Et si, Chapitre 18 : Ce qu'on croit et qui n'est pas…
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La majorité de son boulot à la petite librairie consistait à s'asseoir et à attendre que le temps passe.
Les clients n'étaient pas nombreux et les habitués avaient tous leurs petites préférences quand aux horaires auxquels passer. Et une fois que la jeune fille avait compris quelles étaient les heures creuses, elle avait compris à quel moment prendre ses pauses.
Et maintenant avait lieu sa pause la plus longue sans interruption.
Tandis que la dernière cliente de la vague du midi repartait, Levy mémorisa l'heure : 14h58. Elle avait maintenant environ 30 à 45 minutes avant que les clients ne recommencent à se présenter.
Elle quitta le petit comptoir et s'étira. Puis elle regarda l'homme avachi qui se tenait à côté d'elle et qui semblait lutter contre le sommeil.
« Je vais aux toilettes Elfman, je reviens dans quelques minutes !
-Okay…
-Surveille la caisse hein. »
Elle aimait beaucoup cette petite boutique.
Une vieille femme, Ivette, la tenait avec son mari, George, et ils possédaient l'étage d'au-dessus où ils vivaient. C'était un couple à l'apparence très accueillant et très gentil… mais Levy savait qu'ils n'étaient pas sans défense malgré leurs airs inoffensifs.
Makaroff ne lui avait jamais rien dit mais elle avait senti à de nombreuses reprises que ces deux humains avaient quelque chose de particuliers. Malheureusement elle n'avait jamais eu le courage de demander… Peut-être que ça aurait été déplacé de sa part ? Après tout ils étaient ses employeurs…
Et puis elle aimait bien son travail. Elle ne venait que de lundi à jeudi à partir de 14h et repartait à 19h. Elle aidait à gérer la boutique, ranger les commandes, accueillir les clients… ça permettait au couple de se reposer un peu plus et de rester ouvert un peu plus tard. Et ça lui évitait de travailler à son premier petit boulot, un restaurant de fast-food où l'odeur de friture la rendait malade, même quand elle était encore humaine…
En ressortant des toilettes elle regarda à travers une fenêtre et vit son reflet.
Elle avait… l'air bien. Pour la première fois depuis une éternité elle avait l'impression d'aller bien.
Et au fond d'elle… elle savait qu'elle se sentait mieux. Depuis quelques jours, malgré tous les doutes, toutes les peurs, et toutes les larmes qu'elle avait versé… elle se sentait mieux. Plus forte.
Comme si pleurer l'avait libéré de tout ce qu'elle enfermait en elle depuis un an. C'était si… c'était comme si… elle respirait un peu mieux. Comme si un peu du poids de ses derniers mois étaient partis…
Pourtant elle ne devrait pas non ? Deux des leurs ont été attaqué il y a peu, et Luxus avait mis tout le monde en état d'alerte…
Quelque part elle se sentait coupable de se sentir mieux alors que la meute allait moins bien… Comme si c'était de sa faute...
La jeune fille secoua sa tête. Non, elle refusait de se laisser aller maintenant à ce genre de pensées. Elle savait exactement dans quel état elle allait finir et elle n'en avait aucune envie.
A son retour, elle trouva son garde du corps endormi. Elle lui tapota gentiment l'épaule jusqu'à ce que ces yeux s'ouvrent.
Elfman bailla et s'étira, manquant de faire tomber les objets autour de lui, puis se gratta la nuque d'un air gêné.
« Désolé, je me suis endormi. Ça fait piètre homme.
-Ce n'est pas grave, ne t'en fais pas.
-Si c'est grave, je ne devrais pas somnoler, je devrais être toujours sur le qui-vive !
-Tu as des difficultés pour t'endormir dernièrement ?
-Pas pour m'endormir non… c'est juste que jfais des rêves bizarres et je me réveille fatigué depuis l'attaque…
-Tu veux en parler ? »
Levy posa sa petite main sur le bras musclé de l'homme à ses côtés. Comme sa sœur plus âgée, il avait des cheveux blancs si pures… mais contrairement à elle ils étaient décoiffés. Une fine cicatrice blanche partait de son œil droit et s'achevait à l'angle de sa mandibule… elle tranchait sa joue en deux parties et ressortait d'autant plus que l'homme avait un teint hâlé…
L'image d'Elfman torse nue sous les lumières de la pleine lune vient à sa mémoire. Il était vraiment… très musclé. Autant que Luxus.
La jeune femme secoua sa tête avant de se ressouvenir d'autres détails.
« C'est gentil Levy. Mais il n'y a pas grand-chose à dire. Le matin Luxus m'envoi vérifier que tout va bien dans la forêt… j'y vais… puis d'un coup tout devient flou et je ne me souviens de rien. Je me réveille avec Erza et Léo à mes côtés qui m'expliquent que je me suis évanoui.
-Ce n'est pas parce que tu ne te souviens de rien que ça ne t'as pas atteint…
-J'ai récolté qu'une bosse en tombant, et elle a vite disparu tu sais.
-D'accord. »
Elle lui offrit un petit sourire et elle vit le visage du grand homme s'éclairer en réponse.
Il s'étira en marchant dans la boutique, et passa le reste du temps à bouquiner sur un album de musculation, tandis que Levy continua à accueillir et conseiller les clients.
A un moment vers la fin de l'après-midi, George descendit avec une tasse de thé pour Levy puis réquisitionna les bras d'Elfman pour porter les étales à l'intérieur de la boutique. Et pendant que la jeune fille vérifiait la caisse du jour, elle vit une ombre bouger du coin de l'œil.
Elle se figea l'espace d'une seconde le cœur battant.
Les deux hommes étaient dehors, à portée de sa voix. Il lui suffirait de crier pour qu'ils puissent rappliquer… Juste crier…
Faisant comme si de rien n'était, elle saisit tranquillement le premier objet sous sa main, la clé de la caisse et… se retourna vivement, prête à hurler si sa vie en dépendait.
Mais elle avant qu'elle ne poignarde ni ne puisse hurler la moindre menace, deux grandes mains l'attrapèrent, l'une le bras, l'autre la bouche.
« C'est quoi ça ? »
Une grande silhouette noire se tenait devant elle et la relâcha en ricanant.
« Tu comptais sauver ta vie en me poignardant avec une clé ?
-Je…
-Et puis pourquoi tu te trouves toute seule ? Où est l'autre ? »
Elle était bouche bée.
Gajeel posa une main sur sa tête et l'ébouriffa.
« Nan mais suffit que je te laisse toute seule pour une journée et tu te retrouves obligée de te défendre par toi-même. Elfman ! »
L'homme bronzé passa instantanément la tête par la porte, et au vu de son regard surpris il ne s'attendait pas à le voir…
Levy observa attentivement la scène qui sembla se figer. D'un côté Gajeel, dont le visage inexpressif était pourtant légèrement empreint de colère. L'hilarité dont il avait fait preuve quelques secondes plus tôt s'était transformé en mécontentement. Cela se voyait dans ses yeux et dans sa posture. La main qu'elle sentait sur sa tête s'était également fait immobile et semblait soudainement peser lourdement.
De l'autre côté se trouvait Elfman, dont le corps était immobile et les poings étaient contractés. Il n'aimait pas l'autre loup et cela il ne le dissimulait pas dans son expression. Mais derrière la colère, il y avait la peur. Très légère mais bien présente. Car l'homme face à lui était plus fort que lui et il le savait. Mais surtout car il avait suffit de quelques secondes d'inattention pour que Gajeel se faufile jusqu'à Levy et il ne s'en était pas rendu compte.
La suite des événements parût très claire dans l'esprit de la jeune fille. Ils allaient se battre. Et elle devait empêcher ça.
Elle se posta entre eux deux tandis qu'ils se rapprochaient l'un de l'autre.
Alors qu'il n'y avait que Levy qui les séparait du bout des bras, les deux hommes se figèrent. Ils se défièrent du regard. La tension semblait palpable dans l'air. Comment diable la situation en était arrivée à ça ?
« Gajeel… »
Sa voix n'était qu'un murmure. Ils ne prêtèrent pas attention à elle.
Un scénario catastrophique lui vient en tête. Ils allaient se battre. Violemment. De façon effrayante et dangereuse. Comme les loups se battent.
Puis elle vit les yeux rouges de la bête, et toute la violence qu'elles contenaient.
La violence des loups. La violence des hommes. La violence accompagnée de sang.
Elle se revit dans cette cave, il y a plusieurs mois, dans cette cellule, allongée par terre, à bout de force, semblant mourir petit à petit. En face de ces bêtes, de ces monstres…
Elle ne se souvenait pas d'être arrivé là. Elle ne se souvenait pas de comment elle y avait atterri. Elle se souvenait de pas grand chose… L'instant d'avant elle était dans sa cuisine, celui d'après dans une cellule enchaînée…
La peur l'avait terrassé. Allait-elle mourir ? Allait-elle souffrir ? Allait-elle se faire violer ? Elle était restée allongée là, le cœur tremblant, sentant que si elle émettait un couinement de trop ils viendraient la voir et au plus profond d'elle-même son instinct lui hurlait de se faire aussi petite que possible.
Et se faire petite, elle savait exactement comment s'y prendre.
Malheureusement cela n'avait pas suffi.
Elle se souvenait d'un homme long et fin, aux cheveux noirs et aux traits acérés. Tout en lui donnait envie à son estomac de se révulser. Du sang était présent sur ses mains. Et elle n'arrivait pas à les quitter des yeux. Elle était la suivante. La suivante.
Elle avait tenté de se cacher au fond de sa cellule, dans un recoin, mais elle n'avait pas pu aller bien loin avec les chaînes qui retenaient ses poignets et ses chevilles. L'homme avait éclaté de rire.
Il s'était approché d'elle, lui avait relevé le menton et son odeur l'avait envahi. En affrontant son regard elle n'y avait vu que folie et mort. Elle se souvenait de ce qu'il avait dit à l'un de ses hommes, d'une voix froide.
« Occupe-toi de celle-là. Et en bon souvenir de Makaroff applique-toi. »
Et la bête qui l'avait transformé s'était bien appliquée. Elle avait été à l'article de la mort. Elle avait souffert. Elle avait hurlé. Mais elle n'était pas morte.
Elle s'était évanouie.
A son réveil, elle avait remarqué l'absence de bruit, à part quelques gémissements lointain. Et elle avait remarqué que ses liens avaient été agrandi, déformé. Assez pour qu'elle puisse s'en libérer en forçant et s'enfuir.
Ce qu'elle avait fait.
Car malgré sa terreur et son état de choc son instinct était plus fort. Sur le moment son instinct de survie lui avait permis de s'en sortir.
Et là, devant ces deux hommes qu'elle appréciait, prêts à se battre, elle sentit en elle un autre instinct.
Comme si… Comme si elle pouvait les calmer.
Ses deux mains effleurèrent doucement les deux hommes du bout des doigts.
« Calmez-vous… tout va bien. »
Sa voix était douce, calme. Pas menaçante, n'émanant pas d'ordre. Mais elle n'était pas suppliante non plus.
Une vague de chaleur sembla naître en elle. Prendre naissance dans son ventre, son cœur. Remonter le long de ses bras, jusqu'à ses mains. Puis se diffuser agréablement vers l'extérieur.
Les deux hommes reculèrent soudainement, comme s'ils avaient eu un choc. Elfman avait les yeux écarquillés de stupeur, et Gajeel semblait abasourdie.
Et une inquiétude pointa le bout de son nez.
Qu'avait-elle fait ?
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Mirajane était assise devant l'ordinateur du salon quand sonna son téléphone portable.
Elle y jeta un coup d'œil avant de détourner vivement le regard.
Peut-être pouvait-elle prétendre ne pas l'avoir entendu ou ne pas avoir eu le temps de décrocher ?
Au bout d'une minute peut-être, la sonnerie s'arrêta. Et la jeune femme se sentit soulagée. Elle n'avait aucune envie de répondre maintenant…
Mais alors qu'elle finissait de soupirer, le portable sonna de nouveau.
Bon. Si elle ne décrochait pas maintenant ça serait ridicule. Ce n'est pas parce qu'elle avait eu un râteau qu'elle devait l'ignorer pour le restant de ses jours.
« Oui allô ?
-Allô Mira ?
-Oui. »
Il eut un petit silence avant que l'homme au bout du fil ne se râcle la gorge et ne continu.
« Euh… Ça va ?
-Oui et toi ?
-Oui. »
La jeune femme commença à se masser l'arête du nez. Non elle ne pouvait pas bloquer à ce stade de la conversation, ça serait ridicule. Et puis ils se connaissaient depuis longtemps ! Ils ne pouvaient PAS bloquer sur ça. Elle refusait.
« Tu m'appelais pour… ?
-Ah oui. Ignir m'a appelé pour me dire qu'ils avaient envoyé un sorcier nous prêter main forte à Magnolia le temps que Gildarts revienne. Un certain Gerald. En nous prévenant que c'est normal si… il a une aura déplaisante.
-Nous prêter main forte pour quoi ?
-Je ne sais pas. Mais je lui ai proposé l'asile dans la maison de meute durant son passage. Il est arrivé dans la nuit apparemment.
-Je prévois une personne de plus pour le dîner alors.
-Oui. Si cela te gêne, on peut tout aussi bien commander, si jamais tu es occupée. »
Une échappatoire. Il lui offrait une échappatoire.
La blanche eut un sourire. Luxus avait toujours été attentionné, malgré ses airs de gros balourd insensible. Elle l'avait toujours su. Toujours sentie. Même s'il paraissait froid, même s'il s'éloignait de ses sentiments pour se plonger dans la logique… Il restait attentif aux autres. A elle.
Hier elle avait eu besoin de fuir car c'était trop récent, trop nouveau pour elle. Elle avait eu besoin de mettre de la distance physique entre eux. Mais maintenant, après avoir parlé avec Kanna, même si elles avaient seulement effleuré le sujet, elle se sentait mieux. Prête.
Car les sentiments et l'attachement qu'elle portait à Luxus étaient bien trop profond, bien trop grand pour qu'elle laisse son amourette de quelques semaines entacher leur relation.
« Non c'est bon. En plus j'ai invité également Kanna à passer les prochains soirs chez nous et elle vient dîner après le travail. Une personne de plus ne me dérange absolument pas !
-Très bien, merci. »
Un petit silence se prolongea sans que personne ne raccroche.
« Je pense que je vais te laisser, j'étais occupée avec mes mails.
-Oui, bien sûr. Désolé… de t'avoir dérangé. A ce soir.
-A ce soir. »
Un petit sourire triste habita son visage.
Bien sûr elle était triste qu'il ne réponde pas à ses sentiments. Bien sûr qu'elle en souffrait.
Mais au moins ils pouvaient être encore amis, se parler normalement et ne pas craindre de se voir. Et même si ça lui avait fait un petit peu bizarre, à lui aussi sans doute, la conversation avait été normal. Ça lui mettait un peu de baume au cœur.
Elle irait mieux avec le temps, elle oublierait ses sentiments pour lui… et un jour ils se comporteront tous les deux comme avant, sans pensées étranges et gênes indésirables.
Et alors qu'elle s'apprêtait à retourner à son écran, un frisson s'implanta dans sa nuque de façon désagréable. Quelque chose n'allait pas…
Mirajane se releva doucement, ferma les yeux et se concentra sur les sons environnants… Elle ne percevait rien d'inhabituel, rien… à part…
La sonnette de l'entrée fit bondir son cœur de surprise.
Reprenant ses esprits, elle s'avança vers la porte, lissa sa robe, et lutta contre son instinct pour ne pas fuir en courant.
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Erza se réveilla soudainement.
Après le déjeuner elle était allée se reposer dans la chambre de Mirajane, et s'était endormie sous le coup de la fatigue. Il faut dire que le stress ambiant des événements de ces derniers jours avaient mis son mental à rude épreuve…
Et après sa quasi-crise de panique, ses nerfs avaient lâché et elle avait vraiment eu besoin de repos. Et quoi de mieux que la maison de meute pour se sentir en sécurité ?
Elle regarda l'heure, 19h passée. Elle avait vraiment dormi longtemps. Et si ce n'était pas cette peur qu'elle avait senti émaner, elle aurait pu encore dormir toute la nuit…
La rousse se mit sur ses pieds en une seconde, tout sensation de fatigue évanouie.
La blanche se sentait en danger.
La jeune femme ne remit pas ses chaussures, traversa le couloir et descendit prudemment les escaliers. Son souffle était imperceptible tandis qu'elle se plaquait contre un mur.
« Si vous le désirez je peux m'en aller…
-Non… non ça va aller. »
La première voix était inconnue, tandis que la deuxième était celle de Mirajane.
Cette dernière avait l'air tendue. Tendue mais pas inquiète. Et tendue… il y avait de quoi.
Sortant des ombres dans lesquelles elle s'était terrée, Erza s'avança dans le salon.
Un homme aux cheveux bleu se tenait assis sur un fauteuil, lui tournant le dos, tenant une tasse en porcelaine dans sa main. De l'autre côté de la table basse, se trouvait assise Mira, avec toute l'élégance et la politesse dont elle était capable… sur le bout du canapé, les deux pieds ancrés dans le sol si jamais il fallait fuir ou attaquer.
Sa camarade la voyant arriver, lui fit un signe de tête et un petit sourire rassurant.
« Ah Erza te voilà. Je te présente Gerald, le sorcier envoyé par le Conseil des Alphas pour nous prêter main forte.
-Nous avons besoin de renforts ?
-C'est juste une précaution. »
La dernière phrase était prononcée par la nouvelle voix de cette pièce. Le timbre était agréable, mélodieux et semblé vaguement familier… Aucune agressivité n'émanait de ce personnage.
Et pourtant.
L'odeur qui émanait de cet homme semblait être un cocktail de mort et de pestilence. Et en se concentrant, elle put différencier un autre parfum, un parfum d'humain… mais dissimulé par la puissance de la marque sombre dont il était emprunt…
« Je pensais juste passer par politesse pour me présenter, mais j'ai déjà réservé une chambre dans un hôtel en ville. J'ai conscience que ma présence peut être… dérangeante pour ceux qui ont le nez fin. »
Il s'était levé et retourné en disant ces derniers mots… et quand ils se regardèrent dans les yeux, une étincelle de surprise passa de l'un à l'autre dans leur regard.
Elle le connaissait. Lui aussi la connaissait.
Et pourtant ils ne se dirent rien. Erza aurait pourtant voulu… dire quelque chose… Faire quelque chose…
Mais une chose très enfouie en elle la bloqua. Et l'empreinte de magie noire finit d'achever son envie de s'approcher de cet homme.
Ils restèrent néanmoins longtemps face à face. La rousse détaillant attentivement le visage de cet inconnu pas si inconnu que ça… Après tout, la dernière fois qu'elle l'avait vu elle n'avait que 10 ans… Mais il avait toujours le même visage, les mêmes traits… mais ses yeux… ses yeux le vieillissaient. Ses yeux semblaient avoir vécu mille morts.
L'homme la détailla lui aussi. Ce qu'il en pensa, elle n'en sut rien, mais il lui offrit un mince sourire avant de se retourner vers Mirajane et dire :
« Je vous remercie pour votre accueil et le thé. Tenez, voici mon numéro de téléphone, je suis joignable 24h sur 24, n'hésitez surtout pas à me solliciter si besoin. »
10 chiffres élégamment écrits trônaient sur une carte de visite d'un hôtel de Magnolia. L'adresse et le numéro s'imprimèrent automatiquement dans l'esprit de la rousse.
« Et bien c'était un grand plaisir de vous rencontrer. Je vous souhaite une bonne soirée, transmettez mes amitiés au 2nd et à Makaroff. »
Lorsqu'il passa à côté d'elle pour rejoindre le couloir, la jeune femme ne put s'empêcher de prendre une grande inspiration et… et elle la reconnut, cette lointaine odeur de l'enfant d'avant…
Elle ne bougea pas de sa place que lorsque l'homme fut parti et que la blanche lui saisit les deux mains.
« Hey… ça va ma belle ? »
Elle aurait voulu dire que oui… mais elle ne pouvait pas. Elle était encore sous le choc.
« Tu le connaissais déjà ? »
Elle hocha la tête.
Doucement, son amie l'entraîna sur le canapé et la força à s'asseoir. Elle lui fit avaler un grand verre d'eau, puis attendit calmement que l'autre soit prête à parler.
Au bout de peut-être 15 minutes, une larme coula le long de sa joue et la rousse se sentit stupide. Elle l'essuya nerveusement et regarda Mirajane. Cette dernière, douceur incarnée, lui offrit un sourire encourageant et lui caressa la main. Sans prononcer de mot.
« J'étais amoureuse de lui quand j'avais 9 ans. Il… Il n'avait pas été dans l'orphelinat mais… mais quand… j'étais arrivée là-bas, il y était déjà depuis longtemps. C'est grâce à lui que j'ai survécu. Sans lui pour me protéger les premiers temps… je serais morte. »
Il n'avait été qu'un garçon maigrichon, qui n'avait cessé de maigrir au fur et à mesure des mois, jusqu'à ce qu'ils soient tous deux squelettiques. Mais jamais son courage et son ardeur de vivre n'avaient faibli, même face aux atrocités qu'ils avaient tous les deux vus. Au contraire, plus il en voyait, plus il avait envie de se battre.
Il l'avait protégé. Physiquement dans un premier temps. Plus il avait été son dernier rempart pour ne pas perdre l'esprit. Sans lui elle se serait éteinte au bout de quelques semaines…
« Je t'avais raconté il y a longtemps comment j'avais atterri chez Makaroff… Je t'avais parlé de mon passée d'esclave et de la Tour du Paradis.
-Oui, je m'en souviens.
-Ces malades nous avaient fait travailler durant des mois… Ces fous… Ces monstres… Ils… Ils… »
Soudain elle se mit à pleurer et à trembler.
Tout lui revenait en mémoire.
Le froid des pierres, l'absence quasiment permanente de soleil, la faim qui la taraudait nuit et jour… L'odeur de la poussière, celle de la puanteur humaine, celle de la mort… Le fouet qui claquait, la peur qui gagnait chaque jour un peu plus son cœur… Les larmes qui s'étaient vite taries pour économiser le peu de force qu'il lui restait…
Et sa chaleur… seule lumière dans ce tableau de ténèbres… Il avait été son garde-fou.
Sans lui, elle n'existerait plus depuis longtemps.
Alors…
Alors comment, COMMENT, pouvait-il…
« Ce sont des mages noirs qui nous ont torturé… C'est la sorcellerie noire qu'on a apprit à haïr… Alors pourquoi il porte ça en lui ? »
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Note de fin : Et voici malheureusement mon dernier chapitre d'avance ^^'… à partir de maintenant la longue attente à durée incertaine débute… j'espère cependant que vous apprécierez ce chapitre ci !
Je vous remercie tous de votre gentillesse et soutien, je ferais au mieux pour que la suite arrive au plus vite !
Maintenant les réponses aux reviews !
Timelina27 : Et oui, Gajeel est déjà tellement accroc à sa crevette… et il ne s'en rend pas encore totalement compte à quel point !
Elfania : Il la retrouve enfin !
DramaraFairy : Le boulot c'est important u.u promis pas de lancer de tomates ! Merci à toi plutôt de trouver du temps pour me lire ! Mais du coup j'espère que tu as relu quand même la partie du chapitre 17 avant de lire celui là ^^' pour plus de cohérence…
J'ai enfin révélé un début de la condition de Levy, ceux qui sont familiers de l'univers de Mercy Thompson c'est forcément devenu OBVIOUS pour vous, mais pleaaase pas de spoil :3 même si en soi c'est pas ultra grave. J'ai beaucoup aimé écrire le petit passage de Levy qui se sent bien, Mira qui s'en remet et Erza qui va mieux. J'ai l'impression que mon humeur a déteint sur celui des personnages… xD
Prenez bien soin de vous, de votre santé, de celles de vos proches. Protégez vous et protégez les autres en appliquant les gestes barrières, la distanciation sociale, le masque, le gel hydroalcoolique, les tests de dépistage si besoin… Fin tout le tintouin habituel hein ^^' des pitis rappels ne font jamais de mal…
Cœur sur vous ! Merci beaucoup !
