Et si, Chapitre 16 : Les hommes…
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Les hommes. Quelle bande de connards aveugles ! grogna doucement entre ses dents Kanna.
« Je suis désolé de te déranger.
-Tu ne me déranges absolument pas ! »
En plus j'avait totalement oublié les ordres de Luxus concernant le fait qu'on n'avait plus le droit d'être tout seul…
« Je suis quand même désolé d'envahir ton espace personnel.
-Bah dans tous les cas le grand manitou m'a engueulé ce matin parce que je me suis baladé seule dans la forêt, et j'étais censée rentrer avec quelqu'un ce soir et ne pas rester seule dans mon appart. En vérité tu m'arranges !
-C'est Luxus le grand manitou ?
-Qui d'autre ? »
Un petit sourire brisé coiffa les lèvres de Mirajane pendant qu'elle rangeait son côté du lit double. Ce qui confirma les soupçons de Kanna.
Il n'y avait qu'une personne qui avait autant de pouvoir sur une femme. Et pour Mira, c'était leur 1er lieutenant.
Si jamais je l'attrape celui-là, je lui colle un pain… pensa-t-elle.
Non, tu ne feras rien.
Ah et pourquoi ça ?
Parce que sinon il te brisera les os… susurra sa sœur louve dans sa tête.
Ah. Pas faux.
De toute façon, sa louve ne lui permettrait jamais d'être ouvertement agressive envers Luxus. Bien trop haut dans la hiérarchie comparée à elle, bien trop puissant pour elle. Et même en supposant que sa louve comprenait les sentiments de l'humaine d'un point de vue théorique, ça allait à l'encontre de l'instinct du loup.
C'était ce qui chagriné tous les humains avec un partenaire loup dans leur tête. Parfois ils n'étaient pas libres de leur geste, de leurs pensées même…
Mais en voyant la délicate jeune femme se glissait dans les draps à côté d'elle, un faible sourire rassurant sur les lèvres… elle ne put s'empêcher d'éprouver de la colère.
Mirajane était la gentillesse incarnée. Elle était douce. Elle était forte, puissante. Elle était intelligente. Elle était cultivée. Elle était intéressante. Elle était tellement de choses merveilleuses… Tous les hommes se seraient sentis chanceux qu'elle ne s'intéresse qu'un tout petit peu à eux… Et le seul à qui elle s'est intéressée… l'a blessé. D'une façon ou d'une autre. Elle le sentait. Et ça la plongeait dans une espèce de furie…
Elle s'approcha de son amie et l'enlaça.
La jeune femme aux cheveux blanc ne s'y attendant pas, mit quelques secondes à répondre au soudain câlin. Flattant amicalement le dos de sa camarade, elle murmura doucement.
« Qu'est ce qui ne va pas ?
-Rien. Les hommes sont des cons. »
Accusation à vide, légère, sans fondement, de propriété générale, sans introduction ni conclusion. C'était bien de Kanna ça. Mira sourit un peu plus. Par cette affirmation, la brunette compatissait à sa douleur même si elle ne devait pas en connaître la vraie origine, tout en respectant son choix de ne pas vouloir en parler.
« Oui. Tous sans exception ?
-Oui.
-D'accord. Tous les hommes sont des cons alors. »
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La nuit était douce. Calme. Silencieuse.
Et la lune était haute. Perdant de son épaisseur au fil des nuits…
Il n'avait jamais vu Magnolia. C'était sa première visite dans la ville. Et elle sentait… plutôt bon. Une partie de son visage le picota de façon désagréable.
Elle sentait bon dans l'ensemble, mais il y persistait des traces de magie noir. Quelque part.
Il n'avait jamais senti l'odeur de sa magie. Il n'avait jamais compris ce que les loups y trouvaient à redire. Mais d'après eux il sentait la mort, la pestilence, la maladie, la putréfaction, la pourriture. S'il était né femme il aurait put être assez puissant pour camoufler cet indice énorme sur sa condition. Mais malheureusement sa condition masculine le privait de certains instincts magiques…
Peut-être que Polyussica connait un moyen pour que je dissimule mon odeur… pensa-t-il. Un baume, une mixture de plante…
La magie qui était en lui ne laissait pas des traces, pas comme son odeur corporelle. Sauf si bien sûr, il souillait un endroit en l'utilisant. Là, toutes créatures ayant un odorat adapté et suffisant pourraient l'identifier. Mais là les bêbêtes à fourrure de Magnolia mettraient du temps à l'identifier s'il restait en mouvement et qu'il ne cherchait pas à se faire remarquer…
De toute façon il n'était pas là pour se faire remarquer. Il devait juste enquêter…
Il fit taire ses envies internes et se dirigea vers le seul guichet ouvert de la gare ferroviaire.
Une femme d'une 50aine d'année regardait mollement un feuilleton sur une télévision d'un autre âge. Il tapota gentiment sur la vitre et s'arma de son sourire le plus engageant.
Les yeux de la femme passèrent de lui à l'écran, jusqu'à ce qu'elle se rappelle qu'elle était de service et que son travail était de répondre aux questions des voyageurs. Elle sembla mettre son feuilleton en pause à contrecœur et se tourna vers lui.
« C'est pour quoi ?
-Bonsoir ! Je me demandais si vous vendiez des plans de la ville ?
-Euh… Si vous'avez un téléphone j'peux vous donner le site pour le télécharger gratuitement.
-C'est que… je ne m'en sors pas trop avec les nouvelles technologies. J'aime bien la bonne vieille méthode du papier.
-Comme vous voulez. »
Avec un petit sourire charmeur, il déposa l'argent dans la paume de la vieille femme et s'empara du plan. Mais au moment de retirer sa main, il frôla légèrement la peau de l'humaine. Il vit ses traits se décomposer pendant une seconde. Elle grogna quelque chose dans une autre langue sans lui prêter plus d'attention.
Il lui souhaita une bonne soirée puis s'en alla très vite.
Sa marque commença à le démanger.
Il sortit dehors, espérant que l'air frais de la nuit l'apaiserait un peu. Ça ne marcha qu'à moitié, le vent frais qui s'engouffrait dans son cou l'apaisa effectivement, d'autant plus qu'il avait commencé à transpirer, mais son côté droit continuait à l'irriter.
Il se maîtrisa. Il savait que son tatouage maudit n'était pas visible des humains. Mais se gratter la moitié du visage jusqu'au sang aurait été quand même effrayant pour les quelques marauds qui étaient encore réveillés aux alentours de la gare.
Le jeune homme déplia le plan en tentant de maîtriser ses légers tremblements. Sa magie avait faim.
Après avoir déterminé une direction générale approximative vers le quartier résidentiel des riches à l'orée de la forêt, il se mit en route en rangent sa carte dans son sac en bandoulière, remontant sa capuche et en enfouissant ses mains dans ses poches de manteau. Il traça, plus qu'il ne marcha dans la ville.
Au bout de deux heures, il était beaucoup plus calme. La faim qu'il l'avait saisi s'était calmé, et son sentiment d'urgence s'était arrêté.
Repérant un banc de station de bus vide, il s'y arrêta et commença à se masser les tempes dans l'espoir de faire partir son début de migraine.
Sa vie n'avait jamais eu de direction bien droite comme pour la majorité des humains. En tout cas il n'avait jamais eu le souvenir de quelque chose de normal. Et avec la marque de magie noir qu'il avait, il ne pourrait jamais prétendre à une vie normale. Il s'y était résolu depuis longtemps, quand il était gamin encore.
Mais parfois, dans des nuits calmes comme celle-ci, il se sentait… presque normal. Comme un pion dans le paysage d'une ville endormie. Tranquille.
Les appels de son être à du contact humain étaient satisfait, sa faim d'essence vitale s'amenuisait, et son esprit semblait être purifié et libre… Il se sentait en paix.
S'il devait mourir maintenant, il n'y trouverait rien à redire.
Il se demandait presque pourquoi il avait prit la peine de continuer de vivre ces dernières années… c'était si simple de ne pas bouger et de se laisser aller… Il ferma les yeux…
Mais avant qu'il ne s'endorme, il perçut des bruits de pas sur sa gauche. Il tourna vivement la tête, ses muscles se tendant, prêt à sauter ou à déguerpir si besoin. Mais la silhouette ne lui accorda aucune attention, elle passa dans son dos et alla au bout de la rue où elle tourna et changea de direction.
Il força ses pulsions cardiaques à ralentir.
Ça n'allait pas du tout. La fatigue le prenait de plus en plus. Il avait failli s'assoupir dans une ville inconnue en pleine rue !
Il imagina la tête de la vieille Polyussica en train de le réprimander et de lui tirer les oreilles en lui gueulant que c'était dangereux et que la prochaine fois qu'il refaisait quelque chose de si stupide elle lui arracherait les oreilles au sens propre. Un petit sourire anima son visage déprimé quand il l'imagina en furie en train de le pourchasser avec un balai.
Il s'arracha du banc à contrecœur et reprit sa route.
Ça ne faisait que quelques mois qu'ils s'étaient rencontrés.
Alors qu'il tentait de remonter depuis plusieurs années ses origines, ses recherches le menèrent à une sorcière, une vieille sorcière misanthrope qui vivait dans une petite maison dans un petit village. La maison était située tout au bout de l'allée et de grandes haies semblaient protéger un tout petit et jolie jardin garnie de fleur. Plusieurs dizaines de pots de toutes sortes de fleur remplissait le devant de la maison et des petits buissons de rose rouge encadrés la porte.
A peine avait-il passé le portail du jardin dans l'idée d'aller toquer à la porte d'entrée, que toutes les fleurs s'étaient soudainement refermées et un cri strident avait agressé ses oreilles. Le cri avait semblé provenir de partout à la fois. Il s'était bouché les oreilles de ses deux mains mais c'est à peine si ça servait à quelque chose.
Malgré le bruit il tenta quand même de faire un pas en avant, vers la porte. Il avait reconnu là de la magie, une empreinte de magie flottait sur toutes ces fleurs et ce jardin, il avait peut-être déclenché une alarme…
… ou bien un système de défense, s'était-il dit, en voyant soudain des ronces de roses s'agrippaient avec force autour de ses chevilles nues.
« Il suffit ! »
Tout s'arrêta soudainement.
Précautionneusement, il enleva ses mains de ses oreilles. Le silence ne lui avait jamais semblé aussi reposant. Il ne se plaignit ni de l'alarme, ni des brûlures qui lui picotaient les chevilles, mais détailla attentivement la vieille femme qui se tenait devant lui.
Une mine sérieuse sur un visage qui semblait aigrie par la vie. Ses cheveux gris étaient tirés en arrière, retenu par un grand chignon dans lequel une étrange barrette en bois était planté. Elle portait une robe rouge et verte salie par la terre, et ses manches retroussées donnaient sur deux mains robustes qui tenaient un grand balai miteux.
Telle était sa première rencontre avec sa tante.
Gerald sourit à la lune en repensant à tous ces souvenirs.
Elle l'avait accueilli d'un air soupçonneux, comme s'il portait la peste avec lui. Mais elle l'avait quand même invité à prendre un thé chez elle.
Normalement il n'aurait jamais accepté de thé offert par une sorcière. Beaucoup trop de chance que le breuvage soit empoisonné ou comporte autre chose que du thé. Mais il avait désespérément besoin de réponses. Il avait vagabondé depuis trop longtemps, il avait cherché depuis trop longtemps, et même les loups n'avaient pas pu l'aider pour lui dire d'où il venait. Tout ce qu'il avait réussi à obtenir, c'est la description d'une femme atypique qui vivait dans une maison et qui avait été présente à l'enterrement de sa possible famille il y a bien des années.
Et cette femme il l'avait trouvé. Elle était en face de lui. Il était sûr que c'était elle.
Il avait besoin que ce soit elle.
Ils tournèrent longtemps autour du pot. Jusqu'à ce que la vieille femme en ait marre et qu'elle le pique avec une aiguille. Et avant qu'il ne réussisse à protester, elle plongea l'aiguille dans sa tasse de thé à elle et regarda fixement la petite gouttelette de sang se dissoudre dans le breuvage ambré.
Il avait massé sa main douloureuse en regardant attentivement le visage de la vieille femme. Apparemment elle voyait des choses dans sa tasse pour avoir un visage aussi stupéfait.
Après avoir longtemps contemplé la tasse, elle l'avait fixé du regard, se remémorant d'anciens souvenirs. Puis elle lui avait sorti :
« Tu es le fils d'Henry.
-Qui est Henry ?
-Il est mort. C'était mon petit-frère. »
Ils ne s'étaient pas jetés dans les bras l'un de l'autre. Il n'y a pas eu de retrouvaille avec des effusions d'amour comme il en avait tant rêvé quand il était gamin. Mais après un long silence Polyussica lui avait proposé de rester chez elle quelques jours. Et il avait accepté.
Puis il avait commencé à l'aider dans son jardin. Et les plantes avaient l'air de l'accepter. Alors la vieille femme s'était mise moins sur la défensive et avait entrepris de lui donner des leçons, sur les plantes et leur pouvoir.
Et au bout d'un mois elle lui a proposé de rester et de s'occuper de son jardin après sa mort. L'homme n'avait pas su quoi répondre alors il avait acquiescé de la tête. Sa seule obligation était envers les loups, qu'il avait promis de servir en échange de sa vie et de sa tranquillité. Le reste du temps il était libre…
Après plusieurs semaines de quiétude rythmées par les horaires du jardin et les railleries de la vieille, il avait réussi à trouver une certaine paix. Ça faisait longtemps qu'il ne s'était pas posé à un endroit plus de quelques jours. Et là…
Malheureusement le bonheur et la tranquillité ne durait jamais très longtemps. Le conseil des Alphas l'avait mandé en vitesse pour une mission. Il avait dut partir sur le champs, ne laissant qu'une lettre sur la table de la cuisine, s'excusant en silence de ne pas pouvoir rester l'aider comme il l'avait promis.
Mais la vieille comprendrait, il en était sûr. Elle savait qu'il avait des obligations auprès des loups, elle le pardonnerait d'être parti. Mais peut-être qu'elle l'accueillerait en le frappant avec un balai la prochaine fois, comme chaque fois qu'il faisait une ânerie.
Il s'était tellement perdu dans ses pensées, qu'il ne remarqua qu'au dernier moment qu'il était arrivé dans le quartier.
Alors c'est ici… se dit-il.
La maison avait l'air d'avoir traversé une tempête. Une tempête de poils et de crocs.
Le jeune homme prêta à peine attention au lampadaire cassé devant, et s'aventura dans la maison.
Tout semblait calme.
Après une demi-heure d'inspection infructueuse, il dut se rendre à l'évidence. Rien d'intéressant ne restait dans cette maison…
Il regarda la lune.
Si seulement elle pouvait lui indiquer ce qu'il cherchait exactement…
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« Non pas comme ça. »
Elle ne put empêcher un fou rire incontrôlable de prendre possession de son corps quand elle vit le grand homme faire le poirier devant elle avec son verre à la main.
Ce dernier sembla vexé et se remit en tailleur en face de la jeune fille sur le sol. Il la fusilla du regard en se réadossant au mur et lui tendit son verre :
« Ah oui ? Alors on fait ça comment mademoiselle-je-sais-tout ?
-Jvais te montrer. »
Un sourire espiègle passa sur les lèvres de la jeune fille et Gajeel déglutit péniblement. Après le petit pack de bière, comme la soirée se déroulait bien, il avait décidé de sortir son stock d'alcool dur. 6 bouteilles de vodka, 3 de whisky. Ils en avaient presque terminé avec la vodka et il n'en restait qu'une seule de whisky. Et même son métabolisme loup commençait à ramer.
Tandis que Levy… Levy semblait enfin se laisser aller. Il le sentait dans son esprit, il le sentait dans son corps… Elle avait l'air d'être détendue et de se sentir si bien… Et ces lèvres… Il devait vraiment arrêter de les fixer, mais c'était plus fort que lui, il n'arrêtait pas de tomber et retomber dessus.
Faut dire qu'il n'arrêtait pas de fixer son visage, et sur son visage il y avait ces lèvres espiègles qui le fixait.
Elle ricana en se levant, sans se douter une seule seconde de ce qui se tramait dans l'esprit de son camarade, et se pencha en avant, fesses en l'air. D'une main elle s'appuya sur le sol pour garder un semblant d'équilibre, et de l'autre saisi le verre de Gajeel en le regardant à l'envers.
« 'comme ça qu'on boit à l'envers ! »
Et sur ces mots elle fit lentement descendre le long de son gosier le fond d'alcool restant. Elle s'assit ensuite en tailleur devant lui puis posa le verre sur la table basse. Elle sentit ses joues se réchauffer en voyant le regard intense avec lequel il la regardait.
Vite ! Il fallait changer de sujet !
« A toi de me dire de choisir !
-Choisir quoi ?
-Tu dois me dire action ou vérité.
-C'est un jeu débile.
-Alors pourquoi est-ce qu'on en est au 3ème tour ? »
D'humeur joyeuse, elle alla jusqu'à lui tirer la langue. L'homme déglutit péniblement mais s'efforçât à ne laisser nulle émotion paraître.
Bon sang, une fois un peu d'alcool et elle se laissait tellement aller ! Plus aucune peur, plus aucune limite ! Ou du moins, plus les limites et la retenue qu'elle s'imposait tout le temps avec tout le monde. C'est comme s'il découvrait… une toute nouvelle personne. Une personne qu'il découvrait enfin.
Il l'avait vu terrifié en son compagnie. Il l'avait vu déterminé et en colère. Il l'avait vu triste et torturé par la douleur. Il l'avait vu compréhensive et gentille. Mais… c'était la première fois depuis ces quelques jours, qu'il la voyait aussi… heureuse avec lui. Epanouie…
L'alcool était-il un élixir magique !? (note de l'auteur : NON ! PAS DU TOUT ! Mais l'alcool désinhibe et permet aux gens coincés de se décoincer un peu, mais ce n'est pas une raison pour en boire trop !)
Il capitula.
« D'accord. C'est un jeu de collégiens débiles mais si c'est la seule façon pour que tu ne me fasses pas la tête : Action ou vérité ?
-Vérité ! »
Jeu débile ou pas, voir son sourire s'agrandir et ses yeux pétiller le réchauffa un peu. C'était lui qui provoquait ça. C'était sa présence qui provoquait ça. Pour une fois qu'il n'était pas un trou du cul avec elle… Au diable son honneur de grand méchant loup ! Son sourire valait bien ce petit sacrifice…
« Comment… Quel… »
Bon il n'avait aucune idée… Au bout de quelques secondes où il se tournait et retournait le cerveau pour poser une question légère et sans conséquence… Il commença à sentir une pression sur lui au moment où il vit que l'attente semblait légèrement entamer le sourire de la demoiselle.
Vite ! Vite ! Il devait trouver quelque chose !
Et puis son regard tomba sur ces lèvres… ces petites lèvres roses, légèrement gonflées car elle n'arrêtait pas de les mordiller… Qui avaient l'air si douce…
« C'était quand ton premier baiser ? »
Oh mon dieu. Il voulut se tirer une balle dans la tête quand il se rendit compte de l'absurdité et la stupidité de sa question. Comment est-ce que CA avait PU lui venir en tête !? Comment est-ce que ces mots avaient réussi à franchir son crâne et sa bouche !? Il était un loup de 30 PUTAIN d'année, COMMENT AVAIT-IL PU DEMANDER UN TRUC AUSSI CON ?!
C'était fini de lui… de sa réputation… elle allait lui rire au nez et le raconter à tout le monde. Il était peut-être temps pour lui d'arrêter l'alcool…
Quant à Levy, son cerveau semblait s'être mis en position d'arrêt. Ses yeux s'étaient grands ouverts et sa bouche faisait un O comme dans les dessins animés. Comme s'il fallait évacuer la vapeur de son cerveau embué d'alcool pour traiter l'information.
Gajeel venait… de lui demander quoi !?
Elle avait encore du mal à y croire mais… mais il affichait une honte tellement palpable qu'elle ne pouvait pas se tromper. Il avait vraiment posé cette question… il avait vraiment prononcer cette phrase de collégienne à voix haute !
Elle aurait pu en rire. Le taquiner. Mais elle sentit que leur relation n'était pas encore établie. Il était une bête qui se laissait difficilement approcher… Et malgré les énormes progrès qu'elle avait accompli en devenant aussi proche de lui ces derniers jours… il suffirait d'une petite moquerie pour qu'il se renferme tout aussi vite et ne se laisse plus approcher.
Alors elle prit sur elle, lui adressa un petit sourire et lui répondit sincèrement en passant outre la situation incongrue qui se présentait.
« En vérité… Je n'ai jamais eu de vrai baiser. J'ai eu un smack de la part d'un garçon quand j'étais en primaire mais je l'ai plaqué juste après parce qu'il m'avait laissé de la bave sur les lèvres.
-Vraiment ?
-Vraiment quoi ? »
Il n'avait pas l'air de savoir lui-même ce qu'il sous-entendait par là. C'était sois un « Vraiment tu n'as jamais eu de baiser » ou un « Vraiment tu as répondu à ma question sans te foutre de ma gueule ». Elle choisit la première option.
« Oui vraiment. Mais j'aime bien prendre mon temps, ça ne me dérange pas plus que ça ! »
Voyant qu'il restait toujours silencieux, elle remplit leurs deux verres d'alcool, but une gorgée du sien en tirant la grimace et lui dit.
« A toi ! Action ou vérité ? »
Il grommela un vérité sans trop de conviction.
Elle réfléchit. Les deux fois précédentes il avait répondu action. Cette fois, elle avait le droit à une question… donc ça devait être une bonne question dont la réponse était intéressante, et en même pas trop indiscrète si elle voulait qu'il y réponde…
Mh…
« Comment tu es devenu loup ? »
Elle se mordit les lèvres en voyant son regard s'assombrir et son visage changer d'expression. Elle regretta la question. Elle venait de tout gâcher…
Mais avant qu'elle ne puisse se dédire de sa question, Gajeel parla.
« Je suis devenu loup en réussissant à énerver suffisamment un autre loup pour qu'il me laisse à moitié mort dans la poussière.
-Pourquoi ? »
La jeune fille avait ramené ses genoux à sa poitrine et ses yeux n'exprimaient qu'une envie de comprendre… le comprendre et compatir à sa douleur avec lui. Il ne put faire autrement que répondre à sa demande.
« Parce que devenir loup à l'époque me semblait être le seul moyen pour ne pas être tué. Je… Quand j'étais gamin, enfin, quand j'avais dans les 14 ans il me semble, mes parents adoptifs ont été tué. Par ma faute. Car des gens me voulaient moi et que mes parents avaient refusé de leur dire où j'étais. Je sais juste qu'un jour, alors que j'étais dehors à faire je ne sais quoi, mon père m'a trouvé et m'a dit de ne pas rentrer à la maison. Il m'a dit de fuir pendant que lui allait chercher ma mère. De fuir loin. De me cacher. De me mettre à l'abris. C'est ce que j'ai fais. Je me suis tiré dans l'heure dans une autre ville. Le lendemain j'apprenais leurs morts dans les journaux. J'ai été vite retrouvé par une meute qui m'a protégé… »
Il lui jeta un rapide coup d'œil et se demanda s'il devait poursuivre… mais quelque chose en lui le forçat. Il en avait besoin. Il avait besoin de lui parler. Elle devait savoir d'où il venait.
« J'avais le choix entre retrouver le grand salopard qui m'avait abandonné… ou vivre par moi-même… le choix a été vite fait. J'ai volé ceux qui m'avaient accueilli et j'ai fui loin une nouvelle fois. J'ai changé plusieurs fois de nom. De ville. De métier. J'ai fréquenté des endroits pas fréquentables. Je m'en suis sorti comme j'ai pu en voyageant de ville en ville. Au bout de quelques années j'en avais marre d'avoir peur. J'en avais marre d'avoir la boule au ventre face aux monstres de la nuit… j'ai décidé d'en devenir un moi-même. J'ai trouvé un loup. Je l'ai énervé. Et dans sa folie il a accepté ma requête et m'a laissé à moitié mort. Et contrairement à ce qu'il s'attendait, je ne suis pas mort. J'ai changé. »
Elle le regardait calmement. Sans jugement. Il poursuivit en fixant le plafond.
« A force des années je suis devenu bien plus fort et mes poursuivants bien plus vieux… Je les ai découragé de me poursuivre, soit en les tuant, soit parce qu'ils avaient oublié l'intérêt qu'ils me portaient. Dans tous les cas ils ont cessé leurs attaques. Et après ça… après ça j'ai juste erré de villes en villes car je ne savais plus rien faire d'autre… A force de me méfier de tout le monde, je n'ai jamais réussi à être accepter vraiment dans une meute. Ou jamais pour très longtemps. Et malheureusement pour moi les loups sont des créatures sociables. Les loups ont besoin d'une meute. C'est un besoin aussi vital que boire et manger… Et c'est comme ça que j'ai atterri dans la meute de José. La seule qui était assez brisée pour accepter un monstre comme moi. »
Au-delà, ses mots se turent. Il ne pouvait pas tout lui dire. Il n'y arriverait pas. Il ne le voulait pas.
Lentement, elle se rapprocha petit à petit de lui, et s'assit à ses côtés en tailleur. Elle s'adossa contre le mur et posa lentement un bout de sa tête contre son bras.
Elle le comprenait. Elle ne le trouvait pas horrible. Elle compatissait à sa douleur. Elle compatissait à l'injustice qu'il avait vécu. Elle compatissait aux épreuves qu'un enfant ne devrait jamais avoir à traverser…
Elle compatissait et partageait sa souffrance, mais elle ne le plaignait pas. Elle ne s'apitoyait pas sur son sort. Elle était là avec lui, pour lui, pour qu'il ne se sente pas seul. Elle ne s'imposait pas. Elle restait juste là.
Il le sentait, même sa bête le sentait. Sa bête qui n'avait jamais été autre chose qu'un magma noirâtre de haine et de fureur… sa bête n'était plus qu'un loup fatigué et somnolent à ses côtés… Grâce à elle, il senti une paix l'envahir.
Il n'avait jamais parlé à personne comme ça. Il n'avait jamais pu accorder un tel niveau de confiance à quelqu'un. Il ne s'était… jamais senti aussi bien depuis des années…
Il aurait pu pleurer. Il failli pleurer… mais quelque chose restait verrouillée en lui.
Tu ne lui as pas tout raconté… tu ne lui as pas raconté ce que tu as fais par la suite… le monstre que tu as été…
La petite voix sournoise avait raison. Mais il n'était pas prêt. Il n'était pas prêt à ce qu'elle le haïsse.
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Note de fin : Et voilà le chapitre suivant ^^ ! J'espère que vous l'avez apprécié.
J'ai enfin introduit un personnage que je voulais introduire depuis longtemps, et la relation de nos deux protagonistes d'intérêts avance un peu !
Ah et, je suis désolé si je suis vulgaire et que ça dérange. J'ai l'impression d'avoir écris plein de grossièretés dans ce chapitre… Mh. M'enfin.
Celemnia : Merci à toi ! Très contente que ça t'ai rendu contente !
Cicidy : Merci pour le non-jeter de tomates… d'autant plus qu'en salade c'est meilleur. Luxus est… Luxus. Et du coup Gajeel a parlé à Levy… pas de tout mais il a parlé !
Guest : Peut-être qu'ils se rapprocheront encore plus très bientôt… 😉
Elfania : Merci xD et merci de ta patience… On a tous suivi des fanfictions dont les chapitres sortaient tous les 6 mois. 1 an. Voir plus !
Timelina27 : Thanks ! J'adore rendre les gens heureux !
Merci encore une fois à tous ^^ et je vous souhaite une bonne journée *^* faites attention à l'alcool hein, et buvez plein d'eau !
Bisous !
