Merci à tous, voilà le deuxième chapitre ! Qu'il vous plaise autant que le premier, est un de mes plus chers souhaits…
Et si, Chapitre 2 : Voilons-nous la face !
Quelques heures plus tard, dans la nuit de mercredi à jeudi…
Lorsque Levy rentra ce soir, elle eut envie de balancer toutes ses affaires et l'énorme sac qu'elle trimbalait sur le sol ou dans la poubelle de la cuisine.
L'air supérieur que ce petit con de géant avait affiché quand elle lui avait gentiment remis les documents qu'elle avait passé TOUTE la soirée à trier, comme il lui avait demandé de le faire, donnait de profondes pulsions meurtrières à sa louve intérieure. Pour qui il se prenait, hein !? Elle voulait seulement l'aider, être sympas et comment est-ce qu'il se permettait de la traiter ?
Un grognement énervé sortit de sa gorge et elle mordit dans son écharpe pour tenter d'étouffer le son. Les dernières paroles qu'il lui avait adressé résonnaient encore dans sa tête :
« T'es vraiment minuscule comme crevette. Essaye de pas t'étouffer sous les dossiers que je t'ai filé, ça m'emmerderait d'avoir à tout réunir de nouveau. »
Pas même un merci ou un bonsoir, juste ces paroles malpolies et monsieur mettait son casque de moto pour la laisser seule, devant la maison de la meute, en pleine nuit, sans même lui proposait de la raccompagner, alors qu'il devait savoir qu'elle vivait à l'autre bout de la ville et que les bus ne marchaient plus à cette heure ! C'était un personnage bien détestable que son Alpha lui obligeait à fréquenter.
La louve au fond d'elle se réveilla et commença à lui souffler des idées de vengeance pendant qu'elle rangeait ses affaires et se préparait à manger. 'Arrache lui les oreilles…' pensa-t-elle en ramassant ses chaussures, 'Prend une chose lourde et envois la lui au visage…' Levy s'assit en attendant que son micro-onde réchauffe ses restes de pâtes, 'Sors tes griffes et déchires ces bouts de tissu…' la jeune fille prit sa fourchette et la planta dans son assiette, 'Plante tes crocs dans sa gorge…' un peu de sauce tomba sur son jean et elle essaya de l'essuyer sans faire de comparaison avec du sang, 'Lèche le…' une quinte de toux la surprit en plein milieu de son repas.
Quoi ? Lèche-le ?
Une fois sa toux calmée, la vision de ses pâtes bolognaises ne lui parut plus si appétissante que ça. Sa louve était encore une énigme pour elle. Contrairement aux autres loups-garous -elle grimaça en pensant à ce nom ridicule-, elle s'était vite rendue compte que le loup à l'intérieur d'elle… n'était pas une partie d'elle. Aucun fragment de son esprit ne s'était transformé en monstre et aucun changement dans son âme ne s'était opéré. La louve qui était au fond d'elle était un être à part entière. Une chose qui avait ses désirs et ses pensées tout comme elle, et avec qui elle partageait simplement son corps.
Et étrangement ça l'avait rassuré de découvrir que ce n'était pas elle qui avait changé, mais que c'était seulement une présence, une conscience, qui s'était rajouté à elle. En même temps qu'elle avait acquis une capacité de métamorphose en une sorte d'immense loup et une augmentation de ses sens, ses réflexes, sa force, son immunité et une folle capacité/rapidité de régénération, elle avait acquis une compagne de route dans sa vie. La plupart du temps sa louve ne se manifestait même pas et quand elle essayait de lui communiquer quelque chose c'était surtout par des émotions et rarement par des phrases construites.
Quand Levy se sentait triste en repensant à son passé, la louve compatissait et l'orientait vers le présent pour qu'elle passe à autre chose. Quand elle ressentait de l'agacement ou un peu de colère, la louve en éprouvait aussi, ainsi qu'une grande inclinaison à la violence. Et quand la jeune fille ressentait de la peur, sa partie loup était prête à tout instant à prendre la relève pour combattre ceux ou celle qui les terrorisait. La louve était simple. Elle ne se prenait pas la tête. Elle suivait son instinct et pensait dans l'instant. Contrairement à l'humaine…
Il y avait également un autre fait étrange qu'elle avait remarqué, mais ça Léo n'avait pas voulu lui expliquer. 'Trop tôt' qu'il disait. Quand elle rentrait dans une pièce avec des loups dominants, ces derniers semblaient… se calmer. Et elle ne savait toujours pas si c'était dut à sa louve qui semblait particulièrement douce de caractère (comparé à d'autre), à sa condition d'humaine riquiqui et faiblarde qui réveillait les instincts protecteurs des autres ou… ou parce qu'elle n'était ni totalement dominante ni totalement soumise.
Et au fond d'elle ça la travaillait. Pourquoi ne pouvait-elle jamais être comme tout le monde ? Elle se savait pas dominante du tout, mais en même temps… elle n'avait pas l'instinct d'une louve soumise. Elle ne baissait pas instinctivement les yeux face à un loup dominant énervé, elle le faisait car elle avait appris avec l'expérience que ça les calmait mieux. Même Mira avait remarqué ce fait : elle n'était pas une louve soumise, elle avait appris à le devenir.
Enfin… ça ne dérangeait pas tant l'humaine que ça. Elle n'avait que des contacts limités avec les autres membres de la meute, et puis la louve et elle s'entendait bien la majeure partie du temps.
La louve sentait ce que Levy éprouvait réellement au fond d'elle et ne s'encombrait pas la tête en pensant au reste. Les circonstances, le lieu, le moment, la personne, ça elle s'en foutait pas mal. Les pensées de sa partie animale était un excellent indicateur de ce à quoi Levy pensait ou éprouvait vraiment.
Alors lorsque la louve lui avait suggérer de le lécher… Et bien ça ne plut pas à la jeune fille. Les images et les sensations que lui transmettaient sa partie louve ne lui plaisait même pas du tout. Les images violentes et sanglantes, ainsi que ses pensées animales et brutes qui peuplaient sa tête, elle s'y était faite. Elle ne pouvait pas avoir que les avantages du loup sans en avoir les inconvénients. Et même si ça la dégoûtait de saliver lorsqu'elle sentait une odeur de sang frais d'humain… et bien elle avait réussi à s'y faire.
Mais cette image, celle d'un homme grand, séduisant, aux cheveux noirs, long et emmêlés… torse nu… sexy… et appétissant… Ça ne lui plaisait pas. Surtout si c'était lui.
Avec un soupir de dépit, elle rangea ses restes au frigo et sortit un paquet de steak haché. Elle les regarda longuement en hésitant. Allait-elle les faire cuir ? Ou attendre de les décongeler pour les manger crues ?
Le petit grognement de son ventre la décida. Cuits. Après tout quand elle était humaine, elle adorait ça.
Quand elle était rentrée toute seule dans son appartement pour la première fois depuis plusieurs jours -jours qu'elle avait passé encore traumatisé de sa première transformation, dans la maison de la meute…- elle avait essayé de se faire des lasagnes végétariennes, un de ses plats préférés. Elle avait suivi l'entière recette, son esprit se demandant si ce qui se passait actuellement dans sa vie était réellement réel, et sans s'en rendre compte, elle avait fini au sol, au pied de son frigo, à mâchouiller des steaks hachés froids. La portion de lasagnes aux légumes qu'elle s'était servie était froide depuis longtemps, et les douze steaks de son congélateur avait disparu. Elle avait compris à ce moment-là que certains changements devaient s'opérer dans son existence paisible d'étudiante en langues anciennes.
Déjà son travail. Alors qu'avant elle bossait à mi-temps dans un fast-food pour se payer son studio, elle avait dut changer de travail car l'odeur répugnante de l'huile et des mauvais aliments lui donnaient le tournis. Avec un petit coup de piston, Makaroff lui avait trouvé une place dans une petite librairie qu'un parent d'un membre de la meute gérait. Ensuite elle avait dut faire un gros changement dans son budget de viande. La moitié de ses achats était des achats de viande. Elle aimait toujours les fruits, les légumes, les céréales et autres sucreries humaines, mais lorsqu'elle avait vraiment faim elle ne pensait qu'à de la viande fraichement abattue. Et enfin elle avait une énergie prodigieuse qu'elle devait dépenser chaque jour, surtout les jours entourant la pleine lune. Elle devenait parfois une vraie pile électrique et éprouvait le besoin de courir plusieurs heures pour se calmer. Elle allait et venait à ses cours de langues anciennes à la fac en courant, prenant le bus juste une station plus tôt pour que ses camarades ne se posent pas trop de questions.
La partie la plus facile à aborder avait été en fait ses proches. Ou plutôt sa seule famille proche : sa Grand-tante Blanche Polyussica et l'oncle Makaroff, un vieil ami de ses parents, morts depuis longtemps. La première, elle ne vivait plus avec elle depuis qu'elle était rentré à la fac, et conserver les apparences en lui téléphonant deux fois par semaines, comme avant, avait été très facile. Quant au second… et bien oncle Makaroff était le grand-père de Luxus le second dans la hiérarchie de la meute. C'était grâce à lui, qui avait directement compris ce qui se passait en découvrant la jeune fille nue, couverte de boue et en larme dans son appartement, avec la fenêtre cassée, que l'intégration et la prise en charge de la jeune fille dans la meute c'était si bien passé. Levy n'osait pas imaginer ce qui se serait passé si elle n'avait pas eu la chance de connaître quelqu'un qui connaissait l'existence des loups-garous. Elle ne se serait jamais pardonner si…
Stop. Regardant la demi-douzaine de steaks empilés sur son assiette, elle alluma son ordinateur pour obliger son cerveau à ne plus penser à des choses qui n'ont jamais eu lieu et qui ne pourrait plus jamais avoir lieu.
Elle jeta un coup d'œil à l'heure, 1h43 du matin. Il lui avait fallu une vingtaine de minute pour rentrer seulement. Elle courait de plus en plus vite. Avant, quand elle était humaine, pour la même distance, elle aurait mis entre une et deux heures pour le même trajet à pied. Comme quoi, il y avait du bon et du moins bon dans chaque Changement.
Elle cliqua dans la barre de recherche et réfléchit à quoi chercher en grignotant sa nourriture.
Le dossier que lui avait remis le géant-méchant était un ensemble de plusieurs endroits où José pouvait se cacher. Il y avait des annonces immobilières de grand luxe, des maisons abandonnées et délabrées, des cabanes ou des ranchs perdues au milieu de nulle part et même l'adresse d'un mec qui faisait louer des bunkers. Il y avait une bonne centaine de lieux possibles, qui avait toujours les mêmes critères : très luxueux, éloigné des humains, proche d'une zone naturelle et loin des grandes villes. En cherchant plus attentivement elle s'était même rendue compte que c'était la société 'Lords&compagny' -qui vendait des meubles et des biens immobiliers- qui possédait tous ces lieux. Une compagnie qui appartenait peut-être à José ?
De nouveau elle s'était rendue compte que finalement son partenaire n'était pas un imbécile profond et qu'il avait fait un travail sérieux quoique désordonné. Il avait visité et flairé chaque lieu proche de Magnolia, mais ça ne représentait malheureusement que 10 % des lieux possibles. Il lui fallait encore réduire son champ de recherches, et c'était peut-être là qu'elle devrait intervenir.
Comment, de nos jours, les flics retrouvaient les gens recherchés ?
Sa première pensée alla aux cartes bancaires. De nos jours, tout se faisait par la banque, de l'achat d'une brique de lait à la vente de sa maison. Mais comment dégoter les informations qui permettraient de le retrouver sans se faire prendre par les humains ? Ça, déjà, c'était plus difficile. Il faudrait quelqu'un qui travaille dans la banque en question ou un hacker. Et elle ne connaissait ni l'un ni l'autre. De plus, la jeune fille soupçonnait qu'il avait déjà tenté cette piste. Au final, c'était les moyens humains les plus facile d'accès, en deux mois il avait dut tout tenter de ce côté. Electronique, internet, GPS, demander aux gens directement dans la rue avec des photos ou tenter d'accéder aux archives de police en piratant un ordinateur… toutes les méthodes y étaient passés sans doute.
Il ne restait plus que… les moyens magiques.
La magie… Une… chose ? Une matière ? Un truc ? incompréhensible. Mais fascinant. Elle savait que ce n'était pas quelque chose qu'il fallait comprendre, mais ressentir. Léo lui avait expliqué que même les loups utilisaient la magie de meute et que sans elle, ils se seraient tous fait repérer et exterminer par les humains depuis longtemps. Cette magie de meute, d'après le jeune homme, permet de faire en sorte que les humains n'accordent pas d'importance à ce qu'ils voient, un loup-garou pourrait passer à côté d'eux qu'ils ne verraient seulement qu'un gros chien poilu. Pour ne citer qu'un exemple.
Mais à sa connaissance, les loups ne possédaient pas de système de détection d'individus, si on ne comptait pas l'incroyable flair qu'ils avaient.
En parlant de flair… Comment se faisait-il qu'aucune piste olfactive ne se fût révélée ? Son instinct lui disait que ce n'était pas du tout la faute de Gajeel, que l'homme devait être extrêmement doué au contraire, et que ce n'était pas normal qu'il n'ait rien trouvé. Ce dernier point la dérangeait vraiment. Ce n'était pas possible de ne pas laisser d'odeur… à moins que…
Elle finit ses steaks en soupirant. Elle n'avait aucune piste. A part celle de la magie.
Mais le géant avait pourtant totalement laissé de côté ce point-là. Peut-être qu'il était convaincu que la magie n'avait rien à voir à dedans ? Après tout, la magie avait une odeur et il n'en avait pas du tout senti ? Il connaissait bien José, peut-être que celui-ci n'avait jamais employé de magie dans toutes ses magouilles ? Dans ce cas, il ne serait pas sot de considérer le fait que la magie n'avait pas servi sa disparition. Ou peut-être que Gajeel ne lui faisait pas assez confiance pour lui confier tout son travail ? Ça ne l'étonnerait pas vraiment, vu l'entêtement et la mesquinerie de cet homme.
De toute façon elle était fatiguée. Elle en avait assez fait pour aujourd'hui, son cerveau était à deux doigts d'exploser. Demain, elle avait cour le matin, et l'après-midi elle devait tenir la librairie, une bonne journée bien remplie. Et il ne lui restait que… 4h de sommeil à peine !?
Grommelant contre l'injuste monde qui la privait sans cesse de sommeil, elle finit de rédiger ses petites notes sur de nouvelles feuilles puis s'écroula de fatigue dans son lit, ne rêvant ni de l'échéance qui approchait, ni du grand brun mal élevé…
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Un jour plus tard, dans la nuit de jeudi…
Il avait peu dormi. Il n'avait pas le temps de dormir. Ni la capacité en fait.
Une autre journée venait de s'achever -il était plus de deux heures du matin maintenant- et le sentiment d'urgence qui ne le quittait plus, ne fit que s'agrandir.
Ça faisait plusieurs mois qu'il avait disparu. Et Gajeel commençait à regretter amèrement de ne pas s'être mis à sa traque tout de suite. S'il s'y était mis tout de suite, il y a une dizaine de mois, peut-être que le problème serait déjà réglé. S'il n'avait pas fuis la ville comme un lâche pour se réfugier dans un cimetière de bagnoles, peut-être que toutes ces emmerdes ne seraient pas arrivée. Peut-être qu'il aurait déjà fait amende honorable de ses conneries. Peut-être que ce sentiment qui vibrait dans sa tête et lui tordait l'estomac ne serait pas là.
La culpabilité. Ridicule.
Son loup interne grogna et il se releva du lit. Ça ne servait à rien de rester coucher. Il avait passé toute la journée du jeudi à repenser à la gamine Crevette sans réussir à se concentrer sur ses recherches, il savait parfaitement que maintenant il n'arriverait pas à dormir avant un bon bout de temps.
C'était fou le fait qu'il ait réussi à oublier son existence. Pendant 11 mois elle était sortie de sa tête, et la seule chose qui le hantait réellement était la tension et la colère constante dans son esprit… Une rage insatiable qu'il avait dirigé contre José. C'était son unique préoccupation depuis 2 mois… Et là, pouf. Elle lui avait tapoté le bras, avait soutenu son regard et il s'était rappelé d'elle.
Et elle l'empêchait de dormir.
Un petit 'connasse' hantait ses lèvres, mais il savait qu'elle ne le méritait pas. C'était de sa faute à lui. C'était la faute à la culpabilité qui le rongeait enfin et à son monstre intérieur qui avait provoqué cette situation.
Gajeel quitta ses draps et commença à s'habiller. S'il n'arrivait pas à dormir, autant ne pas perdre de temps et partir une énième fois en chasse. Avec un peu de chance il réussirait à trouver un micro-indice…
En sentant l'air frais de la nuit et le calme assourdissant de la ville, un petit sourire pointa le bout de son nez. Il préférait le monde ainsi. Calme, froid et obscure. Un monde où les prédateurs comme lui maîtrisaient leur environnement et où les proies -les humains fragiles- se cachaient dans leurs habitations, bien à l'abris. Loin de la violence et des choses qu'ils ne pourraient jamais combattre. Loin des cauchemars de la nuit.
Il commença à trottiner en prenant le chemin qu'il avait pris mainte et mainte fois par le passé, et se dirigea vers l'ancienne maison de meute de son ennemi. Pendant un peu plus de 4 ans il avait prit cette route à n'importe quelle heure de la journée, à n'importe quel moment, dès que son boss l'appelait, le loup n'avait qu'une quinzaine de minutes pour se rendre sur place et accomplir ses missions.
Ses missions étaient variables. Allez terroriser des humains récalcitrants ou gênants. Aller chercher l'argent que certains d'entre eux refusaient de payer. Enterrer ou se débarrasser d'un cadavre ou d'un suspect. Ou juste d'une personne ayant déplut au maître. Parfois il devait juste se pointer, se taire et prendre un air menaçant derrière son maître pendant que ce dernier menait des négociations dont Gajeel n'avait eu jamais rien à foutre. Il ne voulait pas penser, il ne voulait pas réfléchir. Il avait enfin une meute, un endroit où il n'avait pas besoin d'être seul. Alors si foutre trois coups de poing et émettre un ptit grognement l'aider à se faire accepter… et bien la nature l'avait parfaitement bâtie pour. Il était une masse de muscle et de menace au naturel.
Lorsque José avait commencé à devenir plus ambitieux, à vouloir agrandir son territoire, ça avait semblé normal pour tout le monde. Un Alpha dominant était censé vouloir apporter ce qu'il y a de mieux à sa meute, à viser toujours plus grand et à être de plus en plus fort et brute. Car s'il faiblissait ne serait-ce qu'une seconde, son statut serait remis en question par un loup plus dominant. C'était dans leur nature bestiale après tout.
Toute la meute respectait ou au moins craignait le maître. Et ceux qui remettaient en doute sa parole ou sa force se faisait écraser sans hésitation. Ça avait terriblement servi à renforcer l'aura ténébreuse autour de José, alors que ce dernier puait de plus en plus le dérangement mental… A la fin de son ascension toute la meute tremblait devant lui.
Même lui, Gajeel, celui qui ne cherchait pas à lier plus de contact avec sa meute, sentait le stress et le dérangement dans les liens de meute. Cette dernière était malade. Les liens magiques tiraillaient leurs cerveaux à tous, et leur maître les empoisonnait lentement de sa gangrène. Ils avaient tous été terrifiés. Petit à petit, la maladie s'était installée en eux et comme aucun n'avait osé se révolter… le brun avait suivis le mouvement en courbant l'échine.
Puis la folie avait enfin atteint entièrement José. Il avait décidé que le monde entier devait être à lui, et pour commencer Magnolia. Et qu'il devait donc détruire ce vieux Makaroff et sa dégénérescence de meute, et qu'ensuite il devrait faire plier les humains devant lui.
Là où était son erreur, la seule qui avait fait totalement capoter tout son plan aussi vite, était qu'il s'était mis à créer de nouveaux loups dans une frénésie effrayante. Il voulait beaucoup de soldats, très vite. Et beaucoup de soldats voulait dire beaucoup de perte. Car pour un loup formé, neuf humains mourraient… ce chiffre était encore plus effrayant pour les femmes, où seul 2-3% d'entre elles parvenaient à finir la transformation.
Le nombre croissant de disparition avait inquiété les autorités humaines, puis avait inquiété les meutes environnantes qui s'étaient vite rendus compte du problème. Leur intervention a été… sanglante. Un vieux proverbe disait d'ailleurs que les soucis des loups ne se réglaient que dans le sang… Quoi de mieux qu'une tâche de sang pour en cacher une autre après tout ?
Alors lorsque le maître avait envoyé Gajeel terroriser une humaine proche du clan ennemi, ce dernier avait sauté sur l'occasion pour s'éloigner de la maison de meute bourdonnante d'activité et surtout de la nouvelle 'acquisition' immobilière qui sentait beaucoup trop le sang à son goût… La tâche était simple. Habituelle.
Lorsqu'il était arrivé devant l'immeuble de sa victime, sweat noir et capuche remontée, il trouva l'endroit minable. Le bâtiment était délabré et le quartier relativement peu sur. Tant mieux s'était-il dit, une agression dans un endroit pareil sera beaucoup moins suspecte pour la police humaine. Mais lorsqu'il monta à l'étage, franchissant très facilement les portes car les serrures ou les codes étaient cassés, les ampoules brisées lui donnèrent envie de grogner. Comment une jeune fille pouvait accepter d'aller vivre dans un tel taudis !? Et ces odeurs… il pouvait, rien qu'en reniflant un peu, affirmer qu'il y a eu un pisseur bourré qui avait confondu les toilettes et les murs du bâtiment, qu'un couple avait forniqué dans l'escalier même la semaine dernière et qu'il y a trois ans un type a été tué dans le local à poubelle. L'endroit était donc craignos au possible…
Son loup rugit à l'intérieur de lui. Il n'aimait pas quand Gajeel commençait à trop réfléchir. Le sang, on lui avait réclamé un peu de sang, l'Alpha avait réclamé que le sang d'une humaine insignifiante coule un peu. Il allait accomplir ce qu'on lui avait ordonné car c'était dans sa nature. Car le monstre aimait ça. Car la gamine n'avait même pas besoin de mourir. Il devait juste y avoir une intimidation pour faire paniquer la meute de Makaroff, pour qu'ils agissent vite et déraisonnablement. Pour qu'ils fassent une erreur.
Il avait été devant la porte. La porte à la gamine crevette. Il avait vu une photo d'elle, teinture bleue, grand sourire et grands yeux innocents. Une jeune adulte banale… Une proie si facile… Son loup-monstre s'était régalé d'avance en imaginant le goût de sa chair, lui avait hésité quelques secondes. De la musique était en train de s'échapper de l'appartement, la gamine était en train de chantonner des mots incompréhensibles. L'innocence incarné. Qu'il allait briser. Même les plus cruels prédateurs avaient parfois besoin de quelques secondes pour se sentir capable d'accomplir des atrocités, ou en tout cas leur partie humaine.
Mais il avait hésité pendant quelques secondes. D'infimes secondes qui ont changés l'issue de leur rencontre. Son portable avait vibré. Un message de José.
'Plus besoin d'intimidation, ramène la fille à la cabane. Dépêche-toi.'
La cabane. Ce qui avait été la récente acquisition immobilière de José. Un bloc de béton perdu dans la forêt avec trois niveaux de sous-sols qui avait permis à… à l'usine à loups-garous de fonctionner à plein régime pendant trois semaines dans le plus grand des secrets. Au plus grand ravissement de l'immense timbré.
Après le sms, Gajeel s'était forcé à arrêter de réfléchir. Ça ne servait à rien de toute façon. Son instinct animal le forcerait à obéir à plus fort que soi. Et lui n'était décidemment pas grand-chose face à son maître.
Il fit ce qu'il fallait faire. Il entra, assomma la fillette et l'embarqua dans la voiture. Il conduisit, grilla quelques feux rouges et rejoignit la forêt. Et à aucun moment il ne s'était demandé comment elle s'appelait, qui elle était, quelle était sa vie. La seule chose qui était en train de tourner dans la tête de Gajeel c'était : comment est-ce qu'il allait se sortir de ce merdier ?
A ce moment, il y a 11 mois, il ne pensait qu'à sauver sa peau.
Et maintenant il le regrettait.
En arrivant devant la grande demeure, vestige de sa dernière meute, il s'arrêta quelques instants. L'air frais de la nuit ne lui apporta que vieilles odeurs et pollution de ville. Il sentit également son odeur à lui, sa rage qu'il avait laissé éclater il y a quelques semaines en fracassant un réverbère à quelques mètres de là où il se tenait, et qui ne présentait plus qu'une tige tordue du sol et des traces de casse. Bien sûr que José ne serait pas assez stupide pour laisser son odeur ici, surtout s'il avait la capacité de la masquer à volonté. Qu'avait-il vraiment espéré ? Une cage avec son ancien patron dedans et un joli nœud sur le dessus ? Son cadavre tout chaud dans ses mains ? Ses yeux qui le regardaient avec terreur pendant qu'il le tuait ?
Le géant ferma les yeux et émit un grognement. Il devait se contrôler, contrôler sa colère et ses envies de meurtre. Il ne devait pas réagir comme la dernière fois, la ville de Magnolia n'avait pas l'air d'avoir les moyens de se payer de nouveaux lampadaires…
Il prit une grande inspiration, et le vent lui envoya… Quoi !? Qu'elle ce qu'elle faisait là ?
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Un peu plus tôt…
Levy avait hésité longtemps. Toute la journée du jeudi, pendant ses cours de Grec et d'Histoire, et même pendant qu'elle tournait en rond dans la boutique de livre, son cerveau n'avait pas réussi à se concentrer sur autre chose que des hypothèses sans queue ni tête.
La magie. Elle était sûr que c'était la clé, celle qui lui permettrait de trouver comment José faisait pour faire disparaître ses odeurs. Elle avait essayé de se renseigner en lisant différents mythes sur internet et dans les bouquins pendant ses cours mais n'avait rien trouvé de concluant. Même si les histoires contenaient à coup sur une parcelle de vérité, il n'était pas aisé de la trouver. En plus, elle s'y connaissait si peu… Elle avait regretté de ne pas s'être intéressé au reste du monde non-connu des humains. Elle aurait dû… mais il ne servait à rien de regretter. Après tout elle avait eu déjà beaucoup de mal à gérer le côté loup-garou de sa vie au tout début, elle n'aurait jamais eu les nerfs ni le temps de gérer tout le côté magique et terrifiant de l'univers les premiers mois.
Alors elle s'était dit en rentrant chez elle qu'elle devait remédier à cette situation. La prochaine fois qu'elle irait dans la maison de l'Alpha -ou de meute, c'est la même chose- elle se renseignerait en asticotant tout le monde s'il le fallait ! Ce week-end donc… Elle frémit d'anticipation. Elle n'avait mis que deux fois les pieds en plein déjeuner du dimanche, et à chaque fois elle avait fui au bout de deux heures car les hormones agressives que les loups ne pouvaient s'empêcher d'émettre la faisait encore paniquer. Elle avait une peur terrible de la violence. Une peur viscérale.
Mais en attendant elle c'était retrouvé assise sur son lit, incapable de se concentrer sur ses devoirs ou un livre. Elle avait déjà réussi à trier et à faire une rapide conclusion de toutes les informations qu'elle avait trouvé intéressante dans la pochette du grand chieur, et avait même -par ennui total !- réussit à reconstituer 3 dossiers elle-même de son côté pour clarifier tout ce bordel. Et maintenant son côté louve s'agitait d'impatience, réclamait de l'action, du mouvement ! Ça faisait une semaine qu'elle ne s'était pas transformé, ses griffes, ses pattes et son museau imaginaires la démanger. Toute cette activité cérébrale commençait à lui peser un peu.
Elle devait vraiment sortir de son appart.
Un petit footing, pourquoi pas après tout ? Surtout qu'elle n'avait aucune envie de se transformer maintenant, alors un peu de course soulagerait au moins son côté animal.
Alors qu'elle chaussait ses baskets, ses yeux dérivèrent sur l'adresse surlignée en jaune sur un des dossiers de Gajeel. C'était à une petite demi-heure de course à pied. C'était l'ancien quartier général de la meute de José. C'était un endroit qu'elle ferait bien de visiter un jour si elle restait sur cette 'enquête'.
Et puis elle ne risquait rien n'est-ce pas ? C'était le soir certes, mais le soleil était encore resplendissant -enfin, presque- dans le ciel non ? Elle était forte et rapide après tout. Elle s'en sortirait s'il venait à lui arriver un malheur.
La jeune fille retient mentalement l'adresse et la position de la maison puis sortit et commença à trottiner pour ne pas courir à une vitesse suspecte pour un être humain. Et passé la petite demi-heure -elle arriva sur place en 25 minutes et à peine essoufflé !-, elle se retrouva devant une immense maison avec un immense jardin. Elle avait à peine vu le temps passé tellement elle prenait de plus en plus plaisir à fouler le sol avec ses baskets.
Ça aurait pu être un joli lieu pour se retrouver le dimanche en famille, particulièrement sous le grand chêne qu'elle voyait au fond du jardin. Ça aurait pu être une douce maison de retraite pour quand la pression de la ville se faisait trop étouffante. Ça aurait pu être le lieu d'habitation d'une meute jovial comme la sienne. Mais c'était le terrier de la naissance d'un loup fou qui a failli révéler au monde entier l'existence des loups-garous -elle grimaça en prononçant ce mot ridicule- et qui était le commanditaire de plusieurs meurtres, dont le sien. C'était étrange de se dire que celui qui avait ordonné que sa vie soit changée à jamais, avait vécu ici, tranquillement. Comme un humain normal. Qu'il avait payé ses factures d'électricité et torturé des hommes dans le même lieu.
Levy se reprit et rentra dans la maison vide et abandonné depuis plusieurs mois. L'endroit était très reculé, situé juste à la lisière de la forêt, et aucune personne ne circulait dans ce quartier de riche si tard et loin de chez soi.
Elle se glissa silencieusement par la porte d'entrée et inspira un grand coup. Elle se concentra. Elle percevait des effluves de haine, d'agressivité… du sang avait coulé par ici. L'odeur des combats et de la peur était très faible mais encore perceptible pour un nez affûté, même si cela avait eu lieu presque un an auparavant. Elle sentait plusieurs loups inconnus et certains qu'elle connaissait. Certains membres de sa meute avaient pris part au combat, elle le savait déjà. Elle capta également une odeur de ferraille… une odeur masculine qui dégageait de la force et de la colère. Une odeur appartenant à un homme chiant au possible qui s'était pointé ici il y a seulement quelques semaines. Gajeel.
Il avait dû revenir plusieurs fois à la recherche d'indice. Avec un reniflement dédaigneux qui avait été inspiré par le souvenir de sa sainte arrogance qui donnait des envies de meurtres même à la douce Levy, cette dernière traversa le salon et entreprit de grimper les escaliers.
Elle avançait doucement pour ne pas faire grincer le plancher. Peine perdue, celui-ci avait l'air d'avoir été fait pour grincer. Du coup elle se contentait d'essayer de ne pas marcher sur les débris de bois -les restes d'une chaise ou d'une table- et les cadavres des meubles, victimes assurément de la grande bataille d'il y a 11 mois.
La jeune fille monta prudemment au premier étage en jetant des coups d'œil tout autour d'elle. Elle avait la chair de poule. Le soleil commençait à se coucher et donnait certaines ombres inquiétantes, sans oublier l'ambiance bien trop calme et macabre d'un lieu où plusieurs meurtres ont eu lieu. Sa partie animale commençait à avoir envie de déguerpir d'ici.
Puis elle sentit une odeur. Une odeur acide de loup. L'odeur d'un loup qui lui rappelait une peur intense… la peur de mourir.
Elle s'arrêta. Son cœur commença à battre très fort dans sa poitrine. Ses genoux commencèrent à trembler. Elle reconnaissait cette odeur. C'était son odeur. L'odeur du monstre qui l'avait terrifié. Mordu. Pratiquement tué. L'odeur de l'immonde connard qui avait tué des dizaines de personnes innocentes pour sa propre gloire et qui avait décidé de sa vie à elle. Celui qui l'avait privé d'une vie calme et normale.
La panique commença à monter doucement, comme un insecte désagréable le long de son dos. Elle aurait dû fuir mais ses émotions étaient mélangées. D'un côté elle avait envie de fuir, de courir se cacher sous son lit. D'un autre côté sa louve était en colère, une colère si intense qu'elle déclencha la transformation. Levy tenta de résister, la partie humaine savait que ce n'était pas raisonnable de le faire ici et maintenant… mais l'instinct de protection qui avait saisi la bête ne laissait place à aucune retenue.
Avant d'en être totalement incapable, l'encore-humaine tenta de trouver son portable pour appeler Léo à l'aide et lui dire où elle était, mais elle le fit tomber quand un crac sonore retentit et qu'un petit cri de souffrance franchit ses lèvres. Un de ses os venait de se briser pour se reformer. Il était trop tard pour appeler à l'aide, la transformation commençait.
Alors elle essaya de retirer ses vêtements tant bien que mal, sachant que si elle les gardait, en plus de n'avoir rien à se mettre, leur contact pendant la transformation rendrait cette dernière encore plus douloureuse. Puis elle s'effondra en pleurant le plus silencieusement possible de ne pouvoir être maîtresse d'elle-même…
Une demi-heure très longue de souffrance débuta.
Note de fin : Mmmmh… Maaaalors ? Qu'en pensez-vous ?
Et merci aux commentaires de Ange, Timelina27 et elfania *^* ça m'a motivé pour écrire des chapitres en avance !
J'ai déjà la trame principale de l'histoire, alors je suis plutôt bien partie !
Pitites reviews ou commentaires ? Sivouplait.
