Et yop ! Je vous balance le 3ème chapitre ! J'espère qu'il vous plaira autant que les autres !
Et si, Chapitre 3 : Mettons donc les œillères de chevaux !
Il était énervé.
Non. Il était même furax. A deux doigts d'hurler à haute voix pour l'engueuler. De lui botter les fesses. De prendre son petit museau mignon et de le lui tordre de douleur.
Il était en son bon droit pour l'instant.
D'un elle avait pris un risque stupide de venir la nuit dans l'ancien QG des grands méchants loups tueurs. Et si José avait décidé de revenir faire un petit coucou ? Et si un ancien fuyard avait décidé de passer jeter un petit coup d'œil à son ancienne tanière ? Et si un humain drogué se trouvait sur les lieux ?
De deux elle avait décidé de se changer en louve à l'intérieur même de la maison ? N'importe qui aurait pu la surprendre en pleine transformation, un humain curieux, un vampire solitaire ou bien un de ces faes profiteurs. Tout aurait pu mal se dérouler, même si sa transformation était rapide au point de mettre qu'une dizaine de minutes ! Et il était pratiquement convaincu qu'elle n'était pas assez expérimentée pour qu'elle ne dure que 10 minutes, sans oublier qu'elle avait dut faire du bruit à cause de la douleur. C'était débile et irresponsable.
Gajeel n'en revenait pas.
En plus elle lui faisait les yeux doux et geignait doucement. Il avait de plus en plus de mal à garder son air sérieux et fâché. Il sentait qu'un de ses coins de lèvres commençait à avoir un tic. D'ailleurs même son esprit commençait à arrêter d'être fâché.
Comment pouvait-il l'être ?
La louve qui était devant lui était juste magnifique. Sublime. Petite par rapport à une taille habituelle de loup-garou, elle restait bien plus imposante que n'importe quel chien ou loup. Sa hauteur de garrot dépassait ses hanches à lui. Et son pelage… d'une couleur crème beige magnifique… Quelques piquetés de poils blancs lui apparaissait un peu sur le museau mais tout le reste de son corps était d'une nuance juste éblouissante. Sa fourrure avait l'air si douce, Gajeel faillit lui caresser la tête tellement elle avait l'air douce. Il s'était reprit au dernier moment en trouvant l'excuse parfaite : il se frotta le visage avec ses deux mains pour se donner un air las et fatigué. Il en profita pour fermer les yeux et laisser un peu passer l'impression que la louve le transperçait de son regard bleu.
Deux pupilles brillantes d'un bleu irréel. Comme si c'était deux joyaux précieux d'un grand sultan. Elle était juste magnifique.
Une étincelle de culpabilité flamba dans sa poitrine mais fut vite remplacé par l'impression qu'elle avait été faite pour être louve. Une créature aussi belle ne pouvait qu'être génétiquement programmé pour être loup-garou. Elle était forcément née pour.
Gajeel se força à prendre une expression dure sur son visage avait de la re-regarder. Il espérait qu'elle n'était pas assez expérimentée pour lire tous les effluves qu'elle percevait et qu'elle n'était pas encore assez doué pour repérer les mensonges. Parce que ce ne serait absolument pas correct de ressentir de l'excitation à ce moment précis n'est-ce pas ?
Ses yeux foudroyèrent la louve qui geignit doucement et baissa sa tête.
« Pourquoi t'es ici ? Tu sais pas que c'est dangereux ? »
L'homme prit une longue inspiration et essaya de se concentrer. Ce n'était absolument pas le moment de se laisser distraire. Que devait-il faire ? Il ne pouvait pas la laisser toute seule, elle risquerait de se faire voir ou tuer à ce rythme si elle faisait une mauvaise rencontre. Alors… il allait lui ordonner de reprendre forme humaine puis une fois cela fait, il la raccompagnerait chez elle pour vérifier qu'elle était bien rentrée. Voilà. Ça pouvait être une excellente idée ça.
« Reprend ta forme humaine. »
Dans sa voix transparaissait l'ordre de supériorité de meute. La nature oblige les êtres vivants à suivre leur instinct de conservation et de survie. Cet instinct est présent chez toutes les espèces sur Terre, et il est particulièrement puissant chez les loups.
Alors quand un loup plus fort et situé plus haut dans la hiérarchie de la meute ordonnait quelque chose à un loup plus faible et situé plus bas dans la hiérarchie de la meute, l'instinct pousserait toujours le loup le plus faible d'obéir au loup le plus fort. Presque toujours, la bête tapie en l'homme le poussera à l'obéissance. Presque. Les deux seules exceptions sont : lorsque la volonté du loup-garou le plus faible est plus forte que l'instinct de la bête. Il est impossible d'obliger un loup à rester assis si une personne à qui il tient profondément est en train d'être blessé devant ses yeux. Et la deuxième exception est lorsque l'ordre est impossible à accomplir. Aller dire à un loup d'aller tricoter un pull sous forme lupine, à part gémir doucement et se mettre en position de soumission il ne pourra pas faire grand-chose.
Et c'était exactement ce qu'il vit chez Levy.
Au début il ne comprenait pas pourquoi elle ne lui obéissait pas. Il n'aimait pas ne pas comprendre et il n'aimait pas ne pas être obéit, alors il réitéra l'ordre, en y mettant plus de voix. Mais la louve beige ne fit que gémir plus misérablement en se trainant au sol. Cette désobéissance -non voulue certes- était un affront pour la bête de Gajeel.
Le visage calme du jeune homme se transforma du tout au tout. La colère commença à envahir ses traits et une fureur douce s'alluma en lui, alimenté par le besoin de dominance de son monstre. Une sorte de transformation était en train de s'opérer, au fur et à mesure que les yeux de Gajeel devenaient de plus en plus rouges. Ses muscles se crispaient. Son visage se fermait en prenant un voile couleur rage. Son corps sembla grandir à chaque inspiration tant il semblait furieux. Sa bête hurlait à l'intérieur de lui, et l'humain semblait avoir du mal à la contrôler.
La bête, le monstre de Gajeel, était de ceux qui ne supportait pas l'insoumission. FAIS LA OBEIR. Elle réclamait la punition, elle réclamait le sang, elle réclamait la douleur. FAIS LA OBEIR. La louve n'avait pas à désobéir, pas à lui, pas à un ordre direct ! FAIS LA OBEIR !
Une odeur de terreur emplissait toute la pièce. La louve beige était sur le dos et exposait ses flancs, sa gorge et son ventre, signe total de soumission. La louve ne comprenait pas la colère de son semblable. Elle avait tout fait pour ne montrer aucun signe de défi mais l'autre ne se calmait pas. Il allait la tuer. La tuer… La douleur et la détresse irradiaient dans sa psyché.
Une sonnerie de portable brisa l'instant.
L'homme se força à se calmer, à faire reculer suffisamment sa bête pour prendre son portable et y jeter un œil. Gildarts, l'Alpha.
Sa colère recula un peu, la partie humaine réussit à reprendre le dessus. Si Gildarts utilisait un téléphone pour l'appeler lui c'était que le sujet était important. Personne ne l'appelait jamais, et surtout pas l'Alpha allergique à la technologie.
Le jeune homme décrocha lorsqu'il fut sûr que sa voix avait repris un ton normal.
« Oui ?
-Gajeel… Arrête immédiatement de t'acharner sur elle.
-Pardon ?
-Sa peur inquiète tout le monde, elle irradit de terreur dans la tête de chacun et commence à rendre mes loups fous. Arrête. Elle ne sait pas se transformer à volonté, elle ne peut pas t'obéir. »
Et d'un ton fait pour qu'il se sente coupable l'Apha rajouta :
« Tu le saurais si tu t'ouvrais un peu plus souvent à la meute. »
Ah. Le sentiment d'intense détresse de la louve avait dut se diffuser dans tous les liens de meute. Sa côte de popularité, après avoir traumatisé une gamine sans défense, n'allait sans doute pas beaucoup augmenter.
Le jeune homme se sentit soudain très con et une lame désagréable infecté de culpabilité sembla se planter dans ses tripes. Il venait de traumatiser la fille encore une fois. Consciemment. Et le loup sembla se faire la malle, le laissait gérer tout seul le merdier qu'il avait laissé après sa crise de dominance. Chouette.
« Ramène-la chez elle et surveille-la, le temps qu'elle se retransforme. Et… Si tu recommences un truc comme ça encore une fois, je viendrais t'arracher la tête moi-même. Si le reste de la meute n'arrive pas avant moi. Compris ?
-Oui. »
Il raccrocha et s'appuya sur le mur en fermant les yeux. Il avait l'impression très nette que, à chaque fois qu'il était en compagnie d'autres personnes, tout partait en vrac. Il n'était pas fait pour vivre en communauté. Il n'était pas à l'aise en compagnie de trop de gens à la fois. Il n'arrivait qu'à la colère et l'indifférence avec les autres et ses semblables.
Pourtant la solitude il s'y était longtemps essayé. Il avait failli devenir fou. Un loup solitaire devient très souvent fou quand il est seul, trop longtemps. C'est pour ça qu'être en meute était si indispensable pour son espèce. C'était pour ça qu'il avait accepté d'entrer dans une meute dont plus de la moitié des membres le haïssait. Il en avait besoin.
Et même s'il se fermait à tout le monde, même s'il ne laissait personne l'approcher à travers les liens de meute et qu'il ne s'intéressait à personne… l'activité bourdonnante en arrière-plan qu'il sentait à chaque instant le rassurait. Il aimait la sensation apaisante de tous ces gens qu'il ne connaissait pas beaucoup mais dont la présence l'apaisait lui et sa bête. Cette sensation de ne pas être tout seul au monde. Cette impression d'unité.
Il était même rentré aux ordres d'un Alpha fou pour cette sensation de ne plus être seul…
L'homme était fatigué. Sa quête de rédemption était fatigante. Maintenir une barrière à tout instant était fatiguant. Fuir la vie était fatiguant. Etre en colère était si fatiguant… Il voulait juste un peu de repos… Etre au calme pour une fois, arrêter de réfléchir à sa mort imminente et son incapacité à réparer ses torts… Il en avait marre.
Un museau humide lui effleura la joue. Il leva les yeux et vit la louve beige se tenir face à lui, le regard brillant de compassion. De la compassion.
Il résista à son besoin urgent de contact et se releva vivement. Ce n'était pas le moment pour faiblir. Et de toute façon il ne le méritait pas.
« Je te raccompagne chez toi. »
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C'était amusant d'être louve.
Les moments avant et après, c'est-à-dire les périodes de douleur causées par la transformation étaient loin d'être drôle, mais en soi c'était agréable et amusant d'être louve.
Elle était plus rapide, plus silencieuse, plus adroite. Son odorat, sa vue et son ouïe augmentaient follement. Tous ses sens étaient au moins dix fois supérieurs à ceux des humains. Et la sensation de l'air sur sa fourrure lorsqu'elle courait était une des meilleures sensations qu'elle ait jamais ressenties. C'était comme se réveiller d'un songe agréable et se rendre compte qu'il était réel.
C'était ce que la louve ressentait, et ce que Levy ressentait par intermittence. Elle ne se maîtrisait pas encore assez pour être pleinement celle qui dirigeait les actions sous forme lupine, mais elle avait la grande majorité du temps conscience de ce qui se passait autour d'elle. C'était grâce à Léo d'ailleurs qu'elle avait autant progressé, il y a encore quelques mois elle ne se souvenait de rien à chaque transformation.
C'était pour ça qu'elle s'était remise aussi vite de la pression écrasante de Gajeel lorsqu'elle ne lui avait pas obéis. Sa partie animale gardait beaucoup moins de rancœur qu'elle et lui engourdissait les pensées si un danger se présentait face à elle. Elle estimait que sa partie humaine était trop lente et trop fragile pour réagir vite et bien, et que sa capacité de réflexion n'était d'aucune aide et même un handicap en cas de menace immédiate. Levy devrait d'ailleurs commencer à mieux se maîtriser sinon elle courrait droit dans le mur…
« C'est là chez toi ? »
Le ton était brut. Absolument pas amical. Pourtant sa louve estima qu'il était excitant, le ton de la voix et l'homme qui le possédait.
Si la jeune fille avait pu, elle se serait giflée de honte d'avoir une telle pensée.
Mais à la place elle se frotta contre la jambe de l'immense silhouette lascivement… puis le dépassa et s'engagea dans l'escalier. Sa queue fouetta l'air et effleura son menton en passant… Après une dizaine de marche d'escalier la créature crème se retourna une fois pour voir où en était son compagnon. Ce dernier était immobile et son visage, bien qu'inexpressif, avait une lueur d'incompréhension dans les yeux.
Il ne comprenait pas… il n'était pas sûr de ce que ça voulait…
La langue pendante et les yeux bleu pétillants finirent de confirmer ces pensées. C'était bien une invitation à jouer. Jouer.
La louve disparut dans l'escalier et se posta devant sa porte en s'asseyant sagement. Elle entendait le cœur de l'homme battre un peu plus rapidement avant même de s'engager sur l'escalier. Il avait même retenu son souffle pendant quelques secondes, et la légère odeur qu'elle avait sentie en le dépassant… c'était des phéromones dont même la partie humaine comprenait la signification. Elle lui plaisait en tant que femelle. C'était très gratifiant, sa louve en était très satisfaite.
Quant à la partie humaine… Elle aurait préféré s'évanouir de honte de tenir de tel propos dans sa propre tête pour un homme qu'elle considérait encore comme un gros c-o-n totalement méchant -tellement de gros mots en si peu de temps… ça ne lui ressemblait pas-. Sincèrement elle aurait apprécié, ne pas l'appréciait du tout.
Lorsqu'il la rejoignit sur le palier et qu'il se servit de ses clés pour ouvrir la porte -il avait emportait toutes ses affaires puisqu'elle n'avait pas été en état de le faire-, n'accordant aucun regard à la jolie créature à côté de lui, son cœur continuait à battre un peu plus rapidement et un micro-sourire titillait ses lèvres.
Dès que la porte fut ouverte il s'écarta légèrement pour laisser passer la louve et entra à son tour. Puis il s'arrêta d'un coup, le visage figé.
La louve ne comprit pas ce qui se passa et renifla l'air. Aucune menace et aucune personne n'était rentré pendant son absence. Rien n'avait bougé de sa place et aucun objet ne semblait menaçant. Aucune barrette en argent ne trônait sur la table, aucun insecte ne serpentait sur le plancher. Elle le savait car sa partie humaine prenait très au sérieux l'hygiène et faisait le ménage au moins une fois par semaine.
Qu'avait donc l'homme devant elle ? Etait-ce sa partie humaine qui empêchait le loup de s'exprimer totalement ou percevait quelque chose différemment ? C'était le plus probable. Sa consœur humaine l'empêchait bien de manger de la chair fraîche quand elle en sentait l'odeur, et l'empêchait aussi de croquer la viande étalée dans les supermarchés. C'était stupide mais les règles humaines l'étaient souvent. Elle ne s'en inquiéta pas et alla s'allonger sur le canapé.
La stupeur de Gajeel ne dura même pas 30 secondes, il se reprit vite et ouvrit le frigo à la recherche de nourriture. Il trouva un joli rôti cru qu'il installa devant le museau frétillant de la louve et se réchauffa un reste de pâtes dans le micro-onde.
En temps normal Levy se serait indigné qu'il prenne ainsi ses aises chez elle. Mais au fond d'elle elle était contente de ne pas être toute seule pendant sa forme lupine. Elle avait toujours peur d'endormir sa vigilance et de se retrouver à croquer un nouveau-né ou deux à son réveil.
Elle avala en deux coups de mâchoire la viande, et fixa ensuite son invité qui prenait clairement ses aises en s'étalant dans le fauteuil.
La demi-heure qui suivit fut longue. Tous deux observaient un silence gênant, bien que l'un des deux protagonistes avait une bonne excuse, les crocs n'étaient pas faits pour la discussion. Ça aurait put encore durer un long moment mais le loup de Gajeel était bien trop survolté en cette soirée. Et ce qui agité le loup semblait au contraire faire ronger son frein à l'humain. Le loup voyait une femelle potentielle, une compagne magnifique, l'humain ne voyait qu'une nouvelle façon de se mettre encore plus dans le pétrin. Surtout que tenter de séduire quelqu'un juste après l'avoir menacé… ce n'était pas le climat idéal.
Quoiqu'il en soit, pour tenter de distraire ses pensées trop osées, le jeune homme mit la main sur la pochette de documents qu'il avait confié à la jeune fille un jour plus tôt. Il se rendit compte, avec un certain plaisir, que la jeune fille avait parfaitement tout trier mais qu'en plus elle avait ajouté elle-même quelques feuilles avec ses propres conclusions et un résumé de ce qu'il avait fait ces deux derniers mois. La vus d'ensemble était clair et lisible, et lui permit d'avoir un œil neuf sur son enquête.
Il tilta également sur un mot qui revenait souvent : magie.
« Tu penses que c'est grâce à la magie que José a réussi à s'enfuir ? »
La louve releva la tête et le regarda fixement. Cela semblait signifier que oui. Gajeel secoua la tête et poursuivit.
« Ça ne peut pas être ça. José avait la magie en horreur. Il ne supportait pas du tout les sorcières, au point que notre meute n'en avait pas et ne faisait jamais appel à leur service. »
La tête de l'animal se pencha sur le côté, semblant indiqué qu'elle sous-entendait autre chose.
« Et quant aux faes, il y a peu de chance qu'elles acceptent de l'aider. J'ai interrogé d'ailleurs certaines d'entre elles, et aucune ne l'a vu ces derniers temps. Et comme tu le sais, les faes ne mentent pas. »
Un petit jappement s'échappa de sa gorge. La louve était contrariée. Il lui semblait qu'elle essayait de dire quelque chose mais que sa forme actuelle ne le lui permettait pas, ce qui devait être hautement frustrant.
Elle se releva d'un bon et se rua dans la chambre. Gajeel, intrigué, la suivit sur quelques pas, puis comprit. Les craquements d'os et les petits gémissements de douleur confirmèrent sa pensée, elle était en train de changer, avec assez de présence d'esprit pour le faire dans un endroit un peu plus intime. L'humain retourna s'asseoir en relisant les feuilles pour s'occuper, il avait dix bonnes minutes devant lui.
Les dix minutes passèrent lentement. Le brun commençait à s'impatienter et sa jambe tressautait à chaque petit cri de douleur. Le changement était toujours douloureux, il le savait, il y était habitué. Mais pour une raison qui le mettait très mal à l'aise, il lui était difficile de supporter les légers cris de douleur de cette fille-là. De la gamine. De la crevette impertinente qui semblait décidé à défier son autorité dès qu'elle le pouvait alors que ça ne faisait même pas deux jours qu'ils se connaissaient.
Au bout de quinze minutes il se dit que ça allait cesser d'un moment à l'autre. Quinze minutes était la durée la plus longue de transformation qu'il avait lui-même eut. Au bout de presque un an elle aurait dut mettre plutôt dans les trois minutes de moins, mais chacun avait sa propre vitesse de progression après tout. Tout ceci le rendait nerveux.
A la vingtième minute il se releva d'un bon. C'était trop long. Ses nerfs étaient à vif. Elle semblait toujours en train de se transformer, et même si les gémissements semblaient plus humain qu'animal, ça rester dur à entendre. Surtout qu'elle aurait déjà dut reprendre sa forme humaine.
Pourquoi elle mettait tant de temps !? Léo s'était chargé de sa formation non ? Ne lui avait-il pas dit qu'elle devait accepter la transformation pour que cette dernière se passe mieux et dure moins longtemps ?
Il ouvrit la porte et embrassa d'un regard la scène. Une créature mi-loup mi-humaine, se tortillait au sol en haletant douloureusement. Certains de ses os avaient une proportion et une forme très peu humaine et déformaient de façon hideuse sa peau tendue à l'extrême. Des cheveux châtains -la coloration bleu était forcément partie- ornaient sa tête mais encore des paquets de fourrure se dressait de-ci de-là. Des griffes raclaient de façon déplaisante le sol, il y avait d'ailleurs des marques sur le parquet, et un coussin éventré gisait à côté du lit dont un des pieds était sauvagement mordu.
Le regard noisette oscilla entre sa teinte bleu surnaturelle et une sorte d'expression de colère passa sur son visage.
« Va-aa… t'en ! »
La voix était un peu trop rauque et grave pour la délicate Levy mais le ton était indubitablement le sien. C'était d'ailleurs ce qui fit que Gajeel resta.
D'un parce qu'il n'allait certainement pas lui obéir. Mais surtout que le ton était un ton de détresse. Cependant il ne céderait qu'à la torture pour avouer que c'était la deuxième raison qui l'avait poussé à rester.
Il s'assit à même le sol à une distance raisonnable de la demi-créature et essaye de parler d'un ton apaisant. Essaya hein, c'était Gajeel après tout.
« Relâche la pression. Arrête d'essayer de retenir quelque chose. S'il le faut ouvre-toi à la douleur. »
Il essuya un regard noir mais fit comme si de rien n'était.
« Laisse la transformation se faire. Fais confiance à ta louve, elle ne désire que ton bien. Imagine que la douleur est une tempête de neige et que toi tu es en plein milieu de cette tempête. Tu pourrais lutter contre le vent, marcher en tenant fermement ton manteau contre toi. Ou tu pourrais lâcher la pression, ouvrir ton col et accepter que le froid t'emporte. »
Au fur et à mesure du discours il s'était rapproché petit à petit de la gamine. Les cris de cette dernière semblèrent se faire plus fort encore, la douleur augmentant en intensité apparemment. Elle fermait les yeux et son visage était tordus de douleur. Il aurait dut s'inquiéter des voisins mais sur le coup tout ce qui lui importait était que cette douleur finisse au plus vite.
Alors il s'ouvrit à la meute, à elle.
C'était la première fois qu''il brisait sa carapace mentale depuis qu'il se l'était forgé, et cela sembla une libération sans précédent… il sentit de façon encore plus fort les membres de la meute qui vaquait à leurs différentes occupations, ou bien qui dormaient, leurs esprits engourdit… Un murmure lointain le remarqua, c'était les pensées de l'Alpha de la meute. Sinon personne d'autre ne prit conscience du fait qu'il s'était ouvert.
Il se concentra et tira sur un fil. Un fil noir métallique qui le reliait à une sorte de grand pilier, le centre mental de la meute qui relier chacun des membres entre eux. Il prit quelques secondes pour se concentrer et repérer la crevette. Là. Ce fil bleu qui tressautait et qui le tiraillait doucement de douleur. Il se concentra et réussit à l'atteindre.
Et alors qu'il ne s'attendait qu'à effleurer les petites pensées superficielles de la jeune fille pour l'aider à supporter un peu la douleur, le maximum de ce que la connexion de meute permettait aux simples loups entre eux, il se retrouva plongé dans un grand chaos. Il ressentit de plein fouet la douleur de la métamorphose qu'il connaissait si bien. Il sentit également tout le doute, toute la fureur de la jeune fille perdue… toute son angoisse à propos d'un délai qui ne cessait d'approcher… le temps qui filait, ce temps précieux dont elle commencerait à manquer… la douleur, la peur de mourir… la douleur de la transformation, la douleur de la louve de se sentir rejeter dans ces moments… Le désespoir de devoir mentir à ses proches, à ses quelques amis… Sa peur d'échouer, sa peur de finir seule, de mourir seule. Sa colère contre l'homme qui avait détruit sa vie. Tout se mélangeait, s'entremêlait, s'entrechoquait. Ses pensées se mêlaient à ses sentiments qui se perdaient dans la douleur. Elle était incapable de se concentrer. Elle en était incapable car son esprit était sur le point d'exploser à chaque instant à cause de toutes ces pensées, et la douleur n'aidait en rien et ne faisait qu'aggraver le chaos, comme une étincelle près d'une caisse de feu d'artifice.
Elle avait juste tellement peur !
Gajeel se maîtrisa du mieux qu'il put et fit ce qu'il pensât être le mieux. Il aspira toute la douleur à lui, les mâchoires serrées pour affronter le plus silencieusement possible cette vieille ennemie.
Tandis que la vague de souffrance s'éloignait d'elle pour envahir un autre endroit, Levy se sentit plus tranquille. Presque calme. La douleur n'était plus aussi dure à supporter et elle commençait à s'apaiser. Sa transformation se finit en moins d'une minute et lorsqu'elle ouvrit ses yeux qu'elle avait gardé longtemps fermé, elle se rendit enfin compte qu'elle était nue.
Nue devant un homme qui la regardait fixement et ne faisait rien pour détourner le regard. Un homme qu'elle connaissait. Un homme qui l'avait engueulé et traumatisé et qui maintenant venait de l'aider et… la reluquer d'une façon déplacée… Et bien, le sourire en coin était ce qu'il y avait de plus désagréable à voir décida-t-elle arbitrairement. Son visage aussi était désagréable, et toute sa personne n'était décidément que peu agréable à voir dans sa chambre à elle et surtout lorsqu'elle était à moitié nue -elle l'était totalement-.
Sa partie louve eut l'impertinence d'esprit de se dire que sa partie humaine se mentait à elle-même avant que cette dernière ne hurle à l'intrus de sortir.
Intrus qui sortit, non sans jeter un dernier coup d'œil sur le popotin nu qui se précipitait sur son lit pour se couvrir de la couette. Chouette.
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Ça faisait trente minutes qu'elle avait disparu dans la salle de bain. Le regard furieux qu'elle lui avait jeté en traversant la pièce, couverte de sa couette, n'avait pas réussi à détourner son attention de son visage tout rouge et gênée.
Son loup avait trouvé ça adorable. Il avait même trouvé ça parfait. Il avait trouvé ça a-mu-sant. Et s'il avait été le seul maître à bord, il aurait suivi la jeune fille dans la salle de bain pour lui faire la cour…
Malheureusement la partie humaine, même si elle avait grandement apprécié la vue -surtout des fesses nues-, refusait tout net de venir s'immiscer encore plus dans l'intimité de la jeune fille. Il estimait qu'il l'était déjà beaucoup trop.
Il était encore perturbé par la façon dont il avait réussi à rentrer dans l'esprit de Levy. Si facilement. Elle ne lui avait opposé aucune résistance. Normalement, à part l'Alpha dans certaines situations, aucuns membres de la meute ne pouvait rentrer de façon si intense dans l'esprit d'un autre. La seule exception était… était entre deux partenaires. Mais là encore le lien entre compagne et compagnon était différent d'un couple à l'autre. Certains pouvaient simplement parler à leur partenaire en pensée, tandis que d'autres influençaient l'autre de leur humeur respective. Il connaissait le cas d'un couple où lorsque la compagne aveugle était proche de son mari, elle pouvait voir à travers ses yeux. Voir.
Sauf que là ça ne collait pas. Ils n'étaient pas ensemble. Ils ne se connaissaient que peu et n'avaient aucune chance de finir ensemble. C'était simplement impossible que ce soit ça. 'Si…' murmura un coin de son esprit mais il l'ignora délibérément.
Lorsqu'il la reverrait et si elle posait des questions, il lui expliquera simplement que c'était la douleur de la transformation qui avait rendit son esprit si facilement pénétrable. Oui c'était forcément ça. Tous les membres de la meute pouvaient sans doute l'aider de la même façon que lui lorsqu'elle était en train de changer, l'esprit tout chamboulé par la douleur.
C'était forcément cette explication-là. De toute façon le brun n'avait aucune envie de penser à une autre.
La jeune fille sortit de la salle de bain, calmé, propre et en pyjama -tout gris avec des licornes roses dessinées sur le haut du pyjama-, elle prit une grande inspiration avant de parler.
« Merci pour ton aide. Je n'ai jamais… réussi à faire une métamorphose aussi rapide. 22 minutes est mon meilleur score grâce à toi. D'ailleurs comment tu as-
-Ton esprit était très affaiblis, j'ai pu facilement traverser tes défenses mentales et te soulager un peu de ta douleur. Pas de quoi fouetter un chat. Pas besoin de me remercier. »
Un petit ange passa. Les deux jeunes gens avaient l'air gênés en fin de compte. Et alors que Levy allait prendre son courage à deux mains pour lui proposer de passer le reste de la nuit chez elle, un appel résonna dans son esprit. Un appel à l'aide qui se fit entendre dans l'esprit de chacun des membres de la meute. Un des leurs était en danger.
Ils s'échangèrent un rapide regard puis se ruèrent à l'extérieur de l'appartement.
L'incident avait lieu tout près de chez elle.
Note de fin : Héhé ! Alors ? qu'en pensez-vous ?
Je tiens à préciser une toute petite chose : quand je dis 'Sa partie louve eut l'impertinence d'esprit de se dire' ou lorsque j'écris que la louve 'souffle', 'pense', 'dit', et bien ce n'est pas avec des mots. Les humains loups-garou ne communiquent (ou rarement très rarement) avec des mots avec leur moitié loup. C'est plutôt un échange de sensation et sentiment entre eux. Vala. Est-ce que j'ai été clair ou pas du tout ?
Merci beaucoup à Lyra, elfania, Ange et Timelina27 pour les reviews *^* !
Héhéhé… j'espère que ça vous a plu *^* des pitis commentaires en récompense sivouplaiiiit ?
