Et si, Chapitre 17 : Inquiétude, anxiété et angoisse
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Erza avait toujours été quelqu'un de fort. En tout cas, aux yeux des autres. C'est l'unique morceau d'elle qu'elle laissait voir.
Elle devait être forte. Si elle voulait survivre, elle le devait. Dure. Intransigeante. Froide comme la pierre.
Elle avait écopé du surnom très ironique de « Dame des glaces » durant son bref passage en école militaire pour mineur. Ironique car ses cheveux roux faisaient davantage penser à du feu… Ou bien du sang comme le murmuraient jadis ses camarades. Ils avaient même inventé une théorie comme quoi en réalité elle avait les cheveux blancs et qu'elle les teignait dans le sang de ses ennemies pour ne pas se faire démasquer.
Inutile de dire qu'elle n'avait pas tenu plus de quelques mois dans cet environnement. Une bagarre qui avait mal commencé pour elle et pas si mal fini, lui a fait définitivement perdre le goût pour la branche militaire.
Elle avait été longtemps perdu dans son orientation. La seule chose dont elle a toujours été sur… c'est de sa soif de justice.
Elle avait pensé en premier lieu à faire une école de droit. Devenir avocat, procureur, juge. Faire régner la justice… Mais quelque chose l'avait bloqué. Elle savait qu'elle ne pourrait jamais supporter de relâcher un criminel par manque de preuve, ou condamner un innocent par erreur. Elle aurait été beaucoup trop emporté par ses sentiments… Ça ne marcherait pas.
Puis elle avait réfléchi à quelque chose d'un peu opposé. A la place de faire marcher son cerveau, elle pourrait se servir de ses muscles ? Elle avait éprouvé une fascination par l'ordre et la régularité dans l'armée. Elle avait même réussi au bout de plusieurs mois à persuader Makaroff, son père adoptif, de la laisser essayer… Mais elle avait vite laissé tomber.
Et pendant longtemps elle a été perdu. Puis la décision de devenir louve était venue naturellement. Quand elle a vu sa rivale de toujours réclamer le droit de changer… Elle a décidé de suivre Mirajane.
Il y a un peu plus d'une quinzaine d'année, la meute de Magnolia s'était composée petit à petit. Erza se souvenait encore de la petite bande de copain composé de Gildarts, Wacaba, Macao, Luxus et Fried qui venaient rendre visite à Makaroff de temps en temps. Et qui… peu après que Makaroff les ait tous recueilli, Mira, Elfman, Lisana, Grey, Natsu et elle, d'autres loups solitaires avaient été envoyé pour rejoindre la petite meute. Et en seulement quelques années, la meute s'était tellement agrandie, que le vieux sorcier avait cédé sa grande maison pour qu'ils en fassent le quartier général. Un endroit où, en tout temps, tous les membres étaient les bienvenus.
Erza avait adoré grandir entouré par tant de monde. Dans ce temps elle partageait une chambre avec Mira et Lisana, tandis que Grey, Natsu et Elfman en partageaient une autre. Il y avait également une chambre où dormait Makaroff, et une autre pour Luxus. Elle avait vu petit à petit l'amélioration de leur chez-eux, l'agrandissement du sous-sol pour que toute la meute puisse s'y retrouvait, la construction d'une grande cabane dans le jardin pour l'entrainement physique, la mise en place de grandes haies et de clôtures tout autour du petit domaine, l'aménagement d'une piscine extérieur dans laquelle elle s'était amusée tous les étés avec ses frères et sœurs adoptifs…
Se remémorer ce passé lui semblait être un rêve idyllique interdit et mort à jamais… Après sa transformation en louve tout avait changé.
Mirajane, Lisana et Elfman avaient déménagé quelques semaines après. Puis Natsu et Grey avaient commencé à se disputer de plus en plus. Elfman avait voulu devenir loup tout seul… Des problèmes avec la meute de José avaient commencé à survenir car ils en ont eu soudain marre de la campagne et s'étaient installés plus près de Magnolia, à la limite de leur territoire… C'était une provocation… mais en ce temps là la meute était moins nombreuse et avait moins l'opportunité de revendiquer plus de territoire… C'était en partie ce qui a précipité la suite des événements.
Elfman était devenu loup dès ses 18 ans pour être capable de protéger sa famille. Et les trois plus petits, dont les anniversaires s'étalaient sur quelques mois d'intervalle, s'étaient attendu pour changés ensemble… Makaroff n'avait pas eu le cœur à s'opposer, car ça aurait été injuste s'il avait accepté pour la moitié d'entre eux et pas pour l'autre. Alors le cœur lourd il avait laissé les trois derniers de ses enfants adoptifs faire leurs demandes à l'Alpha.
Peut-être était-ce parce que les trois premiers s'en était sorti… Ou peut-être était-ce parce que la meute de Magnolia n'avait pas l'habitude de recruter des membres de cette façon… Peut-être que Gildarts et Luxus avaient sous-estimé le danger…
En tout cas Erza se souvenait encore de la douleur qu'elle avait ressenti lorsque tout le monde s'était rendu compte qu'un des trois corps ne s'était pas transformé, qu'un des trois corps ne bougeait pas… L'Alpha avait mené la chasse, emmenant avec lui la meute et les deux nouveaux membres, mais Erza est restée avec sa sœur adoptive, la seule qui lui restait, pour pleurer celle qu'elles avaient perdu…
« Hey Erza ! Ça va ?
-Quoi ? Oui pardon.
-T'es sûr ?
-Oui ne t'en fais pas. Je pense que je vais aller piquer une tête dans la piscine ! Tu sais où sont rangés mes anciennes affaires ? »
Mirajane la regarda avec un air suspicieux mais lui indiqua un placard dans le couloir. La rousse la remercia et prit de quoi se baigner.
Elle s'était égarée dans ses pensées en regardant la jeune femme aux cheveux blancs faire comme si de rien n'était en cuisine, alors qu'elle sentait pertinemment par les liens de meute que cette dernière ne se sentait pas bien. Comment elle le savait ? Parce que Mira s'était encore plus refermée depuis hier et que son sourire semblait intact.
En repassant devant la cuisine après s'être mise en maillot de bain, Erza hésita. Même si Mira avait beaucoup changé après la mort de Lisana, notamment de style vestimentaire et de comportement, elle avait toujours été la même au fond concernant le fait de se livrer. C'est-à-dire qu'elle ne le faisait pas. A personne. Jamais. Ou alors très rarement… si rarement qu'Erza pouvait compter sur les doigts d'une main le nombre de fois où elle était venue lui parler pour se confier.
Elle ne pouvait pas la forcer à parler. Certes.
« Mira ?
-Mh ?
-Je suis dans la piscine si… tu as besoin de moi.
-Je me doute bien que c'est pas pour faire les courses que tu t'es habillée ainsi. »
Erza leva les yeux au ciel et sourit. Si elle plaisantait encore c'était que ça devait aller…
En tout cas, aujourd'hui elle était de repos, Luxus qui était son boss au travail et son supérieur dans la meute lui avait laissé ce lundi.
Et elle comptait bien en profiter !
Sur ces bonnes pensées, elle plongea dans l'eau rafraichissante de la piscine.
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Gajeel soupira. Regarda à nouveau sa montre. Et soupira de nouveau.
Le 1er lieutenant, aka le grand blondinet en chef, avait décidé que Levy serait sous garde alternée Grey le matin à la fac, Elfman l'après-midi à la boutique, et lui le soir et la nuit.
Luxus avait avancé le fait qu'il fallait que Gajeel puisse se reposer, et qu'il fallait qu'ils se laissent, lui et la crevette, de l'espace pour que l'atmosphère ne soit pas trop étouffante, mais le loup en lui voyait clairement ce que c'était. Un éloignement. Une mise à distance.
Un avertissement aussi.
Il n'avait aucune preuve bien sûr, et le blondinet n'en avait aucune non plus… et la crevette n'était pas du genre à parler et à laisser échapper ce genre d'information… mais il sentait que Luxus savait qu'ils avaient dormi ensemble. Et il sentait que ça n'était pas du goût du 2nd de la meute. Ni de la grande majorité de la meute d'ailleurs.
Et comme à par ses suspicions il ne devait avoir rien d'autre, il a décidé de les séparer toute la journée. Et quelque part au fond de lui… ça énervait Gajeel.
Grey et Elfman étaient forts. Il le savait, il le sentait en eux. Mais… Ils se sont tous les deux fait surprendre et agresser il y a quelques jours. Ils avaient échoué à se protéger eux-mêmes.
Comment pourraient-ils être capable de protéger Levy ?
Gajeel grogna et sentit l'agacement le gagner.
Il se leva et commença à tourner en rond.
Il n'avait rien à faire. Ça allait le rendre fou.
D'abord l'Alpha lui enlève sa mission principale puis lui en donne une autre. Et ensuite son second lui enlève cette autre mission, tout en refusant son aide pour la première, l'écartant de toutes tâches où il aurait une utilité.
Le rendant inutile. Et il détestait ça.
Il regarda l'horloge. Il n'était que 10h. Ca ne faisait même pas 3h que la crevette était partie en cours accompagnée du glaçon.
Le grand loup soupira de nouveau.
Quelque part il savait qu'il devrait en profiter. Pour dormir. Pour dormir bien. Que ça faisait plusieurs semaines, presque deux mois qu'il ne dormait que d'un œil, et il était épuisé au fond de lui. Mais il avait tellement pris l'habitude d'être dans cet état de vigilance… il avait passé la majorité de sa vie ainsi. C'était un état qui lui semblait normal.
Mais là il ne pouvait pas. Il ne se sentait pas tranquille. Il s'inquiétait pour sa protégée, toutes ses pensées étaient tournées vers elle. Si seulement…
Soudain il posa son front contre le mur. Qu'il était stupide. Il n'avait même pas pris le temps d'enregistrer le numéro de la gamine… Il n'avait même pas son numéro de portable… Oh bon sang… Il eut envie de se flinguer.
C'était si stupide.
Si il avait son numéro… il aurait au moins put lui envoyer un message pour lui demander si tout allait bien… et…
Putain mais qu'est-ce qu'il pouvait être con !
D'énervement, il envoya sa tête contre le mur, espérant que la douleur le soulagerait un peu.
Mais… se reculant un peu pour voir son résultat… il se sentit encore plus mal.
Un léger creux déformait le mur maintenant. Un creux à hauteur de sa tête et de quelques centimètres de profondeur. Il eut encore plus envie de se flinguer.
Gajeel s'assit sur le sol de désespoir.
Il ne se reconnaissait plus. Ça l'énervait encore plus.
Il n'avait jamais prêté grand intérêt aux autres, il ne s'était jamais vraiment inquiété pour les autres… Il n'avait jamais vraiment eu à s'en faire pour Jubia non plus, elle était une fae puissante qui se débrouillait très bien toute seule… Et sa famille et ses amis d'enfance il ne s'en souvenait presque plus, il avait été un enfant dans ce temps-là, un humain, tout avait été différent de maintenant…
Et là… là il se sentait faible, vulnérable, mais pas pour lui, pas physiquement. A cause de la crevette…
Parce que s'il lui arrivait un malheur il ne serait pas là pour la protéger. Et qu'il ne savait même pas…
D'un coup il se releva. Puis ouvrit l'application maps sur son téléphone.
Il venait de se rappeler pourquoi il avait oublié de prendre le numéro de Levy, et pourquoi il ne s'était pas autant inquiété hier alors qu'ils n'avaient pas été ensemble la matinée… Parce qu'il avait toujours une perception fine de sa conscience…
Alors que là… là il n'avait que le bourdonnement classique qu'il avait avec les autres membres de la meute.
Il jeta un coup d'œil à la carte. Au jugée et à vol d'oiseau, la distance Fac-Appart de Levy devait faire le triple de la distance Appart-QG de meute. Il ferma l'application et soupira de nouveau.
Ainsi… la distance permettait bien à la crevette de l'empêcher de plonger dans ses pensées… ça ne le surprenait pas vraiment, il s'y était attendu… Mais ça le frustrait quand même. Malgré la culpabilité qui l'assaillait la seule fois où il avait pénétré dans son esprit, et les autres fois où il sentait son esprit et ses émotions les plus fortes… il avait trouvé ça bien pratique, surtout si il devait être son garde du corps. Perdre ce petit avantage sur ses ennemis le frustrait.
Si seulement il avait son numéro…
Il parcouru d'un regard sa liste de contact. Il avait le numéro de Gildarts, de Luxus, d'Erza et de Mirajane. Ainsi que de Fried car ce dernier l'avait contacté il n'y a pas si longtemps. L'Alpha n'était même plus sur le continent, et en plus il détestait la technologie, Luxus le haïssait, et Erza il ne l'avait jamais vraiment approché…
Mais Mirajane en revanche… Mirajane avait toujours été gentille et polie avec lui. Peut-être… Peut-être bien qu'elle pourrait lui donner le numéro de la gamine sans faire d'histoire et sans trop le questionner…
L'homme aux cheveux noirs resta longuement devant son téléphone, avec le contact de la jolie femme affichait sur son écran.
L'appeler et demander le numéro de Levy serait inhabituel de sa part. Ça lui ferait se poser des questions… et en même temps…
Oh et puis merde. Entre rester dans cet état où il était incapable de sortir la gamine de sa tête et risquer que Mira se fasse des idées, il venait de faire son choix.
Il cliqua sur appeler et colla le téléphone contre son oreille en écoutant les tonalités en silence…
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« Erza ! On passe à table !
-J'arrive ! »
La rousse sortit de l'eau et se sécha.
Elle percevait d'ici la bonne odeur de viande de Mirajane. Et dire qu'il y a quelques années cette dernière faisait systématiquement brûler tout ce qu'elle cuisinait… elle s'était très bien améliorée ! Si bien que la jeune femme se dépêcha de se sécher et de se diriger vers la petite table de la terrasse.
Mais en arrivant devant, elle se figea.
Un invité de dernière minute était là, avec une aura noire qui planait autour de lui.
« Ah oui ! Gajeel a eu la gentillesse de m'avoir aidé à faire les courses, je l'ai invité à déjeuner avec nous ! »
Le-dit invité semblait plus être pris au piège qu'invité à ses yeux mais… bon.
Erza installa sa serviette sur sa chaise et s'assit en face du loup qui la fixa elle. Elle plissa légèrement les yeux d'avertissement et il détourna le regard.
Une tension inconfortable s'installa.
Erza n'avait pas l'idiotie de croire que Gildarts ou Makaroff s'étaient tous deux trompés sur la décision d'inclure Gajeel, un ancien ennemi dans leur meute si celui-ci n'avait pas quelque chose à apporter et s'il n'était pas fiable. Mais au fond d'elle elle se méfiait quand même de lui. Parce qu'elle ne le connaissait pas, parce qu'il n'était jamais là aux événements communs de meute, et parce que rien en lui n'inspirait confiance.
C'était des préjugés sur son apparence certes… mais elle n'y pouvait rien. Sa louve restait sur ses gardes, d'autant plus que…
Bon sang ! La blanche avait vraiment eu une idée stupide !
Mira et elle se connaissaient depuis longtemps, il n'y avait plus de rivalité entre elles concernant qui était au-dessus de qui dans la hiérarchie… Mais Gajeel lui était très proche d'elle dans cette même hiérarchie et sa place était parfois flou. Et surtout, elle ne lui faisait pas confiance.
Sa louve gronda en elle. Se mit sur ses gardes, prête à bondir.
L'homme se releva d'un coup.
« Je n'ai pas très faim, je pense que je ferais mieux de m'en-
-Rassis-toi. »
L'ordre claqua et même la rousse sentit l'onde de pouvoir de Mirajane.
Puis l'air de rien elle déposa le bol de salade sur la table et commença à servir tout le monde.
Le silence était pesant. L'homme ne semblait pas savoir quoi dire et évitait tout contact visuel avec les deux femmes. Ses yeux étaient rivés sur son assiette, et il semblait avaler tout ce que la blanche lui mettait dedans. Erza s'efforçait à ne pas paraître hostile mais elle n'arriva pas à se détendre de tout le repas. Quant à la dernière… elle souriait tout en dégustant son steak, comme si de rien n'était. Quelque part au milieu du repas elle parla.
« Au fait, tu as des nouvelles de Gildarts ? Quand est-ce qu'il revient plus précisément ?
-Aucune idée. Luxus m'a juste dit qu'il ne reviendrait pas à temps pour la pleine lune.
-Ah. »
La discussion retomba tout aussitôt. La jeune femme sembla perdre son petit sourire et cela attrista la rousse. Qu'est-ce qu'elle avait dit ? C'était parce qu'elle avait clôt la discussion sans la développer alors que sa camarade tentait de détendre l'atmosphère.
Pensant bien faire, elle tenta de se rattraper.
« Mais je suis sûr que Luxus se débrouillera très bien pour mener la chasse jeudi soir.
-Oui. Bien sûr. »
Et la discussion retomba une nouvelle fois.
« Si tu veux je pourrais lui demander après par message.
-Ça pourrait être une idée. Au fait comment ça avance avec ta traque Gajeel ? »
L'intéressé leva les yeux, légèrement méfiant, et les posa sur la blanche. Quant à Erza elle sentit que quelque chose avait changé… sa camarade avait changé le sujet de la conversation.
A cause de la pleine lune ? Ou à cause…
Erza prit son verre d'eau tout en surveillant attentivement l'homme face à elle.
« Et bien elle n'avance plus depuis qu'on m'a assigné le rôle de garde du corps.
-Pourquoi tu n'es pas avec Levy dans ce cas ?
-Parce que Luxus a décidé qu'il fallait que j'alterne avec Grey et Elfman. »
La rousse jeta un rapide coup d'œil à Mira qui semblait jouer avec la nourriture dans son assiette, et continua.
« Et… où d'après toi… José a disparu ? »
Pendant une seconde, le brun refixa dans les yeux la rousse. Il semblait partagé. Comme s'il n'était pas sûr de vouloir partager l'information… Ou un sentiment proche, car il était très difficile de comprendre ce qu'il se tramait derrière son visage très inexpressif.
« Aucune idée. Je n'ai trouvé aucune trace. Et personne de mes contacts ne l'a aperçu durant ces derniers mois. C'est comme s'il avait disparu à la fin de la bataille.
-Tu n'as aucune idée ?
-Il pourrait très bien s'être échappé au bout du monde dès les premiers jours. Ou bien il se planque pas loin, attendant une occasion de se venger.
-Et comment ça pourrait être possible ?
-La crev-…. Levy a avancé la possibilité qu'il ait eu recours à la magie. Mais ça pose un autre problème car José arbore la magie.
-Mh… Et concernant les autres fuyards ? Ils ne savent rien ? Il me semblait qu'on les avait rattrapé ?
-Ils ont été attrapé et interrogé. Mais, tout comme la première fois où je les avais interrogé… ils ne savent rien. »
Un sentiment d'impuissance et de frustration prit possession d'Erza.
Elle n'arrivait pas à dormir avec le cœur léger. Elle n'arrivait pas à s'enlever cette impression d'urgence dans sa tête. Elle avait toujours l'impression au fond d'elle qu'une catastrophe allait arriver… et elle avait par-dessus tout peur d'avoir raison.
C'était insidieux. C'était caché au fond d'elle…
Jamais tranquille… Jamais totalement paisible… Jamais libre.
Lorsqu'elle marchait dans la rue elle était toujours sur ses gardes, observant tous les humains devant elle. Chaque fois qu'elle rentrait dans un lieu fermé, elle essayait de repérer toutes les portes de sortie. Chaque fois qu'elle se déplaçait quelque part, elle embarquait avec elle un pistolet et elle devait adapter toute sa garde-rode à cet accessoire pour qu'il ne se voit pas.
Une des raisons pour laquelle elle se sentait si fragile à l'instant, c'était parce qu'elle s'était forcée à ne pas porter son arme et à la laisser dans le salon.
Et une petite voix au fond d'elle ne cessait de murmurer : « si jamais tu ne l'as pas et que tu en as besoin… si jamais tu viens à oublier ton arme… Si jamais tu viens à regretter parce que tu ne l'as pas avec toi… si jamais quelqu'un meurt ou est blessé devant toi maintenant… tu ne te le pardonneras pas… »
Erza se força à respirer calmement. Elle sentait la panique. Elle sentait la panique qui montait doucement en elle. Elle sentait des mains noires, visqueuses tentaient de la tirer en arrière… au fond… Elle sentait que son corps se glaçait, se vidait… doucement… lentement… comme une chambre hermétique dans laquelle s'infiltrait l'eau… et elle était dans cette chambre… elle était dans son esprit… Elle…
Soudain une main chaude et douce se posa sur sa cuisse. Et une voix féminine résonna.
« Gajeel aurais-tu la gentillesse de rapporter et de ranger dans le frigo les restes s'il te plait ? »
La rousse se força à prendre de longue inspiration pour tenter de contrer la panique en elle.
« Erza regarde-moi. »
Ce n'était qu'un chuchotement. Un chuchotement apaisant. Elle se força à se concentrer tout entière sur cette voix.
« Tout va bien. Tu n'es plus là-bas. Tu es ici, sur la terrasse du QG, au soleil. L'air est chaud et doux. Le jardin autour de toi est verdoyant. Le ciel est bleu. Regarde. »
Et elle regarda. Effectivement. Effectivement elle n'était pas là-bas.
« Voilà… tout va bien. Je suis avec toi. Respire profondément. »
Après quelques minutes à respirer, Erza se sentit mieux. Elle sentit la chaleur du soleil à nouveau. Elle sentit les odeurs de l'herbe, de la terre, des arbres, des fleurs… Elle entendit à nouveau les chants lointains des oiseaux et des voitures…
Elle s'était calmée.
Elle se releva soudainement et se précipita dans le salon. Elle ne prêta aucun regard à l'homme brun, elle ne prêta pas attention à ses pieds sales sur le tapis et elle se précipita sur ses affaires. Elle saisit l'arme entre ses mains.
Son poids la rassura.
Elle vérifia le chargeur plein et intact, enleva et remit la sécurité, puis colla l'arme contre son front.
Si Erza devait se montrer toujours aussi forte, c'était parce qu'elle se sentait faible, si faible au fond d'elle.
Encore hanté par ses cauchemars, par ses traumatismes, par ses propres démons… alors que tout ça c'était fini il y a plus de 15 ans… elle se sentait si faible, si stupide d'être encore sous leurs influences… Elle se haïssait pour ça.
Elle s'assit au sol quelques secondes.
Elle ne pouvait pas flancher. Pas maintenant. Jamais.
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Juvia sentit son petit cœur s'accélérer quand elle le vit s'avancer dans sa direction.
Elle se recula précipitamment et s'engouffra par la première porte qu'elle trouva.
Son petit cœur battait vite et elle sentait une petite chaleur au niveau de son visage. Ciel ! Ça faisait tellement longtemps qu'elle ne s'était pas sentie comme ça…
Tout son être semblait trembler et perdre de sa force à ses côtés… elle avait l'impression qu'elle pourrait se transformer en flaque en sa présence… en fondant de bonheur…
Juvia leva le regard et toute son aura romantique disparut.
« Euh… c'est les toilettes des hommes ici. »
Devenant toute rouge face au jeune étudiant gêné, elle se précipita vers la sortie…
… et se cogna pile contre un torse.
Le t-shirt blanc sentait l'homme et elle eut l'impression qu'elle allait s'évanouir… Pendant un instant elle se vit dans les bras de son homme, qui la rattrapait tel un chevalier galant, tout en lui demandant si elle allait bien…
Et à la place de deux magnifiques prunelles sombres… Elle tomba sur deux yeux ordinaires marrons.
Ce n'était pas Grey.
Elle se redressa précipitamment et se dirigea vers la porte d'à côté. Puis elle s'enferma dans une cabine de toilette pour handicapé.
Stupide, stupide, stupide…
A chaque mot elle cognait son front contre la porte.
« Tout va bien là-dedans ? »
Super. Aucune intimité. Aucune discrétion.
Elle n'arrêtait pas de faire des erreurs de débutante… Pourtant elle était douée pour prendre les gens en filature et se faire discrète… comment pouvait-elle s'être fait surprendre deux fois en moins de deux minutes ?
« Oui. »
Autant répondre et attendre que l'autre humaine s'en aille…
Peut-être que Juvia devait réajuster son glamour ? Elle l'avait changé au début de sa filature pour rendre ses traits plus communs, ainsi que changer ses cheveux et ses habits. Mais après tant d'erreur elle pourrait s'être fait remarquer… mais dans le même temps changer de glamour allait lui prendre encore plus d'énergie et elle se fatiguerait bien plus vite.
« Tu as besoin d'aide ? De quelque chose ?
-Non. »
Bon sang, pour une fois qu'elle aurait bien voulu avoir un humain classique qui s'en foutait des autres… Pourquoi cette gamine ne voulait-elle pas la laisser tranquille !?
Il s'écoula plusieurs minutes avant qu'elle n'entende enfin la porte s'ouvrir et la jeune fille s'en aller.
Enfin.
La jeune femme sortit et se regarda dans le miroir.
Elle était méconnaissable. Ses joues étaient pleines, son nez était plus petit et aplatis, ses mâchoires semblaient carrées et ses cheveux bruns mi-long n'avait rien de particulier. Et les lunettes d'intellos sans correction qu'elle portait rajoutait de l'invisibilité à son déguisement. Elle était une jeune fille comme les autres, sans rien de particulier. Même ses vêtements n'avaient rien de remarquable.
Il n'y avait aucune chance qu'ils la remarquent. En tout cas pas physiquement…
Mais Juvia savait que son odeur la trahirait. Les fae ne savaient pas changer leur odeur, et si quelqu'un savait elle n'en avait jamais entendu parler… face à un loup familier à son odeur, elle ne pouvait rien y faire. C'est pour ça qu'elle se tenait si éloigné d'eux… alors même que la faculté où elle les avait suivi regorgeait de multiples odeurs…
Gajeel et elle avait correspondu un peu hier par message avant qu'il arrête abruptement de lui répondre. Ils avaient discuté de tout et de rien, à leur façon.
Juvia avait senti qu'il s'inquiétait d'une façon particulière pour la jeune fille avec laquelle il vivait. Il ne s'était jamais inquiétée pour Juvia de cette façon… Et peut-être était-ce similaire à l'inquiétude que Juvia avait envers Grey ?
Soudain une image s'imposa dans son esprit.
Un double date.
Juvia dans une longue robe blanche, déposant délicatement sa main gantée dans celle de Grey dont le costume noire contrasté de façon sublime avec sa peau blanche… Et à côté d'eux, la petite Levy dans une robe jaune à fleur et… et Gajeel en… en tenue de Gajeel.
Soudain le romantisme de l'illusion se brisa.
Elle n'arrivait pas à voir son camarade dans une situation romantique… Et surtout dans une tenue romantique.
Il faudrait qu'elle lui apprenne à s'habiller d'abord dans ce cas…
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Note de fin : Vala Vala ^^ un nouveau chapitre !
Pas beaucoup de Levy dans ce chapitre certes… mais j'espère que vous l'avez apprécié quand même !
Merci beaucoup à tous mes lecteurs et à tous pour votre attention !
DragmaraFairy : Un autre chapitre ! Un autre *^* ! Concernant la réaction de Levy vous verrez bien :3 là dans l'histoire on en est à lundi, et la scène du premier chapitre est le mercredi qui arrive du coup… dans deux jours…
Nananou : Merci beaucoup de ton enthousiasme xD ! Et oui Gajeel commence petit à petit à sortir de sa petite coquille grâce à notre petite Levy préférée !
Je vous souhaite une excellente journée prenez bien soin de vous !
