California Dream
Chapitre II
Alors que minuit approchait, Sasuke se gara dans la petite allée devant la maison verte. Blasé, il claqua la portière alors que l'Europe venait tout juste de lui fermer ses frontières. S'il avait cru pouvoir s'offrir un billet, il devait bien avouer qu'il était encore loin du compte, avec son maigre salaire hebdomadaire. Il lui faudrait cuire des saucisses encore trois mois entier pour se payer un misérable siège en classe économique. Et il se demandait bien comment faisaient les autres pauvres pour voyager.
Il tenta de rentrer discrètement, en vain alors que son frère était tranquillement assis sur le canapé de la discorde. Leurs yeux se croisèrent un instant, mais Sasuke tourna bien vite le regard pour rejoindre les escaliers qui menaient aux chambres. Il n'avait aucune envie de s'expliquer et rêvait simplement de dormir quelques heures dans son maigre sac de couchage à même le sol.
Trois mois de plus à tenir, songea-t-il en s'allongeant dans l'étoffe. Malgré le manque de confort, il sentit tout de même les muscles de son dos commencer à se détendre. Un mois à supporter leur précarité et l'ambiance tendue avec son égoïste de frère. Sans compter qu'il devait encore élaborer une stratégie pour éviter le rendez-vous sur la jetée avec le prétentieux inconnu. Comment allait-il bien pouvoir l'esquiver alors qu'il serait juste à quelques mètres du lieu de rencontre, à vendre des sandwichs aux touristes ?
- Quelle merde... railla-t-il.
Au petit-matin, Sasuke n'avait dormi que quelques heures à peine, songeur. Il avait imaginé des multitudes de plans pour s'échapper pour du continent où il se sentait prisonnier, en vain : la meilleure option restait de prendre son mal en patience - ou partir avec la caisse du stand de hot-dogs. Concernant son rendez-vous avec le blond, il avait simplement décidé de ne pas y aller. Même s'il ne travaillait qu'à quelques mètres de là à peine, quelle était la probabilité pour que cet inconnu ne le reconnaisse sous sa casquette et son tablier ? Il avait simplement décidé de ne pas s'en faire.
Lorsqu'il se réveilla, contraint par la chaleur étouffante sous les combles de sa chambre, Sasuke trouva une photo de son frère et lui posée sur le comptoir de la cuisine. C'était une photo d'eux petits, unis à l'anniversaire de mariage de leurs parents. Ce souvenir lui paraissait si lointain, si doux comme s'il s'agissait d'une autre vie. Et Sasuke ne put s'empêcher de retenir un sourire en finissant son verre de jus de fruits.
D'aussi loin qu'il s'en souvienne, les disputes avec Itachi avaient toujours été violentes. Ils s'étaient même battus, à quelques reprises. Une fois les tensions apaisées cependant, son frère avait toujours fait le premier pas vers lui. Et ils s'étaient toujours réconciliés.
Mais même si cette vaine manœuvre de son frère pour l'amadouer avait effectivement réussi à l'attendrir, cela ne changeait en rien son désir de partir. Leur départ précipité avait brouillé sa vision habituellement si clairvoyante, mais maintenant il s'en rendait compte : il ne pouvait tout simplement pas rester ici. Il ne s'y sentait pas chez lui, et ce sentiment suffoquant n'avait rien à voir avec son frère.
lorsqu'il se rendit au travail, Sasuke avait pris le soin de bien enfoncer sa casquette sur sa tête. Il n'avait aucune envie de rencontrer l'autre imbécile et son fichu constat. Il voulait simplement tirer sa peine tranquillement et récupérer son salaire en fin de journée. Le blond finirait par oublier cette histoire et il pourrait purger ses trois mois de hot-dogs en paix.
Et effectivement, Sasuke ne le croisa pas de la journée. L'idée de l'avoir planté dans un café le réjouissait presque et peu importe si les flics venaient le cueillir jusque chez lui. En y réfléchissant bien, c'était peu probable : Itachi avait rempli le dossier de la maison à son unique nom. Aujourd'hui, Sasuke demeurait officiellement sans domicile fixe. Il gagnait la partie.
Quelques jours plus tard, les tensions avec Itachi s'étaient apaisées. Il n'en était pas à leur première dispute et les choses étaient rentrées dans l'ordre, même si le sujet finirait certainement par revenir sur le tapis. En attendant, ils coulaient des jours tranquilles : les premiers depuis leur départ du Japon. Et Sasuke avait même fait part de son besoin d'émancipation à son aîné.
Itachi avait simplement hoché la tête, l'encourageant à faire ce que bon lui semblait. Bien que Sasuke ait remarqué la peine dans les yeux de son frère, celui-ci n'avait pas tenté de le retenir. Il était adulte maintenant et libre de ses propres choix. Son aîné l'avait bien compris, et certainement seraient-ils plus en sécurité en étant séparés. C'était un choix judicieux.
«Tu me dois 500$ pour l'aile de la voiture»
Sasuke qui rentrait du travail, se mit à rire en lisant le texto de son frère.
«Ma carte gold est dans le salon d'été» répondit-il et la réaction de son frère ne se fit pas attendre : il reçut un emoji qui pleurait de rire.
Sasuke tourna à l'angle de la rue qui menait des quartiers riches de la ville à celui des pauvres. Son quartier désormais et il commençait à savoir plaisanter dessus. C'était un grand pas en avant, pour lui qui pensait ne jamais s'y habituer. Il avait appris à oublier le propre de son identité : c'était bien moins douloureux.
Alors qu'il flânait sur le bitume déformé, son sac de hot-dogs invendus à la main, Sasuke ne pouvait décemment pas contenir sa bonne humeur. Il avait passé un entretien le matin même pour l'une des plus grosses entreprises de la ville, et tout s'était bien passé. C'était un simple boulot d'assistant aux achats, bien en-dessous de ses compétences mais c'était mieux payé que sa roulotte ambulante. Et bien moins pénible, dieu merci.
Il sentait que le résultat serait positif : le feeling avec la DRH était tout de suite passé. Il avait eu l'occasion de prouver ses compétences et de justifier son diplôme fraîchement obtenu : il n'y avait par conséquent aucune raison que la réponse soit négative. Et cette opportunité lui semblait être le bon compromis pour quitter plus rapidement l'Amérique.
- Alors ? l'accueillit son frère en lui tendant une bière. Ton entretien ?
A peine avait-il franchi la porte de la maison que Sasuke sentit tout de suite la lourde chaleur qui régnait entre les quatre murs l'envahir. Il ne refusa pas la boisson fraîche que lui tendait son frère, bien qu'il le réprimanda d'avoir encore acheté de l'alcool. Mais ils s'étaient offerts un frigidaire avec le salaire de la semaine précédente, et Itachi tenait à l'inaugurer correctement. Chaque victoire méritait sa fête, disait-il, et sans doute avait-il raison.
- Ça va le faire ! répondit Sasuke en s'asseyant à même le sol - il était toujours hors de question qu'il s'asseye sur le canapé miteux d'Itachi. C'est un boulot d'assistant, pour commencer Lundi prochain.
Itachi s'affala sur le canapé marron.
- Déjà ? s'étonna-t-il. Et ton préavis pour le stand ?
Sasuke haussa une épaule en buvant une gorgée de sa bière.
- Je vais pas gâcher une opportunité pour honorer mon contrat avec les saucisses.
Son aîné sembla convaincu de la réponse.
- Ce n'est pas moi qui vais te convaincre de respecter la loi, plaisanta-t-il.
Ils échangèrent un regard amusé alors qu'ils connaissaient tous deux les travers de son frère. A trente-deux ans, le casier judiciaire d'Itachi était déjà bien rempli. C'était sans compter cette ultime faute qui les avait conduit jusqu'ici, celle qui gagnait à l'unanimité la palme d'or de ses conneries. Et elles étaient nombreuses.
- Tu leur demanderas s'ils ne cherchent pas un directeur financier, soupira Itachi. J'en peux plus de récurer les toilettes.
Saske se moqua gentiment. Leur relation était de nouveau normale, à croire que leurs disputes faisaient partie de leur complicité.
- Au fait, l'interpella son frère en jouant avec sa bière entre ses doigts. Qu'est-ce que t'as envie de faire pour la cérémonie ?
Sasuke tiqua en entendant ce mot. Itachi parlait de la cérémonie pour commémorer la mort de leur parents qui devait avoir lieu dans un mois. Dix ans plus tôt, le 1er Juin, leurs parents s'étaient tués dans un accident de voiture, changeant à jamais la vie de leurs deux fils. Il s'agissait de réunir quelques proches et membres de la famille pour célébrer leur mémoire, mais cette année, Sasuke avait bien peur de devoir déroger à la coutume.
- Et si on cuisinait juste le riz au curry de maman ? proposa Sasuke, le coeur assombri. On peut simplement dîner dans le jardin et regarder de vieux albums photos ?
Itachi lui coula un regard bienveillant. Son frère était peut-être impulsif, parfois même complètement inconscient, mais il avait toujours pris soin de lui.
- Faisons ça, alors.
Alors que les premières lueurs de l'aube filtraient à travers les rideaux de sa chambre, Sasuke fut réveillé par les vibrations de son cellulaire. Il grogna, la tête lourde de sommeil, se demandant bien qui pouvait avoir l'audace de le déranger pendant son jour de congé. Las, il attrapa mollement son smatphone dans le but de décrocher.
Hinata s'affichait sur l'écran. Hinata, son amie de toujours qu'il avait quittée du jour au lendemain sans explication. Elle avait été présente à chacun des événements de sa courte vie, et aujourd'hui, il avait simplement disparu sans laisser de trace. Son coeur se serra dans sa poitrine alors que les premiers rayons de soleil agressaient ses paupières encore endormies. Sa meilleure amie lui manquait, plus que quiconque de son ancienne vie. Mais il ne pouvait simplement pas décrocher et risquer de la mêler à tout cela. Il avait juré de disparaître, quel qu'en soit le prix.
Peiné, Sasuke ne put se rendormir alors que ses pensées étaient empreintes de nostalgie. Il resta allongé dans son sac de couchage à même le sol, pensif tandis que la chaleur commençait à monter dans la pièce. Il n'était que six heures du matin et Sasuke se demanda quelle heure il pouvait bien être au Japon. Isolé, il en avait perdu la notion du temps. Ou peut-être était-ce moins douloureux de ne plus penser à son ancienne vie. Il devait oublier, tout simplement parce qu'il ne reverrait jamais ceux qu'il avait laissé derrière lui.
Il resta une ou deux heures de plus à cogiter jusqu'à ce que la chaleur devienne difficilement supportable. Il s'enferma dans la douche pour se rafraîchir et commença sa journée le coeur lourd. Ce n'était pas si simple d'oublier. Mais il le fallait.
Il profita que son frère soit au travail pour se rendre à la plage. A cette heure-ci, il pouvait profiter de piquer une tête dans l'océan avant que le soleil ne brûle trop sa peau. Les plages de rêve étaient certainement le meilleur côté qu'il avait trouvé à la Californie, et il comptait bien en profiter le temps de son séjour.
A midi, il sentit un élan de joie l'envahir lorsqu'il reçu l'appel de la société pour laquelle il avait postulé. Il s'empressa d'appeler son frère pour partager la nouvelle de son embauche et celui-ci lui promis qu'ils fêteraient ça le soir même.
- Chaque victoire mérite sa fête, je sais, s'amusa Sasuke. Allez, à plus.
Sasuke raccrocha sans plus de cérémonie. Le coeur léger, il regarda le ciel sans nuage au-dessus de sa tête et ne put retenir un sourire d'étirer ses lèvres. Il voyait enfin une lueur d'espoir au milieu du chaos.
Le soir venu, Itachi avait tenu parole et fait quelques folies : de la bière évidemment et quelques gâteaux apéritifs. Il avait invité des collègues à lui, Sasori, le rouquin que Sasuke avait déjà croisé quelques jours plus tôt et Sakura qui tenait le secrétariat de la société d'entretien des lieux publics de la ville. Kakashi, le gérant de la boucherie voisine était présent aussi, venu avec quelques grillades à faire au barbecue.
Son frère ne parlait peut-être pas encore très bien anglais, mais il avait une facilité à se faire des amis que Sasuke lui enviait presque. Même s'il se complaisait majoritairement dans un cercle restreint de proches, il devait bien avouer qu'il enviait cette aisance avec laquelle Itachi entretenait ses relations. Sa vie aurait été bien moins triste s'il avait su faire de même.
La nuit était tombée depuis bien longtemps alors qu'ils s'étaient réunis autour du barbecue d'infortune où Itachi faisait griller quelques brochettes.
- Eh, tu ne veux pas faire cuire quelques saucisses Sasuke ? rit Sasori. Les dernières de ta carrière !
Il y eut une hilarité générale et Sasuke se laissa emporter. Les dernières saucisses qu'il cuirait de sa vie... c'était plutôt réjouissant à entendre.
La fête battait son plein et pour la première fois depuis longtemps, Sasuke se laissa un peu aller et enchaîna plusieurs bières, lourdement encouragé par son frère qui tenait à le voir lâcher prise et partagea même quelques moments avec les nouveaux amis de son frère.
- Je t'ai pris pour un petit con la dernière fois, avoua Sasori. A crier en chinois sur ton frangin.
Sasuke eut un hoquet amusé. Sasori et lui étaient assis au fond du jardinet, sur des chaises de jardin dévorées par le temps. Il voyait le feu qui brûlait dans le tonneau se refléter dans les prunelles émeraudes du rouquin et il devait bien avouer que cette vision ne lui était pas désagréable.
- C'est du japonais, enfoiré, le corrigea-t-il, amusé.
Ils échangèrent un sourire complice alors que Sasuke détournait légèrement le regard, gêné. Le courant passait entre eux et ils le savaient tous les deux. Il y avait un petit quelque-chose dans la façon qu'avait Sasori de le regarder, quelque-chose d'insistant et de bienveillant à la fois. Comme un intérêt sincère, une certaine attirance que le rouquin ne tentait même pas de cacher.
Sasuke jeta un oeil près du feu où Kakashi, Sakura et son frère riaient à gorge déployée, mais la main de Sasori qui frôla son genoux le rappela à son interlocuteur. Le petit brun retint un sourire alors que la situation lui plaisait. Le rouquin était un bel homme qui venait de fêter ses trente-trois ans et il se sentait flatté de son intérêt. Et il devait bien avouer qu'il prenait plaisir à lui retourner ses regards appuyés.
- On échange nos numéros ? proposa Sasori.
Sa voix était séductrice, son sourire enjôleur et Sasuke laissa le charme opérer.
- Je suis seulement de passage à Santa Barbara, le prévint Sasuke en lui tendant son téléphone. Ne t'attaches pas trop.
Sasori s'amusa de sa réponse et Sasuke apprécia la douceur de son rire.
- Je ne cherche pas l'amour, ne t'inquiètes pas.
Lundi matin arriva bien vite et Sasuke se rendit au quartier d'affaire, les épaules tendues par le stress du premier jour. Il n'était pas du genre angoissé bien que certaines situations ne le laissaient pas indifférents. C'était le cas, aujourd'hui, alors qu'il se sentait bien petit au pied de l'immense building entièrement vitré où il allait désormais passer ses journées. Pour rien arranger, Sakura lui avait dégoté un costume trop grand emprunté à l'un de ses frères, dans lequel il ne se sentait pas du tout à l'aise. C'était humiliant.
Il prit son courage à deux mains en se disant qu'il ne resterait que quelques mois, à peine, et passa le portique de sécurité pour se rendre aux ascenseurs. Au 7e étage, Sasuke sonna à la porte vitrée où l'agent d'accueil le laissa entrer.
C'était un bel endroit, disposé en plateau où tous les services étaient soumis à l'openspace. Les bureaux en bois sur le parquet vernis donnait un côté Feng-shui au lieu de travail. Il n'était que huit heures du matin et déjà quelques salariés consciencieux s'attelaient à passer leurs premiers coups de fil. L'ambiance était studieuse, prompt à un environnement sain.
- Ah, Sasuke, tu es là ! l'interpella celle qu'il reconnut comme sa nouvelle chef. Viens, je vais te montrer le pôle achats.
Il emboîta le pas à la femme enrobée qui le précédait et découvrit, au fond de l'openspace, ce qui serait son espace de travail. Plusieurs bureaux étaient collés dos à dos et sa nouvelle boss lui désigna celui contre la fenêtre comme étant le sien. Une petite plante de bienvenue avait été déposée à son attention et Sasuke se demanda dans quel genre de société il venait d'atterrir. Toutes les entreprises de Californie étaient-elles si intentionnées à l'égard de leurs nouveaux salariés ?
- La cuisine est près de l'entrée, ajouta sa chef. Et le bureau du patron est juste là.
Elle désigna une pièce vitrée juste en face de son bureau et Sasuke se fit la réflexion qu'il s'agissait du seul bureau cloisonné. Les stores étaient baissés et Sasuke se demanda si le PDG était du genre à se garder tous les privilèges.
- Tu as des questions ? demanda la femme. Tes collègues devraient arriver d'ici une heure et tu seras en formation avec Ino qui est notre acheteuse principale.
Sasuke acquiesça. The Planner était la société la plus connue de Santa Barbara en organisation d'événements. Elle comptait une trentaine de salariés sur le plateau, et une cinquantaine en entrepôt. Et le luxe étant la principale caractéristique de la ville, les événements mondains ne manquaient pas de s'accumuler sur les agendas de l'entreprise.
On parlait d'une réussite à l'américaine, pour le patron de cette entreprise qui avait su faire sa place dans la haute société en quelques années seulement. Il était devenu une célébrité locale, et chaque salariés semblait porter la fierté de cette entreprise. Sasuke se savait chanceux de pouvoir y travailler jusqu'à la fin de son séjour.
La matinée passa rapidement et Sasuke put rencontrer ses nouveaux collègues de travail. Sa chef, Kurenaï, comptait cinq autres personnes dans son équipe : Ino, l'acheteuse principale dont il était l'assistant, Gaara et Anko, les acheteurs secondaires ainsi que Tenten et Lee, leurs assistants respectifs. La diversité était la caractéristique principale de l'équipe et c'est ce qui marqua certainement le plus Sasuke, alors que les autres membres semblaient venir des quatre coins de la planète.
- Ino, appela-t-il par dessus son écran. Tu peux me parler du dossier Johanson ? Je vois sur le planning qu'il faut contacter les fournisseurs avant la fin de la semaine.
Ils venaient de finir leur déjeuner et Sasuke commençait à prendre ses fonctions. Le bureau d'Ino était attenant au sien et ils pouvaient communiquer par-dessus leurs écrans.
- C'est un dossier compliqué, lui expliqua-t-elle. Tu es pressé ce soir ?
Sasuke répondit négativement, bien décidé à prouver ses compétences.
- On en parle après alors, en attendant tu n'as qu'à comparer les prix de ces deux fournisseurs, lui dit-elle en lui tendant un dossier. Le cas Johanson est compliqué, il faut en référer systématiquement au patron.
Le brun hocha la tête, habitué à ce genre d'exercice bien trop simple pour son niveau. Il avait obtenu son diplôme avec mention et savait qu'il pourrait synthétiser ce comparatif de prix rapidement. C'était sans compter les nombreuses heures passées en stage chez Uchiwa Corp, qui lui avaient permis de se former.
A dix-huit heures, alors que les bureaux se vidaient petit à petit sur le plateau, Sasuke posa son surligneur alors qu'il terminait juste sa tâche. Ino lui jeta un oeil, le sourire aux lèvres.
- Tu as fini ? dit-elle en s'étirant. Prenons un café et occupons du dossier Johanson, tu veux ?
Lorsqu'ils revinrent à leur bureau, un mug de café fumant à la main, Sasuke entendit le téléphone de sa chef sonner. Instinctivement, il tourna le regard vers elle alors que presque plus un bruit ne se faisait entendre dans les locaux. Et il haussa un sourcil en la voyant subitement accourir vers le bureau cloisonné du patron. Les stores étaient restés fermés toute la journée et il fut surpris d'entendre une voix masculine à l'intérieur lorsque sa chef ouvrit la porte en s'excusant.
Ino et lui s'installèrent au bureau de la blonde alors qu'elle commençait ses explications sur ce dossier compliqué. Mais les éclats de voix qu'ils entendaient dans le bureau du patron étaient difficiles à ignorer et Sasuke se demanda quel genre de PDG il pouvait être. Kurenaï avait-elle fait quelque-chose de mal ou était-elle simplement victime d'un patron tyrannique ?
Sa chef resta une bonne vingtaine de minutes enfermées sous les brimades de son boss et Sasuke fut surpris lorsqu'elle sortit du bureau en lui demandant de s'y rendre. Ino et lui échangèrent un regard interrogateur alors qu'il se demandait quelle erreur il avait pu commettre en quelques heures seulement.
- Moi ? demanda-t-il pour confirmer.
Sa voix n'était pas assurée comme à son habitude et il se leva maladroitement alors que sa chef hochait la tête. Il n'avait aucune envie de perdre son boulot alors qu'il avait tellement galéré à l'obtenir ! Que pouvait-on bien lui vouloir ?
Le coeur battant et la démarche fébrile, Sasuke passa le battant de la porte qui menait au bureau du patron. Il y trouva une grande pièce, au mobilier boisé comme le reste des locaux. Derrière l'énorme bureau en acajou, un homme lui tournait le dos, contemplant la vue de l'océan depuis l'immense baie vitrée.
- Fermes la porte, lui ordonna la voix autoritaire de son patron.
Sasuke s'exécuta, anxieux de ce qui l'attendait.
- Hyuga Sasuke... continua l'homme. Je dois bien avouer que tu ne manques pas de culot.
Sasuke haussa un sourcil dans l'incompréhension. Le soleil l'éblouissait à travers la baie vitrée et il n'arrivait à distinguer que la silhouette de l'homme devant lui.
- Vous me connaissez ? demanda-t-il, essayant de contrôler le tremblement de sa voix.
L'homme se retourna et Sasuke plissa les yeux pour essayer de discerner le visage de son patron à travers le contre-jour.
- Tu ne me reconnais pas ? s'insurgea son patron. Tu es venu m'arnaquer jusque dans mon entreprise ?
Sa voix était dure, et son timbre grave sonna familier aux oreilles de Sasuke.
- Quoi ? répondit-il.
L'homme avança de quelques pas dans sa direction et le coeur de Sasuke rata un battement lorsqu'il fut suffisamment près pour distinguer son visage.
Devant lui, en chemise blanche et chaussures cirées se tenait l'inconnu avec qui il avait eu un accident quelques jours plus tôt. Et le monde sembla s'écrouler sous ses pieds alors qu'il comprenait les conséquences de cette situation.
- Merde, lâcha-t-il à voix basse.
L'homme avait les mains dans les poches de son pantalon en toile bleu marine alors que ses yeux céruléens étaient braqués sur lui.
- Merde ? répéta son patron. Tu te fous de moi ?
Sasuke sentait l'agacement dans la voix de l'inconnu et il se mordit la lèvre. Il allait perdre son boulot beaucoup plus rapidement qu'il n'avait réussi à l'obtenir.
- Je... J'ai... bégaya Sasuke, ne sachant pas quoi dire. Je suis désolé.
L'homme blond eut un rire dédaigneux à son égard.
- Désolé, vraiment ? cria-t-il, visiblement à bout de patience. Tu étais désolé pour toutes tes autres victimes, aussi ?
- Victimes ? Je ne suis pas un arnaqueur ! se défendit Sasuke. Toute cette histoire est un malentendu !
L'homme se moqua ouvertement de sa réponse.
- Ben voyons, un malentendu... Je t'écoute alors, espèce de voyou. Et n'omets aucun détail.
Sasuke baissa les yeux, écrasé par le poids du regard accusateur de l'homme devant lui. Il ne pouvait décemment pas lui expliquer pour quelles raisons il en était arrivé là, même s'il devait passer pour le délinquant qu'il n'était pas.
- Je ne peux pas, souffla-t-il. Mais croyez-moi, je n'ai jamais eu l'intention de vous causer du tort.
Le blond souffla d'agacement. Il avait beaucoup de prestance dans ses vêtements haute couture et Sasuke devait bien avouer qu'il se sentait légèrement impressionné par son charisme.
- Allez, prends tes affaires et rentres chez toi, lui dicta l'homme. Je ne veux plus te voir.
Sasuke déglutit difficilement alors son coeur cognait fortement contre sa poitrine.
- Ne me virez pas, supplia-t-il. J'ai besoin de ce boulot, je vous en prie !
L'homme s'avança comme pour l'analyser de plus près et Sasuke sentit la honte l'envahir. Il ne s'était jamais résolu à supplier qui que ce soit avant ce jour et cette première fois piétinait le peu de fierté qui lui restait.
L'inconnu fut suffisamment près pour que Sasuke puisse constater la barbe naissante qui habillait le bas de son visage. Il avait la mâchoire carrée et le regard dur, alors que quelques mèches blondes retombaient devant ses yeux azurs. Et il se sentait bien petit devant cet homme qui le dépassait d'une bonne tête au moins. Sasuke lui arrivait aux épaules et cette différence de taille n'arrangeait en rien son malaise alors qu'il se sentait bien minable devant ce patron au sommet de sa gloire.
- Qui a parlé de te virer ? demanda l'homme.
Son regard insistant était destiné à le rendre mal-à-l'aise et cela fonctionnait parfaitement.
- Quoi ? questionna Sasuke en essayant de soutenir le regard de son patron. Vous ne voulez pas me renvoyer ?
Au fond de son estomac, Sasuke sentit une petite chaleur l'envahir alors que l'espoir naissait dans ses prunelles sombres.
- Kurenaï m'a vanté tes mérites, souffla l'homme. Je déduirais directement l'argent de ton salaire pour réparer le pare-choc de ma voiture.
- Il y en a pour combien ? demanda Sasuke en prenant son courage à deux mains. J'ai besoin d'argent, monsieur...
L'homme le toisa un instant.
- Uzumaki Naruto, répondit-il, et le timbre grave de sa voix s'imprégna dans sa mémoire. Pour le montant ne t'inquiètes pas, je te déduirais 200$ chaque mois jusqu'à ce que ta dette soit soldée.
Sasuke ouvrit les yeux en grand.
- 200$ ? s'offusqua-t-il. Mais c'est beaucoup trop !
Le blond cligna des yeux une fois ou deux, l'air surpris.
- Tu essaies... de négocier, là ?
Sasuke savait qu'il n'était pas en position pour négocier, mais il ne pouvait clairement pas être déduit de 200$ chaque mois. Cela rallongerait son séjour sur le continent américain, sans compter qu'il devait vivre jusque là, aider son frère à se meubler et mettre de l'argent de côté pour son arrivée en Europe ! C'était impossible !
- 100$ par mois et vous déduisez le prix de mon ordinateur, tenta-t-il. En contrepartie, je peux vous rendre d'autres services.
Naruto se mit à rire et Sasuke se sentit ridicule.
- Des services ? Quel genre de services ?
Sasuke haussa une épaule alors qu'il soutenait le regard de son patron. Il était prêt à donner de son temps pour rembourser sa dette.
- Ce que vous voudrez.
Son patron sembla réfléchir, abordant une moue que Sasuke ne lui connaissait pas encore.
- Bien, lâcha finalement Naruto. Sois là à sept heures demain matin.
Sasuke hocha la tête, soulagé. Son patron lui fit signe de partir et il s'exécuta.
- Je te laisse ta chance, l'interpella Naruto alors qu'il ouvrait la porte pour sortir. Alors ne me déçois pas.
Il s'arrêta une seconde alors que les paroles de son patron le touchaient
- Merci, souffla-t-il en quittant la pièce.
Pour la première fois depuis son arrivée en Californie, Sasuke avait l'opportunité de se sortir des ennuis, et il avait bien l'intention de la saisir.
Le soir venu, Sasuke avait accepté l'invitation de Sasori pour dîner sur la jetée. Sa compagnie était loin de lui être désagréable et il avait envie de faire plus ample connaissance. Et plus si affinité, il n'était qu'un être humain après tout.
Sasori l'avait emmené dans un petit restaurant de fruits de mer, juste devant la digue. En voyant les prix sur la carte, Sasuke manqua de s'étouffer alors qu'il n'avait clairement pas les moyens de s'offrir un luxe pareil. Il regarda avec regrets la bière qu'il avait commandée quelques minutes auparavant : ce serait certainement sa seule folie de la soirée.
- Tu prends quoi ? le questionna Sasori. Le homard est super bon, ici.
Sasuke sentit une goutte de sueur dévaler son dos alors que ses yeux cherchaient frénétiquement le homard sur la carte.
- A-ah ? répondit-il, effrayé alors qu'il venait de voir 150$ pour le plat
Sasori fronça les sourcils.
- Il y a un problème, Sasuke ?
Pour la seconde fois de la journée, Sasuke écrasa sa fierté.
- Je n'ai pas les moyens de manger ici, souffla-t-il.
De toute façon, il avait l'impression de ne plus avoir de fierté depuis qu'il était pauvre. Ce qui aurait été une dépense habituelle dans son ancienne vie, était aujourd'hui un luxe qu'il ne pouvait se permettre.
- Je t'invite, lui répondit Sasori. Je pensais que tu l'avais compris.
Son regard était bienveillant, bien loin de le juger, mais Sasuke ne se sentit pas vraiment plus léger. Chaque jour était un douloureux rappel de leur nouvelle situation, et parfois ce n'était pas si simple à encaisser. Il força néanmoins un sourire pour rassurer le rouquin.
- Merci, Sasori.
Cependant, une question le taraudait : comment Sasori faisait-il pour s'offrir ce luxe ?
- Tu as les moyens de manger ici ? le questionna-t-il. Je veux dire... si tu fais le même boulot que mon frère...
Sasuke grimaça alors que ses propres paroles résonnaient dégradantes même à ses oreilles. Mais Sasori se mit à rire, amusé et le brun se détendit un peu.
- C'est ma société, l'informa le roux. Ton frère est l'un de mes employés.
Le brun fut étonné mais acquiesça. Il pensait que Sasori n'était qu'un simple collègue d'Itachi, pas son patron. Il se mordit la lèvre en se demandant s'il ne risquait pas d'apporter des ennuis à son frère en fricotant avec son boss.
Ils discutèrent de tout et de rien le long de la soirée, et Sasuke devait bien avouer qu'il trouvait un certain charme à ce Sasori. C'était un homme bien, parti de rien pour gravir les échelons de la société. Aujourd'hui, il pesait son poids sur le marché des patrons : son entreprise venait tout juste d'entrer en bourse et il avait distribué une prime exceptionnelle à ses employés pour les remercier de leur investissement.
- Tu as dû trouver notre maison bien modeste, souffla Sasuke en finissant sa bière.
Sasori lui sourit.
- Je ne suis pas né avec une cuillère en or dans la bouche, lui répondit-il. Je ne juge pas les gens selon leur patrimoine.
Sasuke eut un sourire amusé. Sasori était un homme poli et empathique. Bel homme de surcroît, et le brun se rendait bien compte qu'il avait tout pour plaire.
Ils quittèrent le restaurant et Sasori le ramena jusque chez lui, au volant de sa voiture de sport. Il le raccompagna jusque sur le pas de la porte et ils échangèrent un dernier sourire complice. Sasuke avait passé une bonne soirée, loin de l'agitation de sa première journée de travail.
- Bonne nuit alors, le salua Sasuke.
Sa voix était chaleureuse et ses yeux cherchaient ceux émeraudes de Sasori. Celui-ci sembla comprendre le message et il lui rendit un sourire charmeur.
- Bonne nuit, Sasuke, lui répondit Sasori, doucereux.
Il y eut un regard appuyé entre eux, juste sous la lumière du lampadaire avant que Sasori ne se penche pour l'embrasser. Ce fut un baiser chaste et respectueux.
Le rouquin se recula et à nouvea, l'onyx rencontra les yeux émeraudes de Sasori qui le dévoraient. Sasuke se sentait désiré alors que lui-même brûlait d'envie de prolonger ce baiser. Alors il se mordit la lèvre une seconde et brisa à nouveau l'espace qui le séparait du rouquin.
Leurs lèvres s'entrechoquèrent plus violemment et Sasuke sentit les mains du rouquin lui attraper les hanches pour le forcer à se coller contre son corps. Il poussa un soupir de satisfaction en passant ses bras autour du cou de Sasori et laissa sa langue venir caresser la sienne. C'était un baiser chaud, brûlant, auquel le brun se laissa complètement aller.
Une main de Sasori passa sous son t-shirt et Sasuke s'entendit gémir entre leurs lèvres scellées. Du bout des doigts, le rouquin caressait la peau du bas de son dos, réveillant son désir. Toute la soirée, Sasuke avait attendu ce moment avec impatience et l'ardeur de leur baiser lui confirmait que son ami était dans le même état que lui.
Sasori se recula une seconde et Sasuke sentit un vide immense l'envahir. Le regard du rouquin posé sur lui était brûlant et empli de désir.
- Je peux entrer ? chuchota Sasori à quelques centimètres de ses lèvres.
Sasuke déglutit en jetant un oeil à la maison. A cette heure-ci, Itachi dormait déjà sûrement.
- Viens, l'invita Sasuke en lui prenant la main. Ne fais pas de bruit.
Sasuke l'attira à l'intérieur de la maison et Sasori le tira à lui pour continuer de l'embrasser en montant les escaliers. Ils atteignirent enfin la chambre du brun, non sans mal alors que leurs mains avaient commencé à explorer le corps de l'autre.
Le brun ferma la porte de sa chambre, le corps pressé contre celui de Sasori qui continuait de dévorer ses lèvres. Le rouquin lui retira son t-shirt pour continuer de le caresser et Sasuke laissa un soupir de plaisir lui échapper. Il avait envie de plus, beaucoup plus mais une pensée soudaine le fit se raidir.
- Qu'est-ce que tu as ? le questionna Sasori, surpris.
Sasuke brûlait de désir et ses lèvres cherchaient la chaleur de celles de Sasori.
- Est-ce que... est-ce qu'il y aura des conséquences pour Itachi ? demanda-t-il, le souffle court.
Le regard fiévreux de Sasori devint plus sage l'espace d'une seconde et il remonta ses mains pour prendre son visage en coupe. Il sentit le pouce de Sasori caresser ses lèvres, rassurant.
- Ce qu'il se passe entre nous, restera entre nous. Ne t'inquiètes pas.
Et comme si sa dernière barrière venait de tomber, Sasuke se jeta à nouveau sur les lèvres brûlantes de son aîné.
Dans la pénombre de la pièce, Sasuke se laissa aller pour la première fois depuis longtemps. Il se sentit désiré, cajolé alors que Sasori prenait grand soin de rester tendre malgré leur passion naissante. Et il laissa le plaisir l'envahir pour tromper sa solitude.
Pitié… ne détestez pas mon Sasori chéri. XD Cette fic sera bien un NaruSasu, mais tout le monde a forcément eu quelques histoires avant de trouver l'homme idéal. Même si pour le moment c'est pas vraiment le cas de Naruto ahah
En tout cas, j'espère que cette suite vous a plu. N'hésitez pas à laisser une petite review pour me dire ce que vous en avez pensé, ça aide toujours et c'est toujours agréable ! : )
D'ailleurs, tout le monde semble intrigué par leur départ du Japon. Je serai ravie d'avoir vos premières théories sur le sujet !
Pour une fois, j'ai une bonne longueur d'avance sur l'écriture de cette histoire alors j'espère vous faire passer un agréable moment pendant cette difficile période de confinement.
A très bientôt pour la suite et prenez soin de vous !
Akane
