Et si, Chapitre 15 : Courage… ou pas ?

Le silence semblait pesant. Mais elle n'en était pas sûr.

C'était ces moments dans la vie, quand quelque chose vous semble bizarre, que votre tête est à moitié occupée à ruminer des idées noires à partir de nouvelles informations, mais dans le même moment vous êtes en compagnie d'une personne qui impose une sorte de silence stressant. Elle avait été ravie de ce silence, car elle avait besoin de réfléchir. Mais… Mais quelque chose semblait ne pas aller.

« Gajeel ?

-Quoi ? »

Il ne s'était pas retourné et s'était contenté de se mettre sur sa moto et de mettre son casque (LA SECURITE C'EST IMPORTANT LES AMIS). Au bout de quelques secondes, sentant qu'elle ne s'était pas installée derrière lui, il se tourna vers elle et sembla la transpercer de son regard.

Une bouffée de chaleur soudaine l'envahit et elle sentit ses joues s'échauffer. Comme ça. Sans raison apparente…

« Bah alors ? Tu viens ? »

Elle hocha vivement la tête et ne tenta même pas de bredouiller une explication. Lorsqu'elle s'installa et mit sagement ses mains sur ses hanches, de façon très légère afin de ne pas le déranger, il alluma sa moto et sembla attendre quelque chose.

A quoi pouvait-il bien penser ? Se dit-elle.

Elle, elle avait encore les quelques propos d'Arzack en tête, la remarque de Biska, ainsi que les paroles rassurantes de Léo. Mais lui, qu'est ce qui pouvait bien le tarauder ? Il était parti tôt ce matin, et n'avait pas fait d'apparition au déjeuner, ou alors elle ne l'avait pas remarqué…

Gajeel se retourna soudainement vers elle.

« Mais qu'est-ce que tu fou ?! Accroches-toi mieux que ça ! »

Et sur ses mots il saisit ses deux mains et la força à se coller davantage à lui. La jeune fille sentit son cœur battre encore plus vite, et une sorte d'incompréhension commença à flotter dans son esprit. Mais elle fit ce qu'il dit et agrippa son manteau de cuir.

Heureusement d'ailleurs, car dès qu'il démarra, l'appareil fit un bond en avant et fila aussi vite que possible à travers la nuit.

Pendant tout le trajet elle ne put s'empêcher de penser à quel point elle était proche de lui. Ça montait en elle, lui donnait chaud au corps… une sorte d'envie… une envie charnelle…

Elle sentit sa sœur louve grogner de frustration en elle. Un grondement sourd de femelle en chaleur, se sentant prête à émettre des phéromones sexuelles pour attirer un mâle à elle…

Levy se mordu très fortement la joue et un goût de sang envahit sa bouche.

Non. Stop. Elle ne pouvait pas commencer à fantasmer sur ce gars, à agir comme n'importe quelle ado excitée par ses hormones, elle ne pouvait PAS… elle ne devait pas ! Ils avaient tous les deux une mission à accomplir, leur meute était attaquée par des fous furieux et le sort de Gajeel était encore en suspens. Ce n'était pas le moment de se laisser emporter par d'autres pensées, aussi agréables soient-elles.

Surtout après ce qu'Arzack lui avait dit…

Oh bon sang, elle avait encore tant de chose à apprendre ! L'indien lui avait parlé un peu de la magie, celle des sorciers, mais également celle des fae, et… et des changeurs de peau. Espèce en voie d'extinction. Cela faisait plus de 100 ans que personne n'en avait aperçu… Mais la petite demi-heure de leçon qu'il lui avait prodigué, avait réussi à réveiller l'enfant avide de connaissance qu'elle était.

Comme la vie était étrange… il y a encore une semaine elle maudissait à moitié sa condition de loup-garou, et maintenant elle se réjouissait d'avoir accès à la connaissance de ce monde merveilleux et inconnu de la magie…

Gajeel freina, et arrêta sa moto à l'angle de la rue. Il l'attacha en silence, sans la regarder pendant qu'elle attendait en se balançant d'un pied sur l'autre sur place.

Il avait senti qu'elle était étrangement songeuse ce soir. Comme perdue dans ses pensées.

Et puis…

Et puis il sentait que ça fourmillait dans sa petite tête, il savait qu'il ne lui suffirait que d'approcher un peu de son esprit pour savoir… pour avoir une petite idée de ce qu'il s'y trouvait…

Mais il hésitait. Quelque chose au fond de lui, lui donnait l'impression que c'était mal. Mal de savoir des choses sur elle, alors qu'elle ne savait même pas qu'il savait. Qu'il n'avait pas le droit de le faire sans son accord…

Mais pour avoir son accord il suffirait de lui en parler… si elle le prenait bien, tant mieux. Mais si jamais elle le prenait mal et commençait à avoir l'impression qu'il avait violé son intimité de penser sans son accord… et bien il ne donnait pas cher de sa peau. Surtout qu'il ne savait pas vraiment comme annuler ceci…

En fait c'était faux. Il connaissait un moyen pour arrêter de percevoir les pensées et les sentiments de la jeune fille. Sauf qu'il n'avait aucune envie de mettre en œuvre ce moyen.

Ils montèrent en silence les étages.

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Mirajane rangea la dernière assiette, lança la dernière machine, puis s'écroula littéralement de fatigue sur la table de la cuisine.

Elle était épuisée. Elle. Une louve… Elle ne pouvait pas être épuisée pour si peu quand même ! Et puis avec tous ces dimanches qui se ressemblent, elle aurait dut en avoir l'habitude depuis… depuis longtemps… Alors pourquoi ce manque flagrant d'énergie aujourd'hui…

Parce que tu flanches mentalement… susurra une petite voie en elle.

La blanche se releva d'un bond et balaya d'un revers de main cette voix inopportune. Elle avait encore à faire. Même si tout le monde était rentré et qu'il n'y avait que Luxus encore scotché à son bureau à l'étage, il lui restait encore surement une ou deux tâches ménagères à finir !

Mais au bout d'une demi-heure elle dut se rendre à l'évidence… La maison était nickel.

La jeune femme redressa une énième fois un coussin puis s'allongea sur le canapé du salon. Elle n'avait rien à faire. Et elle ne pouvait pas rentrer chez elle, il lui avait semblé qu'Elfman avait invité Ever à passer chez eux, et elle ne pouvait pas risquer de nuire à une nuit de romance au cas où cette dernière avait accepté l'invitation… Même si elle avait rejeté toutes les précédentes.

Elle travaillait ce couple depuis tellement longtemps… Pratiquement deux ans. Lorsqu'elle s'était rendue compte que la demi-fae ne laissait pas du tout indifférent son grand nigaud de petit-frère… Et elle était sûr, sûr de son instinct, lorsqu'elle affirmait qu'Ever n'attendait qu'un pas de sa part… Mais un pas qui lui plaira.

Bon sang ! Que les femmes étaient difficiles ! Elle-même n'était pas du tout comme ça !

Et c'est bien parce que tu n'es pas comme ça qu'il ne veut pas de toi…

Un grondement monta dans sa poitrine. De l'amertume. Du chagrin.

De la colère.

Mais elle se releva et balaya d'une main experte ses émotions.

Vite. Elle devait trouver de quoi s'occuper sinon elle allait devenir folle.

Son regard se tourna machinalement vers le frigo et son corps la guida jusqu'à la cuisine. Avec un soupire elle revêtit son tablier et regarda ce qui lui restait après le carnage de cet après-midi.

Des œufs, un peu de fromage… Un peu de crème.

Après un rapide coup d'œil de vérification dans les placards elle en conclut que des pâtes carbonara feraient parfaitement l'affaire ! De toute façon le ronchon de l'étage ne s'était jamais plaint, quelque que soit ce qu'elle cuisinait, et mangeait absolument tout ce qu'elle lui présentait sous le nez.

Donc bon.

Bon…

« C'est mauvais !

-Ferme la et mange !

-Tu sais pas cuisiner d'abord !

-C'est toi que je vais cuisiner !

-EEEELF ! Mira est cinglée, elle veut me manger ! »

Cette chipie était insupportable. Comment c'était possible qu'une enfant soit si insupportable !? Elle-même n'avait jamais été comme ça, et leur petit frère était un ange d'amour qui ne se plaignait jamais ! ALORS POURQUOI ELLE, ELLE N'ETAIT PAS PAREILLE ? Ça la rendait folle !

« Bon j'en ai marre, moi je me barre ! Faites-vous à bouffer tous seuls si ça vous plait pas ! »

Manteau, clé, portable et écouteurs, c'est tout ce qu'il lui fallait. Elle quitta d'un pas rapide le taudis minable dans lequel ils logeaient tous les trois, et s'enfuit à travers la nuit noire…

19 ans. Elle avait 19 ans. Ce n'était absolument pas de son âge de s'occuper de deux ados de 16 et 17 ans !

Pourquoi elle avait accepté !? Pourquoi elle avait accepté bon sang !? Elle aurait dû balancer ses deux frangins chez le vieux et partir clamer son indépendance en tant que nouvelle louve quelque part dans le pays ! Monter en hiérarchie dans une nouvelle meute, mettre à terre tous ces loups machistes, et leur montrer ce qu'était la véritable terreur…

Au lieu de ça elle avait fièrement décrété il y a quelques mois, qu'elle et ses deux mioches de son sang, allaient vivre comme des grands tous seuls… Mais quelle blague… Ce n'était pas parce qu'elle avait réussi à se dépatouiller à dix ans en parcourant une forêt à pied et en réussissant à subsister quelques mois, avec deux gamins collés à ses basques, qu'elle pouvait remplacer une mère patiente, calme et dévouée.

Et qui savait cuisiner.

Bon sang ! Elle ne savait pas ce qui lui tapait le plus sur les nerfs, le fait qu'elle soit une mère de remplacement merdique, les crises de son ados de sœur ou le fait qu'elle soit incapable de faire un truc correct à ingurgiter ?

Elle parcourut à toute vitesse les quelques pâtés de maisons qui la séparait du petit square. Il était vide à cette heure normalement… et c'était toujours reposant d'être seule dans le silence de la nuit, avec des arbres et le bruit de la fontaine… comme cachée dans une bulle de verdure et de tranquillité en plein milieu de la ville.

Sauf qu'en atteignant le grillage, une silhouette l'attendait de l'autre côté.

« Alors ça veut vivre seule en ville, mais ça fuit son chez-soi ? »

Chouette. L'Alpha lui avait envoyé son toutou pour la surveiller.

Elle retient le « Ta gueule » qui lui chatouillait la gorge et le dépassa pour se mettre à son poste favori. Si elle l'ignorait, il finirait bien par partir et la laisser tranquille.

Il la suivit.

En arrivant devant la fontaine, elle eut un petit sourire. L'eau était belle sous les rayons de la lune. Ça la faisait scintiller… Elle s'avança vers son banc préféré, et s'étala sur tout son long. Ne laissant aucune place assise pour l'autre. Elle vrilla ses écouteurs dans ses oreilles, et chercha un petit rock à écouter.

La grande silhouette ne se laissa pas démonter, pris les jambes de la jeune fille et les posa calmement mais fermement au sol. Le regard qu'il lui lança, avec l'onde de pouvoir qui circula, informèrent Mirajane de ne pas le chercher en le dégageant du banc. Elle déglutit et se réinstalla d'une façon un peu plus confortable.

Si elle devait détester un seul truc de sa condition de louve -à part les trucs morbides dont elle avait parfois envie- c'était bien ce système de hiérarchie implacable contre lequel elle ne pouvait pas lutter. Son instinct lui hurlait de se soumettre à plus fort qu'elle, c'était une injonction si forte qu'elle ne pouvait rien faire pour lutter contre. Elle ne pouvait juste pas… Et ça la mettait en rogne, la poussant à vouloir toujours plus de pouvoir, à être situer de plus en plus haut dans la hiérarchie…

Il ne lui restait plus qu'Erza à dominer. Elles étaient au coude à coude, comme toujours comme pendant leur enfance, où leurs deux caractères opposés provoquer des étincelles… Mais depuis qu'elles étaient toutes les deux louves, une autre sorte de compétition était née… et elles se seraient entretuées depuis longtemps si Gildarts ne leur avait pas interdit de se battre, sans son autorisation à lui en tout cas.

Et dès qu'elle affirmerait sa domination sur Erza… il lui resterait Luxus.

Lui.

Elle vrilla son regard furieux sur le grand blond.

Insondable. Incompréhensible. Irritant au possible. La grande majorité du temps. Et sérieux, si sérieux…

Lorsqu'elle l'avait rencontré pour la première fois, elle n'était qu'une gamine. Et quelque part, lui aussi n'était qu'un gamin. Un loup irresponsable. Bagarreur. Intenable. Dangereux. Puis avec le temps il s'était calmé… était devenu sérieux, avait monté son entreprise. Et était monté dans la hiérarchie jusqu'à atteindre la place de second auprès de Gildarts. C'était ce qui l'avait définitivement changé, passant du loup enragé au loup rangé.

Enfin, il n'avait pas totalement changé…

Mira mis en pause sa musique et se surprit à sourire en écoutant ce qui se jouait dans le casque de Luxus. Iron Maiden. Au moins ses goûts musicaux étaient restés tout aussi bon.

Une vingtaine de minute s'écoula comme ça, dans le silence de la nuit troublée seulement par quelques notes de musiques et le bruit de la ville en fond. Cela suffit à Mirajane pour se calmer.

Elle finit par s'asseoir et soupira en retirant ses écouteurs. Puis sans lui adresser un regard elle lança :

« J'en ai marre de Lisa. Elle passe son temps à se plaindre d'absolument tout. Et j'arrive pas à assumer les cours de danse, le boulot de serveuse, les pleines lunes et en même temps les crises de gamine qu'elle passe son temps à piquer dernièrement. C'est ma sœur et je l'aime mais…

-Mais ?

-Mais j'ai une terrible envie de lui arracher la tête parfois. »

Un sourire se dessina sur les lèvres de l'homme qu'elle capta du coin de son œil.

« Tu n'es pas la seule à éprouver des envies de meurtre. »

Elle n'était pas sûr à quoi il faisait référence, mais il lui suffisait de repenser aux éternels disputes entre le grand-père et le petit-fils pour effectivement se dire que niveau pulsion meurtrière ils devaient être au top tous les deux.

Il s'écoula encore plusieurs minutes dans le silence… Mira ne remit pas ses écouteurs, décidant de profiter des bons goûts musicaux de son compatriote assit à côté d'elle.

« Pourquoi continuer de vivre seuls tous les trois dans ce cas ? Le vieux serait ravi de vous réaccueillir, et vous logeriez dans de meilleures conditions.

-Parce que… »

La jeune femme hésitait. Elle n'avait jamais vraiment expliqué à la meute pourquoi ils avaient besoin d'indépendance. Ils en avaient besoin, c'est tout… et la raison était confuse lorsqu'elle essayait de la formuler à l'oral…

Et puis elle ne le connaissait pas tant que ça. Même s'il était second dans sa meute, elle ne passait que peu de temps avec lui et n'avait jamais eu de vrais échanges, à part quelques discussions sur la musique et des banalités…

Pour une fois, elle ressentait comme un blocage pour lui parler alors que c'était peut-être la seule occasion de s'ouvrir qui se présenterait à elle…

Il sembla capter le doute car il ajouta :

« Tu n'es pas obligé de me le dire… »

Mais avant que la mise à distance ne s'agrandisse avec cette phrase, la jeune fille céda à une pulsion et posa sa main sur l'avant-bras de Luxus. Elle ne voulait pas qu'il se sente mise à l'écart ou indigne de confiance. Elle ne voulait pas le blesser, même indirectement. Elle ne savait pas pourquoi mais… elle ne voulait surtout pas qu'il se sente rejeté par elle.

Mirajane soupira et se tourna entièrement vers lui. Il tourna la tête dans sa direction, son masque d'indifférence accroché comme d'habitude à son visage.

Elle savait qu'elle avait l'air d'agir comme une gamine parfois. Et elle s'avouait intérieurement que cette partie d'elle la frustrait beaucoup… Mais elle n'avait jamais pu agir comme une véritable enfant, elle n'en avait pas eu le temps. Elle avait très tôt dans la vie, eu la responsabilité de deux êtres de sa famille encore plus jeunes qu'elle. Ils avaient traversé et réussi à survivre à un cauchemar ensemble… Et ce n'est qu'une fois qu'elle avait comprit qu'ils étaient tous en sécurité sous l'aile de Makaroff, qu'une fois qu'elle avait comprit qu'ils étaient protégés et que rien d'atroce n'allait arrivé à ses deux frangins… qu'elle avait put retirer sa carapace de mère poule surprotectrice. Et redevenir un enfant de son âge… même si cette expérience la marquait encore de façon définitive…

De sa maigre vie, elle avait apprit à ne se fier qu'à elle-même et à sa famille. Et maintenant… elle avait encore du mal à considérer la meute comme sa famille à part entière… et pourtant, c'était exactement ce qu'était une meute. Une grande famille.

Alors elle prit sur elle et ferma les yeux pour se concentrer. Elle chercha les bons mots pour s'expliquer…

« Quand on était gosse, et qu'on était perdu dans cette forêt… d'en l'En-dessous… Je rassurais Lisa et Elf avec tous les moyens à disposition… Et celui qui marchait le mieux était les histoires… Chaque fois qu'on avait trouvé un abri pour pouvoir nous reposer quelques heures, je leur racontais des histoires… et celle qu'ils préféraient c'était celle de notre future chaumière ensemble, à tous les trois. Je leur racontais l'agencement des pièces, le petit jardin avec le potager, la petite fontaine, je leur décrivais le chant des oiseaux au réveil, et le chant de ce fichu coq qui nous réveillera chaque matin… J'imaginais tout et je leur racontais, essayant de leur transmettre un peu d'espoir… je crois… j'en sais rien… c'était un rêve magnifique dont je doutais mais qui leur permettait à eux de poser un pied devant l'autre alors qu'on était au bord du désespoir. »

Elle sentit ses yeux s'embuer… Si elle continuait sa voix se casserait et elle commencerait à pleurer comme la dernière des gourdasses…

Pas question.

Elle se racla la gorge et continua son histoire. Luxus l'écoutait sagement.

« Bref. Cette chaumière imaginaire, c'était qu'une image bien sûr, mais c'était ce qui nous a permit de nous en sortir. Et lorsqu'on a enfin réussi à sortir de cette forêt maudite et que le vieux nous a sauvé, on a eu tout ce dont on avait terriblement besoin. Mais… Mais on avait besoin d'un endroit à nous, à nous trois. Alors lorsque j'ai eu la majorité, j'ai réclamé d'être louve. Et une fois louve, j'avais plus d'autorité. Et j'ai pu réclamer notre émancipation. Pour qu'on vive tous les trois ensembles. Enfin. »

Elle eut un sourire en repensant à tout leur parcours… Partir de si loin et en arriver à là, se disputant pour des broutilles… Ça voulait vraiment dire que leur passé était derrière eux. Qu'ils avaient réussi à tourner la page, à aller mieux. C'était peut-être le signe que tout s'arrangeait…

Sa main glissa le long de l'avant-bras de l'homme loup… Sa peau était chaude, étonnement douce… elle semblait si blanche sous les lueurs de la lune.

Il attrapa sa main et la garda serrée dans la sienne. Mira fut touchée par son geste de réconfort inattendu.

« Je pense que j'exagère. Lisanna n'est pas si terrible à vivre. C'est juste qu'en ce moment elle est de plus en plus insupportable pour je ne sais pas trop quelle raison, et que moi-même j'essaye de me dépatouiller avec mes propres problèmes…

-Ça ira. Vous vous en sortirez. »

Ils restèrent encore quelques minutes immobiles, puis Luxus se racla la gorge, mit fin à leur contact et se releva.

« Tu devrais lui parler. Et rentrer chez toi. »

Puis il était parti, sans attendre de réponse de sa part.

Mirajane soupira. Elle avait l'assiette de pâte dans les mains et se trouvait devant le bureau du grand blond. Elle l'entendait taper sur le clavier de l'ordinateur et savait qu'il savait qu'elle se trouvait derrière la porte.

Mais elle n'avait pas envie d'affronter son regard. Ni son indifférence.

Alors elle prit la plus lâche des décisions.

« Je pose ton assiette devant ta porte, et il en reste encore dans la casserole si t'as encore faim. Bonne soirée ! »

Il s'arrêta de taper. Mais avant qu'il ne se lève et ne puisse ouvrir la porte, elle s'enfuit en marchant vite vers la sortie. Elle mit ses chaussures, enfila son manteau et attrapa son sac. Elle avait un impératif maintenant, si elle ne voulait pas fondre en larme, c'était de s'éloigner de lui. Une fois qu'elle fut assez loin, elle saisit son téléphone.

« Kanna ? Je peux dormir chez toi ce soir ?

-Euh… oui bien sûr.

-Très bien. J'arrive dans une demi-heure.

-Ok bah à tout de suite. »

.

.

.

Ça n'allait pas du tout. La soirée ne s'était pas du tout déroulé comme elle voulait.

Distant et froid. Après cette chaleur amicale soudaine, il avait recommencé avec cette mise à distance horrible. Comme s'ils ne s'étaient pas parlé à cœur ouvert le soir d'avant, ou en tout cas comme si elle ne lui avait pas dévoilé des parts de son être qu'elle avait caché à tout le monde.

Toute la soirée elle avait essayé de se rapprocher de lui, tentant une blague, lui demandant ce qu'il était parti faire ce matin, où il avait disparu pendant le repas… Mais il n'avait rien dit, à part quelques hochements de tête. Il avait été absent de la pièce toute la soirée, totalement plongé dans ses pensées, l'ignorant.

Alors au bout d'un moment ça l'avait lassé. Elle avait pris sa douche et s'était couchée dans son lit en lui souhaitant bonne nuit. Mais même là il ne lui avait qu'à peine accordé un regard.

Levy se rassit sur son lit. Elle n'arrivait pas à dormir. Une fureur alimentait son esprit.

Pourquoi maintenant il commençait à être distant alors qu'ils avaient passé deux bonnes soirées ensemble juste avant ?

Après être resté muette et immobile pendant quelques minutes, elle soupira. Puis se rallongea. Ça ne servait à rien d'être en colère. Ça ne servait à rien d'être frustrée.

Alors elle prit la décision la plus courageuse et la plus incertaine qui lui vient à l'esprit. Elle s'enroula dans sa couverture et entra dans le salon.

L'homme brun était toujours habillé, même s'il avait troqué son jean pour un jogging plus confortable, et semblait en pleine recherche internet. La voyant immobile avec les yeux rivés sur lui, il l'interrogea :

« Quelque chose ne va pas ? »

Elle ne lui répondit pas et restait planter immobile. Il décolla son regard de l'écran, et pour la première fois de la soirée, lui adressa sa pleine attention.

Il essaya de décrypter son expression. De la neutralité. Avec peut-être un soupçon de colère ? Il n'était pas certain avec son tic à l'œil, mais même si elle tentait de ne montrer aucune de ses émotions, son esprit semblait être sur le point d'éclater.

Bon. Il avait fait quelque chose qui ne lui avait pas plu… Mais quoi donc ?

Son cœur s'arrêta de battre pendant une seconde. Elle ne pouvait quand même pas s'être rendu compte qu'il pouvait entrer dans son esprit…

Non. Gajeel se rassura. Si elle s'en était rendue compte, elle ne serait pas aussi calme. Elle aurait pété les plombs et aurait tenté de le massacrer. En tout cas c'est ainsi que lui aurait agi. C'était autre chose.

Mais il ne savait pas quoi.

« Tu… ? »

Il n'arriva pas à finir sa phrase. S'il lui demandait si elle était en colère, et qu'elle ne l'était pas, peut-être qu'elle l'interpréterait mal et se mettrait en colère. Et si elle était en colère, ça ne pourrait que renforcer son énervement.

« Tu veux t'assoir ? »

Il s'assit à l'extrémité du canapé, lui laissant l'autre de libre. Doucement, avec une petite mine suspicieuse, elle s'avança vers lui et prit place à côté.

« Qu'est-

-Tu m'as ignoré toute la journée et toute la soirée. »

Il haussa un sourcil face au ton accusateur.

Elle rougit et soupira.

« Je pensais qu'on c'était rapproché… enfin vu qu'on est ami, je pensais qu'on allait discuter ou au moins échanger quelques mots ce soir mais… mais tu ne m'as pas du tout approché, c'est comme si je n'existais pas de toute la journée, encore un peu et tu m'aurais peut-être oublié et laissé à la base. Je suis juste un peu triste de cette mise à distance… »

Le cœur de Gajeel rata un battement.

Elle le considérait comme un ami.

Une pulsion douloureuse affronta un soulagement dans sa poitrine. Soulagement car elle voulait seulement se rapprocher de lui et lui parler, comme deux personnes normales en somme. Pulsion douloureuse car « ami » est un terme qui quelque part ne lui plaisait pas.

Il voulait être plus.

Il grogna et se prit la tête entre ses mains.

Ça n'allait pas du tout. Il fallait qu'il se calme. Et qu'il se rafraichisse les idées.

« Une bière ça te tente ?

-Une bière ?

-La boisson alcoolisé à base de plante.

-Mais… je me suis déjà brossée les dents.

-Tu te les brosseras une nouvelle fois, ça ne te fera pas de mal.

-Qu'est-ce que tu insinue ? »

La bouille qu'elle afficha en plissant les yeux de façon exagérément suspicieuse lui provoqua un petit sourire qu'il tenta de maîtriser.

« Rien du tout. Mais vu l'odeur d'ail que tu sentais… même si j'avais le vent en face je sentais ton odeur.

-Quoi !? Mais c'était la sauce de Mira ! Dans les pâtes ! c'est hyper bon !

-J'ai jamais dis le contraire. »

Elle tira la langue puis sembla songeuse.

Entre temps il s'était redressé et avancé jusqu'au frigo.

Lorsqu'ils avaient fait les courses, elle l'avait vu mécaniquement prendre un pack de bière et le mettre dans le chariot. Sans penser qu'ils en boiraient à deux le soir d'après…

« Alors ?

-J'en veux bien une aussi s'il te plait. »

Bah autant se jeter à l'eau. Elle était jeune, mais surtout elle était louve. Ce n'était pas une bière, ni même cinq, qui la mettrait hors de ses moyens.

Il s'installa en face d'elle et utilisa une de ses bagues pour décapsuler la bière. Il la lui tendit sans la regarder, semblant ruminer quelques idées sombres… A quoi pouvait-il bien penser ?

Soudain il la regarda longuement. Mal à l'aise Levy prit une longue gorgée pour tenter d'échapper à son regard.

« Et donc… euh… ça va ?

-T'as pas une question encore plus gênante et bizarre à poser ? »

Elle sentit ses joues rougir. Elle se sentit bête et inutile. Elle était vraiment nulle pour faire la conversation… Elle aurait dû rester dans sa chambre et ne pas l'embêter… Elle ne savait même pas d'où venait cette soudaine force… cette énergie qui lui avait insufflait assez de courage pour aller contre ses instincts de petite souris pour tenter d'aller se lier d'amitié avec le grand dragon…

« Désolé. »

Elle écarquilla les yeux. Ce n'était pas sa voix. Ce n'était pas elle qui venait de s'excuser.

C'était Gajeel.

Il s'était adossé contre le fauteuil et regardait vaguement par la fenêtre. Ses mains semblaient jouer avec sa bouteille en verre… de façon nerveuse ? Il avait l'air embêté.

« Je ne suis pas fait… je ne suis pas fait pour être un chien de compagnie. Je sais faire parfaitement le chien de garde, je sais me battre, je sais aboyer et je sais protéger. Je sais tuer également, et blesser. Je ne sais pas être agréable, je ne sais pas être compatissant, je ne sais pas être la gentille personne que tu voudrais que je sois. »

Puis il la regarda dans les yeux.

Il avait l'air d'être neutre, son expression clamait qu'il était intouchable et que tout ce qu'il se passait lui passait au-dessus de la tête. Mais dans ses yeux… Elle vit un tremblement. Léger. Imperceptible, qui ne dura qu'une seconde… Un doute, une douleur. Quelque chose qui n'était pas d'accord avec ses propres propos.

Elle ne s'y attendait pas. Mais cette légère confession, cet unique morceau de lui qu'il avait bien voulu partager avec elle… avait dut lui demander énormément.

Levy sourit très légèrement. Un petit sourire rassurant, un sourire léger.

« Je sais. »

C'était tout ce qu'il y avait à dire. Surtout pas un mot de plus.

Il s'éclaircit la gorge et prit une longue gorgée à son tour.

« Et sinon comment c'est passé ta journée ? »

.

.

.

Note de fin : héhéhé… (ceci est un rire très nerveux)

Tout d'abord les réponses aux commentaires ^^ :

Cicidy : c'est une peu violent de souhaiter ça xD m'enfin je te comprends u.u… les méchants sont de vraies têtes à claque parfois. Et concernant xD nos deux protagonistes principaux je vais les faire encore tourner un peu l'un autour de l'autre. Déso pas déso ?

Timelina27 : j'ai l'impression de n'épargner aucun personnage x) concernant l'enfance pas facile… mais ça fait plusieurs thèmes à aborder comme ça ! Et tkt 😉 on le saura bien assez tôt le contenu des conversations !

Elfania : Merci pour tes gentilles paroles ^^ voici la suite !

Nananou : LA SUITE EST LA LA SUITE EST LA LA SUITE EST LAAAAAAA xD… plus sérieusement désolé de l'attente, je fais au mieux 😊 profite bien de ce chapitre !

Dragmara Fairy : NAN ! Que nenni, je n'ai pas abandonné ! Je te conseille les bouquins de l'univers de Mercy Thompson ils sont très bien ^^ et comme c'est plutôt connu c'est souvent disponible dans les bibliothèques !

Celemnia : Bonsoir 😊, très ravie que ça t'ai plu ! Je t'avoue que c'est en recevant ce commentaire que je me suis dis « pu**** on est en août j'ai toujours rien posté ! »… donc merci à toi !

Ensuite je tenais à remercier tout le monde, les lecteurs de l'ombre, comme ceux de lumière (waaahou), ça me fait toujours très plaisir de recevoir un petit commentaire… ^^

Je suis vraiment désolée de poster de façon… si atrocement éloignée et distendue ? Je fais au mieux. J'ai déjà les grandes lignes de l'histoire depuis le début, je sais comment ça va « finir » et je connais les événements importants x) mais ça ne simplifie pas pour autant l'écriture.

J'ai écris quelques chapitres d'avance pendant le confinement du covid-19, et je m'étais dis que je finirais la fiction en entier avant de la poster à nouveau… mais j'ai finalement décidé de vous livrer mes quelques chapitres d'avance pour l'instant. Vous l'avez mérité.

J'écris quand j'ai envie, parfois je me force, ne serait-ce que pour quelques mots… mais si j'insiste trop, les mots me semblent sonner faux, l'histoire s'embrouille et j'efface tout ce que j'ai écris en soupirant.

Je vous remercie encore une fois de lire mon histoire et de passer du temps dessus, ça me fait beaucoup de bien ^^ !

Check du coude ?