osant à peine effleurer du bout de leurs petits doigts froids ou chauds le ventre encore plat de l'apprenti sorcier, peinant visiblement à croire qu'un bébé se cachait là-dedans.
Loki lui-même luttait encore pour digérer la nouvelle, et c'était lui qui se coltinait la réalité physique de la chose, s'il vous plaît.
C'était juste… le contraste entre son expérience passée et le présent.
Encore aujourd'hui, la conception de Vali et sa mise au monde se détachaient dans sa mémoire à la manière d'un cauchemar particulièrement vivace. Et comment aurait-il pu en être autrement, quand on songeait aux circonstances ? Le monde de Loki avait été pulvérisé sans merci, le contraignant à s'adapter ou à crever la bouche ouverte. Difficile d'accueillir joyeusement un bébé alors qu'on luttait pour se reconstruire soi-même – de s'occuper d'une autre personne quand la vôtre exigeait toute votre attention.
Maintenant, ce n'était pas du tout pareil, bien sûr. Il était pratiquement la concubine de Svadilfari, il jouissait d'une situation confortable et se trouvait entouré d'alliés dont il était certain. Cet enfant-ci naîtrait sous des auspices bien plus favorables, c'était garanti.
Il fallait juste que Loki partage son corps avec et le mette au monde.
Le sorcier brun pensait détenir une hypothèse sur la raison d'être du culte que beaucoup vouaient à la maternité. Tout bêtement, l'expérience était trop intime. Un enfant grandissant dans les entrailles de sa mère ne serait jamais aussi proche d'aucun autre, jamais il ne connaîtrait aussi intrinsèquement le rythme d'un autre cœur. Jamais il ne serait si parfaitement uni à autrui.
C'était un peu terrifiant, de penser que le minuscule têtard actuellement lové dans sa matrice allait ainsi l'habiter pour un an et demi. Que Loki deviendrait la maison d'un autre. Qu'il ne s'appartiendrait plus.
Terrifiant, et pourtant…
Pourtant Loki ne parvenait pas à avoir peur, surtout lorsque Vali se décida à surmonter son hésitation pour venir l'étreindre, plaquant sa bouche juste au-dessus du ventre. Pour dire deux simples mots.
Bonjour, bébé.
