Hello ! Ça... Fait un bail ahah.

Je tiens d'abord à m'excuser pour le retard de ce chapitre. A chaque fois je repoussais à plus tard, je faisais autre chose, la vie d'adulte me rattrapait, bref : je ne gère pas très bien mes 1763895 occupations et choses à faire. Même mon bullet journal ne peut rien pour moi (combien de fois j'ai pu écrire "Continuer Cohabitation de Noël"... Plus de fois que je ne l'ai vraiment fait en tout cas).

Bref. Ce chapitre devait être un cadeau de Noël et être posté le même jour que celui où se déroule la fic, c'est raté, mais au moins, il est enfin sorti, et ce n'est pas peu dire sachant que j'avais déjà une bonne partie mais que je n'avais jamais totalement fini. En même temps, moi et mes "ce sera une petite fic chill avec des petits chapitres" et les "petits chapitres" finissent par faire 6000mots+... Ahah.

J'étais un peu démotivée, et déconnectée aussi de tout ça. Le manque de temps était le pire facteur, mais la motivation, l'envie... La page blanche arrive si facilement. Mais c'est le nombre de personnes qui suivent cette fic, qui la commentent encore, qui attendent toujours la suite qui m'ont motivée. Alors merci. Du fond du cœur. Et un bisous particulier à ma Clem qui est toujours là pour me rappeler que j'ai quelqu'un pour attendre la suite.

J'espère que ce chapitre vous plaira, n'hésitez pas à laisser un petit mot.

Cœurs sur vous.


Chapitre 8 : Le réveillon de Noël

Mercredi 24 décembre

Les chants de Noël résonnaient plus fort que jamais ce matin-là. Perdu dans le méandre de ses pensées, Drago fixait le plafond encore plongé dans l'obscurité. Il avait bien mieux dormi cette nuit et se sentait reposé, loin de la fatigue qui avait la veille pesée comme une chape de plomb sur ses épaules.

Une fois levé, il constata sans surprise qu'Hermione était déjà assise à table, une tasse dans la main, sa baguette dans l'autre. Lorsque Drago regarda vers l'endroit que pointait cette dernière, il vit un emballage cadeau qui s'enroulait autour d'une boite dont il ne devinait déjà plus le contenu. La sorcière leva la tête à ce moment.

« Bonjour Drago. »

Il lui rendit sa salutation, se dirigea jusqu'à la porte pour récupérer le journal du jour avant de s'asseoir à sa place habituelle, en diagonale d'Hermione. Un deuxième coup d'œil vers le cadeau qu'elle venait de finir d'emballer apprit au sorcier qu'elle en avait déjà déposé un au pied du sapin. Des dessins de pères Noël se promenaient les deux papiers cadeaux.

Captant son regard, Hermione se figea. Un air embarrassé se peignit sur son visage et elle baissa rapidement les yeux vers sa tasse, comme si elle était soudainement devenue l'objet le plus intéressant du monde. Trop tard. Drago avait vu le malaise qui s'était allumé en elle au moment où il s'était retourné vers elle. Conscient de cela, il continua à la regarder, patiemment, sans un mot. Elle sentait le poids de cette inspection, il en était certain. Il n'en insistait que de plus belle.

Mais, puisqu'elle ne se décidait pas à parler, il le fit finalement pour elle :

« Il n'y a que deux cadeaux, pour cinq personnes ? Heureusement que tu es plus douée en magie qu'en calcul. »

Le rouge enflamma le visage d'Hermione, qui grimaça.

« C'est que je n'avais pas prévu de passer Noël avec trois Serpentard. »

Drago le savait pertinemment.

Il prit plaisir à insister.

« Cela fait pourtant une semaine que nous sommes tous ici. Quel manque de savoir-vivre. »

Cette fois, Hermione affronta le regard qu'il lui lançait avec défiance. Malgré son malaise, elle était fière et farouche, trop pour se laisser attaquer. Drago dut se faire violence pour ne pas sourire tant elle se montrait prévisible à ce moment. Il savait maintenant quoi attendre d'elle.

« Je suppose donc que ton savoir-vivre naturel et spontané a prévu quelque chose pour chacun d'entre nous, y compris Harry, Ginny et moi ? »

Touché. L'amusement de Drago se teinta de sérieux tandis qu'il refoulait son hilarité. S'il riait, il perdait.

« Je ne saurais te mortifier d'une réponse positive à cette question. »

Son ton guindé était d'une exagération incroyable. Il put voir Hermione se mordre la lèvre et plisser les yeux. Elle voulait savoir s'il plaisantait. Mal lui en prit, car le sourire en coin de l'ancien Serpentard ne le trahissait guère. Il posa un bras sur la table et son menton pointu se logea dans sa main. Sans un mot, son regard ne quittait pas la sorcière.

Jamais personne ne lui avait tenu tête comme elle le faisait. Déjà à l'époque de Poudlard, alors que tout n'était que haine entre eux et que sa seule vue réveillait tous les principes qui lui avaient été inculqués depuis qu'il était capable de parler, elle ne se laissait pas faire par ses remarques venimeuses. Lorsqu'il était arrivé au chalet et avait su avec qui il allait le partager Drago avait bien cru que tout allait recommencer comme avant.

Il n'aurait pas pu se tromper davantage.

« Je ne te crois pas, asséna-t-elle. »

Il y avait de nouveau cette chose dans son regard. Cette flamme, qui autrefois le brûlait, autrefois l'accusait des insultes qu'il lui lançait. Aujourd'hui elle brillait avec plus de force que jamais. Peut-être était-ce car elle était plus âgée, ou plus sereine. Sans doute était-ce car il la découvrait finalement telle qu'elle était, plutôt que l'image qu'il s'était construite d'elle.

Définitivement car le mur de haine qu'il avait soigneusement construit avait cédé avec les années et la décadence de sa famille.

« Quel dommage, ironisa-t-il en réponse.

— Si tu dis la vérité, le défia-t-elle, prouve-le.

— Je n'ai pas besoin de prouver ma supériorité voyons.

— Ce n'est pas ta supériorité que je demande, mais la preuve que tu te moques de moi.

— Je n'oserais pas.

— Mais bien évidemment.

— Tu oses en douter ? »

Ses yeux d'acier ne quittaient pas le visage de la jeune femme. Droite au-dessus de sa tasse, les épaules en arrière, les cheveux ébouriffés, elle était auréolée du soleil matinal.

Il passa une main dans sa propre chevelure blonde.

Une lueur d'hésitation passa sur le visage de l'ancienne Gryffondor face au flegme de Drago. Il retint difficilement un nouveau sourire en coin. Il avait réussi à la faire douter.

« Très bien, Granger, rit-il finalement, détends-toi, je plaisante.

— Tu as un sens de l'humour douteux, Malefoy. »

Leurs regards s'affrontèrent dans des étincelles silencieuses. Le retour de leur nom de famille en disait long. Drago refusait de céder face à la jeune femme, mais ce n'était pas par mépris ou arrogance, c'était tout bonnement car il n'aimait que trop ce petit jeu.

Un petit jeu qui allait finir par lui brûler les ailes, il en avait de plus en plus conscience.

Hermione fut celle qui brisa enfin ce duel silencieux.

« Très bien. Mais je pense avoir une idée, alors. »

Drago l'observa.

« Laquelle ? »

Elle balaya sa question.

« Ça, tu le sauras lorsque les autres seront réveillés. »

~oOoOoOo~

Il fallut attendre encore plus d'une longue heure avant que tous les vacanciers ne soient réunis à table. Pendant ce temps, Hermione et Drago avaient discuté de choses et d'autres, tant et si bien que la jeune femme n'avait pas même effleuré le livre qu'elle avait ramené pour s'occuper le temps que les autres émergent de leur lourd sommeil.

Lorsque Blaise était arrivé, accompagné de Pansy, son regard insistant avait brûlé la nuque de Drago, bien qu'il n'en fît aucun commentaire. Il sentait toujours ces regards, hier encore, et avant ce jour déjà. Il avait beau tous les ignorer, ce n'était pas comme s'il ne les remarquait pas. Lui-même se demandait parfois ce qu'il faisait, et son meilleur ami se posait visiblement la même question. Drago ignorait quand il se déciderait à lui en parler. Il ignorait également ce qu'il trouverait bien à répondre. Quelques jours plus tôt, il en aurait ri à gorge déployée. Ce n'était plus le cas.

Une fois tout le monde réuni autour de la table, Hermione se chargea de prendre la parole.

« Comme nous le savons tous, être ici à six entre anciens camarades de Poudlard n'était absolument pas quelque chose de prévu. Je doute donc que qui que ce soit ait des cadeaux pour d'autres personnes que celles de son groupe d'origine, me trompé-je ?

— Hermione, intervint Blaise, tu as avalé un moineau maître de discours pour parler comme ça ? »

Drago retint difficilement un rire face à la blague de son ami mais l'expression courroucée d'Hermione le rappela à l'ordre. Il donna un coup de coude à Blaise et souffla avec un sourire impossible à réprimer :

« Écoute-la au lieu de faire des blagues. Sinon on va en avoir pour la matinée. »

L'ancienne Gryffondor se pinça les lèvres, l'air dangereusement contrariée. Les deux garçons réalisèrent que pour leur propre bien, mieux valait s'arrêter là. Hors de son champ de vision, entre Ginny et elle, Drago nota que Potter retenait également avec beaucoup de mal son hilarité.

« Donc, reprit Hermione avec agacement, je disais, personne n'a de cadeau inter-maison. Enfin, inter-ancienne-maison. Comme le réveillon est ce soir, c'est à dire dans une poignée d'heures, nous n'allons pas nous amuser à aller acheter trois nouveaux cadeaux, ne serait-ce que pour le temps qui est compté et pour nos gallions. Donc je me suis dit qu'on pourrait faire quelque chose de tout bête : un cadeau à une personne de l'autre maison. Ancienne maison. Donc chaque ancien Gryffondor donnera à un ancien Serpentard, et vice-versa, en définissant à chaque fois qui donne à qui, et ainsi personne n'est lésé

— Mais pourquoi s'embêter autant juste pour offrir un cadeau ? objecta Pansy, visiblement peu convaincue.

— Comme ça, on passe vraiment une fête ensemble, et non pas côte à côte. C'est ça aussi Noël : une fête de partage et de convivialité. »

Personne n'osa remettre cela en doute ; si ce n'était pas par ferveur, c'était pour éviter de s'attirer les foudres de la jeune femme. Elle tenait de toute évidence à un réveillon convivial. Heureusement, tout le monde ressentait plus ou moins ce même besoin.

Après s'être si longtemps fait la guerre, la paix avait un goût de partage et d'envie de partage.

Sans surprise, ce fut Blaise le premier des Serpentard à réagir.

« Et comment est-ce que tu veux décider qui offre à qui ? Un tirage au sort ? »

Hermione acquiesça.

« Exactement. Et on ne se le dit pas, comme ça ces cadeaux improvisés auront leur lot de surprise. »

Aussitôt, elle fit venir d'un coup de baguette une plume, de l'encre et des morceaux de feuilles sur lesquels elle griffonna les six prénoms des anciens élèves. Elle marqua d'une lettre G ou S au dos s'il s'agissait d'un Gryffondor ou d'un Serpentard, puis mélangea tous les papiers.

Ginny tira la première un papier marqué Serpentard, puis Blaise un autre marqué Gryffondor, puis Harry, puis Pansy, et enfin Drago et Hermione prirent les deux derniers respectivement de l'autre maison.

Drago dut mobiliser toute sa concentration et sa volonté pour ne pas trahir ce qu'il lut lorsqu'il retourna son papier à l'abri du regard des autres.

Hermione. C'était à croire que Merlin voulait lui faire un signe.

Satisfait du tirage, il glissa le papier dans sa poche.

Du coin de l'œil, il remarqua qu'Hermione regardait l'horloge murale avec les sourcils légèrement froncés. Elle était inquiète.

« Il faut que nous y allions, si nous voulons encore avoir le temps de chercher correctement, murmura-t-elle, comme pour elle-même. Le vingt-quatre en fin de matinée… Il y aura sûrement plein de monde. »

~oOoOoOo~

Et elle avait vu juste.

Lorsqu'ils arrivèrent au marché de Noël, les rues aux commerces et aux stands serrés les uns aux autres étaient bondés. Les anciens étudiants de Poudlard étaient arrivés tous ensemble, mais la foule était telle que, avant qu'ils n'aient le temps de s'en rendre compte, ils furent séparés. Drago était occupé à discuter avec Hermione lorsque Blaise et Pansy avaient disparu de son champ de vision. Il tenta de les retrouver, sans succès.

« Harry et Ginny aussi ne sont plus là, constata Hermione en se retournant pour essayer d'apercevoir ses amis. »

Drago poussa un soupir.

« Tâche de ne pas me perdre toi aussi. Après tout, c'est toi qui as décidé de nous amener ici aujourd'hui pour acheter un cadeau, je n'ai pas envie de devoir en plus le faire seul. »

Il eut droit à un regard agacé en retour, mais l'exaspération sur le visage de la jeune femme s'effaça lorsqu'elle remarqua le sourire en coin de Drago.

Sur leur droite, un groupe de sorciers tenta de passer en force malgré la barrière infranchissable que formait les autres passants ; Hermione fut poussée sur le côté par un homme à la forte carrure qui la dépassait de plus d'une tête, mais Drago réagit avant qu'ils ne soient eux aussi séparés par le reste de la foule. D'un pas il se plaça sur le chemin de l'homme pour le forcer à s'écarter et il tendit la main vers Hermione pour attraper son bras afin d'être certain de ne pas la perdre. Quelques pas plus tard, ils étaient à nouveau côte à côte. Drago tendit son coude vers Hermione.

« Tiens, prends-le. »

Elle le regarda un instant sans comprendre avant de remarquer le bras que lui offrait Drago. Une myriade de réflexions passa sur son visage le temps d'une hésitation, puis elle accepta finalement sans un mot de glisser sa main contre le Serpentard. Tout à coup muets, ils continuèrent à piétiner dans l'allée sans se regarder. Drago se sentait étrange, et ce sentiment lui nouait le ventre. Une éducation ancienne, ancrée dans son être par des assertions et des concepts répétés et répétés encore durant plus de la moitié de sa vie, entrait en conflit avec des pensées plus libres, émancipées du milieu dans lequel il avait grandi. Combien de fois avait-il pu entendre qu'il ne fallait pas même être touché par une Sang-de-Bourbe ? Pourtant, à ce moment précis, il se sentait tout sauf souillé par ce contact. Bien au contraire.

Il en était ravi.

Fébrile.

Cela faisait des années qu'il ne s'était pas senti aussi joyeux.

Ils s'arrêtèrent à un stand, puis à un autre, entrèrent dans une boutique et dans les deux autres adjacentes ; Hermione refusa de révéler pour qui elle devait chercher un cadeau, et Drago en fit évidemment de même. Il ne se priva pas cependant d'observer très attentivement les objets sur lesquels le regard de l'ancienne Gryffondor s'arrêtait, et lui montrait parfois une décoration mouvante ou un cadre ensorcelé pour faussement lui demander son avis afin de se faire une idée de ce qu'il pouvait lui prendre. Évidemment, ce petit jeu l'amusait beaucoup.

Ils gardaient toujours un œil attentif sur la foule, au cas où l'un de leur camarade venait à apparaître non loin d'eux, mais Drago n'y mettait pas beaucoup d'effort. Il n'avait aucune envie de retrouver Potter et sa rouquine, quant à ses propres amis, il espérait qu'ils étaient toujours ensemble et qu'ils profitaient de ce moment à deux pour avancer dans leur relation. Ne plus entendre les jérémiades de l'un au sujet de l'autre ou vice-versa lui apporterait une paix qu'il n'avait plus depuis que Blaise et Pansy s'étaient entichés l'un de l'autre sans qu'aucun des deux ne parvienne à l'admettre.

Et puis, bien qu'il essayât de se cacher derrière ces explications, il devait admettre qu'il appréciait cette sortie à deux.

Elle était bien différente de celle qui avait eu lieu une semaine plus tôt, pour les décorations du sapin de Noël. Il n'avait guère apprécié alors d'être séparé de ses amis, tout ça pour un fichu arbre, et s'entendre avec Hermione avait été presque au-dessus de ses forces. Si les quelques piques échangés l'avaient amusé malgré lui, il n'avait pas tiré de plaisir particulier à ce moment à deux. Aujourd'hui, c'était différent. Le changement que cette seule petite semaine avait réalisé sans même qu'il ne s'en aperçoive lui donnait le vertige.

Ils s'arrêtèrent pour manger de manière très sommaire, puisqu'un impressionnant repas de fête les attendait le soir même, avant de rebrousser chemin pour qu'Hermione achète la représentation d'un joueur de Quidditch volant pour attraper un minuscule vif d'or au-dessus de ce qui était un stade de Quidditch miniaturisé. Drago en déduisit que puisque la jeune femme ne faisait absolument pas attention à le lui cacher, et comme il s'agissait d'un objet lié au Quidditch, celui qui recevrait ce cadeau allait être Blaise.

« Et voilà ! annonça-t-elle avec satisfaction, son paquet cadeau dans un sachet en papier à la main. C'est bon pour moi. »

Une fois à l'extérieur, alors que Drago se demandait quelle rue prendre, elle se balança d'un pied à l'autre, hésitante.

« Tu ne sais toujours pas quoi prendre toi ?

— Pas pour le moment. »

Il l'observa longuement. Elle esquivait son regard mais s'arrêta une seconde de trop sur son propre poignet, où elle avait, quelques instants plus tôt, dégagé sa montre pour la regarder. Un sourcil levé, il remonta les yeux vers ceux chocolatés de la jeune femme.

« Si tu veux rentrer tu peux. »

Elle lui renvoya un regard alarmé, surprise et mal à l'aise d'avoir été percée à jour. Drago finissait par être capable de lire les complexes émotions qui passaient sur le visage de la jeune femme. Elle hésita.

« C'est juste que…

— Je comprends. Tu as trouvé de ton côté, m'accompagner ne sert plus à grand-chose. Moi aussi j'aurais envie de rentrer à ta place. »

Interdite quelques secondes, elle le fixa, et Drago comprit qu'il avait fait un pas de travers. Le visage de l'ancienne Gryffondor se ferma soudain et elle regarda vers l'une des fenêtres du magasin duquel ils venaient de sortir.

« Très bien, oui, tu as raison. Je me disais simplement qu'il y avait encore beaucoup à préparer pour ce soir et très peu de temps, surtout si une partie de nous passe beaucoup de temps au marché. Mais maintenant que tu le dis, je n'ai aucune raison de rester de toute façon. Je rentre. »

Elle tourna les talons et disparut au milieu de la foule sans demander son reste. Drago resta confus un moment, soufflé par la tornade en laquelle Hermione venait de se transformer. Le caractère de feu de la jeune femme s'était indubitablement réveillé sous l'effet de ses mots. L'ancien Serpentard prit une profonde inspiration. Ce n'était pas tous les jours faciles avec elle, et il soupçonnait la patience de la jeune femme d'être encore amoindrie lorsqu'il s'agissait de lui.

Malgré cela, c'est avec le sourire qu'il se dirigea vers une rue perpendiculaire.

~oOoOoOo~

Drago rentra une bonne heure après Hermione, et il put constater qu'elle était seule dans la pièce principale. Pansy et Blaise n'étaient pas encore rentrés, quant aux deux autres anciens Gryffondor, ils étaient en train de finir la préparation de leurs cadeaux dans leur chambre. Déposant celui qu'il venait acheter, déjà soigneusement emballé, sous le sapin au milieu des quelques autres déjà soigneusement empilés, il s'approcha de la jeune femme qui ne lui avait jeté qu'un rapide coup d'œil lorsqu'il était entré. Elle était sur la pointe des pieds, en train d'essayer d'accrocher une guirlande à la tringle à rideaux d'une des fenêtres, mais il lui manquait un ou deux centimètres.

Drago tendit le bras depuis le dos d'Hermione et attrapa le bout de guirlande qu'elle tenait. Il se chargea de l'accrocher tandis qu'elle se tournait dans un sursaut de surprise vers lui. Si concentrée qu'elle était, elle ne l'avait sans doute pas entendu arriver dans son dos.

« Tu ne pouvais pas utiliser un sort tout simplement ? lui demanda-t-il en s'écartant pour vérifier que la guirlande était bien placée.

— J'en utilise déjà bien assez pour préparer le repas. Tu ne connais donc pas le plaisir et la satisfaction de faire de ses mains, sans la magie ? »

L'idée laissa Drago perplexe.

« Pourquoi se compliquer la tâche quand la magie peut faciliter les choses ? »

La jeune femme le contempla longuement, les bras maintenant croisés contre sa poitrine. Il soutint son regard sans sourciller. L'espace d'une seconde, cette électricité entre eux fit de nouvelles étincelles ; puis Hermione se détourna et attrapa une nouvelle guirlande, sur laquelle quatre rennes faisaient la course. Quand elle la souleva, ils dégringolèrent jusqu'au bout de la guirlande et ne s'y arrêtèrent que de justesse, sauvés par un mur invisible.

« Pose ta baguette. Et aide-moi à finir de préparer la pièce pour ce soir. »

Trop diverti pour refuser, Drago s'exécuta. Ils passèrent ce qui restait de leur après-midi à décorer et à arranger les lieux pour qu'ils respirent l'ambiance de Noël du sol au plafond, le tout sur des musiques de fêtes que l'un et l'autre changeait au rythme de ses envies en passant d'une station de radio sorcière à l'autre. Ils préparèrent notamment la table, dressée pour six personnes, et décalèrent les canapés afin qu'il y ait suffisamment de place pour accueillir les cadeaux de tout le monde. Harry et Ginny les rejoignirent entre-temps, aidant de leur côté à surveiller le repas et à préparer les derniers ingrédients et apéritifs.

Blaise et Pansy ne rentrèrent qu'en toute fin de journée, alors qu'il faisait déjà nuit dehors. Ils avaient tous deux les joues rouges du froid de la montagne malgré les écharpes soigneusement serrées autour de leur cou et leur visage enfouis en-dessous. Drago et Hermione venaient de s'asseoir sur les canapés près du feu quand ils arrivèrent, et l'ancien Serpentard invita ses amis à le rejoindre une fois leur cadeau déposé sous le sapin, mais si Pansy accepta avec empressement, Blaise s'arrêta à mi-chemin.

« Tout à l'heure, mais d'abord j'aimerais te parler, Drago. »

Interloqué, l'intéressé accepta d'un hochement de tête. Après un regard pour Hermione, il se leva et suivit son ami dans la chambre qu'ils partageaient à trois avec Pansy. Il referma soigneusement la porte derrière lui avant de questionner :

« Alors ? interrogea le blond. Qu'est-ce qui se passe ?

— C'est au sujet de Pansy. »

Les paupières de Drago s'étrécirent tandis qu'il commença à dévisager son ami.

« Vous vous êtes enfin déclarés ? »

Les joues sombres de Blaise se teintèrent de rouge.

« Tu ne lâcheras jamais l'affaire hein ?

— Je vous vois vous tourner autour depuis bien assez longtemps pour en avoir le droit.

— Tu n'as peut-être pas tort, souffla Blaise en s'appuyant contre la structure du lit en hauteur occupé par Drago.

— C'est-à-dire ? »

Jamais son ami n'avait accepté les remarques de Drago au sujet de Pansy. Ce soudain revirement était plutôt surprenant.

« C'est-à-dire que oui, tu as raison, elle me plaît.

— Enfin ! s'exclama le blond.

— Oui, oui, tu avais raison, je sais. Mais… Tu penses vraiment qu'elle s'intéresse à moi ? »

La question, si inattendue, si ridicule dans la bouche d'un garçon aussi détendu et toujours serein sonnait presque faux dans son ton préoccupé, si bien que Drago eut tout le mal du monde à ne pas rire. Blaise ne s'y trompa pas.

« Je suis sérieux Drago. »

Ce dernier se força à faire disparaître son hilarité. Il eut bien du mal et un sourire en coin presque moqueur s'attardait sur ses fines lèvres.

« Bien sûr que oui, elle ne voit que toi.

— Ce n'était pas le cas il y a encore quelques années… A l'époque de Poudlard. »

Drago n'eut aucun mal à comprendre ce dont il était en train de parler. Cette fois, il n'eut pas à se forcer pour rester sérieux. Il fit quelques pas pour atteindre le lit qui appartenait à Pansy, encore en partie défait, s'y assit et regarda longuement Blaise.

« Oui, ça n'a pas toujours été le cas. Mais elle ne m'a jamais intéressée, et elle a fini par comprendre que ce n'était pas ce qu'il y avait entre nous. Et tu sais comment elle l'a compris ?

— Parce que tu as rejoint Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom ?

— Oh non, elle était encore plus collante à cette époque. Même si je la repoussais. »

Comme le visage de Blaise s'assombrissait, Drago s'empressa d'ajouter :

« Mais quand tout s'est fini, quand j'ai arrêté de parler à la plupart des anciens Serpentard et que je suis resté isolé le temps de me reconstruire, tu as été là pour elle. On avait tous besoin de se reconstruire, et vous l'avez fait ensemble. Elle a compris que je n'étais pas celui qu'il lui fallait parce qu'elle t'a trouvé toi. Quand je suis revenu, avec toutes mes résolutions de faire mieux et de trouver une place dans une vie que mes parents n'auront pas dessiné pour moi, et que je vous ai retrouvés, je l'ai tout de suite vu. Après, ajouta-t-il avec un léger sourire, j'ai mis du temps à t'en parler parce que je pensais que tu le remarquerais tout seul, et aussi parce que les histoires d'amour m'ennuient profondément. »

Blaise resta un moment sans voix, assimilant tout ce que venait de révéler Drago. Ils n'avaient jamais parlé ainsi. Leur relation avait longtemps été superficielle, avant de devenir plus sincère, mais jamais aussi intime. Drago vit les épaules de son ami se détendre, puis sa poitrine se gonfler d'une longue inspiration. Il était rassuré.

« Merci. »

Incertain de ce qu'il fallait répondre au profond sentiment qui se cachait derrière ce seul mot, Drago esquiva d'un haussement d'épaule. Pour dédramatiser, il demanda avec espièglerie :

« Alors, quand est-ce que tu te jettes à l'eau ? »

Blaise hésita, chose rare chez lui, avant de répondre :

« Je ne sais pas exactement, mais bientôt. C'est sympa, Noël, pour déclarer sa flamme.

— Un tout petit peu cliché, mais sympa.

— Un tout petit peu. »

Ils se sourirent. Alors que Drago pensait que son ami avait fini, ce dernier s'assit à côté de lui sur le lit.

« Et Granger et toi ? »

Interdit, le blond le dévisagea.

« Granger ?

— Oui. Allez, ne fais pas l'innocent. Tout le monde le voit, même Pansy, c'est dire. Ne prétends pas être aveugle à ce point. »

Drago se sentit mal à l'aise. Il ne pouvait pas nier savoir ce dont parlait Blaise, mais il ne pouvait pas non plus lui répondre, car il n'avait aucune réponse à donner. Heureusement, son ami sembla remarquer son malaise car il préféra développer lui-même.

« Comme quoi, les choses ont bien changé depuis Poudlard. Et c'est une très bonne chose. Même si je n'aurais pas parié sur Granger et toi s'il avait fallu donner le nom de deux personnes qui se redécouvriraient. »

Un silence accueillit sa déclaration. Il ne se laissa pas dégonfler et reprit :

« Et… Il y a quelque chose ? Quelque chose de sérieux ? »

Drago se décida finalement à répondre.

« Je ne sais pas. Peut-être bien. Ou peut-être pas.

— En tout cas, si je devais te donner mon avis extérieur, je dirais plutôt que oui. Il y a quelque chose qui se dégage lorsque vous êtes ensemble, c'est presque intimidant. Pas à chaque fois, mais souvent. Lorsque vous vous confrontez l'un à l'autre. Je ne t'ai jamais vu comme ça avec qui que ce soit. »

Drago se laissa tomber en arrière sur le matelas mœlleux du lit. Il n'avait pas besoin de Blaise pour le lui signaler, mais se l'entendre dire lui laissait un drôle de sentiment. Comme s'il ne pouvait plus fuir la réalité désormais.

« Tu m'as toujours soutenu pour Pansy, alors un seul mot de toi et je te soutiendrai pour Granger. En fait, se reprit-il, c'est déjà le cas. Elle est plutôt chouette, finalement. Et je vois qu'elle te fait du bien, c'est tout ce qui importe. »

Le regard que Blaise avait laissé s'égarer vers la porte fermée, comme s'il pouvait voir Hermione se dessiner à travers, se recentra sur Drago quand il ajouta :

« Et… Enfin, tu sais. Par rapport à ses origines… »

Drago marqua un temps d'hésitation, confronté à un sujet face auquel il ne cessait de louvoyer. Il dut prendre le temps de mettre ses pensées en ordre, d'éclaircir les parts d'ombre qui s'éternisaient dans son propre esprit.

« Cela fait un bon moment que j'ai arrêté les insultes, commença-t-il doucement, comme pour se l'expliquer enfin à lui-même, après tant de doutes. Ce n'est pas pour rien. J'ai failli ruiner ma vie avec cette obsession pour l'origine du sang qu'ont mes parents. Même si… »

Sa voix faiblit, et il se perdit dans ses pensées. Hermione était une Née-Moldue, et bien sûr il ne pouvait pas affirmer que cela le ravissait. Seulement, s'il ne pouvait s'empêcher d'y penser de son côté, cette préoccupation disparaissait à chaque fois qu'il était avec elle et qu'il prenait un malin plaisir à la provoquer pour qu'elle montre les crocs. Ou quand ils avaient un échange plus spontané et sincère lors de discussions. Ou quand il appréciait simplement sa compagnie, silencieuse ou appuyée.

« Même si je ne peux pas nier que ça me fait étrange, reprit-il, et pas dans le bon sens. Mais pas plus que je ne peux effacer tout ce qui a pu se passer entre elle et moi, je ne veux pas que l'héritage de mes parents gâche une seule seconde de plus de ma vie. »

Blaise esquissa un sourire franchement amusé.

« Peut-être que c'est exactement comme ça que les Sang-Mêlé se sont multipliés. Avec des sorciers au sang pur qui ont décidé que cette valeur de sang était moins importante que la valeur même de la personne face à eux. »

Sur ces mots, il se releva et sortit de la chambre avant que Drago n'ait trouvé quoi lui répondre. Il laissa son regard se perdre sur le plafond encore un temps, plongé en pleine réflexion sur son échange avec Blaise. Des pensées contradictoires ne cessaient de se heurter les unes aux autres dans son esprit. Une seule idée générale se détachait de ces réflexions confuses : quoi qu'il y eût entre Hermione et lui, il ne voulait pas que cela s'arrête.

Drago se laissa tomber sur le lit de tout son long avec un profond soupir. Bras derrière la tête, il inspira longuement. Pour la première fois depuis longtemps, il avait la sensation de s'aventurer dans l'inconnu. C'était déjà le cas à une autre époque, plus sombre, alors que la guerre venait de se terminer. Alourdi du fardeau que représentait le nom de son père, miné par les décisions qu'il avait pris en pensant choisir la meilleure voie qui s'offrait à lui et qui lui vaudrait les louanges de ce même père, il avait eu bien du mal à savoir comment avancer. Il s'était retrouvé héritier d'une famille déchue. Un père condamné à Azkaban, une mère, elle, sauvée par son seul mensonge à Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom sur le champ de bataille, et un fils repenti par quelques rares bonnes actions et une défense inattendue et déconcertante apportée par le héros de guerre Harry Potter.

A cette époque, toute destination semblait sombre et chaque chemin pavé d'incertitudes, de danger et de mépris.

Il avait pourtant remonté la pente. Nagé, pour ne pas se noyer. Suivi une route, presque au hasard, qui l'avait mystérieusement mené à travailler au ministère, tout comme Harry Potter, Ron Weasley et Hermione Granger. Peut-être s'agissait-il de cette même route qui l'avait mené aujourd'hui, ce soir, dans ce chalet, avec ces personnes. Ce qui présageait être un cauchemar, ou une très mauvaise blague, tournait à quelque chose de bien plus incertain... Mais également de bien plus lumineux.

L'image de la Gryffondor, flamboyante et souriante, s'imposa à Drago. Malgré lui, un vague sourire étira ses propres lèvres. Il se redressa sur le lit de la chambre, les idées plus claires que lorsqu'il en avait franchi le seuil. Blaise était venu lui parler de son histoire avec Pansy, mais nul doute que venir sur le sujet de ce qui était en train de se passer entre Hermione et Drago avait été tout aussi prévu. Un jour, Drago devrait trouver le moyen de lui rendre la gentillesse de ces mains tendues qui jamais ne heurtaient sa fierté et son indépendance mal placées.

De retour dans le séjour, il retrouva Pansy et Blaise en train de servir le repas que les trois anciens Gryffondor avaient fini de préparer. Le sapin débordait presque de tous les cadeaux qui avaient été disposés à son pied. Son coup d'œil dans la direction des présents n'échappa pas à Hermione, qui apportait sur la table la casserole dans laquelle se trouvait une poêlée de légumes.

« Ne sois pas trop impatient, lui lança-t-elle par-dessus la table avant de se diriger vers lui, nous ne les ouvrirons que demain. »

Il lui décocha un regard surpris.

« Pourquoi pas ce soir ?

— Eh bien, répondit-elle en croisant les bras en affichant un air consterné, parce que c'est la tradition.

— J'ai toujours ouvert mes cadeaux le soir du réveillon. Juste avant le repas. »

Haussement du sourcil gauche de la jeune femme. Drago savait maintenant ce que cela voulait dire. Elle allait le juger, le contredire et lui démontrer qu'il avait tort. Et en beauté.

« Peut-être que dans ta famille la tradition était moins importante que de satisfaire le désir immédiat des enfants, mais tu es un adulte maintenant, tu sauras attendre jusqu'à demain. N'est-ce pas ? »

Nul besoin de connaître l'ancienne Gryffondor pour comprendre qu'elle avait gagné : s'il maintenait son point de vue, il passerait pour un enfant. S'il ne le faisait pas, il reconnaissait la validité de ce qu'elle venait de dire. Visiblement consciente de son tour de force, la jeune femme arborait un sourire en coin victorieux.

Une pulsion fit agir Drago avant qu'il n'ait le temps de réaliser ce qu'il faisait.

Il s'approcha d'elle sans prévenir. Puisqu'elle avait fait quelques pas vers lui pour lui marteler ses mots, il n'y avait plus beaucoup de distance entre eux. L'ancien Serpentard la réduisit à un espace infime. Cependant, comme pris au dépourvu par sa propre action, ou incertain de la suite, il resta un instant immobile.

Les deux anciens ennemis se fixèrent, aussi confus l'un que l'autre. L'envie irrésistible de faire taire Hermione, la sensation de ne pas en avoir les arguments, et le désir aussi irrépressible que soudain de le faire de ses lèvres qu'il plaquerait sur celles de la jeune femme lui donnaient presque le vertige. Tout se mélangeait de manière si désordonnée. Il avait envie de la faire taire. Il avait envie de continuer leurs joutes verbales. Il avait envie de sentir cette électricité, cette flamme si dangereuse mais si grisante. Il avait envie de l'attraper par les hanches et de la plaquer contre lui. Il avait envie de trouver une pique qui lui volerait le dernier mot.

Seules la raison et la retenue qui avaient si longtemps dirigé sa vie le retenaient d'agir impulsivement. Elles n'effaçaient pas pour autant le fougueux besoin de se rapprocher d'Hermione tout en refusant de la laisser gagner.

Un souffle.

Un souffle le décida.

Celui d'Hermione, à peine perceptible tant elle retenait sa respiration et tant elle s'était statufiée.

Un souffle qui ne trahissait ni peur, ni agacement.

Un souffle d'anticipation épousant parfaitement celui que retenait Drago.

Il se pencha vers elle, si bien qu'il la sentit expirer très rapidement une seconde fois. Cette respiration chatouilla la peau du Serpentard. D'un chuchotement, il glissa :

« Bien sûr que je peux attendre pour avoir ce que je veux. »

Avec tout le sens que pouvait prendre cette phrase, il se recula, bien que son être tout entier l'appelât à céder à sa pulsion initiale. Maître de lui-même, peut-être en partie car il refusait de céder le premier, ou en raison de cet air troublé qu'abordait la jeune femme à cet instant précis et qu'il appréciait particulièrement, ou parce qu'il n'osait tout simplement pas affronter ce qui l'attendrait ensuite.

Les joues roses, Hermione ne cessait de le fixer. Tout autant de pensées semblaient se heurter dans son esprit que dans celui de Drago. Elle trouva finalement la force de se racler la gorge et de répondre, d'un air détaché qui ne trompait absolument pas le jeune homme :

« Parfait. »

Etait-elle incapable d'ajouter autre chose ? En tout cas, elle se détourna et repris sa tâche en cours ; ou plutôt, elle voulut la reprendre, mais ne put pas car tout était déjà sur la table. Concentré sur la table et la préparation, personne ne semblait avoir aperçu ces quelques instants fugaces, qui avaient eu un goût d'éternité pour Drago. Ce dernier ne remarqua pas le sourire en coin de Blaise, penché au-dessus de la table pour attraper un verre, ni le regard échangé par Harry et Ginny entre deux assiettes servies.

Une fois le plat et les verres servis, tous purent enfin s'asseoir. Drago voyait qu'Hermione évitait soigneusement son regard avait-il été trop loin ?

Les autres interrompirent ses pensées.

« Je crois qu'il est l'heure de trinquer ! lança gaiement Ginny. »

Hermione approuva d'un hochement de tête, secoua presque imperceptiblement la tête comme pour reprendre ses esprits, avant de se lever, son verra à la main.

« Je lève mon verre à tous les efforts que peuvent déployer des Gryffondor et des Serpentard pour dépasser les conflits de maison et les différences, pour pouvoir passer des fêtes ensemble ! »

Après une seconde d'hésitation, elle ajouta :

« Je tiens à vous remercier, tous, pour ces efforts. Aucun de nous ne se réjouissait de cette cohabitation forcée, et je sais que nous avons creusé un immense fossé entre nous à l'époque de Poudlard, un fossé qui a touché les abysses quand la guerre est arrivée. Oui, nous nous sommes déjà fait la guerre, et pourtant, nous sommes réunis aujourd'hui et demain, nous aurons même des cadeaux pour les autres ! Alors merci pour ces fêtes qui se passent bien mieux que nous aurions pu espérer. Et… »

Sa voix s'estompa soudain, alors qu'Hermione s'empourprait. Elle semblait avoir remarqué combien son discours s'allongeait et était très sérieux pour un soir supposé plein de joie et de légèreté.

« Je lève mon verre à nous, intervint Blaise pour lui sauver la mise, parce qu'être ici avec mes amis de toujours est un bonheur évident… »

Son regard s'arrêta sur Drago, puis un peu plus longuement sur Pansy, qui rougit.

« Mais aussi parce que nous faisons une drôle de bande avec ces Gryffondor, et que je ne l'aurais jamais parié ! Joyeux réveillon de Noël ! »

A six autour d'une grande table de Noël joliment garnie, la photo aurait pu se retrouver à Poudlard pour prôner l'amitié entre les différentes maisons. Tous se levèrent avec leur verre.

« Joyeux réveillon de Noël !

— Joyeux réveillon de Noël !

— Joyeux réveillon de Noël ! »

Les voix des six anciens élèves retentirent dans tout le chalet tandis qu'ils trinquèrent avec enthousiasme, couvrant les musiques de Noël qui y résonnaient joyeusement.

Drago appuya son menton sur sa main, son verre dans l'autre. Il ne quittait pas Hermione du regard, jusqu'à ce que, enfin, elle se tourne vers lui. Il avait besoin de savoir s'il avait été trop loin, si cette fois, c'était la provocation de trop. Avait-il toujours été si inquiet de dépasser les limites, ou était-ce un autre signe de l'importance que prenait Hermione à ses yeux ? Quand enfin il croisa les yeux d'Hermione, contrairement à ce qu'il redoutait, aucune hostilité, aucun rejet n'y brillait. Pour autant, Drago fut incapable d'analyser ce qu'elle ressentait.

Mais comprenait-il seulement ses propres émotions ?