Et si, Chapitre 19 : Souvenirs…
.
.
.
La Tour du Paradis était le rêve d'une poignée d'adepte de magie noire au début du 20ème siècle. En ce temps-là, les sorciers rêvaient de retrouver leur gloire d'antan, et luttaient pour que leur race ne s'éteigne pas.
Après les deux guerres mondiales qui secouèrent le monde, les sorciers oublièrent ce rêve maudis… Jusqu'à ce qu'un mage noir, leader fou d'un groupe de fanatiques, fasse renaître ce projet.
Personne ne vit ce leader, ni ne sut réellement qui il était.
Et même si Erza voulait le retrouver et le faire payer… elle était pratiquement certaine de peut-être ne jamais savoir qui il était.
A l'époque, quand le Conseil des Alphas avait envoyé une équipe pour détruire la Tour et anéantir son projet, elle n'avait été qu'une fillette humaine de 10 ans, ayant subis un lourd traumatisme et plusieurs mois de privation sévère.
Elle avait été la seule survivante, physiquement et mentalement.
Enfin ça, c'était ce qu'elle avait cru, jusqu'à le revoir lui…
Mais en ce temps-là, elle avait été sous le choc durant de longs mois. Les loups n'avaient pas su quoi faire d'une fillette humaine, orpheline, abandonnée, torturée, et pourtant… encore assez saine d'esprit. Makaroff l'avait récupéré, l'avait prise sous son aile, et l'avait élevé comme sa propre fille alors qu'il ne lui devait rien.
C'était uniquement grâce au vieil homme qu'elle était encore là… Et Erza lui en serait reconnaissante toute sa longue vie de loup.
Mais elle n'avait pas été la seule à quitter la Tour en vie. Elle se souvenait qu'il y avait encore quelques corps vivants, plusieurs silhouettes qui avaient été prise en charge… Mais ces quelques personnes-là n'avaient survécu que physiquement.
Quelques jours plus tard, elle avait entendu les adultes chuchotaient entre eux, pensant qu'elle ne les écoutait pas… « Ils se sont tous suicidés… il ne reste qu'elle. Elle est la seule survivante. » Mais elle n'en avait rien à faire à l'époque. Elle n'avait jamais connu ces gens. Pas vraiment.
Ça avait été des miséreux comme elle. Des personnes sans domiciles, des personnes sans noms, des personnes sans familles. Des gens que personne n'attendait, que personne ne chercherait. Avant d'atterrir à la Tour, sur l'île, elle avait été dans un orphelinat de sa naissance jusqu'à ses 9 ans environ. Elle ne se souvenait plus exactement de pourquoi ni de comment, mais les plus âgés de l'orphelinat avaient atterrit dans cet enfer.
La très grande majorité avait décédé petit à petit, un par un. Le travail des enfants était moins lourd que celui des adultes, mais il n'en restait pas moins pénible et dangereux.
« Quand tu montes là-haut, ne regarde jamais en bas. Sinon tu vas t'arrêter et ils vont te fouetter. Tu risques de perdre l'équilibre. »
Mais un garçon de son âge avait été là pour elle. Gerald.
Il l'avait prise sous son aile le premier jour de leur arrivé, alors qu'elle était encore perdue et que la situation lui semblait impossible. Il lui avait donné les bons conseils, lui avait permis de s'en sortir durant les heures de travail, comme de repos. Il lui avait permis de ne pas mourir de froid, de faim, de soif. Partageant ses provisions avec elle, partageant sa couverture avec elle, partageant sa souffrance…
Il lui avait permis de ne pas devenir folle. Il avait été son repère, la raison pour laquelle elle faisait de son mieux et réussissait à se convaincre de se lever chaque matin alors que ses muscles la mettaient au supplice.
Il avait été son phare. Elle l'avait aimé, d'un amour si fort, si inconditionnel… Elle l'avait aimé du haut de ses 9 ans, comme on aime un ami, un frère, un amour de jeunesse… il avait été sa première famille.
Puis un jour en la protégeant il avait manifesté de la magie. Ça avait été le pire jour de son existence.
Elle avait trébuché. Simplement ralentis la file. Elle avait reçu un premier coup de fouet. Un suivant. Puis il s'était interposé. Ça avait dégénéré… Jusqu'à ce qu'il manifeste de la magie en expulsant de l'échafaudage le gardien.
Les sorcières s'étaient jetées sur lui telles des rapaces. Elles l'avaient immédiatement emmené au sommet de la Tour. Elle ne l'avait plus que revu quelques fois, par intermittence, et à chaque fois il avait été inconscient.
Elle avait été obsédée par l'idée de s'échapper de cet enfer. S'échapper, le sauver, et s'échapper encore. A deux. Mais qu'est-ce qu'une fillette de 10 ans peut bien faire ?...
Quelques temps plus tard, les loups avaient débarqué.
C'était la nuit. Une nuit normale. Elle s'était écroulée de fatigue…
… et l'odeur du sang et le bruit des combats l'avaient réveillé. De peur, elle s'était cachée dans un recoin de la cellule brisée… puis avait escaladé le mur pour se cacher dans un trou minuscule le temps que les combats s'arrêtent.
Au bout d'un temps qui lui avait semblé être une éternité, un homme à moitié nu l'avait récupéré. Il était couvert de sang mais lui avait parlé avec une voix douce. Il lui avait demandé de la suivre. Elle avait simplement obéi par habitude.
Il l'avait amené à un petit groupe de personnes, tous d'anciens esclaves comme elle, et c'est en se rendant compte que Gerald n'était pas là, qu'elle avait osé tirer la manche d'un des hommes.
« Excusez-moi… vous n'auriez pas vu un petit garçon de mon âge en haut de la Tour ?
-Je suis désolé petite. Les seuls survivants de cette Tour sont regroupés ici. »
Elle avait hoché la tête. Puis était rentrée dans un état de choc exempt de larmes.
A la place d'un sentiment de joie ou de soulagement en quittant cet endroit qui avait été sa prison, elle n'avait ressenti qu'un immense vide. Vide car Gerald n'était pas là. Parce qu'il n'avait pas survécu. Vide car il n'y avait plus rien en elle. C'était lui qui avait incarné sa vie, sa raison de vivre… Sans lui elle n'était plus qu'une coquille vide.
Ce qu'elle avait cru. Pendant très longtemps.
Mais entourée des bonnes personnes, elle avait réussi à se reconstruire. Aidée de sa nouvelle famille, elle avait réussi à retrouver goût à la vie. Petit à petit, en prenant le temps qu'il fallait.
Et elle avait réussi à aller mieux. A aller de l'avant. Mais ça avait pris tant de temps… Et même si aujourd'hui elle pouvait affirmer sans l'ombre d'un doute qu'elle allait bien… Elle avait encore des cauchemars, des crises de panique de temps en temps et elle avait le sentiment parfois qu'une catastrophe allait arriver.
« Erza ? »
La rousse se tourna vers sa collègue et essaya d'esquisser un sourire rassurant.
La tentative dut paraître bien bancale, car Mirajane la prit dans ses bras et la serra contre elle pour la réconforter. Erza ne put qu'accepter le câlin.
« Il se fait tard, je vais rentrer chez moi. Demain je me lève tôt, et Luxus m'a demandé de venir un peu avant. Merci beaucoup pour le dîner en tout cas.
-Avec plaisir. Envois moi un message quand t'es chez toi hein ?
-Oui. »
Elles se séparèrent et la rousse sortit de la maison.
Les étoiles étaient brillantes, même si la majeure partie était dissimulée derrière la pollution de la ville. L'air était frais, et le temps n'allait pas tarder à se rafraîchir encore plus… Et une impression imminente de danger lui broyer les entrailles.
Il va se passer quelque chose… Je le sens… se dit-elle.
Sa louve ne la contredit pas.
.
.
.
La tête de Gajeel fourmillait d'hypothèse. Avec deux affirmations très concrètes en lui.
Levy n'était pas une louve dominante. Et encore moins une louve soumise.
Alors qu'était-elle bon sang ?!
Elfman s'était retiré assez vite, sans vraiment dire un mot à propos de ce qu'il venait de se passer, laissant un Gajeel sur le cul devant une Levy inquiète. Au bout d'une dizaine de minutes, elle l'avait saisi par la main et l'avait entraîné dehors, en s'excusant à son patron du dérangement.
Il ne savait comment, il avait réussi à démarrer sa moto et les conduire tous les deux au petit appartement de la jeune fille. En arrivant, cette dernière l'avait assis sur le canapé et avait commencé à s'activer autour du dîner.
Depuis il la regardait fixement sans dire un mot.
Qu'est-ce qu'il pouvait bien lui dire d'ailleurs ?
Et même s'il brûlait de savoir le pourquoi du comment elle avait réussi à arrêter deux loups dominants à deux doigts de se battre, en posant simplement sa main sur eux…
Il n'arrivait toujours pas à saisir ce qu'il s'était passé.
La seconde d'avant il brûlait de rage parce qu'Elfman n'avait pas été assez attentif… la seconde d'après, il avait eu l'impression d'avoir reçu une dose phénoménale de tranquillisant qui l'a shooté pendant une bonne dizaine de minute. Et qui devait peut-être encore faire effet vu son état mental actuel.
Comment avait-elle fait ?!
Pourtant rien n'avait changé. Au niveau physique, elle était toujours une jeune fille de petite taille aux courts cheveux châtain, qui se perdaient sur sa nuque en un joli mélange sauvage… Elle avait un t-shirt simple tout jaune avec des petits poussins dessinés dessus et un legging noir usé mais qui lui permettait d'admirer sa silhouette.
Et dans sa tête aussi rien n'avait l'air d'avoir changé. Toujours aussi tourbillonnante et remplie d'idées qui fusaient dans tous les sens, même s'il faisait attention à ne pas céder à sa curiosité et à trop se rapprocher.
C'était exactement la même crevette qu'avant. A moins que…
Il se leva et s'approcha d'elle. Il la sentit se figer quand elle se rendit compte qu'il était pile derrière elle.
Délicatement il lui saisit le poignet… le releva pour l'approcher de son visage… ferma les yeux et…
… huma l'odeur de sa peau. Il renifla tout le bras, mais Levy se dégagea brusquement une fois qu'il fut arrivé à son cou.
« Mais… mais ça va pas ?!
-Je voulais vérifier ton odeur.
-En me reniflant comme un chien ?
-… un loup.
-ça n'explique rien.
-… Laisse tomber. »
Il s'écrasa sur le canapé à nouveau et s'allongea sur le dos en fermant les yeux. Effectivement c'était inattendu que quelqu'un renifle quelqu'un d'autre chez les humains… mais ils n'étaient PAS humains. Certes les loups-garous évitaient de faire ça sous forme humaine, mais sous forme de loup, ils agissaient presque comme des animaux normaux. Et quoi de plus normal pour un canidé que de sentir l'odeur de son compatriote pour s'enquérir de son état ?
« Tu sais que t'agis vraiment comme un animal parfois.
-Je sais. »
Et animal était un terme très gentillet. D'habitude il était qualifié de bête, de monstre. Mais à ses côtés… il semblait retrouver son humanité.
Gajeel sentit qu'elle s'installait de l'autre côté de la table basse, avec un délicieux fumet de porc grillé accompagnant deux tintements d'assiette. Il se jeta sur la nourriture comme s'il avait subi une semaine de privation.
Le repas se déroula en silence, mais ça ne dérangea pas Gajeel. De toute façon il avait la bouche continuellement occupée, car ce qu'elle avait préparé était tout bonnement délicieux et il avait l'estomac dans les talons.
Que pouvait-elle bien être ?
Ni dominante, ni soumise… Et étonnamment ça expliquait certaines choses. Comme par exemple pourquoi elle pouvait lui tenir tête, pourquoi elle ne baissait pas systématiquement les yeux, pourquoi elle ne lui avait pas obéit il y a quelques jours alors qu'elle était sous la forme d'une louve…
Mais il n'avait jamais entendu parler d'un cas comme celui-là.
Un raclement de gorge le fit émerger de ses pensées.
Levy semblait gênée.
« Je suis désolée d'interrompre tes pensées mais… est-ce que c'est toi qui as fait ça ? »
Il suivit la direction du doigt, et vit un trou dans le mur. Le souvenir de son coup de tête (chapitre 17) lui revient en mémoire et il eut soudain honte de lui.
« Désolé, je te rembourserais les dégâts.
-Non non ne t'inquiète pas ! C'est juste que j'étais curieuse… et mh… c'était pour faire aussi la conversation. Vu que mh… c'est les premiers mots depuis tout à l'heure que tu m'adresses ? »
Gajeel retourna se plonger dans la contemplation de son assiette presque vide.
La jeune fille ne comprenait pas.
Elle ne comprenait rien à la situation, elle ne comprenait pas pourquoi il était si muet et ELLE NE COMPRENAIT PAS NON PLUS CE QU'ELLE AVAIT FAIT DES HEURES AUPARAVANT !
Le stress menaçait de la submerger à nouveau si elle ne s'activait pas maintenant. Elle se releva soudainement et alla chercher tous les dossiers sur José.
L'homme la regarda à peine, semblant fuir son regard, mais elle sentit qu'il était attentif à ce qu'elle faisait. La jeune fille farfouilla de nouveau parmi les feuilles, jusqu'à… jusqu'à qu'il l'appelle par son prénom.
« Levy ? »
Il ne la regardait toujours pas, mais quelque chose dans sa mâchoire contractée lui donna l'impression qu'il était mal à l'aise. Comme s'il…
« Je suis désolé de t'avoir ignoré et mis mal à l'aise depuis tout à l'heure. »
Oh mon dieu.
Gajeel qui se ré-excusait une nouvelle fois devant elle. Gajeel gentil qui faisait attention à elle. C'était… c'était quelque chose d'étrange et normal à la fois.
Ses premières rencontres avec lui ont été violente et désagréable. Mais depuis quelques jours… depuis qu'elle avait commencé à s'ouvrir à lui, à lui accorder sa confiance et sa gentillesse… il semblait s'être apaisé. Calmé. L'énorme ouragan qui tournait en lui semblait s'être fait moins turbulent. Ses yeux semblaient avoir perdu quelque peu de leur haine. Il semblait être quelqu'un de nouveau… et il semblait être redevenu lui-même.
L'homme qui se tenait assis sur son canapé, les mains jointes et la mâchoire contractée était le même physiquement que la brute qui lui avait hurlé dessus dans l'ancienne maison… le même que celui qui l'a envoyé bouler à la maison de meute, le même qui l'avait blessé à cette soirée, et le même qui lui avait provoqué une crise de panique à la fac… mais c'était également la même personne qui l'avait consolé quand elle pleurait, qui s'est inquiété pour elle et avec qui elle venait de se lier d'amitié.
Levy réattrapa tous les dossiers, enjamba la table basse et s'assit à côté de lui.
« T'en fais pas, j'ai l'habitude maintenant de ton sale caractère.
-Quoi !? »
Elle lui adressa un grand sourire et plongea dans l'analyse des feuilles, faisant mine de ne pas être dérangé par la main qui la décoiffait.
Ils passèrent quelques minutes silencieuses à relire les papiers, jusqu'à ce que Gajeel s'exclame.
« Et ben putain. A peine t'apprends l'existence de la magie, et te voilà capable d'écrire des dissertations sur le sujet.
-J'ai juste retranscrit ce qu'Arzack m'a expliqué. Ainsi que Léo.
-Il n'empêche. »
Il semblait fixé les pages qu'elle avait écrite sur la magie avec un intérêt particulier.
« Il y a quelque chose de faux ?
-Non… Non, tes informations sont bonnes. Je ne m'y connais pas très bien, et le peu que j'en sais a l'air d'être réuni ici mais…
-Mais ? »
Il se tut. Le suspens était intenable mais la jeune femme se mordit la langue pour s'empêcher d'insister pour ne pas interrompre la réflexion de son camarade.
« Tu te souviens de l'attaque de Grey ?
-Oui ?
-Guildarts m'avait rapporté une de tes théories. Comme quoi Grey avait été drogué et qu'on lui avait prélevé du sang et des cheveux. »
Levy rougit. Elle avait tellement été prise dans sa théorie à ce moment-là (chapitre 4 les amis), qu'elle n'avait même pas remarqué que quelqu'un était rentré dans son appartement.
« Je sais que beaucoup de folklore humain sur les sorciers sont faux… mais le fond des histoires reste vrai. Les os d'un homme, ses cheveux ou son sang… ces substances contiennent encore quelque chose qui les relient à la personne. Je ne sais pas exactement comment il est possible de s'en servir, mais je sais qu'en possédant un simple objet qui a été important pour quelqu'un, il est possible pour un sorcier expérimenté de retrouver cette personne. Je le sais parce que je m'y suis beaucoup intéressé pour retrouver José… mais ce dernier avait brûlé derrière lui, le peu de chose auxquelles il tenait. M'empêchant par là de me servir de la magie…
-Tu m'avais dis que José détestait la magie, comment pouvait-il savoir que tu aurais pu le retrouver grâce à ça ?
-Je ne sais pas.
-Quelqu'un aurait put lui dire ? Un allié ?
-Peut-être. Mais ce n'est pas une information qu'une créature moyenne connaît. »
Il y eut un petit silence durant lequel les deux comparses comprirent quelque chose de grave. Si José avait un allié si bien formé en magie… la meute avait un nouvel ennemi redoutable.
.
.
.
Luxus soupira.
Une terrible migraine avait pris possession de sa tête et il avait l'impression qu'il allait exploser. Il avait une terrible envie de rugir, de balayer d'un mouvement furieux tout ce qui était présent sur sa table, de se changer en loup et de fuir loin dans la forêt, si loin que tous les bruits de la civilisation ne l'atteindraient plus.
Mais au lieu de céder à son impulsion bestiale, il la contrôla et l'enferma à double tours. S'efforçant de l'enterrer loin, avec toutes ses émotions et ses envies.
Il ne pouvait tout simplement pas se permettre d'agir ainsi en temps de crise.
L'homme se releva de son bureau et s'étira, faisant craquer toutes les articulations de son corps. Puis il resta debout, les bras pendant le long de son corps, avec une pointe de désespoir dans la gorge.
Il avait l'impression que… qu'il manquait quelque chose sur le tableau.
Gildarts ne lui répondait pas. Makaroff menait l'enquête dans son coin il ne savait où. Mirajane l'évitait et masquait sa peine derrière ses sourires. Erza venait de retrouver un fantôme de son passé et même si elle ne lui en avait pas parlé… il sentait dans les liens de meute qu'elle était plus ébranlée qu'elle ne voulait lui montrer.
Mais continuons donc la liste des problèmes.
Le dit fantôme n'était autre que le sorcier envoyé par le Conseil des Alphas… qui pratiquait la magie noire. La piste suivie par Fried, Bixrow et Ever n'avait mené qu'à un groupe de loup dont un certain Gemelin était en tête mais qui ne leur avait rien appris de plus. Elfman et Grey s'étaient remis de leur attaques respectives mais il sentait que ces deux-là étaient encore atteints et se sentait humiliés. Et… Gajeel se rapprochait terriblement de la petite Levy et ça n'était pas du tout au goût du 1er lieutenant de la meute.
Il ne faisait pas confiance à ce loup. C'était une bête, un monstre, doublé d'un traître et d'un déserteur. Il ne comprenait toujours pas pourquoi Makaroff était parti le chercher pour plaider sa cause à Gildarts pour qu'il l'accepte dans la meute ! Ça le rendait presque malade… Ça ne faisait que renforcer sa détermination de devenir Alpha pour dégager ce taré de là.
Luxus ne comprenait pas comment les événements avaient pu se dégrader à ce point. Il avait envie d'hurler sa rage… son frère loup avait envie de se déchaîner. Mais il ne pouvait pas faire ça.
Il ne pouvait pas libérer son monstre.
Alors il se rassit dans son fauteuil et se massa les tempes.
Ressasser les événements dans le seul but de s'apitoyer ne lui servait en rien. Pire, ça lui détruisait le moral, et il avait besoin d'être particulièrement au top et concentré.
Il devait se reconcentrer sur sa seule piste. I. i.
Qui était ce « i » ? Un homme ? Une femme ? Loup, sorcier, fae ?
Était-ce seulement une personne ? Un nom ou un prénom ? Ça ne ressemblait à rien.
Dimanche matin, quand il avait fait venir Gajeel après avoir passé la nuit à interroger les prisonniers, ce dernier avait pu lui apporter un début de réponse… mais ça n'était pas suffisant.
Il se rappela leur conversation et la colère mal dissimulée du traître.
« Je crois savoir qui est I. »
Luxus l'avait regardé avec impatience, se retenant de lui arracher le crâne. Il lui avait indiqué d'un mouvement de main la porte, et ils s'étaient tous deux dirigés vers le salon du sous-sol.
Seule une petite lampe projetait de la lumière dans la pièce, empêchant le 1er lieutenant de lire correctement le visage de son interlocuteur. Tout ce qu'il en avait saisi était une profonde perplexité.
« Je crois que I est un sorcier. J'avais surpris un jour une conversation entre José et ses lieutenants, à propos d'une proposition qu'il lui avait faite. La proposition avait été écrite sur une feuille et signée par la lettre i. Les mots que José avait employé pour le décrire était très… imagers. Et vu sa haine pour tout ce qui concerne la magie… il a dut refuser la proposition. C'était quelques mois avant l'attaque. C'est tout ce que je sais. »
Il avait ensuite laissé repartir Gajeel et s'était plongé dans ses pensées.
José aurait donc reçu une lettre d'un sorcier qui signait avec la lettre i… ça pourrait concorder avec le début des disparitions humaines.
Mais pourquoi diable José avait eut besoin des services d'un sorcier ?
Non rectification. Gajeel avait bien dit que la proposition avait été faite PAR le sorcier à l'ancien Alpha… Qu'est-ce que donc voulait un sorcier à un loup ?
Après avoir passé cinq minutes de plus à se torturer la tête, Luxus sortit un paquet de cigarette. Il le fixa longtemps avant d'en saisir une et de se diriger vers la fenêtre.
Mirajane avait horreur de l'odeur du tabac. Il avait donc arrêté de fumer à la maison. Mais elle n'était pas là ce soir finalement, allant dormir chez Kanna, et pas Kanna chez eux. Il pouvait donc fumer tranquillement…
Cette histoire le pesait. L'ambiance le pesait.
Il finit en quelques bouffés le minuscule tube blanc, et en ralluma un deuxième avant même que le premier ait fini de s'éteindre.
La migraine qui lui comprimait le crâne n'arrangeait rien. Ainsi que les rugissements internes de sa bête.
Elle voulait sortir. Elle voulait détruire. Tout, sans distinction.
Et plus il l'enfermait, plus elle voulait sortir. Plus il la muselait, plus elle avait envie de se déchaîner…
Ça n'avait aucun sens. Cette histoire n'avait aucun sens… et voilà l'Alpha qui les abandonnait ! Gildarts qui préférait jouer et lécher les bottes du Conseil plutôt que de s'occuper de sa propre famille menacée…
Il avait chaud. Il était épuisé. Un orchestre de percussion était en train de lui briser ses dernières résistances psychiques.
Il ne se rendit pas compte tout de suite, mais lorsqu'il tendit sa main vers le paquet de cigarette, celui-ci était vide. Et son verre qui faisait office de cendrier était plein.
Une immense frustration le prit… et sa chaise se brisa.
L'homme blond contempla à moitié hébété les deux morceaux du dossier de son fauteuil dans ses mains. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas perdu le contrôle ainsi. Très longtemps. Heureusement qu'il était seul à la maison et que personne ne pouvait le voir.
Il se dirigea vers la salle de bain et plongea sa tête sous le robinet. La fraîcheur de l'eau lui fit du bien et calma quelque peu sa migraine…
Une sonnerie perça le silence de la nuit. Il saisit son téléphone tout en s'essuyant avec une serviette propre le visage.
Fried. Qu'est-ce qu'il voulait à cette heure ?
Après avoir pris une longue inspiration, il décrocha.
« Allo ?
-Luxus ? Ça va ?
-Oui.
-Tu es sûr ?
-Oui. Pourquoi tu me demandes ça ? »
Un silence gêné lui répondit.
Parce qu'il vient de le sentir dans les liens de meute que tu risquais de péter un câble… se dit-il. Mais il connaissait Fried. Ce dernier avait beaucoup de respect pour lui, peut-être même bien plus qu'il n'en méritait. Il ne le mettrait pas dans l'embarras, même dans l'intimité.
Luxus s'enfonça les ongles dans la paume puis expira doucement en forçant son corps à se détendre. S'obligeant à se concentrer sur la fraîcheur nouvelle autour de son visage.
« Je vais bien. Je vais aller dormir. Fais de même.
-Oui, bonne nuit Luxus.
-Bonne nuit. »
Il contempla quelque peu son écran de portable un peu distrais. L'écran de fond était une photo qu'Ever les avait forcé à prendre ensemble, elle, Fried, Bixrow et lui. Ils avaient décidé de se surnommer la Team Raijin, apparemment à son honneur à lui. Il leur avait dit qu'il n'en avait rien à foutre du nom qu'il se donnait, mais ça le faisait quand même sourire intérieurement.
Ces trois-là ne seraient jamais devenu amis, n'aurait jamais fait parti de la même famille. Ne se serait jamais connue, et n'aurait jamais vécu à la même époque… si lui Luxus ne les avait pas regroupé. Ever était une pimbêche prétentieuse avec des goûts de luxe. Bixrow était vulgaire, franc et avait des manières de bucheron. Fried était un intello coincé et traumatisé dans son enfance. Rien n'aurait jamais pu les faire devenir amis… et pourtant…
Et pourtant il voyait Ever qui conseillait Fried sur la manière de s'habiller, ce dernier qui l'aidait à écrire ses chansons, et Bixrow qui venait ensuite détendre l'ambiance en racontant quelques blagues tout en cuisinant leur dîner. C'est comme s'il faisait juste partie d'une famille plus intime dans l'enceinte de la meute.
L'homme blond se coucha, plus apaisé après ces quelques pensées plus heureuses, avec le désir profond de vouloir protéger ces gens qu'il chérissait. Il les protégerait jusqu'à sa mort.
.
.
.
Il était debout derrière la porte. Son poing serrait un objet rectangulaire.
A l'odeur et au bruit, il n'y avait qu'une personne dans la pièce en face de lui.
La musique était forte. L'humaine trop concentrée sur ce qu'elle faisait. Pas assez attentive pour l'entendre arriver. Main sur la poignée, il l'avait écrasé et était entré.
Elle n'avait rien remarqué.
Dansant sur la musique, lisant un livre tenu par une main et touillant une casserole de l'autre… la fillette était menue. Il aurait facilement pu lui tordre le coup, aussi facilement que s'il était loup et qu'il chassait le lapin.
Il avait fait trois pas dans le salon, lui avait donné un coup de poing dans le ventre et avant qu'elle ne reprenne ses esprits il l'avait définitivement assommé d'une claque. Cela n'avait duré qu'une seconde.
Mais cette seconde l'avait plongé dans la culpabilité des heures, puis des jours durant.
Il se revoyait encore. Il revoyait la pièce.
Mures crèmes, pièce lumineuse… odeur de pâtes dans l'eau bouillante, odeur de vanille, odeur de liquide vaisselle, odeur de femme… Ce dos qui lui est présenté, cette nuque innocente, ces jambes minuscules… une main qui tournait distraitement la spatule, sans faire attention à son environnement… l'esprit trop concentré par son livre, trop distrais par la musique, se croyant faussement en sécurité avec la simple présence de sa clé dans le trou de serrure.
Il avait fait un pas, un deuxième et un troisième. Au deuxième il avait envoyé son poing contre son ventre, lui coupant le souffle, l'écartant de la cuisinière. Au troisième il s'était efforcé d'asséner une claque assez forte pour l'assommer, assez faible pour ne pas la tuer.
Le corps était au sol. Ne bougeant pas. Il lui avait surement cassé une côte. Mais ce n'était pas grave n'est-ce pas ? Ce n'était rien de toute façon comparé à ce qu'elle allait subir bientôt. Une fois qu'il l'aurait amené à José.
Ce n'était pas son problème. Il ne faisait qu'obéir aux ordres. Les loups étaient faits pour obéir aux ordres. Et il avait décidé lui-même de devenir loup.
Il l'avait pris dans ses bras. Le corps était chaud et si léger. Et les bras pendaient, comme si elle était morte.
Il s'était forcé à ne pas y penser. Non. Elle n'était pas morte. Il entendait son souffle et son cœur battre. Il l'avait juste sonné, elle reprendrait conscience d'ici une demi-heure ou une heure.
Il n'avait pas de temps à perdre.
Il s'était précipité dans la voiture, l'avait posé délicatement sur les sièges-arrières en luttant contre l'envie de la balancer dans le premier lieu public venu, et s'était dépêché d'aller hors de la ville. Il n'avait croisé aucune voiture. Il était tard.
Toutes sortes de pensée tournaient dans sa tête, et il s'efforçait de toutes les étouffer.
Il n'avait pas le choix. Il s'était mis dans la merde tout seul en rejoignant cette meute. La seule meute qui l'avait accepté.
Un sourire ironique naquît sur ses lèvres. Peut-être que le fait qu'il ait été accepté ici, était la preuve depuis le début d'à quel point la meute et José étaient malades. Malades au point de l'avoir accepté lui.
De toute manière il n'avait pas le choix. Il devait livrer cette fille à son Alpha. S'il ne le faisait pas ce dernier le retrouverait et le tuerait. Et entre sa propre vie et celle d'une inconnue…
Il avait accéléré sur les derniers kilomètres. De toute manière ils étaient dans une forêt, et il n'y avait personne à la ronde à par lui et sa dégénérée de meute. De plus il voyait parfaitement dans le noir. Aucun risque d'accident.
Et dans tous les cas s'il y en avait un, ce serait peut-être une meilleure mort pour la gamine que celle vers laquelle il l'emmenait…
Il avait fini par arriver. Il avait garé la voiture au niveau d'un chemin boueux. Jeté les clés sur le pare-brise, de toute manière le véhicule ne lui appartenait pas.
Il avait saisi délicatement la jeune fille dans ses bras. Elle semblait paisible. Comme si elle dormait. Elle ne se doutait pas encore qu'elle allait vivre un cauchemar à son réveil.
Il n'avait pas le choix. Il s'était foutu dans la merde tout seul. Il n'avait pas le choix maintenant. Il devait la livrer.
Le long des derniers mètres, son corps devenait de plus en plus lourd. Chaque pas devenait plus difficile. Sa poitrine se comprimait.
Il faisait quelque chose de mal. Et il en avait conscience.
Il avait fait des dizaines de mauvaises actions dans sa vie. Mais pour la première fois… il ne le faisait pas pour sa survie. Et il le faisait à un être entièrement innocent.
Il avait déjà tué… Il avait déjà torturé des hommes, des femmes, qui avaient voulu le tuer, le torturer ou lui nuire. Ça ne lui avait jamais autant pesé que ce qu'il s'apprêtait à faire maintenant. Et maintenant il allait juste livrer une gamine.
Mais il ne se voilait pas la face pour autant. Il serait tout autant responsable du devenir de cette gamine que la personne à laquelle il la livrait. Même si ce ne seront pas ses mains à lui qui la tueront… il aura quand même son sang sur la conscience car il en sera tout autant responsable.
Il l'avait remis à José. Puis il avait tourné les talons.
Il avait fui. Fuit comme il avait fui toute sa vie. Sauf que cette fois-là, il fuyait sa propre conscience.
Tout en sachant pertinemment qu'il ne pourrait y échapper. La gamine parasitait déjà son esprit avec la culpabilité naissante.
Il était foutu.
Il était bien le monstre que tout le monde pensait.
Monstre.
Monstre !
« Monstre ! »
Gajeel se réveilla en sursaut. Son corps tremblait. Des sueurs froides coulaient dans son dos. Son souffle était saccadé.
Un cauchemar. Un souvenir. La culpabilité.
Il se rassit dans le fauteuil, enveloppant son corps dans le drap que Levy lui avait prêté et s'efforça à ralentir son cœur en regardant dans la noirceur de la nuit, la petite silhouette tranquillement endormie dans le lit.
La dernière image, celle qui l'avait réveillé… cela pourrait être une vision de son futur.
Levy, maculée de sang, tremblante d'horreur face à lui, des larmes dévalant ses joues… La terreur dans ses yeux le pétrifiant, et ce cri d'horreur qui lui perçait le cœur encore maintenant « Monstre ! »…
Il ne lui avait pas raconté la vérité. Pas toute la vérité. Et cela ne faisait qu'empirer son sentiment de culpabilité. Surtout maintenant qu'ils s'étaient rapprochés tous les deux, qu'il avait appris à la connaître et qu'il avait compris à quel point ce qu'il lui avait fait était encore plus impardonnable.
Il lui dira la vérité. Un jour. Bientôt. Quand elle n'aura plus besoin de sa protection.
Oui. Il lui dirait la vérité quand toutes les menaces seront écartées. Quand elle sera enfin en sécurité… il lui révélera tout de lui, toute l'horreur à son sujet. Puis elle le haïra. Et il partira loin. Très loin et ne réapparaîtra plus jamais devant elle.
Et peut-être qu'après, la culpabilité commencera à s'estomper lentement… ou peut-être qu'elle ne s'estompera jamais.
.
.
.
Note de fin : Ah ! Voilà un petit chapitre tout neuf rien que pour vous ! Normalement le chapitre 20 sortira également pendant les vacances, et pour la suite je ne m'engage pas…
Je vous remercie de m'avoir lu ^^ et n'hésitez pas à me laisser un petit commentaire pour me dire ce que vous en avez pensé !
Bisous à tous (covidellement friendly), prenez soin de vous et passez de bonnes fêtes :D !
