Bonjour à tous ! Tout d'abord, avec un tout petit peu de retard : Joyeux Noël !

Ce chapitre a un peu tardé, il faut admettre que j'ai eu un peu de mal parce que, comme je le disais dans une note d'un chapitre précédant, je suis actuellement à l'étranger... Et qui dit à l'étranger dit Noël loin de la famille. Ça fait toujours un peu bizarre, même si c'est la deuxième fois et même si j'adore mon année ici et que je rentrerai pour rien au monde, le 24 et le 25 restent un peu particulier quand on est loin. Mais bon, j'ai passé un très bon réveillon malgré tout, et j'espère que c'est votre cas ! J'espère surtout que vous avez bien profité de vos proches, car c'est le plus important ~ (Phrase bateau bonjour, mais le fait est que c'est vrai et on s'en rend compte surtout quand on ne l'a pas)

En tout cas, le chapitre est enfin là ! Je pensais qu'il serait un peu plus court pour ce que j'y avais prévu, et finalement il est le plus long que j'ai écrit jusqu'à présent... Et il a aussi pris un peu plus de profondeur que ce à quoi je m'attendais ahah. En tout cas, j'espère qu'il vous plaira !

Et si vous voulez mes faire un petit cadeau de Noël, une review sera le plus beau que vous pourriez faire uhuh. Merci encore à tous ceux qui prennent le temps pour ça, et merci à tous de me suivre !

Enjoy !


Chapitre 4 : La neige qui recouvre le passé

Samedi 20 décembre

De doux chants de Noël résonnaient dans le chalet ce matin-là. Hermione, assise sur la table de la cuisine, écrivait une lettre. Les yeux encore endormi, un thé et des biscuits pour seule compagnie, elle se laissait bercer par la radio qu'elle venait de mettre en marche. Elle adorait cette ambiance. C'était le milieu de la matinée, ce moment où le soleil commençait à briller un peu plus fort. Le sol, encore légèrement sous la neige tombée en début de semaine, avant qu'ils n'arrivent, étincelait doucement.

Alors qu'une nouvelle chanson commençait, des bruits de pas se firent entendre depuis le couloir. Hermione releva les yeux, pour les poser sur Drago, les cheveux en bataille, emmitouflé dans un pull, les sourcils froncés.

« C'est quoi ce boucan ?

— Ce boucan, répondit-elle d'un air pincé, c'est la tradition de Noël. Tu n'écoutes jamais de chants de Noël avant les fêtes ?

— Je n'en vois pas l'intérêt, il reste encore quatre jours. »

Une moue perplexe remplaça la contrariété d'Hermione.

« Noël ce n'est pas juste un jour.

— Si tu le dis, éluda-t-il en haussant les épaules. »

Il s'assit à table à son tour, fixant le vide. Après avoir baissé le volume de la radio -de presque rien-, la sorcière se remit à l'écriture de sa lettre. Au bout de plusieurs secondes, elle leva à nouveau la tête vers Drago, toujours immobile.

« Tu comptes rester comme ça longtemps ?

— Je me demandais si je pouvais faire appel à mon elfe de maison depuis cet endroit. »

L'indignation déforma les traits d'Hermione.

« Tu ne sais pas te débrouiller tout seul ?

— Bien sûr que si !

— Alors pas la peine de faire appel à un elfe !

— C'est plus agréable de se faire servir.

— On est bientôt Noël !

— Et ?

— Si déjà tu exploites un elfe, ce que je n'approuve déjà clairement pas, laisse-le au moins tranquille pendant les fêtes ! Tu aimerais, toi, que le ministère t'appelle soudainement pour travailler ? »

Il la regarda avec lassitude.

« Mais moi ça ne me ferait pas plaisir. Eux, si.

— Tu n'en sais rien, ils sont juste habitués à devoir faire et penser ainsi ! »

Il secoua la tête, refusant de s'engager plus dans ce débat. Il connaissait l'obstination d'Hermione au sujet des elfes de maison, pour avoir déjà vécu des discussions houleuses et avoir déjà eu droit à des remontrances de sa part. Qu'il n'en ait jamais tenu compte ne l'empêchait pas d'avoir appris à ne pas mettre les pieds trop loin. Il aurait d'ailleurs sûrement dû retenir ses réflexions pour lui, mais il avait parlé sans penser aux conséquences. Maintenant, Hermione était penchée sur sa lettre d'un air courroucé et renfrogné.

« Qu'est-ce que tu écris au juste ? A ce rythme, observa-t-il en la voyant griffonner un peu trop furieusement, tu vas déchirer ce papier.

— Ça ne te regarde pas. Mais je devrais peut-être écrire au département de régulation des créatures magiques pour qu'ils apprennent aux sorciers comme toi que tous les êtres vivants méritent respect et vacances ? »

Drago poussa un grognement fatigué en se pinçant l'arête du nez. Un lion refusait toujours d'en démordre, elle le lui prouvait à chaque fois qu'il faisait l'erreur de l'oublier. Après une brève réflexion qui mena l'ancien Serpentard à conclure que tenter de parler à la jeune femme risquait de déclencher la troisième guerre des sorciers, il décida de préparer son petit déjeuner en silence. Ce ne fut que de longues minutes plus tard qu'elle prit la parole d'elle-même.

« Les autres ne sont pas réveillés ? »

Surpris par sa question, Drago reposa le journal, dont il ne comprenait pas grand-chose, qu'il venait de chercher à la porte.

« Blaise et Pansy ? Non. Ils dorment toujours très longtemps et très profondément. C'est à se demander pourquoi j'ai eu l'idée de venir ici avec eux, ajouta-t-il dans un marmonnement. »

L'expression d'Hermione semblait s'être quelque peu déridée, bien qu'elle reste distante, comme pour dire qu'elle n'oubliait pas ce qui venait de se passer un peu plus tôt.

« Tu vois mes chansons ne sont pas tant un boucan que tu le dis.

— Encore ça ? Tu es rancunière pour peu dis donc. Et de toute façon ça ne veut rien dire, un dragon ne suffirait pas à les réveiller.

— Heureuse de savoir que tu compares les chants de Noël à un dragon, merci.

— Le plaisir est pour moi Granger. »

Elle leva les yeux au ciel tandis qu'un sourire en coin s'étirait sur les lèvres de Drago.

« Et Potter et Weasley, demanda-t-il alors, pas réveillés non plus ?

— Apparemment pas. Même s'ils ne devraient pas tarder. »

Si autrefois Ginny et Hermione se levait plus ou moins en même temps, les habitudes de la rouquine avaient changé depuis qu'elle était avec Harry. Elle s'était peu à peu mise à se lever plus tard, jusqu'à finalement calquer son rythme sur celui d'Harry. Au grand damne de son amie, seule chaque matin passé sous le même toit qu'eux. Enfin, jusqu'à ces derniers jours.

Sa lettre pliée en deux, elle la glissa dans une enveloppe sur laquelle le nom de ses parents et une adresse australienne étaient déjà écrits. Ils avaient décidé de passer les fêtes là-bas cette année, ce qui expliquait la présence d'Hermione avec Harry et Ginny.

Drago, qui regardait vers la lettre, eut de façon inattendue son regard aimanté par quelque chose d'autre, juste derrière. Le bras d'Hermione, et plus précisément, sur la fine cicatrice qui se démarquait malgré la clarté de sa peau. Ces traits blanchâtres formaient un mot que Drago regretta de reconnaître au moment même où il le fit.

Sang-de-bourbe.

Comme si ce regard l'avait brûlé, Hermione le remarqua et retira vivement son bras en le ramenant contre elle. Ses yeux brillèrent soudain d'une flamme où honte, douleur et colère se mêlaient. Drago resta immobile et sans voix quelques instants.

« Je… voulut-il commencer.

— Tu rien du tout. J'ai oublié de mettre des manches longues, c'est tout ce qu'i dire. »

Sans demander son reste, elle se leva, la lettre à la main, et partit de la pièce. Drago resta assis sans un mot, le regard encore fixé là où l'ancienne Gryffondor venait de disparaître. Durant les cinq dernières années, jamais il n'avait eu l'occasion de voir cette cicatrice, si bien qu'il en avait complètement oublié l'existence. Si on le lui avait rappelé, il aurait sans doute pensé qu'elle avait été entièrement soignée, ou quelque chose du même acabit.

Jamais il n'aurait pensé qu'Hermione était restée marquée à vie de son passage au manoir Malefoy.

Évidemment, il n'avait simplement rien pensé, car il n'était pas quelqu'un qui pensait de lui-même aux autres, la plupart du temps. A part concernant ceux qui lui étaient le plus proche, il ne songeait pas aux vies que chacun pouvait avoir de son côté. Il le savait, et pourtant, une partie de lui restait confuse par ce qu'il venait de constater.

Elle qui avait toujours été si fière et si droite portait des cicatrices dont il ignorait tout. Certes, leur relation avait toujours été compliquée, pour ne pas dire extrêmement conflictuelle, et ce aujourd'hui encore ; même s'ils n'étaient plus ennemis, leurs échanges étaient généralement basés sur des piques et autres railleries. Malgré tout, les choses avaient changé depuis l'époque de Poudlard, et surtout, depuis la guerre. Drago avait appris combien la haine due aux préjugés et le mépris des autres faisaient des dégâts et n'apportaient que le malheur. Ses valeurs de sang-pur en avaient pris un coup, et ses convictions avaient particulièrement bien changées.

Les minutes qui suivirent, tout ce à quoi il put penser fut le souvenir de ces cris qui avaient résonné à travers le manoir, des années plus tôt, ces cris qui avaient donné envie au Drago lâche qu'il était d'enfoncer ses oreilles dans un oreiller pour ne plus les entendre. Il l'avait fait, mais il n'avait pas réussi à les étouffer.

Il serra inconsciemment son avant-bras gauche.

~oOoOoOo~

La journée se déroula dans une sobriété agréable, les deux trios faisant leurs propres activités jusqu'au soir. Harry, Ginny et Hermione se rendirent d'abord en ville, avant de suivre un sentier de promenade faisant une boucle dans les montagnes qu'ils arpentèrent durant plusieurs heures. Quand ils rentrèrent au chalet, ils étaient épuisés, mais d'une fatigue douce, de celle qui n'est là que pour rappeler que l'on est vivant.

Blaise, Pansy et Drago rentrèrent quelques heures plus tard, alors que les anciens Gryffondor étaient en train de manger tranquillement. Les anciens Serpentard étaient partis faire du traîneau avec des cerfs de Noël qui pouvaient s'envoler, et avaient ainsi survolé les montagnes environnantes. Lorsqu'ils en parlèrent, Hermione posa de nombreuses questions, vivement intéressée par l'expérience. Les deux garçons se mirent à préparer le repas tandis que Pansy resta pour répondre à la sorcière.

Soudain, alors qu'elles étaient plongées dans les détails de la manière dont les traîneaux étaient chauffés afin que les touristes ne ressentent pas trop le froid de l'altitude, Ginny poussa un léger cri de surprise avant de se lever d'un bond.

« Il neige ! »

Sa voix résonna dans tout le chalet, recouvrant les chants de Noël qui se jouaient encore en fond. Tous, y compris Drago et Blaise dans la cuisine, rivèrent leur regard vers les fenêtres. Dans la lumières des illuminations, de gros flocons se distinguaient. Hermione ne tarda pas à rejoindre son amie en quelques enjambées, et après quelques secondes elles étaient toutes deux vêtues de leur veste ainsi que de leur écharpe rouge et or.

Les yeux brillants, elles sortirent regarder la neige tomber sans un mot. Depuis leur arrivée ici, elles n'attendaient que ce moment, désespérées de constater combien le temps était sec. Enfin, leur vœu était exaucé.

La porte derrière les sorcières grinça à nouveau lorsque les quatre autres les rejoignirent. Harry passa ses bras autour de la taille de Ginny et déposa son menton sur l'épaule de la jeune femme. Cela faisait sans doute un moment qu'il neigeait, car le sol était déjà recouvert d'une grande couche de neige fraîche. Bien sûr, il ne fallut pas longtemps à Blaise pour qu'il s'avance et se baisse pour en prenne une poignée, malgré le froid qui engourdit immédiatement ses doigts. L'instant d'après, une petite boule de neige s'écrasa sur les cheveux de Drago.

« Espèce de traître ! » pesta-t-il avant de faire à son tour les quelques pas qui le séparait de la neige et d'en saisir.

Son ami avait évidemment déjà commencé à fuir, et lorsque Drago se redressa et lui lança, ce ne fut pas sur la bonne cible que la boule de neige s'abattit.

Hermione fixa Drago, les yeux écarquillés d'indignation, l'air scandalisé, lorsque de la neige vint s'écraser sur son cou.

« Malefoy, tu vas me payer ça. »

D'un bond, elle se jeta dans la neige à son tour. Il ne fallut pas beaucoup plus pour qu'une bataille générale ne commence, juste le rire d'Harry qui se moquait gentiment d'Hermione lorsqu'elle fut une nouvelle fois la cible de Drago qui tentait de la tenir à distance. En punition, Harry reçut lui aussi une boule de neige dans le visage. Ginny et lui se joignirent donc aux festivités, ainsi que Pansy, bien qu'elle restât quelque peu en retrait.

Hermione livra un combat acharnée contre tous, et particulièrement contre Drago qui ne pouvait s'empêcher de la prendre pour cible tant elle avait tendance à se jeter tête la première dans la bataille, sans prendre le temps d'assurer suffisamment ses arrières. Tandis que tous les autres commençaient à fatiguer, elle et Drago semblaient décidés à ne rien céder, quitte à tomber d'épuisement. Pansy rentra très rapidement dans le chalet, afin de finir le dîner qu'avaient commencé ses deux amis, et Harry et Ginny furent les suivants. Blaise tint plus longtemps, mais finalement, il s'arrêta à son tour pour se mettre en retrait. Il observa alors les deux derniers debout depuis son abri de fortune près de la porte du chalet.

Hermione, cachée derrière un arbre, avait sorti sa baguette depuis un moment pour jeter ses boules de neige à coup de wingardium leviosa, sort via lequel elle était bien plus précise qu'avec un lancer de ses propres mains. Drago en avait fait de même, mais comme l'ancienne Gryffondor était trop rapide pour lui, il l'utilisait principalement pour lancer des protego, tout en préparant des munitions de sa main libre qu'il lançait ainsi, étant heureusement plus habile qu'Hermione.

« Avoue-toi vaincu ! lança-t-elle finalement, une boule de neige ensorcelée frôlant de peu Drago.

— Toi d'abord !

— On sait tous les deux que tu ne fais pas le poids !

— Parle pour toi ! Je ne suis pas celui qui a la baguette qui tremble à cause du froid ! »

Hermione devait reconnaître qu'elle était gelée jusqu'aux os, tant et si bien que des tressaillements violents et incontrôlés la traversaient. Plus d'une fois ses boules de neige furent complètement déviées à cause d'un frisson. Cependant, Drago de son côté n'en menait pas vraiment plus large, malgré les apparences. Les joues et le nez rosis par le froid, il claquait des dents.

Tous deux s'affrontèrent du regard un moment, intimant à l'autre d'abdiquer. Aucun ne le fit, et une nouvelle salve démarra. Blaise, un sourire amusé aux lèvres, les regarda incapable de se toucher, trop bien caché l'un de l'autre. Leur duel ne mènerait plus à rien ainsi. Drago dû se faire la même réflexion, car il décida soudain de charger vers l'arbre de la sorcière après une nouvelle attaque, profitant du laps de temps que celle-ci lui offrait. Lorsqu'Hermione se redressa pour le viser, elle ne comprit pas tout de suite où était Drago, et ce ne fut que trop tard qu'elle réalisa qu'il était en train de se jeter vers elle. D'un saut désespéré, il parvint à sa hauteur et brandit sa baguette une seconde avant elle

« Expelliarmus ! »

Le sort désarma Hermione, qui tomba ce faisant dans la neige. Après avoir rattrapé la baguette de la jeune femme, Drago se pencha au-dessus d'elle.

« Toujours vivante Granger ? »

Celle-ci grogna, mais ne bougea pas. Le sourire goguenard de Drago se terni après quelques instants.

« Granger ? »

Pas de réponse. Il lui tendit la main.

« Allez relève-toi. »

C'est à ce moment que le regard d'Hermione s'enflamma et elle saisit brusquement le bras de son adversaire avant de le tirer d'un coup sec. A son tour, il tomba dans la neige. Le froid lui agressa la peau, alors même qu'il pensait qu'elle était déjà anesthésiée depuis longtemps.

« C'était très bas, maugréa-t-il. »

Elle éclata de rire.

« Tu aurais dû voir ta tête. Granger ? imita-t-elle. Allez relève-toi. »

Il se redressa en la foudroyant du regard, embarrassé.

« Eh bien la prochaine fois ne compte pas sur moi pour m'inquiéter, même si tu te retrouves enfouie sous une avalanche au fin fond d'une montagne sans personne d'autre pour t'aider.

— Tu as un don pour avoir des réactions absolument pas exagérée, tu le sais ? »

Il l'ignora.

« Malefoy.

— Quoi encore ?

— Tu peux m'aider pour de vrai ? Je ne sens plus vraiment mes bras et mes jambes. »

Il se tourna vers elle pour lui lancer une remarque acerbe contre sa moquerie, mais ses mots moururent dans sa gorge lorsqu'il croisa son regard. Il y avait comme une timidité qui s'y reflétait, une expression qu'il n'avait jamais vue sur la sorcière. Visiblement, elle ne pouvait réellement pas se relever toute seule. Après un soupir, il se résigna à lui tendre une nouvelle fois la main, qu'elle prit cette fois sérieusement. Comme elle luttait pour réussir à se hisser complètement sur ses jambes, il passa son bras dans son dos pour l'aider. Elle lui adressa un sourire de gratitude, qui se mua très vite en un air plus taquin.

« Tu vois, tu ne me laisserais pas seule dans une avalanche.

— Oh la ferme. Ça dépendrait de mon humeur. »

Elle rit, et il sourit à son tour. Non, il ne la laisserait sans doute pas mourir de froid seule dans une avalanche.

~oOoOoOo~

De retour à l'intérieur, Drago et Hermione allèrent se changer pour mettre des vêtements plus chauds et pour étendre ceux qu'ils avaient portés, désormais trempés par la neige. Ils s'assirent ensuite devant le feu de la cheminée, tous deux parcourus de tremblements réguliers. Blaise était rentré un peu après eux, mimant ne rien avoir vu de leur échange un peu plus tôt. Lui et Pansy mangèrent à table tandis que Drago le faisait devant le feu, à côté d'Hermione. Harry et Ginny lui avait demandé si elle voulait qu'ils restent, mais elle les avait rassurée en leur disant d'aller dormir et que tout irait bien pour elle. Elle avait bien vu leurs traits tirés par la fatigue de la journée. Elle-même somnolait partiellement, surtout maintenant qu'elle venait de finir son dîner, dont elle avait réchauffé les restes d'un coup de baguette.

Les genoux contre sa poitrine, les bras refermés autour, elle fixait les flammes devant elle pour ne pas s'endormir. Nul doute que dès qu'elle serait suffisamment réchauffée, elle rejoindrait son lit sans attendre.

D'un geste désormais automatique, le dos de ses doigts faisaient des allers-retours sur l'avant-bras où se trouvait sa cicatrice. Elle n'oubliait jamais cette marque indélébile de ce qu'elle avait vécu, mais aussi de ce qu'elle était. Si elle était fière de son sang, cette cicatrice la remplissait de honte, et elle la cachait toujours soigneusement derrière des manches longues, ou du maquillage lorsque la température ne lui permettait plus les vêtements trop chauds.

Drago capta son geste, mais ne fit aucun commentaire et feignit ne rien voir. Pourtant, à sa plus grande surprise, ce fut Hermione qui parla.

« Pour ce matin, je voulais te dire… Je n'aurais pas dû réagir comme ça. Désolée. »

Sa voix était ténue, juste assez forte pour qu'il l'entende. Elle gardait les yeux rivés vers les flammes. Les excuses avaient été dures à faire, de toute évidence. En réalité, il ne pensait même pas qu'elle avait à en donner. Elle n'avait absolument rien à se reprocher, sa réaction avait été plus que correcte, et normale qui plus est. Après un regard vers Blaise et Pansy pour s'assurer qu'ils étaient assez loin pour ne pas les entendre, Drago répondit :

« On a tous nos propres… marques. »

A l'évidence, le mot n'était pas choisi au hasard. Hermione le regarda finalement, l'étonnement trahissant ses pensées.

« Tu… hésita-t-elle. Tu l'as encore ? »

Il serra son avant-bras de sa main droite.

« Elle ne se voit presque plus, mais oui. Elle sera toujours là. »

Ses doigts pincèrent la manche qui recouvrait la Marque des Ténèbres. Il n'avait jamais su la qualifier d'erreur, car à l'époque où il l'avait reçu, il pensait faire ce qu'il devait faire. L'honneur de sa famille était en jeu, son père comptait sur lui. Il se reprochait beaucoup de choses, mais la Marque n'était au final qu'un dégât collatéral de ses décisions et de ses actions, un fardeau qu'il s'était infligé lui-même par choix. Ou, du moins, c'était ce dont il avait été convaincu par les autres. La plupart de sa jeunesse n'était qu'un dégât collatéral causé par des adultes qui n'avaient pas su faire ce qu'il y avait de mieux pour leurs enfants.

Mû par l'émotion du moment, Drago releva légèrement sa manche, juste assez pour faire apparaître une partie de la Marque qui enlaidissait son bras. Sur sa peau blanchâtre, les contours gris d'un serpent se devinaient. Hermione l'observa quelques secondes, avant de détourner les yeux. Drago pensait qu'elle allait le fuir, s'écarter, exprimer son dégoût. Elle ferma simplement les yeux en posant sa tête sur le haut de ses genoux.

« Cette guerre n'a laissé personne sans cicatrice, mais le pire reste les marques bien plus profondes. »

Elle-même ne savait pas pourquoi elle ne s'éloignait pas immédiatement de cet homme qui portait la marque de ce qu'elle avait tant combattu, la signature de ce qui avait bien failli lui coûter la vie, ou la vie d'êtres chers, qui avait coûté la vie à certains de ces derniers, et à tant d'autres. Cette marque qu'il avait commencé à porter après avoir passé des années à l'insulter, elle et tous ceux qui étaient comme elle, comme la continuité de ces paroles. A dire la vouloir morte, même. Cette marque était la preuve de la cruauté qui avait un jour habité son cœur.

Mais… En réalité, elle savait pourquoi elle ne bougeait pas. C'était précisément car c'était une cruauté qui avait habité son cœur. Après tout ce qui était arrivé à Poudlard, après la fin de la guerre, elle avait pu constater au fil des rencontres que la haine s'était fanée. Elle n'avait aucune idée de ce qu'il pouvait penser, si la haine avait laissé place à l'acceptation ou si au moins il ressentait des remords, mais ce qui était sûr, c'était qu'il n'était plus le même. Peu à peu, au fil des mois, puis des années, il s'était reconstruit sur les ruines de ce qu'il avait été.

C'était cet homme qui se reconstruisait pour quelque chose de meilleur qui était assis à côté d'elle, et c'était ce qui comptait, pas le passé. Malgré les cicatrices, malgré les marques.

Après un long silence, elle lui sourit tout en se relevant.

« Je vais dormir, je suis morte de fatigue. »

Subitement, à peine sa phrase terminée, elle réalisa qu'elle ne voulait pas de malentendu, elle ne voulait pas qu'il croit qu'elle le fuyait. Elle ajouta :

« On se voit demain.

— Ouais, à demain. Bonne nuit. »

Elle retint un instant son souffle, avant de lui répondre :

« Bonne nuit, Drago. »

Il la fixa sous l'effet de la surprise, avant de sourire. Un sourire espiègle et sincère.

« Hermione, salua-t-il. »

Car Malefoy et Granger étaient leur relation d'autrefois, et que l'avenir était ce qui se trouvait désormais devant eux.