Après cinq jours de réflexion, ainsi que de remous causés par la récente attaque contre Midgard, le Père de Tout se décida finalement à rédiger une lettre pour le marchand Svadilfari afin de déclarer qu'il s'entretiendrait sous peu avec l'elfe d'une affaire pour le moins délicate, sans nommer en quoi consistait l'affaire en question pour éviter la fuite de l'information. Un politicien ne saurait être trop prudent.

Thor ne savait pas trop s'il voulait qu'un messager indiscret jette un coup d'œil au contenu de la lettre et s'empresse d'aller clamer le secret sur tous les toits. Parfois, il s'imaginait cracher lui-même l'information, aller voir Fandral et Volstagg et leur confesser que Loki était né de Jotunheim et s'était sauvé sur Alfheim afin de jouer les concubines au lieu de n'être qu'un tas d'os blanchis enterrés dans une forêt obscure.

Ils seraient probablement choqués d'apprendre cela, et compatissants aussi. Thor imaginait leurs visages à l'instant de la révélation, seulement pour décider de ne rien dire au bout du compte. Pourquoi ? Il l'ignorait – rien n'avait jamais été simple ou bien défini dès que Loki entrait dans la danse, pourquoi pas cela également ?

Sa mère avait ri quand il s'était lamenté en ces termes – un rire qui sonnait comme des pleurs, alors qu'elle apprenait enfin le sort de son second fils, le bambin jotunn qu'elle avait recueilli et adoré en dépit de ne jamais l'avoir porté dans son corps.

(et elle a souri si largement quand Thor a mentionné les fillettes se cramponnant aux jupons de Loki, les enfants que Loki a dû aider à éduquer en dépit de ne pas les avoir mises au monde, n'est-ce pas amusant comme le fils tient de la mère malgré l'absence de parenté par le sang, est-ce qu'ils semblaient tenir beaucoup les uns aux autres, dis ?)

(Thor repense à la scène et déclare que là-dessus, pas de souci à se faire)

Quand le marchand elfique leur renvoya une réponse, celle-ci les informa que son Excellence l'Ambassadeur Frey se ferait une joie d'offrir sa maison pour l'entrevue. Après tout, une visite du Père de Tout se devait de passer par la plus haute autorité présente sur Alfheim, autrement les gens se mettraient à jaser et à soulever le chaos, et il y en avait déjà suffisamment comme cela dans les Neuf Mondes, ne trouvez-vous pas ?

La pique n'essayait même pas d'être subtile, mais elle n'en faisait pas moins mouche. L'entrevue aurait donc lieu sur le terrain déterminé par l'elfe, en présence d'un allié de l'elfe – rien de cela n'était en faveur de la famille royale d'Asgard.

Mais après tout, rien depuis le début n'était allé en faveur de la lignée d'Odin dans cette sordide affaire.