CHAPITRE 26 : EN TON ABSENCE
Samedi 14 janvier 1978
Après s'être séparée du vieux directeur, Sofia prit la direction de sa chambre, les idées occupées par les tenants et les aboutissants de sa nouvelle mission. Mais, quand Sofia poussa la porte de sa chambre, Sirius était en train de l'y attendre. Nu. Sur son lit. Rapidement, les mondanités russes quittèrent son esprit et elle n'hésita pas avant de retirer ses propres habits à la hâte pour l'y rejoindre.
Aucun mot ne fut prononcé et ils retrouvèrent le corps de l'autre avec un bonheur et une avidité évidente. Ils s'embrassèrent avec la même passion que lors de leur première nuit, de nombreux mois plus tôt. Leurs mains touchaient chacune des parties du corps de l'autre qu'ils parvenaient à atteindre. Sofia concentra ses efforts sur la nuque et la racine des cheveux de Sirius ; zones qu'elle savait particulièrement sensibles. Rapidement, les touchers se transformèrent en caresses et se concentrèrent sur les zones les plus érogènes.
Sirius, du bout des doigts, caressa la cicatrice qui barrait maintenant la cuisse de Sofia avant de se diriger vers son entrejambe. Les soupirs que cela tira à la jeune femme semblèrent le satisfaire tout autant que les caresses qu'elle s'appliquait elle-même à lui donner.
Rapidement, un sort de protection fut prononcé dans un chuchotement et ils s'unirent avec une lenteur caractéristique à l'amour. Les yeux dans les yeux, Sofia à califourchon sur Sirius, ils s'offrirent l'un à l'autre dans un moment de pure félicitée. La douceur qui accompagnait l'acte sexuel en lui-même était le plus notable. Un amour profond se dégageait de cet acte charnel.
Sirius souhaitait faire ressentir à Sofia tout l'amour qu'il lui portait et la peur qu'il avait eu de la perdre quelques jours plus tôt. Quant à elle, elle voulait s'assurer qu'il sache que ce n'était pas un amour à sens unique. Elle lui confierait décision de vie ou de mort sur sa personne, c'est d'ailleurs ce qu'elle avait fait en le désignant comme décisionnaire pour les situations d'urgence.
Cette étreinte montrait tout cela. L'amour, la passion, la peur de cette guerre, la communion et le respect qu'ils se montraient l'un à l'autre. Et c'est cette pensée qui fit atteindre la jouissance à Sofia qui se contracta dans un cri qui entraîna Sirius à sa suite avec quelques secondes d'écart.
Essoufflée et satisfaite, Sofia se laissa choir sur le lit aux côtés de Sirius. Il attrapa une mèche de ses cheveux blonds pour jouer pensivement avec tout en reprenant son souffle. Le moment fut néanmoins brisé dès que Sofia prit la parole :
— Je vais repartir.
Sirius se redressa immédiatement sur son coude, en alerte. Comment ça repartir ? Elle venait à peine de sortir de l'hôpital. On avait utilisé plusieurs centaines de sorts pour remettre sa jambe en état. La cicatrice qui barrait sa peau était encore rouge et gonflée malgré les sortilèges qui lui avaient été lancés. Il était absolument inconcevable qu'elle se remette en danger de la sorte tout de suite.
— Non.
Ce fut tout ce qu'il trouva à dire et il sentit son cœur se serrer d'angoisse lorsqu'elle lui jeta un regard désolé, mais déterminé.
— Pas pour la même chose. Ce sera beaucoup moins dangereux. Juste... désagréable.
— Mais pas sans risque… Sofia, tu viens à peine de te remettre ! Tu es sortie de l'hôpital hier. Le Médicomage qui t'a soigné a mis six heures à reconstituer ta jambe et c'était il y a tout juste trois jours ! Tu ne peux pas juste…
— Bien sûr que je peux !
Elle lui avait coupé la parole en haussant le ton avant de se radoucir pour continuer :
— Je peux et je dois le faire. S'il te plait Sirius, je n'ai pas envie de me disputer avec toi sur ce sujet. C'est important pour moi.
Sirius s'assit en tailleur dans le lit, ignorant complétement sa nudité et Sofia fit de même. Ils se faisaient désormais face et il lui caressa la joue en chuchotant :
— Ce qui est important pour moi, c'est toi. Je ne veux plus jamais être appelé dans le bureau de Dumbledore pour te trouver en sang en train d'agoniser sur son bureau.
— Je te promets que cela n'arrivera pas. Je reviendrai.
Il l'observa en long moment en silence et capitula une fois de plus. Il ne pouvait pas la retenir, il le savait. Aussi, il n'avait pas envie de passer leurs derniers instants ensemble avant son départ à se disputer avec elle.
Mardi 17 janvier 1978
Sirius se réveilla avec un étrange mélange de joie et d'angoisse. Angoisse car, aujourd'hui encore, Sofia était en train de risquer sa vie pour une cause qui lui tenait à cœur. Joie vu qu'aujourd'hui il avait dix-huit ans. Il était encore très tôt, ses amis dormaient encore, il entendait même Remus ronfler légèrement.
Il tenta de voir s'il avait reçu une lettre de Nox. Le petit hibou que Sofia avait adopté lui apportait parfois de ses nouvelles et, en ce jour spécial, il espérait quelque peu égoïstement qu'elle avait pensé à lui. Un cadeau n'était même pas ce qu'il attendait, il voulait juste une lettre. Lire quelques mots qu'elle aurait pris le temps de poser sur le papier pour lui. Une attention de sa part pour fêter ce jour spécial. Une preuve qu'elle allait bien.
Il s'approcha de la fenêtre, mais ne vit le petit hibou nulle part. Le pied de son lit était également vide de paquet ou de lettre. Rien. Il n'avait rien d'elle pour ce jour particulier. Un pincement au cœur le fit soupirer.
Il s'approcha à pas de loup du lit de James et écarta les rideaux. Son meilleur ami dormait à point fermé, emmêlé dans les draps bordeaux de son lit. Sirius le secoua légèrement et James ouvrit un œil vitreux :
— Quoi ? coassa-t-il
— Je peux dormir avec toi ?
Il poussa un grognement d'approbation et se décala pour lui laisser une petite place. Sirius se glissa sous les draps de son meilleur ami et fixa le revêtement de son baldaquin. Il sentait le corps de James contre son flan droit et cela le rassurait, comme toujours. Le jeune Potter ouvrit à nouveau un œil et chuchota :
— Joyeux anniversaire, vieux.
— Merci, chuchota Sirius en réponse.
— Pas de nouvelles ?
— Non, murmura-t-il un peu plus bas.
James ne dit rien de plus, mais attrapa la main de son meilleur ami pour la serrer. Certains auraient pu se moquer de ce comportement, mais les deux garçons n'en avaient rien à faire. Quand l'un d'eux avait besoin de l'autre, ils ne s'étaient jamais demandé de quoi ils avaient l'air. Ils étaient au-dessus de cela.
C'est ainsi que Sirius se rendormit pour les trois heures de sommeil qui lui manquait. La main de James serrée dans la sienne. Maigre tentative de lui apporter un semblant de soulagement quant à l'absence de Sofia.
James, comme les autres, n'avait jamais réellement demandé où elle s'absentait ni pourquoi, mais Sirius savait au fond de lui qu'ils en étaient tous arrivés à la même conclusion. Sofia faisait partie de l'Ordre qu'on leur avait eux-mêmes proposé de rejoindre, elle risquait sa vie pour eux, pour lui, pour l'Angleterre. Et lui se rongeait les sangs en attendant de passer ses ASPIC pour pouvoir partir à ses côtés.
C'est sur cette pensée qu'il s'endormit. Comme une promesse de toujours se tenir à ses côtés dans le futur.
OoOoO
Comme chaque année, Sirius reçut pléthore de cadeaux au fil de la journée. Ses amis lui offrirent un énorme assortiment de bonbons, Monsieur et Madame Potter une nouvelle robe de sorcier très élégante, même Lily lui offrit un roman moldu qui pourrait lui plaire à son avis. Une histoire d'orgueil et de préjugés. James en fut malade de jalousie.
Pourtant, il ne parvint pas à être aussi joyeux que d'habitude lors de cet évènement. Il attendit Nox, le petit hibou de Sofia, toute la journée, guettant la petite boule de plumes noires dans la Grande Salle et par les fenêtres du dortoir. Mais rien. Pas une trace. Pas une lettre. Pas un signe de vie.
Il pensa un instant aller se renseigner auprès de Dumbledore, mais ne put s'y résoudre. Cela paraissait quelque peu extrême et il avait peur de passer pour un enfant faisant un caprice le jour de son anniversaire, car il n'avait que trente-six cadeaux et non pas trente-sept comme l'année précédente. Ce n'était pas son genre.
À dix-neuf heures, de retour dans son dortoir suite au dîner et toujours sans nouvelle, il attaqua le roman moldu que Lily lui avait offert le matin. Confortablement installé dans un des fauteuils de la Salle Commune, enroulé dans une couverture en laine, il dévora les pages du roman en attendant des nouvelles.
James et Remus, souhaitant lui tenir compagnie, mais ne voulant pas le déranger, disputèrent à côté de lui quelques parties d'échecs version sorcier. Peter, un peu plus loin, lisait un roman policier moldu avec un air concentré. Il semblait proche de la fin, et donc du dénouement.
Lorsque minuit approcha, ses amis partirent se coucher après une dernière accolade pour fêter avec lui cette journée de célébration. Sirius resta sur son fauteuil, devant le feu qui s'éteignait petit à petit, dévorant ce roman moldu pour passer le temps (et parce qu'il était vraiment intéressant).
La nuit passa ainsi et l'aube pointa le bout de son nez, annonçant le dix-huit janvier et la journée du mercredi. Sirius sentit la boule d'angoisse qu'il construisait depuis la veille au matin tomber au fond de son estomac. Elle ne lui avait pas écrit le jour de son anniversaire.
Il se redressa de son fauteuil, détendit ses muscles raides, et se dirigea vers le dortoir pour prendre une douche avant le début des cours. Elle ne lui avait pas écrit.
— Pitié Merlin, faites qu'elle aille bien... fut tout ce qu'il parvint à penser.
Samedi 21 janvier 1978
Fabian et Gidéon arrivèrent dans la cheminée de l'appartement de Sofia, légèrement mal à l'aise. Certes, la jeune femme leur en avait autorisé l'accès à eux et au directeur pour l'échange d'information qui allait suivre, mais ils continuaient de trouver cela très intrusif.
L'appartement était propre dans l'ensemble et plutôt bien rangé. En attendant Dumbledore, ils parcoururent les lieux des yeux. Ils aperçurent quelques photos accrochées au mur, principalement de Sofia et de ses amis. Du linge qu'elle n'avait pas eu le temps de ranger avant son départ était plié sur la table. Le t-shirt sur le dessus semblait être un maillot de Quidditch de l'équipe de Gryffondor. Surement celui de son petit ami.
Gidéon s'approcha de la table qui trônait au centre de l'unique pièce du loft et s'y assit. Fabian le rejoignit, évitant soigneusement des yeux les culottes en coton propres et pliées à quelques centimètres de lui.
Heureusement pour lui, Dumbledore fit rapidement son apparition dans la cheminée de l'appartement et les salua d'une voix enjouée.
— Bonjour Messieurs, vous avez fait bon voyage ?
— Pas tellement. La Cheminette n'est jamais agréable sur un court trajet, mais rejoindre l'appartement de Sofia par le biais de son Manoir en Russie relève de la torture. Cela a duré deux bonnes heures, j'ai mal partout.
Gidéon, qui venait de prendre la parole, fit rouler ses épaules pour illustrer ses propos. Il était, tout comme son frère, courbaturé par cette épreuve et ne souhaitait pas la reproduire du tout. Le directeur hocha la tête d'un air entendu :
— C'est pourquoi nous préconisons toujours le portoloin pour ce genre de voyage. Le transplanage comme la Cheminette sont beaucoup plus adaptés aux courtes distances.
— À qui le dites-vous, grommela Fabian.
Dumbledore s'assit face à eux, envoyant le linge propre de Sofia se ranger de lui-même d'un simple coup de baguette. Les épaules de Fabian se détendirent visiblement. Débattre du futur du Monde Sorcier était beaucoup plus simple sans culotte en coton sous le nez. Même s'il s'agissait de culottes propres.
Rapidement, ils commencèrent à raconter à Dumbledore la semaine écoulée.
Dimanche 15 janvier 1978 - Flashback
Fabian et Sofia sont arrivés en Russie le matin, par la voie officielle. La belle-mère de Sofia, bien que surprise de la voir de retour, les a accueillis chaleureusement dans le Manoir familial, mettant tout ce dont ils avaient besoin à leur disposition. Sofia avait affirmé que ses rapports avec elle avaient toujours été cordiaux .
« Olga n'a jamais souhaité ou tenté de prendre la place de ma mère. Elle a toujours été d'une bienveillance à toute épreuve avec moi. Je pense que c'est pour ça que mon père l'a épousé. Aujourd'hui, elle gère l'entreprise à sa place et je touche environ trente pourcents des bénéfices qui s'y font grâce à mes parts d'entreprise. Je n'ai jamais trop compris comment ça marchait. » avait-elle expliqué à Fabian le premier soir.
La mission leur demandait de se faire passer pour un couple de jeunes fiancés. Bien que loin d'être dupe, la belle-mère de Sofia n'avait posé aucune question, si ce n'est de savoir s'ils souhaitaient faire chambre à part avant leurs noces. Sofia avait souri, clairement amusée, puisque sa belle-mère avait été une des premières à savoir qu'elle n'était plus vierge quand elle lui avait demandé de lui apprendre un sort contraceptif efficace à seize ans. Mais cela avait été convenu. Sofia avait dormi dans sa chambre d'enfant et Fabian dans l'une des chambres d'invités du même couloir.
Plus tard dans la nuit, Gidéon était arrivé en catimini après un long trajet en Cheminette. Il fut surpris de constater qu'une deuxième chambre d'invités avait été préparé en toute hâte par les Elfes à la demande de la maîtresse des lieux. Sofia avait simplement haussé les épaules. Sa belle-mère avait toujours tout su en avance et elle savait qu'il s'agissait d'une personne de confiance.
Lundi 16 janvier 1978 - Flashback
Le lendemain, ils étaient tous les trois descendu déjeuner comme si de rien n'était. Sofia avait précisé à sa belle-mère que Gidéon souhaitait rester discret et qu'il ne devait pas être vu en dehors du manoir et Olga avait juste promis de garder le silence, sans poser aucune question.
Les choses sérieuses avaient commencé lorsque Sofia lui avait demandé quelles étaient les réceptions prévues dans la semaine à venir. Une avait lieu le soir même dans une des salles de bal du Ministère avec les grandes pompes sorcières de Russie. Un bal caritatif dédié à un orphelinat de Moscou accueillant des jeunes sorciers. Bien qu'elle n'ait aucune invitation, Sofia doutait qu'on lui en refuse l'entrée, surtout si elle y allait accompagnée d'Olga. Un deuxième bal avait lieu le jeudi, organisé par une vieille famille aristocratique russe. Mais chaque chose en son temps.
Ils passèrent la journée à se coordonner pour la soirée. Gidéon irait sous polynectar, au bras d'Olga pour pouvoir entrer avant de se fondre dans la foule des serveurs pour laisser traîner ses oreilles. Fabian et Sofia iraient quant à eux sous leurs identités officielles, en tentant de démêler le climat politique de l'aristocratie russe et les possibles alliances qui pourraient se créer ou s'être créées avec Voldemort.
La soirée avait été riche en rebondissement (et en plainte de Sofia obligée de porter une robe ET des talons). Plusieurs vieux sorciers de la salle s'étaient montrés très loquaces devant Sofia, la félicitant d'avoir choisi un sorcier de Sang-Pur pour ne pas souiller sa si célèbre lignée. En jouant les ingénues, elle réussit même à obtenir quelques autres noms de personnes susceptibles de l'aider à se constituer « un cercle social digne de son ascendance ». Gidéon, de son côté, parvint à repérer quelques familles semblant particulièrement opposées aux idées puritaines de Voldemort qui pourraient constituer des alliées de choix pour l'Ordre.
Mardi 17 janvier 1978 - Flashback
Sofia se réveilla avec un pincement au cœur en réalisant qu'elle ne pourrait pas contacter Sirius le jour de son anniversaire. Son courrier, s'il était intercepté, pourrait mettre en péril sa couverture avec Fabian. Elle se contenta donc de lui adresser tout son amour par pensée, suppliant Merlin pour que le jeune homme ne s'angoisse pas trop face à son silence.
Ils ne chômèrent pas durant la journée. Gidéon flâna à Moscou, allant de bar sorcier en bar sorcier et se mêlant aux conversations qui pouvaient être intéressantes. Fabian et Sofia enchainèrent les évènements sociaux dans les cercles découverts la veille pour s'assurer de trouver tous les noms des possibles partisans de Voldemort. Ils déjeunèrent en compagnie d'un couple de vieux sorciers dans un restaurant luxueux, ces derniers ne cessant de répéter à Sofia qu'elle était le portrait craché de son père. Puis, ils se rendirent chez un autre couple pour visiter leurs jardins, comme cela leur avait été proposé la veille. Enfin, ils dinèrent chez une veuve presque aussi vieille que Dumbledore qui ne cessa de les appeler Sophie et Fabrice, du fait de ses origines françaises.
Encore une fois, ce fut une journée riche en apprentissage. Le fait que la guerre soit encore loin des portes de la Russie permettait à chacun d'exprimer plutôt librement ses idées, sans prendre de précautions véritables. Deux clans se distinguaient clairement entre les Pro-Sang-Pur et les autres. Fabian et Sofia avaient brillamment infiltré le premier tandis que Gidéon mettait toute son énergie dans le second.
Mercredi 18 janvier 1978 - Flashback
Sofia fut approchée par le couple de sorciers avec qui elle avait déjeuné la veille alors que Gidéon et Fabian étaient occupés à trier toutes les informations et à les consigner pour tout transmettre à l'Ordre à leur retour en Angleterre. Les deux sorciers, très conservateurs, souhaitaient lui faire savoir que son futur mari était quelqu'un de très progressiste dans son pays.
« La famille Prewett est connue comme une famille aux basses mœurs et comme des sympathisants pour les moldus, certains d'entre eux en ont même épousé. Nous voudrions vous éviter une déconvenue une fois le mariage prononcé... Peut-être pourriez-vous rencontrer notre neveu ? C'est un jeune homme tout à fait respectable d'à peine trente-six ans. La pureté de son sang et de ses idées est assurée ! »
Le fait que la couverture de Fabian soit compromise compliquait les choses. Sofia, habituée aux rouages de l'aristocratie, prétexta avoir besoin de temps pour se remettre de cette déconvenue puis retrouva les garçons pour discuter de la conduite à tenir.
Ils furent tous les trois unanimes : une rupture publique entre eux était nécessaire pour consolider la position de Sofia en Russie. Pour autant, elle n'allait pas rencontrer le prétendant proposé, prétextant un besoin de solitude pour quelque temps.
« Mon âge et mon statut devraient m'assurer un minimum de tranquillité de ce côté. Quelques flatteries vont être tentées, mais rien que je ne sache pas repousser poliment depuis mes treize ans. » assura-t-elle.
Les choses furent convenues. Ils rompraient le jeudi soir, lors du bal, en s'isolant, mais pas suffisamment pour que leurs éclats de voix ne portent pas. Puis, Fabian et Gidéon rentreraient en Angleterre remettre un premier rapport à Dumbledore le samedi. Un courrier lui fut envoyé avec le hibou d'Olga : « RDV app. de S. le 24, heure du déj. ».
Jeudi 19 janvier 1978 - Flashback
La rupture fut fracassante et digne des meilleurs romans romantiques. Ils sortirent dans le jardin, mais s'assurèrent d'être à proximité d'une fenêtre ouverte pour permettre à tous d'entendre ce qu'ils se disaient. Sofia réussit même à verser des larmes suite à la "trahison" de son fiancé. Fabian, clairement amusé de jouer cette mascarade, affirma qu'il avait besoin de sa dot pour permettre à sa sœur, Molly, d'élever tous ses neveux. Sofia retint difficilement un éclat de rire à cette remarque en le dissimulant dans un sanglot étranglé. En entendant les exclamations de surprise et d'indignation étouffées qui virent de l'intérieur, ils surent qu'ils avaient bien joué la comédie.
Fabian quitta le bal aussitôt et Sofia s'y attarda, image parfaite de la jeune femme qui tente de faire bonne figure après une humiliation. Elle supporta les faux vœux de soutien de la plupart des personnes présentes, qui lui proposèrent aussitôt de rencontrer certains de leurs proches.
« Un garçon très bien, une lignée sûre, vraiment. Il serait ravi d'avoir à son bras une aussi jolie fille que vous, Mademoiselle Petrov. »
Sofia souriait, repoussant d'une voix tremblotante les avances en prétextant qu'il était "trop tôt" et qu'elle avait besoin de temps suite à la rupture de ses fiançailles.
Vendredi 20 janvier 1978 - Flashback
Sofia ne fit aucune apparition publique le vendredi. Elle se contenta de classer et d'ordonner toutes les informations recueillies en prévision de la transmission à l'Ordre. Gidéon et Fabian partaient pour l'Angleterre le lendemain et devrait transmettre ces documents à Dumbledore. Ils en possédaient chacun une partie, codée par eux-trois, afin que si l'un d'eux était pris, les informations ne soient pas divulguées. Il y avait peu de chance que cela arrive et les informations n'étaient pas non plus très compromettantes, mais on n'était jamais trop prudent.
Sofia en profita également pour écrire une lettre à destination de Sirius qu'elle confia aux jumeaux avec un petit paquet pour son cadeau d'anniversaire. Ce n'était rien de sensationnel, mais elle savait que le jeune homme devait être inquiet et que rien que le fait d'avoir de ses nouvelles devrait lui faire plaisir. Elle aurait tout le temps de se rattraper pour la Saint-Valentin.
Retour au temps présent.
Gidéon et Fabian déposèrent sur la table les deux parties des informations qu'ils avaient réussi à réunir.
— Voilà tout ce que nous avons découvert. Sofia a prévu de continuer à sociabiliser pour essayer d'en apprendre plus. Nous soupçonnons que certains financent les actions de Vous-Savez-Qui, cependant nous n'en avons aucune preuve. Elle va essayer de chercher de ce côté.
Dumbledore acquiesça et les félicita aussitôt :
— Bien que je ne sois pas ravi de savoir Miss Petrov seule dans ce bourbier, je suis vraiment impressionné par la quantité d'information que vous avez réussi à glaner durant cette semaine. Les alliés que nous nous sommes peut-être découverts seront sans nul doute d'un grand secours, à commencer par Mrs Petrov, la belle-mère de Sofia.
Les discussions continuèrent un instant, les jumeaux répondant aux diverses questions du directeur. Ils tentèrent de déterminer les familles les plus susceptibles de les aider et celles étant le plus à surveiller. Quand l'après-midi toucha à sa fin, Dumbledore s'appuya contre le dossier de sa chaise et déclara :
— Assez travaillé pour aujourd'hui. Allez prendre du repos.
Les jumeaux acquiescèrent, épuisés l'un comme l'autre. Néanmoins, juste avant de disparaître dans la cheminée, Fabian se rappela sa dernière mission et tendit à Dumbledore une petite boîte accompagnée d'une lettre.
— Un présent pour M. Black, Sofia n'osait pas lui écrire de peur que son courrier soit lu et que notre couverture s'effondre.
Dumbledore sourit d'un air amusé, toujours heureux de voir l'amour fleurir malgré la guerre et promit de transmettre le message.
OoOoO
Sirius sortit du bureau du directeur ce soir-là avec un immense sourire et un soulagement certain. Il n'avait pas encore ouvert le petit paquet que Sofia lui avait fait parvenir, mais avait dévoré la lettre qui y était jointe. Elle lui donnait de ses nouvelles, sans entrer dans les détails, et lui souhaitait un joyeux anniversaire en retard. La lettre se terminait sur une promesse de Saint-Valentin à deux. Et cela suffit à faire oublier au jeune-homme toutes ses angoisses des derniers jours. Tant qu'elle allait bien, tout allait bien.
Avant de rejoindre le dortoir et ses amis, il prit le temps d'ouvrir le paquet que Sofia lui avait offert. Il s'agissait d'un simple porte-clé, certainement moldu, représentant la capitale russe sous forme de plan. Il était d'une simplicité à toute épreuve. Sirius y accrocha malgré tout la clé de l'appartement de Sofia qu'elle lui avait offert à noël. Machinalement, il fit tourner le porte-clé dans ses mains et y remarqua une petite inscription : "Toi et moi, contre le reste du Monde".
La vague de chaleur qui déferla dans son cœur lui fit un drôle d'effet. Il était toujours impressionné de voir avec quelle facilité elle les mettait sens dessus dessous, lui et ses émotions.
