Et si, Chapitre 20 : Pressentiments

Bonne année !

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Grey essaya de fixer l'horloge sans cligner des yeux. Peut-être qu'ainsi le temps passerait plus vite ?

On n'était que mardi, ce n'était que le deuxième jour de cours auquel il assistait pour surveiller Levy… mais mon dieu, qu'est-ce que ça pouvait être barbant !

Il devait lutter contre le sommeil dès que le prof ouvrait la bouche. Ce n'était pas la première fois que ça lui arrivait… il avait toujours eu du mal à se concentrer sur les cours qui ne l'intéressaient pas… mais les cours de littérature brisaient littéralement toute sa capacité à se tenir éveillé.

Il réprima le 10ème bâillements de la matinée et chercha vainement une source de distraction.

L'amphithéâtre était à moitié remplie, et la majorité des étudiants semblait somnoler comme lui en prenant des notes sans grande conviction. Seuls quelques rares étudiants, dont faisait partie la jeune louve qu'il surveillait, étaient concentrés sur les explications du prof et semblaient un tant soit peu réveillés.

Le jeune homme brun se prit la tête et lutta contre l'envie de s'endormir.

Ca faisait plusieurs jours, depuis l'attaque d'ailleurs, qu'il avait de plus en plus de mal à bien dormir la nuit et il se sentait sans cesse épuisé durant la journée à cause de ça. En plus de ça, les ronflements de Natsu la nuit ne l'aidait absolument pas à récupérer… Ni ses cauchemars…

Il s'en voulait.

Il s'en voulait encore et ça mettrait un bon bout de temps à s'en aller comme impression.

Il avait réussi à digérer l'attaque surprise mais le simple fait qu'il ait échoué dans sa mission de surveillance le torturait. Si Gajeel n'avait pas été là en second temps, qui sait ce qui serait arriver à Levy ? Elle aurait pu être en danger à cause de son incompétence.

La culpabilité le hantait. Mais c'était peut-être la seule chose qui le maintenait encore éveillée. Alors il allait s'en servir.

Il se redressa et s'étira discrètement pour ne pas attirer l'attention du prof.

Bon… pour l'instant son adversaire c'était l'ennui.

L'ennui… et la chaleur.

« Euh… Monsieur ? Pourriez-vous remettre votre t-shirt s'il vous plait ? Sinon je vous demanderais de bien vouloir sortir de mon cours. »

Tss… les humains et leurs coutumes.

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Levy était rouge de honte.

Grey avait toujours eu une tendance au nudisme, une espèce de part caché au fond de son cerveau qui le dénudait sans qu'il ne s'en rend vraiment compte -elle soupçonnait d'ailleurs son loup mais apparemment même plus jeune il le faisait- mais là… qu'est ce qui lui avait prit d'enlever son t-shirt ?!

Mais le pire, le pire c'était d'entendre tous les murmures.

« T'as vu ses abdos !? »

« Les potes de Levy sont vachement chelou. »

« Tu crois qu'elle emploi des strip-teasers pour faire parler d'elle ? »

« Ce mec est tellement canon… jpeux plus me concentrer maintenant. »

« Peut-être qu'elle fait partie d'un club de nudiste ? »

« J'ai entendu dire que le rat de bibliothèque cachait bien son jeu et qu'elle faisait partie d'une secte… »

« … ce mec et le mec de l'autre jour en fait, à ce qu'il parait ce sont ses esclaves sexuels… »

Elle allait mourir de honte. Plus les étudiants avançaient loin dans leurs raisonnements fous, plus elle avait du mal à faire abstraction d'eux.

Elle se murmura « Concentres-toi » plusieurs fois à elle-même en rentrant ses ongles dans ses paumes de mains, espérant que la douleur lui remettra le cerveau dans le bon chemin.

C'était la première fois qu'elle le voyait agir ainsi en face d'humain… d'habitude il se contrôlait non ? Certes il finissait toujours torse nue quand ils étaient dans l'entourage de la meute… mais devant les humains il devait savoir se contrôler non !? Il avait bien un travail de serveur qu'il avait gardé depuis 2-3 ans non !? IL DEVRAIT SAVOIR SE CONTROLER !

Ce n'était pas qu'elle s'inquiétait de sa réputation… elle avait toujours eu la réputation d'être soit quelqu'un de bizarre mais gentil, ou bien d'être un rat de bibliothèque discret et sérieux… mais elle ne voulait pas devenir une bête de foire. La bête de foire de la fac. Et elle avait déjà vu ce que les mauvaises rumeurs pouvaient faire… elle ne voulait pas en être la victime…

Il faudrait qu'elle ait une conversation avec Grey… mais comment l'amener !?

« Hey Grey, ça te dirait de ne pas te dénuder devant MA CLASSE ENTIERE ? »

Nan. Définitivement nan.

Elle ne se voyait pas lui dire ça… mais en même temps si elle ne prenait jamais sur elle… elle n'arriverait jamais à rien.

Elle eut un petit sourire en imaginant la mine grognonne de Gajeel lui disant qu'elle devait arrêter de garder pour elle toutes ses pensées sinon elle allait exploser un jour. Elle l'imaginait parfaitement froncer ses sourcils, lui frotter le crâne et finir avec un petit « crevette » sarcastique.

Qu'est-ce qu'il pouvait bien faire maintenant ? On était mardi… et à par sa fonction de garde du corps… il ne devait rien faire… non ? enfin il lui aurait dit s'il était parti à la traque de José, ou s'il avait une nouvelle piste ? Donc il ne devrait rien y avoir en ce moment ?

N'empêche…

Il lui manquait un peu là. Elle aurait bien aimé lui parler.

C'était fou quand elle y pensait.

Elle ne connaissait pas cet homme depuis une semaine (connaître « vraiment »), et déjà… elle s'était attachée à lui plus qu'elle ne voulait l'admettre. Beaucoup plus qu'elle ne l'admettrait.

Il occupait toute sa tête et toutes ses pensées. Elle se sentait comme une collégienne pour la première fois amoureuse. Tête dans les nuages, difficulté de concentration, son esprit totalement tourné vers l'objet de ses fantasmes, une irrésistible envie d'être tout le temps avec lui et…

Bon sang.

Elle était amoureuse.

Elle regarda ce qu'elle venait d'écrire avec un air presque choqué. Elle venait d'écrire Gajeel avec un cœur sur le « j ».

Saperlipopette.

Elle était réellement amoureuse.

Son cœur s'accéléra brusquement et elle rougit d'un coup. Elle avait si chaud soudainement. Et un sourire irrépressible flottait sur ses lèvres.

OH MON DIEU.

Elle était amoureuse de GAJEEL. AMOUREUSE. DE. GAJEEL.

Fuck Fuckity Fuck !

Elle tenta de calmer ses joues en apposant le dos de ses mains froides dessus en tentant d'apporter un peu de clarté dans son esprit.

D'accord. Ok. Elle était amoureuse. Elle venait de se rendre compte qu'elle était amoureuse. Qu'elle avait enfin eut son vrai premier béguin amoureux. En 6 jours. En put*** de 6 jours.

Comment ça avait pu arriver ?

Discrètement elle sortit une feuille à côté de sa prise de notes, en tentant de continuer de prendre le cours en même temps.

Elle traça deux rapides colonnes : points négatifs et points positifs.

Points négatifs de Gajeel : loup-garou violent, instinct très prononcé de dominant, maladroit, colérique, arrogant… Elle réfléchit longtemps puis barra maladroit. Puis effaça et finalement le remit.

Points positifs… de Gajeel : mignon. Elle sourit en voyant ce premier mot qu'elle avait choisi pour définir le loup, puis elle continua. Gentil. Protecteur. Sait écouter. Drôle. Pousse à me dépasser. Me considère comme son égal. Mange de tout sans broncher. Me fait rire. Patient avec moi. Sexy.

En réfléchissant quelques minutes, devant l'inégalité du remplissage des colonnes, et rajouta finalement « idiot » dans les points négatifs. D'après elle il n'avait jamais été méchant volontairement avec elle… Mais idiot oui.

Il avait été idiot de refuser son aide au début en la traitant comme secrétaire, il avait été idiot lorsqu'il lui avait crié dessus quand elle était sous forme de louve, il avait été idiot lorsqu'il lui avait fait faire une crise de panique à la fac, il avait été idiot quand il l'avait repoussé violemment lors de la soirée. A chaque fois il avait été trop arrogant, trop colérique, trop… idiot. Mais il n'avait jamais eu comme but premier de la blesser.

Et une fois qu'elle avait appris à un peu mieux le connaître, qu'elle avait percé un peu de sa carapace… Elle avait compris à quel point il n'était rien de ce que son apparence laissé présager.

Les points positifs lui venaient facilement. Et en voyant le schéma général elle comprit pourquoi elle avait commencé à développer ces sentiments.

Il avait été là pour elle, il l'avait écouté… Bien entendu il n'avait pas été le seul dans la meute à l'avoir écouté, à se soucier d'elle… Mais il avait été le seul à la hisser à son niveau, à ne pas la considérer seulement comme une petite chose fragile à protéger. Elle avait l'impression de valoir autant que lui à ses côtés.

Cette sensation avait une saveur… de libération… Elle était libérée de son rôle unique de « victime » à ses côtés.

Sans réellement comprendre pourquoi, elle fuit envahit par une sensation apaisante. Une sensation de calme. Les larmes lui montèrent aux yeux mais elle les refoula doucement en se pressant les paupières du bout des doigts.

Il n'y avait finalement rien d'étonnant à ce qu'elle tombe amoureuse de lui. Il était celui qui l'avait libéré de son propre enfermement mental. Il l'avait écouté. Il avait été là pour elle…

et il était fichtrement bien foutu. Pensa-t-elle en se souvenant de cette image entraperçue du corps nu de l'homme…

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L'heure du déjeuner était passée depuis longtemps avant que Gajeel entende enfin son ventre grommeler de faim. Il passa une main fatiguée devant son visage et se massa les paupières.

Son intuition n'avait mené à rien.

Pire, il venait de dépenser ses dernières réserves personnelles d'argent pour confirmer auprès d'un de ses contacts une information.

Oh, l'argent ne lui faisait ni chaud ni froid. En avoir ou pas ne changeait rien à sa vie, à part le fait que la méthode douce était plus difficilement applicable la prochaine fois qu'il aurait besoin d'argent… mais être riche ou être sur la paille ne faisait aucune différence pour lui. Sa vie était toujours aussi merdique.

Il reposa l'ordinateur de Levy sur la table basse et sourit devant le fond d'écran niais. Des chiots et des chatons. Absolument adorable et mignon. A l'image de la jeune fille.

Que faisait elle d'ailleurs ? Il était 15h, elle devait avoir fini de manger depuis longtemps. Elle devait être dans la boutique avec l'autre incapable d'Elfman. Toute souriante et chaleureuse pour chaque nouveau client. Il était d'ailleurs certain que la présence de Levy sauvait cette boutique de la faillite : il n'y avait que la bonne expérience de son sourire pour venir dans un endroit aussi perdu dans la ville pour acheter un bouquin. Il soupçonnait d'ailleurs les vieux patrons d'en être parfaitement conscient et de tout faire pour la retenir chez eux. A coup de petits biscuits et de mots doux.

L'homme se releva en s'étirant. Il avait encore du temps avant d'aller la chercher. Beaucoup trop de temps à meubler.

Il ouvrit le frigo d'un geste las, attrapa les restes du repas d'hier -pâtes et steaks- et les fourra dans le micro-onde.

L'inactivité et l'attente allait le rendre fou.

Il s'était déjà dépensé physiquement ce matin, il avait déjà exploré les pistes pour retrouver le connard, il avait… déjà fait les seules choses qui pouvait le maintenir occupé.

A par la traque et la fuite, il n'avait jamais rien fait d'autre dans sa vie. Il avait toujours été soit le limier, soit le lapin. Et maintenant… il ne savait pas ce qu'il deviendrait.

Temps que José était une menace à l'extérieur, il avait un rôle à tenir, à jouer. Et une fois qu'il sera capturé et tué… et une fois que Gajeel n'aurait plus aucune utilité… Qu'est-ce qu'il deviendrait de lui ?

Soudain un nœud se forma dans son estomac, et il grogna contre lui-même. Une fois que José ne sera plus là, il n'y aurait plus aucune raison pour que Gajeel reste dans l'appartement de Levy. La théorie d'un autre ennemi de la meute flottait toujours certes… mais quelque chose dans son instinct lui disait que ces deux événements avaient la même source.

Une fois sa mission achevée, il n'aurait plus d'utilité à rester chez la jeune fille. Il n'aurait plus de raisons de la fréquenter. Elle ne ressentirait plus de besoin d'aller vers lui.

Et il se retrouverait seul. A nouveau.

Une peur irrépressible s'empara de lui. Lui tordit les intestins, accéléra son cœur.

Seul.

Il connaissait cette voix vicieuse en lui. La voix de son frère loup qui grondait, qui l'enfonçait plus loin dans sa douleur. Qui n'apparaissait qu'à ses moments de faiblesse. Son loup se servait de sa peur, de sa douleur, de sa colère… car c'était les seuls moments où Gajeel perdait pied. Oubliait de se contrôler. Relâcher la bride…

Nous serons seuls.

Il avait entendu dire que certains loups-garous avaient de bonnes relations avec leurs frères et sœurs. Il ne doutait par exemple pas une seule seconde que la louve de Levy était plus douce et moins meurtrière. Mais sa relation avec son loup avait toujours été…

Prends-la.

L'homme ouvrit les yeux de surprise, et relâcha un peu de la tension qu'il mettait pour refouler son monstre.

Prends-la et nous ne serons plus seuls.

Qui ? Levy ?

Seul un silence lui répondit.

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Quand Gajeel la retrouva ce soir, Elfman disparut aussi vite qu'il le pouvait en le saluant vaguement de la main.

Elle eut un grand sourire sur son visage lorsqu'elle l'aperçue et il la vit dire quelque chose vers le vieux propriétaire du magasin qui leur souhaita une bonne route et de la prudence.

De la prudence, il en avait.

Il mit avec autorité le casque sur le tête de sa crevette et lui ajusta la boucle sous son menton pendant qu'elle lui racontait sa journée. Il grogna quelques mots pour lui montrait qu'il suivait l'histoire, mais profita surtout du moment pour la détailler.

Ses yeux étaient plein de vie et semblaient pétillés de contentement. Ses petites mains bougeaient avec vivacité pendant qu'elle mimait la scène abracadabrantesque qu'elle avait vu cet après-midi avec deux petits jumeaux humains infernaux qui avaient mis sens dessus-dessous sa pauvre boutique. Ses lèvres roses, légèrement sèches, jouaient tour à tour la mignonnerie et la sensualité sans qu'elle ne s'en rende compte… Tout son visage, tout son corps étaient animés d'une joie de vivre, d'une liberté et d'une simplicité, qu'il eut envie soudain de l'embrasser et de la serrer contre lui.

Il secoua sa tête aussitôt pour faire diminuer cet envie.

« Ah si ! Tu peux ne pas me croire, mais moi je te jure, je te jure, que ces deux gosses étaient des petits farfadets qui se sont amusés à me rendre folle !

-Mais je te crois.

-Alors pourquoi tu as secoué la tête ? » Lui demanda-t-elle d'une voix faussement suspicieuse.

L'homme ne put empêcher un petit sourire en coin bien à lui de naître sur son visage. Il n'y avait qu'elle pour le taquiner et pour l'obliger à avoir un air stupide sur son visage. Il n'y avait vraiment qu'avec elle qu'il faisait tomber sa carapace et son masque de pierre… et qu'il pouvait être lui-même. Autre chose qu'une bête.

Il tapota sur son casque et enfourcha sa moto.

« Moi ? J'ai rien fait de tout ça. Allez monte maintenant, tu finiras de me raconter ça à la maison. »

Il eut le droit à un tirage de langue, tout ce qu'il y avait de plus mature, avant qu'elle ne monte derrière lui et qu'il sente son corps chaud se coller sur le sien. Il s'autorisa quelques trois secondes pour profiter de ce contact, puis démarra l'engin.

C'était marrant comment était fait la vie.

Il n'y comprenait rien. Ou peu. Il n'avait d'ailleurs jamais eu la prétention de croire tout savoir. Le peu qu'il savait était la survie, la violence. Il ne se rappelait quasiment plus le visage et la chaleur de l'amour de sa mère adoptive… de son père… il ne se rappelait plus et n'avait plus vraiment fait l'effort de s'en souvenir. C'était beaucoup trop douloureux, ce manque d'amour. C'était plus simple d'oublier et de ne pas y prêter attention.

La soirée se déroula tranquillement, dans une espèce de routine qui leur était familière.

Levy faisait la majorité de la conversation tout en commençant à préparer le dîner, Gajeel l'écoutait en intervenant de temps en temps et en s'occupant de tâches annexes ou bien en étant plongé sur l'ordinateur. Puis ils s'installaient côte à côte et mangeaient majoritairement en silence avant de se mettre quelque chose à regarder sur l'ordinateur ou bien de papoter.

Cette habitude, qu'ils avaient pris en seulement quelques repas, l'homme la chérissait profondément. Chaque instant, même le plus banale, était quelque chose qu'il s'efforçait de graver dans sa mémoire pour pouvoir s'en souvenir plus tard.

Les vêtements ridiculement mignons de Levy, son odeur, ses gestes, son timbre de voix lorsqu'elle lui racontait ses histoires… l'ambiance dans la pièce, la sensation du canapé en dessous de lui, son état détendu, son cœur relâché… le calme, la sérénité et la joie qui l'envahissait avec elle à son contact, dans la même pièce… le bourdonnement constant et rassurant de son esprit qu'il percevait même s'il ne savait pas à quoi exactement elle pensait.

Il aimait profondément ce moment. Ce moment très simple, très banal. Il l'aimait.

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Gerald n'avait pas voulu l'admettre, même pas à lui-même, mais force est qu'il était maintenant obligé de le faire. Au moins à son propre esprit.

Il refusait de se mentir à lui-même.

Il en était juste hors de question.

Qu'importe la difficulté, la douleur que ça engendrait en lui, et la sensation désagréable qui le prenait chaque fois qu'il se forçait à regarder les faits en face et à se confronter à la réalité… il s'était toujours dit depuis son enfance, qu'il ne pouvait juste pas se permettre de se mentir. Pas à soi-même. C'était terriblement stupide et c'était simplement une perte de temps.

Depuis hier il était perturbé. Gêné. La presque sérénité qui l'habitait habituellement s'était envolée.

Erza était vivante. Vivante et en bonne santé. Et elle le haïssait.

Il avait vu dans ses yeux qu'elle l'avait reconnu. Elle n'avait rien dit. Elle ne lui avait pas adressé un mot… mais il avait reconnu dans ses yeux et à ses traits sur son visage, le dégoût habituel des loups-garous envers lui. Le nez qui se plisse légèrement par réflexe, les yeux qui se plient, la posture de la personne qui devient instantanément tendue.

Et même si ça le torturait intérieurement le fait de savoir qu'elle ne le regarderait plus jamais avec un regard amical comme avant… au moins elle était vivante.

Il eut soudain envie de rire. Et de pleurer en même temps.

Il avait cru qu'elle était morte. Lorsqu'il avait retrouvé sa liberté, en réussissant à s'échapper des sorcières, après avoir souffert durant des années de leurs mains… il s'était mis directement en quête de la seule chose qui avait réussi à le faire tenir.

Lorsque les loups avaient débarqués à la Tour du Paradis pour mettre un terme à cette menace, les sorcières l'avait déplacé dès le début de l'attaque pour le mettre à l'abris. Il était un catalyseur beaucoup trop précieux pour qu'elles se permettent de le perdre. Il était un outil juste beaucoup trop pratique. Et un futur potentiel reproducteur intéressant.

A cette époque il n'était conscient que la moitié du temps. Et encore, très partiellement. Mais il avait réussit à comprendre qu'il se passait quelque chose de grave si il quittait enfin cette tour maudite. Et après des mois et des années à attendre et à subir… il avait décidé de se servir de cette même puissance maudite qui l'habitait pour s'échapper. Et il avait réussi. Payant sa liberté au prix de la marque maudite qui envahissait maintenant le côté droit de son visage.

Il s'était servit de la magie noire pour s'échapper.

Et sitôt libre, il avait été hanté par la seule idée qui avait réussit à le faire tenir jusque-là. Retrouver Erza. Et aller vivre ensemble quelque part. En paix. Juste être à deux, libres, quelque part où ils pourraient être heureux.

Mais il avait vite appris que tous les survivants de la Tour s'étaient suicidés.

Ca l'avait mis à genoux. Littéralement. Il avait lui-même pensé à mettre fin à ces jours à ce moment-là. Il s'était senti perdu comme jamais dans sa vie.

Il avait eu l'impression qu'il ne lui restait vraiment plus rien maintenant. Que sa seule raison d'existence venait de s'éteindre. Qu'il ne lui restait plus qu'à mourir…

Puis la rage l'avait envahis. La colère. La haine. La haine contre la magie noire. La haine contre lui-même, de s'être échappé trop tard, de ne pas avoir été là. La haine des sorcières et de ces monstres qui avaient provoqué toute cette situation initialement.

Son côté sombre avait parlé, l'avait contrôlé. Et il était parti dans une vendetta personnelle contre l'organisation qui avaient causé tous ses malheurs.

Quitte à être maudit et à ne plus avoir l'envie de vivre, autant servir à éradiquer ces monstres…

Il s'était écoulé plusieurs mois entre le moment où il fut libre et le moment où les loups le trouvèrent. Dans un premier temps ils furent ennemis. Mais voyant sa puissance et leur but commun, ils firent un marché ensemble. Il fut convoqué par le Conseil des Alphas, et après des négociations qui faillir tourner en exécution… il fut relâché contre tout attente.

Il dut prêter une sorte d'allégeance au Conseil, contre l'assistance et la protection de ce dernier envers lui. Même si la promesse d'assistance n'était juste qu'une promesse de tolérance de sa personne sur leur territoire…

Mais le véritable point positif de cette rencontre était qu'il avait put obtenir le début d'une piste sur ses origines et celle de sa famille… il avait put mener sa propre enquête, qui lui avait redonnait un autre but que la vengeance dans l'existence. Et ce chemin l'avait mené à Polyussica.

Et qui l'avait mené à maintenant. A Erza.

Son cœur se serra douloureusement et cette fois il ne put empêcher un petit rire ironique sortir de sa gorge.

Après toutes ses années, après tout ce qu'il avait vécu, après tout ce temps à penser qu'elle était morte… elle semblait réapparaître… pour juste le torturer à nouveau lorsqu'il avait enfin réussi à trouver un semblant de calme dans son existence.

La vie avait vraiment un humour pourri par moment.

Minuit venait de passer depuis longtemps, lorsqu'il sentit soudain quelque chose au loin. De la magie… l'impression s'évapora aussi vite qu'elle était apparue.

Il se redressa vivement, ses sens en alerte. Rien. Et pourtant…

Gerald se leva lentement de son lit, traversa sa chambre d'hôtel et alla à la fenêtre. Il l'ouvrit légèrement et inspira en sentant l'air frais pénétré dans la pièce. Cette fraîcheur lui fit du bien et il ferma les yeux pour se concentrer sur ses autres sens.

Il sentit sa marque chauffée, bourdonnée doucement. Il sentait exactement la position de tous les motifs qui s'étaient incrustés dans sa peau. Il sentait les vibrations magiques qui cherchaient quelque chose, un sacrifice.

Il passa sa main au-dessus du pot de fleur sur le balcon et sentit la vie qui quittait les plantes. Dans le même temps une légère bouffée de puissance l'envahit et une faim avide le prit violement.

Il eut envie de plus. Plus de pouvoir.

Mais il connaissait cette faim, il savait la contrôler.

Alors il la musela et orienta ensuite ce maigre pouvoir qu'il avait prit, vers la ville. Vers cette chose étrange qu'il avait senti quelques secondes plus tôt…

Rien. Rien de particulier.

Peut-être qu'il avait rêvé ?

Mais il aurait juré avoir senti pendant un instant… un maigre instant… une puissante empreinte de magie noire… un sortilège puissant pas si loin de lui et de Magnolia…

Il avait un très mauvais pressentiment.

Il attrapa son portable, alla dans ses contacts et appela sa tante. Elle ne répondit pas.

Il l'appela encore, et au bout de la 4ème tonalité, il eut une réponse.

« Si tu m'appelles pour rien je vais te-

-Ma tante, j'ai un mauvais pressentiment. »

Elle se tut. Il savait qu'elle ne le connaissait pas suffisamment encore, et lui ne la connaissait pas assez pour l'instant… mais sur un point aussi important son instinct lui disait qu'elle était la personne à contacter. Qu'elle l'aiderait.

« C'est juste un pressentiment mais… quelque chose va arriver bientôt.

-J'arrive gamin. Je vais m'arranger pour être là demain soir.

-D'accord. »

Puis elle raccrocha.

Il fut pensif un moment. Il espérait vraiment que d'ici là il ne se passerait rien à Magnolia…

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Ignir n'était pas tranquille.

Il se servit un verre de cognac et l'avala cul sec alors même qu'il haïssait lorsque ses invités faisaient pareille et ne prenaient pas la peine de savourer les arômes d'un alcool si bon. Si majestueux.

Mais là il était sur les nerfs. Ca faisait plusieurs jours qu'il était sur les nerfs.

Et il le serait encore jusqu'à temps que Gildarts ne lui réponde que tout allait bien et qu'Acnologia était toujours enfermé dans son sommeil éternel.

Mais là il y avait quelque chose en plus. Une pensée qui était venue l'emmerder en plus.

Et si… et si il s'était fait manipulé ?

Développons.

Et si quelqu'un lui avait fait croire qu'Acnologia avait eut le sommeil troublé. Pour obliger le Conseil à aller vérifier ce fait.

Car les seules personnes qui connaissaient l'existence et l'emplacement de ce monstre étaient peu nombreuses. Ils se comptaient même sur les doigts de la main. Et le seul qui aurait pu être détacher de son travail habituel pour aller vérifier ce qu'il en était… était Gildarts.

Un des Alphas les plus puissants.

Et qui avait une meute… des plus particulières. Une meute qui avait été créé pour protéger d'anciennes victimes d'un groupuscule fou de sorcières qui ne désiraient rien de plus que le retour sur terre de Zeleph, le plus puissant mage noir que la terre ait connu, et qui était mort il y a plusieurs dizaines de siècle.

Maintenant que Gildarts était parti, la meute était grandement affaiblie… Et même s'il avait par précaution envoyé Gerald à Magnolia le temps de, il n'arrivait pas à être tranquille.

Il grogna contre lui-même.

Il fallait qu'il se calme. Qu'il se tranquillise.

Rien n'allait arriver. Rien de grave n'allait se passer. Il était juste à cran…

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Note de fin : Bon, apparemment mon rythme est de un chapitre par an maintenant. Et bien et bien…

J'avais écris les sept premières pages il y a un an. Je viens d'écrire les trois suivantes il y a quelques jours. On va voir si la passion d'écrire cette fin qui est proche, me tiendra inspirée pour les prochaines semaines…

Oh la fin je la connais. Je la connais depuis le début. Les grandes lignes, les arbres généalogiques, les back story des personnages, les moments clés, tout ceci, a été écrit sur des feuilles de brouillon depuis longtemps. Depuis le début…

Je pensais vraiment à l'époque que je bouclerais l'histoire en quelques mois, car il ne me suffisait qu'à écrire. Et j'avais commencé à publier avant d'avoir fini l'écriture de l'entière fiction pour m'obliger à prendre un engagement pour enfin finir un écrit long.

Mais en fait dans la vie, la vraie, tout n'est pas aussi simple et linéaire.

Bref. Ca n'a pas vraiment d'importance.

Timelina27 m'a rappelé que cette fiction était inachevée et donc je m'y suis remise. Merci à toi.

Merci de m'avoir lue jusqu'ici, des bisous.