Il fait trop lumineux.

C'est tout ce à quoi Loptr peut penser – tout ce sur quoi il peut se concentrer – pendant qu'il emboîte docilement le pas à Gerdr vers la salle du trône. C'est trop lumineux, et il sent ses globes oculaires larmoyer et crier grâce. Oui, c'est forcément la lumière. Ça ou les hormones de grossesse sont en train de se déchaîner dans sa physiologie.

Il refuse d'envisager une possible cause psychologique. De toute façon, à quoi bon ?

Quand leur trio pénètre à la suite de plusieurs autres courtisans et dignitaires sur les lieux de la cérémonie imminente, il se sent subitement très nu et vulnérable, malgré la robe à manches longues et le voile enroulé autour de ses cheveux. La soie, ça protège tellement moins que la cotte de mailles, après tout.

Au moins la loi d'Asgard interdit l'exécution immédiate d'une femme enceinte, le temps qu'elle accouche, songe-t-il mi-détaché mi-hystérique. Piètre consolation, et vraiment il devrait arrêter ce train de pensées avant de se laisser à une crise de nerfs devant le gratin des Neuf Royaumes. Non seulement ce serait une humiliation suprême, son plan capoterait de la belle manière.

Il doit y parvenir, car personne ne se retourne sur lui. Tous sont trop déterminés à deviser entre eux ou à fixer avec insistance le trône lui-même, là où le Père de Tout fera bientôt son apparition. Et bientôt, il la fait, dans le silence général.

Loptr garde les yeux par terre. Pas envie d'attirer l'attention sur lui. Pas envie de voir à quoi ressemble le Roi d'Asgard (le Menteur) depuis le temps.

Il y a un discours, bien entendu. Loptr n'en retient pas grand-chose, mais il peut distraitement compter les secondes dans sa tête. C'est pour bientôt.

Thor fait une entrée triomphale, et Lopr ne ressent rien à part un tourbillon de nausée dans son estomac. Le voir s'agenouiller devant le trône, commencer à prêter tel ou tel serment de défense ou de protection, c'est comme d'observer une pièce de théâtre – un artifice soigneusement répété au point de donner l'illusion du réel, mais au final ça reste du vent.

Et puis, le coup de théâtre.

Odin se raidit au beau milieu d'une phrase, et la salle toute entière tique devant la fausse note. Puis le Père de Tout crache trois mots.

« Géants des Glaces. »

C'est fait, alors, pense Loptr avec un détachement serein, alors que l'attention générale commence à se tourner vers l'ambassadeur d'Alfheim et son entourage. Ça ne dépend plus de lui, c'est hors de ses mains.

Il ne s'évanouit pas, mais sa vision se fait certainement noire alors qu'il s'écroule dans les bras de Gerdr.