Bonsoir à tous !
Avant tout, je tiens à m'excuser platement pour l'immense retard de ce chapitre. J'avais mal anticipé à la fois la taille que le chapitre prendrait et le temps que j'allais passer loin de mon ordinateur ces vacances. Etant donné que le nouvel an est très important et se fait en famille au Japon (où je passe actuellement mon année donc, c'est fou, une nouvelle info par chapitre ahah), je suis retournée dans la famille d'accueil que j'avais eu lors de mon précédent séjour il y a trois ans de cela et… Et bien j'ai profité d'être avec eux et j'ai été emmenée un peu partout, du coup mon chapitre a pris du retard. J'ai tenté de le rattraper en revenant en fin de semaine, seulement j'avais un séjour de deux jours de snowboard, et pour ça j'y suis allée en bus de nuit et revenue en bus de nuit toujours… Autant vous dire que dimanche je ne tenais plus debout. Et je vous parle pas de mes courbatures, je peux pas bouger le petit doigt (quasiment littéralement) sans grimacer xD Ça m'a vraiment contrariée, mais j'étais incapable d'écrire quoi que ce soit de correct, donc j'ai préféré me reposer suffisamment pour ne pas bâcler la fin du chapitre.
Bref.
Je suis là, et je ne vous oublie pas ! D'ailleurs, bonne année ! (8 J'espère que vous avez passé de bonnes vacances, je vous souhaite le meilleur pour cette nouvelle année !
Aussi, j'ai conscience que cette fic des fêtes que je voulais faire sur cette même période s'en éloigne peu à peu, mais j'espère que vous continuerez toujours à l'apprécier… Après tout, on a les films de Noël pour anticiper les fêtes, pourquoi ne pas avoir de fic pour les rallonger un peu ? Ahah. En tout cas, j'espère que vous continuerez à me suivre. Comme toujours, un immense merci à tous ceux qui prennent le temps de me lire et me suivre, ça me fait tellement plaisir.
Ce chapitre est particulièrement long, je ne pensais absolument pas que ce serait le cas… En espérant que ça vous plaira ! On se voit au prochain chapitre, et d'ici là : bonne lecture !
Chapitre 5 : Yule
Dimanche 21 décembre
« Est-ce que vous comptez aller à la soirée en l'honneur de Yule ce soir ? »
Hermione sursauta en entendant la voix grave dans son dos. Accroupie dans la neige, elle se tourna vers la porte du chalet où se tenait Drago, l'épaule collée contre le chambranle de la porte, les bras croisés. Ce matin encore, il avait les cheveux ébouriffés. En effet, il n'avait pas pris le temps de passer par la salle de bain. Surpris par l'absence de la sorcière dans la cuisine, elle qui était toujours la première réveillée, il l'avait remarquée au moment où il était passé à côté d'une des fenêtres et l'avait observée quelques secondes alors qu'elle rassemblait de la neige en une boule de plus en plus grosse. Finalement, après avoir attrapé son long manteau noir et ses chaussures, il était sorti à son tour. La neige avait cessé de tomber, mais la température n'était toujours pas remontée au-dessus des zéro degré.
« Je pense oui. Ginny avait particulièrement envie d'y aller, à cause du bal. »
Les pas de Drago firent crisser la neige quand il rejoignit Hermione et s'agenouilla à côté d'elle. A son tour, sagement équipé de gants contrairement à la veille, il commença à faire une boule de neige.
« Et toi ? lui retourna-t-elle la question.
— Pansy compte y aller, c'est elle qui en a parlé hier soir après que tu sois allée te coucher. Blaise… Le connaissant, il sera ravi de la suivre là-dedans. »
Il esquissa un sourire pensif. Depuis quelques mois, il se doutait de quelque chose au sujet de Blaise et Pansy, et son impression n'est devenue que plus tenace depuis qu'ils étaient tous les trois ensemble du matin au soir. Son ami saura sûrement apprécier la soirée en y accompagnant l'ancienne Serpentard.
« Je ne sais pas encore si je vais y aller, ajouta-t-il. Les bals, c'est pas trop ma tasse de thé. »
Elle lui jeta un regard surpris.
« J'aurais plutôt pensé que c'était le cas justement. Tu étais plutôt à ton aise au bal du Tournoi des Trois Sorciers… »
L'espace d'une seconde, les mêmes images nostalgiques passèrent dans l'esprit des deux sorciers.
« C'était le cas, j'allais à des soirées mondaines depuis que j'étais enfant, les bals n'avaient rien d'extraordinaire, et j'aimais ça à l'époque. Mais… j'en ai eu assez pour une vie entière. »
D'un air pensif, Hermione hocha la tête tout en perfectionnant sa sculpture de neige. Elle n'avait que rarement connue des soirées telles que celle du Tournoi à Poudlard. Après la défaite de Voldemort elle avait été invitée à de nombreuses reprises, mais ses apparitions avaient été rares et furtives. Elle était trop concentrée sur son avenir pour participer à ces sortes d'événements. L'année la plus chargée en invitations ayant été celle où elle avait studieusement repassé sa septième année à Poudlard, elle était restée à l'écart, bien plus que Ron et Harry qui n'y étaient pas retournés.
S'imaginer qu'il était possible d'avoir connu tant de soirées dansantes, au point de ne plus en vouloir de semblable, lui était presque étrange. Leur monde était si différent. Et pourtant, aujourd'hui, par un coup du sort, ils convergeaient.
« Tu comptes danser ? lui demanda-t-il soudain d'un ton taquin.
— Je ne pense pas. Je compte y aller avec Ginny et Harry mais c'est pour l'illumination du sapin. »
Drago se pencha soudain vers la boule d'une trentaine de centimètres formés par Hermione pour poser la sienne, un peu plus petite, par-dessus. D'un accio, il fit venir des branches.
« Je vois. Tu as vraiment une passion pour les sapins. C'est impressionnant. Dis, demanda-t-il en montrant les branches du menton, tu préfères lesquelles ? »
Elle montra la deuxième en partant de la gauche et la dernière.
« Les illuminations sont jolies, c'est tout. Ces deux-là. »
Il considéra la sélection d'Hermione d'un regard critique.
« Jolies. Je vois, dit-il d'un ton sceptique. Non, continua-t-il, celles-ci sont mieux. »
Et sans lui demander davantage son avis, il les planta des deux côtés de la plus grosse boule de neige.
« Voilà qui commence à ressembler à quelque chose.
— Pourquoi me demander mon avis si tu ne comptes pas le suivre de toute façon ?
— Si tu avais meilleur goût je l'aurais fait. »
Elle leva les yeux au ciel, et disparut soudain dans un crac! sonore. Drago observa avec perplexité l'endroit où elle s'était trouvée quelques secondes plus tôt. L'avait-il vexé à ce point dans son choix ? Fort heureusement, elle ne tarda pas à réapparaître, avec le même bruit caractéristique du transplanage. Il remarqua la carotte qu'elle tenait de sa main libre lorsqu'elle rangea sa baguette.
« Quoi ? demanda-t-elle lorsqu'elle remarqua son regard.
— Tu viens de voler une carotte ?
— Bien sûr que non. Je suis allée l'acheter. Va chercher des cailloux, au lieu d'inventer n'importe quoi. »
Le sorcier croisa les bras sur sa poitrine d'un air hautain.
« C'est plutôt dégradant comme ordre.
— Arrête de faire l'enfant. Je croyais que tu avais grandi depuis l'époque de Poudlard.
— Et je croyais que tu n'étais plus la miss directive de cette même époque. »
Pour toute réponse, elle le foudroya du regard. Il lui rendit avec plaisir.
La neige recommença peu à peu à tomber, interrompant leur guerre silencieuse. Un frisson traversa Hermione lorsqu'elle sentit des flocons se poser sur ses joues et s'accrocher dans ses cheveux. Elle planta la carotte au milieu du visage encore vierge du bonhomme de neige.
« Bon, allons les chercher ensemble alors, monsieur Je-ne-veux-pas-recevoir-d'ordre. Attends juste deux minutes. »
Elle s'éclipsa à l'intérieur. Lorsqu'elle revint, elle tenait quelque chose serré contre elle.
« Allons-y.
— Je n'ai pas dit que j'étais d'accord pour te suivre, contredit Drago. Il fait si froid qu'un dragon en tomberait malade. »
Il ne souligna pas la contradiction entre ses paroles et sa présence à l'extérieur, et Hermione ne le fit pas non plus. Elle n'avait pas envie qu'il prenne cela comme une attaque à sa fierté et qu'il rentre aussitôt.
« C'est justement pour ça que je suis allée prendre ce bocal. »
Elle l'agita devant le nez du sorcier, qui resta dubitatif.
« Tu m'expliques le rapport ? »
Se mettant à une distance respectueuse du bonhomme de neige, elle sortit sa baguette et jeta un sort dans le bocal vide. Une douce flamme bleue s'y installa, et même à plusieurs pas d'elle, Drago sentit la chaleur qu'elle émettait. Le sourire nonchalant qui se fraya un chemin sur ses lèvres accepta pour lui la proposition d'Hermione.
« Si je tombe malade, lui lança-t-il malgré tout, tu t'occuperas de moi du matin au soir sans repos jusqu'à ce que je me rétablisse. »
La sorcière grimaça. Pour avoir vu ce que cela donnait lorsqu'il s'en était pris à Buck et qu'il avait fini le bras bandé, elle n'avait aucune envie de tenter l'expérience.
« Finalement je vais aller les chercher seule ces cailloux. »
Il répondit d'un rire narquois avant de lever les mains en l'air en signe de paix.
« Non, je te suis. »
Elle poussa un soupir, impressionnée par les efforts que demandaient de simples interactions avec Drago. Il avait beau avoir changé depuis l'époque de Poudlard, avoir le dernier mot pour être le meilleur était visiblement une habitude tenace.
Or, c'était sans compter sur le fait qu'Hermione n'était pas mieux non plus dans ce domaine.
« Quel courage pour un Serpentard, je suis impressionnée.
— Si tu savais combien il faut de courage pour vivre sous le même toit que des Gryffondor, tu le serais encore plus. »
Elle leva les yeux au ciel, mais étonnamment, l'amusement se tapissait derrière son apparente exaspération. Peu importe combien cela lui demandait de concentration, passer du temps avec Drago avait quelque chose de stimulant. Jamais ses amis ne lui avait autant tenu tête, personne ne réussissait aussi bien que lui à trouver la moindre brèche pour lui opposer de la résistance et la pousser à rentrer dans ce jeu de piques que seul le meilleur pouvait emporter. Et pour cette fois, Drago avait gagné.
Seulement pour cette fois.
Côte à côte, ils se mirent en route vers le bois le plus proche, le bocal flottant entre eux deux grâce à un autre sort d'Hermione.
~oOoOoOo~
Lorsqu'ils revinrent, plusieurs petits cailloux dans les mains, ils se hâtèrent de s'agenouiller à nouveau face au petit bonhomme de neige, posant le bocal contenant la flamme bleue assez loin pour que sa chaleur ne l'atteigne pas. Leur plus gros cailloux respectif servit d'œil d'un côté et de l'autre, puis ils répartirent les autres sous la carotte afin de former un sourire.
Quelques instants plus tard ils se relevèrent, chancelant sur leurs jambes engourdies par le froid, et contemplèrent leur œuvre. Un large sourire barra le visage d'Hermione.
« Parfait. »
Drago, bien que le visage moins expressif que celui de sa voisine, semblait lui aussi satisfait par ce qu'il voyait. Une étincelle passa soudain dans les yeux d'Hermione.
« Je reviens.
— Encore ? »
Mais elle ne l'écoutait déjà plus. La porte d'entrée du chalet claqua, puis claqua une nouvelle fois lorsque la sorcière ressortit. Cette fois, ce n'était pas un bocal qu'elle avait à la main, mais une écharpe arborant les couleurs rouge et or de Gryffondor. Puisqu'elle en avait déjà une au cou, Drago comprit immédiatement ce qu'elle voulait en faire.
« Tu comptes lui assigner d'office ta maison ? s'insurgea-t-il. En quel honneur ?
— Eh bien, pour commencer, c'était mon idée, et ensuite, j'avais déjà pas mal commencé ce bonhomme de neige bien avant que tu n'arrives.
— Et tu ne serais même pas encore à la moitié sans moi. »
Sans prendre la peine de lui répondre, elle passa l'écharpe autour du visage du bonhomme de neige. Elle eut à peine le temps de reculer avant que Drago ne se penche à son tour vers leur œuvre et pose par-dessus celle d'Hermione sa propre écharpe vert et argent. Il ne masqua pas sa satisfaction. En revanche, comme il s'agissait de sa seule écharpe, le vent froid et les flocons qui s'immiscèrent immédiatement dans son cou lui tirèrent un frisson désagréable. Le froid referma ses crocs sur sa nuque.
« Voilà qui est bien mieux, affirma-t-il malgré tout.
— Oui, félicitations, excellente idée pour tomber malade juste avant les fêtes.
— Je ne pouvais pas laisser ce pauvre dans cette situation. Si déjà tu le prives de choixpeau, il faut au moins qu'il puisse avoir plusieurs options !
— Et tu fais quoi des Serdaigle et des Poufsouffle ? Mais je t'en prie, va donc chercher le choixpeau à Poudlard, le professeur McGonagall sera ravie d'apprendre que tu veux l'utiliser sur un bonhomme de neige parce qu'il avait la malchance d'être couvert d'une écharpe Gryffondor. »
Il laissa échapper un rire.
« Pourquoi pas, je suis sûr que sa réaction vaudrait le coup.
— Tu es une cause perdue. Et tu ferais mieux de rentrer au lieu de dire n'importe quoi. »
Ils rentrèrent tous les deux. Le sourire malicieux qui flottait sur le visage de Drago ne s'effaça pas, même une fois de retour à l'intérieur. C'est là qu'ils croisèrent Blaise et Pansy, qui venaient visiblement de se lever. Blaise jeta un regard à l'extérieur tandis que Pansy prenait la parole.
« Vous étiez dehors ? Par ce froid ?
— On a fait un bonhomme de neige, répondit Hermione en haussant les épaules.
— Un… »
Elle planta son regard perçant sur Drago, qui affichait toujours le même sourire. Pansy, elle, semblait interloquée.
Derrière Drago et Hermione qui se précipitèrent vers le feu de cheminée pour se réchauffer, Blaise regardait toujours le bonhomme de neige. Sur les deux écharpes aux différentes couleurs s'amoncelaient des flocons immaculés. Les mêmes que ceux qui étaient encore sur les cheveux bruns et blonds des deux sorciers non loin.
~oOoOoOo~
Alors que la nuit avait fini de recouvrir les montagnes françaises, le chalet qui abritait les anciens Gryffondor et les anciens Serpentard s'agitait de plus en plus. Des éclats de voix fusaient d'une pièce à l'autre tandis que tous se préparaient pour la soirée. Ginny, moulée dans une superbe robe dorée, cherchait une paire de boucle d'oreille partout. Harry l'y aidant, il demanda à Hermione de chercher pour lui la cravate qui avait disparu quelque part dans leurs affaires.
« Je savais que ce n'était pas une bonne idée de faire des valises communes, grommela-t-il.
— Je te dis que ce n'est pas moi qui ait ta fichue cravate Harry ! Elle doit être quelque part dans votre chambre ! »
Drago débarqua soudain dans la chambre où Hermione fouillait avec impatience sa valise.
« Tu n'as pas vu les chaussures à talons de Pansy ?
— Bien sûr que non, pourquoi je les aurais vues ? Et sors de ma chambre ! »
Après un soupir agacé, il referma la porte.
Finalement, il fallut vingt bonnes minutes dans cette effervescence pour que tous se considèrent prêts à se rendre au bal. Du moins, les quatre concernés. Et évidemment, puisque Drago et Hermione avaient été désignés d'office comme ceux ayant du temps à perdre pour aider les autres, la sorcière n'était pas prête à partir lorsque les autres décidèrent qu'il était temps. Contrairement à Ginny et Harry, elle ne comptait pas particulièrement mettre de beaux vêtements, du moins pas ceux de mise pour un bal. Seulement, ses deux amis tenaient à arriver à l'heure pour le début du-dit bal, elle en avait bien conscience. Alors, en bonne amie qu'elle était, elle leur adressa un sourire.
« Allez-y, je vous rejoindrai un peu plus tard. Je viendrai pour vous voir et pour l'illumination du sapin.
— On peut attendre tu sais, contredit Ginny avec son éternelle gentillesse, c'est à cause de nous que tu n'as pas pu te préparer… »
Hermione passa une main affectueuse sur l'épaule de son amie.
« Ça ne me dérange pas. Et je veux que vous profitiez de votre soirée. Ce n'est pas tous les jours que tu peux aller à un bal de Yule sous la neige avec Harry. Réserve-moi simplement une danse, ajouta-t-elle avec malice. »
Ses paroles eurent visiblement l'effet escompté car, rassurés, les deux amoureux mirent leur veste, sortirent et se dirigèrent vers la ville où se passait la fête, à un quart d'heure à pied de leur chalet. Juste après, Blaise et Pansy sortirent à leur tour, non sans que Blaise n'adresse un dernier regard vers Drago et Hermione.
« Drago, tu devrais essayer de venir, ça pourrait être sympa.
— Je verrai, je verrai, répondit son ami d'une voix qui voulait dire qu'il ne comptait absolument pas voir. »
Les deux anciens Serpentard s'enfoncèrent à leur tour dans la nuit. Soudain, le calme s'abattit sur le chalet. Seul le craquement du bois dans la cheminée meublait le silence, et Hermione poussa un léger soupir d'apaisement. Au moins elle pouvait prendre son temps pour se préparer. L'illumination du sapin n'avait lieu qu'une heure après le début du bal.
Quand elle fit demi-tour vers sa chambre, elle interpella Drago.
« Tu ne comptes pas y aller alors ?
— Je t'ai déjà dit que j'ai eu ma dose concernant les bals.
— Et le sapin ?
— Quoi le sapin ?
— Tu ne veux pas voir l'illumination du sapin ?
— Je n'ai pas la même obsession que toi pour les sapins et leur décoration, dit-il avec raillerie. »
A nouveau, elle leva les yeux au ciel.
« C'est toujours beau à voir. Mais très bien, tant pis.
— Parce que tu voudrais que je vienne avec toi ? demanda-t-il d'une voix où perçait la moquerie. »
A sa plus grande surprise, elle haussa les épaules.
« Pourquoi pas. »
Elle-même se serait presque étonnée de sa réponse, si elle ne savait pas pertinemment pourquoi c'était ces mots qui étaient venus. Ces derniers jours, le temps passé avec Drago avait été appréciable, même agréable. Le laisser venir avec elle était aussi évident que s'il s'était agi de n'importe qui d'autre de ses amis. Ou plutôt, non, car il n'était pas comme un ami. Peut-être qu'elle avait même envie que ce soit lui plutôt que ses amis. Après tout, ce n'était pas tous les jours qu'elle était aussi divertie, et tout cela prendrait sûrement fin avec ces vacances d'hiver.
Elle ne prit pas la peine d'attendre une réaction, retournant dans sa chambre pour se changer. Malgré sa sobriété, la robe bleu marine qu'elle revêtit était plutôt jolie et lui correspondait parfaitement. Quelques touches de maquillage et un brossage de dents plus tard, elle attrapa sa baguette afin de dompter ses cheveux en des boucles plus régulières et moins prononcées que le désordre dans lequel ils aimaient tant être. Elle prit ses bottes préférées, une écharpe, une veste chaude et un minuscule sac à main, puis se dirigea vers la porte du chalet menant à l'extérieur.
« J'y vais ! Bonne soirée. »
La porte claqua à cause du vent lorsqu'elle sortit. Drago n'avait pas répondu et elle remarqua avec consternation qu'une partie d'elle en était déçue. Elle balaya ce sentiment en quittant le chalet, serrant contre elle son manteau quand l'air glacial de la montagne l'agressa aussitôt.
Il fallait reconnaître que depuis son arrivée ici, elle avait presque passé plus de temps avec Drago qu'avec Ginny ou Harry. Sans parler de la veille et de toutes les pensées et constatations qui avaient traversé son esprit. Savoir que Drago était désormais un autre homme était une chose ; le voir aussi clairement en était une autre. Elle avait la sensation à la fois de tout et de ne rien connaître de lui. Elle savait qui il était, d'où il venait, ce qu'il avait été, mais elle ne savait finalement pas grand-chose de ce qu'il était devenu. Dans son entourage, ni elle ni personne n'avait pris la peine de le connaître après la fin de la guerre. Les querelles s'étaient mû en tolérance, puis en neutralité, puis en politesse mutuelle, mais jamais ils ne s'étaient croisés en-dehors du travail, jamais ils ne s'étaient vraiment parlé. Jusqu'à maintenant. Et maintenant que c'était fait, le constat était indubitable ; il était aussi exaspérant qu'il l'avait toujours été, mais la méchanceté avait été chassée par quelque chose d'autre. Quelque chose qu'elle n'arrivait pas à définir, un complexe mélange entre maturité et acceptation, avec une pointe d'un humour qu'il avait sûrement toujours eu, mais qu'il savait désormais viser sur autre chose que la pureté du sang. Aussi moqueur que son ton pouvait devenir, ses mots n'avaient plus le tranchant sadique qu'ils avaient eu un jour.
Perdue dans ses pensées, Hermione trébucha soudain en évitant à la dernière seconde un homme qui venait de surgir sur le chemin à la dernière seconde.
« Hey, lança-t-il d'une voix bourrue dans un anglais où résonnait un accent européen prononcé, regarde où tu marches ! »
Elle baissa la tête honteusement.
« Désolée, je ne vous avais pas vu. »
Les joues rougies par l'embarras, elle tenta de le contourner pour reprendre sa route, mais il l'arrêta en se mettant en travers de son chemin.
« Apprends un peu à regarder où tu vas. »
Hermione sentit son instinct crier au danger au moment où il fit un pas vers elle, de sorte à ce qu'elle recule. Mauvais endroit, mauvais moment.
« Et si j'étais tombé et que je m'étais cassé quelque chose sur ce verglas à cause de toi ? »
Il avança d'un autre pas, et la sorcière sentit son cœur s'accélérer sous l'adrénaline. Lentement, elle glissa sa main vers la poche de sa veste, laissant pour l'instant l'homme continuer son petit manège pour la faire reculer vers un chalet aux lumières éteintes non loin. Il empestait l'alcool. Ses yeux étaient étrécis par la colère, mais seul un noir sans fond se devinait derrière ses paupières. Seulement, Hermione avait déjà bien vu pire qu'un homme trop alcoolisé. Elle ne perdit pas son sang-froid, pas plus qu'elle ne le perdait pas face à une armée de mangemort dans le ministère ou dans son école. Sa main continuait son chemin vers sa poche lorsqu'elle sentit dans son dos le bois d'un mur.
« J'attends des excuses. Ou peut-être que tu as besoin d'une bonne leçon… »
Il comptait visiblement s'en prendre à elle, la frapper peut-être. Son manque de sobriété semblait avoir effacé tout cohérence de son esprit, au grand damne d'Hermione. Elle déglutit puis enfonça sa main dans sa poche. A cet instant, tout se passa très vite. L'homme, qui se tenait sans doute prêt à ce genre de réaction, bloqua immédiatement le bras d'Hermione en le saisissant au niveau du poignet. La sorcière n'attendait que cela. Sa feinte avait parfaitement fonctionnée. D'un mouvement vif, sa main encore libre se précipita vers l'autre poche de sa veste, d'où elle sortit sa baguette.
« Expulso ! »
Au moment où l'éclair de son sort illumina les lieux, Hermione aperçut une silhouette jusque-là cachée dans l'ombre. L'homme qu'elle venait de repousser d'un sort tomba avec lourdeur plusieurs mètres plus loin, le visage tordu par la douleur. Le temps qu'il se relève, la sorcière brandit sa baguette vers l'autre personne qui se trouvait là. Un complice ? Elle lança un lumos, prête à enchaîner avec un autre sort. Ses yeux s'écarquillèrent de surprise.
« Malefoy ? »
Le blond se tenait là nonchalamment, mais la jeune femme remarqua la baguette qui dépassait de sa manche sombre. Dans l'agitation, l'habitude de son nom avait pris le dessus sur son envie de ne plus l'appeler ainsi.
« Qu'est-ce que tu fiches ici ? lui demanda-t-elle d'une voix étranglée. »
— J'ai entendu dire que l'illumination du sapin en ville était sympa. »
Diverses questions et réponses s'entrechoquèrent dans l'esprit d'Hermione, mais elle n'eut temps d'en prononcer aucune. L'homme qui l'avait agressée s'était relevé et la regardait avec haine, sa baguette désormais sortie. Il fut le plus rapide.
« Expelliarmus !
— Protego ! »
Le sortilège qu'il avait tenté de lui lancer fut dévié sans mal. Il visait très approximativement, et le sort suivant qu'il tenta de lancer disparut plusieurs mètres plus loin, sur la droite d'Hermione, qui en profita pour répliquer.
« Petrificus Totalus ! »
L'homme, privé de réflexe, fut touché par le sort d'Hermione. Celle-ci se tourna immédiatement vers Drago, qui s'était simplement mis à l'abri de cet échange.
« Je veux dire, qu'est-ce que tu fais ici ? reprit-t-elle comme si elle n'avait jamais été interrompue. »
Elle embrassa les lieux d'un mouvement de bras. L'homme l'avait faite suffisamment reculer pour qu'ils aient été loin du chemin principal, et ni lui ni elle n'avait parlé très fort.
« Je t'ai suivie, répondit Drago d'un ton traînant. »
Elle le dévisagea.
« Suivie ?
— Je voulais te rattraper pour aller en ville, mais j'ai vu ce type, du coup je vous ai suivi. Tu aurais préféré que je passe mon chemin ?
— Et tu n'as pas jugé utile d'intervenir ?
— Non, dit-il avec toute la nonchalance du monde, tu n'avais absolument pas l'air d'en avoir besoin. »
Pendant quelques longues secondes, Hermione resta immobile, dévisageant Drago. Une partie d'elle avait envie de s'insurger contre son insouciance, de lui crier combien cela pouvait être dangereux. Cependant, une autre partie, au contraire, était flattée par ces mots, car il avait raison. Après tout, il était vrai qu'elle n'avait pas eu besoin d'aide. Harry ou Ron serait sans doute intervenu dès l'instant où il l'aurait vu, et elle n'aurait encore une fois pas pu prouver sa valeur sans être protégée. Se protéger les uns les autres était une évidence pour eux. Sans compter que, concernant le Serpentard, elle appercevait sa baguette, dépassant à peine de son manteau. Aussi surprenant que ce fût pour la jeune femme, il ne faisait aucun doute qu'il s'était tenu prêt à intervenir pour l'aider si le besoin s'était fait ressentir. Elle n'avait jamais vraiment été en danger, et si elle l'avait été, il aurait été là.
Au final, ces pensées gagnèrent sur l'indignation, car il avait raison.
« Alors tu as finalement décidé d'aller voir le sapin ?
— Oui. Enfin, je me suis dit que tu allais te sentir seule si je ne venais pas. Ma bonté me perdra. »
Il lui décocha un sourire si sarcastique qu'elle ne put s'empêcher de laisser échapper un rire en levant les yeux au ciel. Tous deux savaient que la bonté n'était pas un trait de caractère qu'il possédait, encore aujourd'hui.
« Alors tu peux rentrer, rétorqua-t-elle, il y aura Harry et Ginny pour me tenir compagnie. Ta bonté n'a pas à s'inquiéter. »
Elle agita ensuite sa baguette pour invoquer un patronus, auquel elle confia un message expliquant où se trouvait l'homme, et l'envoya à la station de police la plus proche. Après s'être assurée qu'il ne pouvait pas se libérer du sort, Hermione fit léviter l'homme jusqu'au porche du chalet où il avait tenté de l'acculer et fit jaillir des cordes de sa baguette pour qu'elles s'enroulent autour de lui afin d'être certaine qu'il ne s'échapperait pas. Enfin, elle revint sur ses pas et se remit en chemin. Elle eut du mal à chasser de son esprit ce qui venait d'arriver. Qui sait ce qui aurait pu se passer si ce n'était pas sur Hermione qu'il était tombé. Cette seule pensée lui glaçait le sang, mais la rassurait en même temps. Car ainsi au moins ce soir tout irait bien. Avec un peu de chance, une fois qu'il aurait dessoûlé, il viendrait même s'excuser.
C'est sans surprise qu'elle entendit des bruits de pas sur ses talons. Elle adressa un regard inquisiteur à Drago lorsqu'il se mit à sa hauteur.
« Si déjà je suis là, autant aller voir ce fameux sapin. »
Elle exprima son exaspération d'un éternel roulement des yeux mais ne rétorqua rien. Après tout, elle devait reconnaître qu'elle était contente qu'il ait décidé de la suivre. Sans compter que maintenant, il l'aiderait à penser à autre chose.
Après plusieurs minutes à marcher en discutant tranquillement, non sans avoir d'abord évoqué l'homme inconnu avec colère et dégoût, Hermione remarqua que Drago resserrait sans cesse sa veste contre lui. Elle ne tarda pas à comprendre pourquoi.
« Et ton écharpe ? demanda-t-elle en désignant son cou nu.
— Sur le bonhomme de neige.
— Tu as sérieusement laissé ton écharpe là-bas par simple fierté de Serpentard ?
— Je l'ai juste oublié, avoua-t-il dans un grommellement. »
Hermione poussa un soupir exaspéré avant de saisir son sac. Drago lui jeta un coup d'œil circonspect.
« Tu ne me feras pas croire que tu as encore une écharpe. Surtout dans un truc aussi petit.
— Tu ne connais pas les sortilèges d'extension ? dit-elle en le fusillant du regard. Tiens. »
Du fond du sac dans lequel elle enfonça la moitié de son bras alors qu'il n'était de l'extérieur pas plus grand qu'un porte-monnaie, elle sortit une longue écharpe. Rouge et or, cela s'entend.
« Que tu en aies deux passe encore, mais que tu en aies encore plus et toujours sur toi frôle le fanatisme tu sais.
— C'est par habitude. Ron oubliait toujours la sienne quand on sortait en hiver… »
La voix d'Hermione faiblit peu à peu sur cette dernière phrase. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas pensé aux soirées passées avec Ron. Même si elle savait maintenant qu'ils n'étaient pas faits pour rester ensemble, la douceur de ces souvenirs la percuta. Comme Drago ne disait rien mais continuait de l'observer, elle se racla la gorge avec gêne et lui tendit l'écharpe.
« Allez, mets-la.
— Plutôt mourir.
— Très bien, râla-t-elle avec exaspération, si c'est ce que tu préfères. »
Elle laissa retomber l'écharpe dans son sac, mais celle-ci refusa d'y rentrer sans montrer de résistance. Des brides de voix et de souvenirs assaillirent Hermione. Elle tentait d'enfoncer l'écharpe dans son sac, mais elle s'y prit un peu trop mal et rien n'y faisait. Plus elle s'y acharnait, moins elle y arrivait. La solitude soudaine qui était en train de la saisir et qu'elle repoussait avec violence rendait ses propres mouvements rageur. Soudain, une main à la peau diaphane attrapa son sac et s'occupa de le ranger correctement. Drago admira le sortilège de la jeune femme tout en glissant délicatement l'écharpe dans le sac ensorcelé. Plus l'objet était petit, plus le sort était difficile à lancer. Sans un mot, il rendit son sac à sa propriétaire.
« Merci, marmonna-t-elle. »
Elle resta silencieuse un long moment, assez pour qu'ils distinguent enfin les lumières de la ville et la musique du bal. Étrangement, ne rien dire lui fit du bien. Elle parvint à chasser la mélancolie qui la menaçait. Après tout, Ron allait bientôt se marier, et sa femme était une personne adorable. Hermione était sincèrement heureuse pour eux. Au début, ne pas retrouver quelqu'un après lui avait été difficile, se sentir à nouveau seule avait presque semblé insurmontable. Mais ses amis avaient été là, ils l'étaient toujours, et sa solitude s'était faite plus petite, si petite qu'elle ne la ressentait que dans de rares occasions comme celle-ci. A vrai dire, la présence de Drago dans le chalet était peut-être une bonne chose. Cela permettait à Harry et Ginny de se retrouver tous les deux sans avoir la sensation de délaisser leur amie, ou sans que cette dernière n'ait précisément des vagues de solitude dont elle ne voulait pas en les voyant ensemble, heureux et épanouis.
Lorsqu'ils arrivèrent sur la place centrale, le bal battait son plein. Des dizaines et des dizaines de duos dansaient sous la musique aux nombreuses références magiques. Ce n'était pas étonnant que ce lieu soit si populaire pour les fêtes, pour les sorciers du monde entier. C'était le lieu parfait pour passer ses vacances entre amis, ou même en famille, sans avoir à faire attention à l'utilisation de la magie. Un sapin aux dimensions démesurées surplombait les lieux.
« Hermione ! »
Ginny apparut soudain au milieu de la foule et courut vers son amie, Harry sur ses talons. Une sorte d'aura de joie semblait les entourer. Quand elle remarqua Malefoy, elle adressa un regard silencieux à Hermione, qui haussa les épaules. Finalement, elle lâcha la main de son petit ami pour attraper celle de la sorcière.
« Je t'avais promis une danse ! »
Avant qu'elle ne puisse protester de n'avoir dit qu'elle en voulait une seulement pour plaisanter, la rouquine l'avait déjà tirée dans la foule de danseur, laissant Drago et Harry seul à seul. Ils s'assirent sur un banc non loin.
« Je ne pensais pas que tu viendrais, commença Harry après plusieurs longues secondes d'un silence gênant, tu n'avais pas l'air convaincu quand Parkinson et Zabini insistaient pour que tu les suives.
— J'ai suivi Gr… Hermione. »
Harry eut du mal à garder une expression neutre. C'était bien la première fois qu'il entendait Drago appeler Hermione par son prénom. Pour en plus pour annoncer être venue avec elle, c'était un changement pour le moins inattendu. Il passa une main dans ses cheveux ébène. Ron, Hermione et lui étaient peut-être parvenus à trouver un terrain d'entente pour une certaine cordialité réciproque avec Drago, mais ce n'était que de l'affabilité. Du trio, Ron était celui qui avait toujours eu le plus de mal à faire fi du passé. Harry et Hermione, eux, en était au même stade d'acceptation tacite et de politesse de mise. Du moins, c'était le cas jusqu'à dernièrement. Harry réalisa soudain que, cette fois, Hermione avait sans doute pris quelques pas d'avance sur lui. Il la connaissait assez bien pour savoir que la seule amabilité ne pousserait pas la jeune femme à rester tant que cela avec l'ancien Serpentard qui avait passé tant d'année à l'insulter et à leur faire du mal.
Harry réalisa qu'il ne savait absolument pas quoi répondre. La situation était irréelle. Encore une semaine auparavant, il préparait ces vacances à trois avec Ginny et Hermione, et voilà que cette dernière se retrouvait à faire avec Drago la plupart des choses qu'ils avaient imaginé ensemble. Certes, leur rythme de sommeil avait aidé, mais cela restait déstabilisant.
« Tu ne les rejoins pas ? »
Le silence avait été si long que Drago lança un regard d'incompréhension à Harry.
« Qui ?
— Zabini et Parkinson. »
L'incompréhension de l'ancien Serpentard se mua en ironie.
« Tu as un talent pour te débarrasser des gens en toute discrétion Potter. Si, j'y vais de ce pas. »
Sur ce dernier mot, il s'était déjà levé et avant qu'Harry n'eût le temps de dire quelque chose, il s'enfonça dans la foule. Le sorcier poussa un soupir. Comment Hermione faisait-elle ? Il lui avait suffi de quelques phrases pour que la conversation tourne court.
Ginny réapparut quelques minutes plus tard, Hermione sur ses talons. De petits nuages blancs s'échappaient à chacune de leurs expirations.
« Harry ! »
Hermione jeta un coup d'œil autour d'eux.
« Malefoy est parti ?
— Tiens, tu l'appelles toujours par son nom de famille ? »
Elle lui rendit un regard interloqué.
« Les vieilles habitudes sont tenaces, hasarda-t-elle. »
En réalité, elle n'aurait même pas réalisé ce qu'elle avait dit si Harry ne l'avait pas souligné. Ils avaient toujours parlé de Drago ainsi après tout.
« Pourquoi tu dis ça ? demanda-t-elle ensuite, curieuse. »
Le sorcier se mordit l'intérieur de la joue tout en se levant de son banc.
« Quand il a parlé de toi, il a utilisé ton prénom. J'ai été surpris. »
Des cris excités retentirent brusquement près d'eux alors qu'un homme venait de mettre un genou à terre face à la femme avec qui il venait de danser. Leurs amis rassemblés autour d'eux trépignaient tandis qu'il sortit de sa poche un écrin pourpre. Hermione laissa ses pensées se perdre l'espace d'un instant, observant la femme accepter avec joie la bague que l'homme lui mit alors au doigt.
« Tu sais, commença-t-elle finalement à l'attention d'Harry sans quitter le couple des yeux, je pense vraiment qu'il a changé. Drago. Je veux dire, plus qu'on ne le pensait toi et moi. Il est même plutôt de bonne compagnie. »
Ginny regarda son amie sans un mot. Elles avaient déjà quelque peu discuté de Drago durant leur danse, car la rouquine ne pouvait cacher son intérêt pour leur soudain rapprochement. Elle avait toujours été douée pour remarquer les petits détails qui échappent souvent aux autres, et à vrai dire, son instinct s'était éveillé depuis le soir où elle avait vu Drago et Hermione contempler ensemble le sapin qu'ils venaient de décorer dans le chalet.
« De bonne compagnie… répéta Harry avec une touche de scepticisme.
— En tout cas, disons que je n'ai pas à me plaindre des moments passés avec lui. Donc oui… les choses ont changées. Et tu sais combien un nom peut avoir être significatif ou avoir du pouvoir. Je ne veux plus de mon aversion envers quelqu'un qui n'existe plus vraiment, et continuer à s'appeler par nos noms de famille est la meilleure façon de maintenir cette barrière dont on n'a plus besoin aujourd'hui. »
Une main dans la poche de sa veste, l'autre dans ses cheveux, Harry absorba les mots d'Hermione. Il savait qu'elle avait raison, au moins en partie, mais il ne pouvait oublier qu'ils parlaient de Malefoy.
« Tu ne peux pas non plus tout effacer. Je suis d'accord qu'il est devenu abordable, et c'est bien pour cela que ça va mieux entre nous tous. Mais personne ne change complètement.
— Non bien sûr. Mais tout le monde change, surtout ceux qui ont vécu ce qu'on a vécu. Je ne parle pas d'effacer, je parle juste de… de remettre les compteurs à zéro. De seconde chance. Tout le monde y a droit après tout non ? Regarde Kreattur, il est devenu adorable, pourtant, qui l'aurait cru ? »
Un sourire naquit instinctivement sur le visage d'Harry à l'évocation de son elfe de maison. Il fallait avouer que depuis le jour où il lui avait offert le médaillon de Regulus, il était devenu plus agréable mois après mois. Au départ méprisant et désagréable au possible, il était devenu poli et serviable, voir gentil, même envers Hermione malgré son sang moldu ou les Weasley et leur réputation de « traîtres à leur sang ». Comme toujours, Hermione eut le dernier mot.
« D'accord. Fais juste attention à toi, on ne sait jamais.
— Je sais me défendre, sourit-elle.
— C'est un fait, rit-il. »
Harry se tourna ensuite vers Ginny, qui lui demanda s'il était prêt à danser à nouveau. Il acquiesça.
« Tu danses avec nous Hermione ?
— L'illumination du sapin ne va pas tarder, je vais prendre quelque chose à manger et regarder ça, donc allez-y tous les deux. Amusez-vous bien. »
La rouquine rendit à son amie son sourire, et celle-ci aperçut une légère étincelle brillant dans son regard, mais elle disparue trop rapidement avec Harry pour parvenir à l'interpréter. Le cœur léger après avoir passé un bon moment avec Ginny et de les voir aussi heureux, la sorcière se mit en quête d'un stand vendant des churros, dont elle avait terriblement envie. Voir les deux amoureux vivre sereinement était un bonheur simple dont elle ne se lasserait sans doute jamais. Harry avait dû attendre plus de dix-sept ans pour pouvoir s'épanouir sans une ombre planant constamment au-dessus de sa vie, et sa meilleure amie en était aussi heureuse que s'il s'agissait de son propre bien-être.
Lorsqu'elle trouva enfin un stand qui n'était pas excessivement bondé, elle fit la queue, son porte-monnaie à la main, jetant de fréquent regard à sa montre. Dans quelques minutes, l'immense sapin qui dominait la place allait s'illuminer pour célébrer Yule, la nuit la plus longue de l'année et la renaissance du jour. C'était une tradition dont elle avait beaucoup entendu parler lorsqu'elle s'était renseignée sur les lieux. Elle avait tenu à arriver avant le vingt-et-un spécialement pour cela.
Une fois son précieux lot de churros dans les mains, elle s'éloigna du stand, mais ne tarda pas à s'arrêter net. A quelques pas d'elle, au stand voisin, Drago faisait la queue, un gallion déjà à la main. Hermione le rejoignit.
« Tu n'es pas avec Parkinson et Zabini ? »
Il posa les yeux sur elle.
« Décidément vous voulez tous vous débarrassez de moi dès que vous me voyez ce soir ? »
Elle le regarda sans comprendre.
« Hein ?
— Non, rien, éluda-t-il. Je les ai laissé danser ensemble, je crois que ça vaut mieux. J'ai comme l'impression que je vais finir par tenir la chandelle ces vacances. Enfin, s'ils se rendent enfin compte de la situation, aveugles comme ils sont.
— Tu penses que…?
— J'en suis persuadé. Je sais que Pansy est amoureuse de Blaise, même si elle aime jouer la fière en prétendant le contraire. Et je suis certain que Blaise l'aime aussi, sauf qu'il est trop… Blaise. Donc la situation est un peu coincée. Mais ça ne saurait tarder, sourit-il. »
La jeune femme observa autour d'elle pour éventuellement voir les deux anciens Serpentard en question et les observer, mais elle ne les trouva pas. Ils devaient être plus loin dans la foule. Drago paya son verre de vin chaud et s'éloigna du stand, Hermione à ses côtés. Ils se dirigèrent d'un commun d'accord dans un endroit un peu en retrait, mais depuis lequel ils avaient une très bonne vue du sapin. De toute façon, grand comme il était, c'était difficile de trouver un lieu duquel il n'était pas visible sans s'en éloigner franchement.
Assise sur un banc à côté de Drago, Hermione piocha enfin dans ses churros qu'elle trempa avec plaisir dans le petit pot de nutella qu'elle avait demandé en complément. La satisfaction détendit tous ses traits et elle savoura avec plaisir. Ils avaient un goût de nostalgie, lui rappelant les marchés de Noël faits avec ses parents en Angleterre.
L'ancien Serpentard jeta un coup d'œil vers Hermione, puis un deuxième. Au bout du troisième, elle lui tendit son lot de churros.
« Prends-en un au lieu de me regarder à la dérobé, ça n'a rien de discret.
— En fait, je n'essayais pas de l'être. »
Il prit l'un des longs beignets avec triomphe, puis il avança son vin chaud vers Hermione.
« Tu en veux ? »
Elle le regarda d'abord avec surprise, puis accepta son offre. Au moment où ses lèvres rencontrèrent le liquide brûlant, les lumières de la place s'éteignirent toutes en même temps. La musique s'arrêta elle aussi, plongeant la ville dans l'ombre et le silence. Puis soudain, avant que les premiers murmures ne retentissent, les guirlandes situées sur les branches les plus basses de l'immense sapin s'illuminèrent. Hermione se leva d'un bond, le gobelet dans une main, les churros dans l'autre.
Une douce musique commença à résonner, qui prit peu à peu plus d'élan et d'entrain, et les lumières du sapin s'allumèrent peu à peu en rythme, offrant un spectacle son et lumière fascinant. Les nuances de bleu et de rouge s'alternaient tandis que des étincelles ondulaient tout autour, se rejoignant pour former divers motifs tels que des étoiles ou des cœurs avant de se séparer à nouveau. Soudain, elles convergèrent toutes vers le sommet du sapin, et sur leur chemin toutes les guirlandes et décorations s'illuminèrent. La musique s'intensifia. Hermione retint son souffle. Les étincelles s'arrêtèrent à la hauteur des branches les plus hautes, flottant en cercle tout autour. Puis, d'un même mouvement, elles plongèrent vers l'étoile encore éteinte qui dominait le sapin. Celle-ci se mit alors à briller avec force et la musique s'arrêta sur une dernière note harmonieuse. Le silence ne fut que de courte durée, très vite interrompu par les applaudissements de la foule.
Le visage d'Hermione était autant illuminé par son sourire béat que par la lumière du sapin. Drago coula son regard vers elle.
« C'était magnifique, murmura-t-elle. »
Il acquiesça. C'était la première fois qu'il voyait Hermione ainsi, aussi resplendissante. Cela lui rappelait le jour où il l'avait vu pour le bal du tournoi des Trois Sorciers. A l'époque, il avait été incapable de trouver une insulte valable. Aujourd'hui, il était incapable de trouver quoi que ce soit à dire. Il opta finalement pour l'option de facilité en détournant la conversation.
« Je peux récupérer mon vin chaud ? »
Surprise et confuse, Hermione le lui tendit, avant de lever à nouveau les yeux vers le sapin. C'était bien l'une des magies qu'elle aimait le plus.
Les sorciers s'installèrent à nouveau sur le banc, discutant tranquillement de tout et de n'importe quoi en mangeant et buvant ce qu'ils avaient acheté aux stands et observant les couples danser. Hermione aperçut Harry et Ginny plusieurs fois, mais elle ne tenta pas d'attirer leur attention. Pas plus que Drago ne le fit en voyant Blaise et Pansy.
Lorsqu'ils eurent terminé, ils continuèrent à parler encore un peu, jusqu'à ce que Drago ne propose de rentrer.
« Je ne pense pas que ce soit utile d'attendre les autres, ils se débrouilleront sûrement mieux tous seuls. »
Puisqu'Hermione était bien d'accord, elle se leva et quitta la place principale aux côtés de Drago, les yeux encore brillant du spectacle qu'elle garderait précieusement en mémoire. Alors qu'ils s'éloignaient de la ville, sur le chemin du chalet, elle réalisa combien il était maintenant normal pour elle de marcher aux côtés de Drago en discutant avec lui. Naturel.
Lorsqu'ils arrivèrent à destination, le bonhomme de neige les attendait, ses écharpes rouge et or et vert et argent enroulées par le vent l'une autour de l'autre contre lui.
