Note pour les enquêtes, je me suis inspirée de la série New York de Dick Wolf.
Musique : Louis Armstrong : What A Wonderful World
"- Vous ne comprenez pas...La vie ici, n'est pas facile, peu importe que vous ayez un travail honnête, en Amérique, vous devez être américain sinon vous n'êtes rien.
- Votre mari jouait beaucoup, où allait-il ?
- Mon mari faisait ce qu'il fallait pour que l'on survive.
- Maria...il nous faut un nom.
- Non, je ne serais plus en sécurité si je vous parle, je dois penser à mes enfants.
La veuve Petrov resta de marbre devant les arguments de Letty qui soupira.
- Je voudrais rentrer chez moi maintenant.
- Vous savez que l'on pourrait vous retirer la garde de vos enfants.
La femme se redressa de toute sa hauteur et haussa le ton.
- Je n'ai rien fait de mal.
- Vous n'avez pas de travail, votre mari vient d'être assassiné et vous venez de nous dire qu'il y a un risque pour votre vie...avec ce genre d'argument, n'importe quel juge acceptera de placer vos enfants en foyer d'accueil.
Letty avait abattu sa dernière carte, c'était risqué mais l'équipe n'avait pas la moindre piste concernant cette affaire, ils devaient donc essayer toute les options.
- Vous n'avez pas le droit.
- Aidez-nous à retrouvez les assassins de votre mari, on peut vous aider.
- Mais vous croyez quoi ? En Russie, il n'y a que la misère, le blanchiment d'argent, la drogue, la pauvreté, la corruption, les abus de boisson et les trafics en tout genre...quand vous arrivez en Amérique, vous apporter un peu de tout ça dans vos bagages, seul, vous ne pouvez pas vous en sortir...vous avez forcément besoin d'aide...mais ça à un prix...Et je suis prête à le payer pour mes enfants.
Elle releva la tête vers Evan.
- Vous êtes ignorants, les choses ont une apparence...retournez-les et vous vous apercevrez qu'il y a autre chose...croyez-moi, vous en avaleriez votre cravate."
...
Letty referma la porte de la salle d'interrogatoire et soupira avant de regarder Charlie.
"- On obtiendra rien même si on la menace de lui retirer ses enfants.
- Elle veut les protéger, les gens qui tirent les ficelles sont plus dangereux que nous.
Le chef de la brigade criminelle se massa la nuque.
- Bon, relâchez-la, de toute façon on n'a pas de quoi la garder plus longtemps.
Evan et Letty remballèrent le dossier alors que Charlie s'emparait de sa veste et de ses clefs de voiture.
- Tu retournes à l'hôpital voir Rachel ?
Le chef leva la tête en esquissant un sourire.
- Oui Helen a organisé un Thanksgiving improvisé...Vous vous joignez à nous ? Joe, Jenny et Julian seront là aussi.
- Oui pourquoi pas mais...
Letty grimaça.
- J'ai un truc à faire avant, je vous rejoindrais pour le dessert.
- Je rentre me changer et je viens...Faut amener quelques choses ?
- Oui une caméra vidéo, Paul sera là.
Ils rigolèrent ensembles avant que Letty tende un billet à Charlie.
- 10$ qu'il fait demi-tour.
- 15, qu'il n'ose pas l'embrasser devant nous.
- Soyez optimistes voyons...25 qu'il gère ça comme un pro."
... ... ... ...
Quand Charlie se présenta avec son épouse au seuil de la chambre de Rachel, celle-ci lisait tranquillement, elle semblait plutôt sereine et souriante.
"- Tiens bonjour.
Helen se pencha pour la serrer contre elle en l'embrassant sur la tête comme le faisait Charlie.
- Ne refait jamais ça compris ?...tu nous as fait peur.
- Promis.
La jeune psychologue rigola en refermant son livre. Charlie s'installa sur l'un des fauteuil alors que sa femme déballait la nourriture qu'elle avait cuisiné.
- Comment tu te sens ?
- Ca va, ils m'ont enlevé le drain il y a une heure et le médecin pense que je pourrais sortir mercredi, il m'a dit que j'aurais encore mal aux côtes pendants quelques jours...Il parait que Michèle est toujours en réanimation.
- Oui elle n'est pas sortir d'affaire, sa blessure était assez importante.
Rachel soupira en ressentant de la peine pour la jeune femme. Au même moment la porte s'ouvrit sur Joe et sa famille. Le collègue de Paul déposa un rapide baiser sur sa joue.
- Tu étais obligée de jouer au boy scout, t'as pas pu t'en empêcher.
- Déformation professionnelle.
Julian se pencha vers Rachel et désigna la ceinture autour de son thorax.
- C'est pourquoi faire ?
Son père l'attrapa dans les bras.
- C'est pour réparer Rachel.
Le petit garçon fit une petite moue.
- Pourquoi t'es cassée ?
Un petit rire parcourue l'assistance.
- Oui un petit peu mais ce n'est pas très grave.
- Tonton Paul doit être triste.
Rachel écarquilla les yeux alors que Charlie éclatait de rire.
- Il t'aime bien non ?
Jenny récupéra son fils en souriant.
- Laisses Rachel tranquille chéri...d'ailleurs il est où Paul ?
- Il est rentré se reposer."
La jeune femme posa doucement sa tête sur le coussin et respira doucement, elle était contente de la tournure de ce dîner, contente de s'en être sortie vivante et qu'elle et Paul soient finalement parvenus à se parler clairement. La soirée commença tranquillement en discutant de choses et d'autres, jusqu'à ce qu'Estela et Tyler arrivent à leur tour, suivi d'Evan et Claire. L'accalmie de ce repas était propices aux confidences, aux éclats de rire, aux divergences d'opinion mais on voyait que tout le monde passait un bon moment et c'était tout ce qui comptait.
Trois quart d'heure plus tard, Letty arriva, en pantalon noir, veste de velours rouge sur un débardeur en dentelle, talons aiguilles, ultra classe et sexy. Jenny haussa les sourcils.
"- Toi t'avais un rencard !
La jeune femme grimaça et se pencha vers Rachel pour l'embrasser.
- Ca va ?
- Oui...alors qui est l'heureux élu ?
- J'ai juste été boire un verre vite fait.
La psychologue agita la main pour l'inciter à répondre mais les joues de Letty se colorèrent et elle grimaça de plus bel.
- Je te jure que...c'est pas ma faute...on s'est croisé par hasard et il n'avait rien à faire et moi non plus alors...on s'est dit qu'on irait boire un coup...ou deux...ou...plusieurs...et depuis c'est...n'importe quoi.
La psychologue haussa les sourcils.
- Je suis censée comprendre quelque chose à ce charabia ?
- Sam.
Jenny éclata de rire en même temps que Rachel, alors que Claire levait les bras au ciel.
- Je le savais.
- Tu sors avec Sam ?
- NON...non non non je ne sors pas avec Sam c'est...on...s'amuse bien c'est tout. Il est sympa.
Rachel rigola en secouant la tête.
- Il est pompier.
- Oh arrête.
Letty leva les yeux au ciel alors que la porte s'ouvrait une nouvelle fois, laissant apparaître Paul qui fut surpris part le nombre de personne présente dans la petite chambre.
- Réunion de service ?
- Oui presque.
Helen s'approcha du jeune et l'embrassa sur la joue.
- On est venu fêter Thanksgiving...il reste de la dinde, tu as faim ?
Le jeune homme rigola en hochant la tête.
- Ouais."
Son regard croisa celui de Rachel, il était heureux de la voir aussi reposée, heureux d'être là, seulement être seul avec elle, c'était plus facile que de devoir composer avec les membres de sa famille et de son équipe. Il hésita sur la façon d'aborder les choses, sur la manière dont il devait se comporter avec elle, il serra les dents en se disant que toutes ses bonnes résolutions ne valaient rien, s'il devait faire une erreur dès le premier jour. Or il avait tendance à oublier qu'il était tombé sous le charme d'une psychologue diplômée avec mention de Columbia qui savait pertinemment quelles étaient ses lacunes et qui était prête à lui montrer le bon chemin à suivre. Rachel tendit donc la main pour le rassurer et son coeur s'emballa légèrement quand elle sentit ses doigts s'entrelacer aux siens. Paul s'installa sur son lit, juste derrière elle et très discrètement il déposa un baiser sur sa tempe avant que son menton ne prenne appui sur son épaule et que sa main ne se place sur sa taille. Toutes les personnes présentes semblaient retenir leur souffle. Rachel ferma discrètement les yeux quand il murmura à son oreille.
"- Plus de drain ?
La jeune femme tourna légèrement la tête et esquissa un sourire.
- Non...
Elle colla son front au sien et déposa un léger baiser aux coins de ses lèvres. Claire et Letty échangèrent un regard amusé, alors que Jenny levait les yeux au ciel. Paul et Rachel semblaient coupés du monde pendant que Charlie se raclait la gorge en récupérant les billets que lui tendaient Evan et sa collègue. La psychologue rigola légèrement.
- On était en train de se moquer de Letty qui sort avec Sam.
Paul haussa les sourcils.
- Le pompier ?
La principale intéressée leva les mains.
- Oh mais c'est pas vrai, il n'y a pas que ça à retenir quand même !
- Avoue quand même que tu ne le trouve sexy que parce qu'il porte un uniforme...c'est le fantasme le plus répandu.
- Oh non pas de thèse psychologique sur les mecs en uniforme.
- C'est pourtant comme ça que ça marche, le mythe de l'infirmière en blouse blanche ou de l'hôtesse de l'air c'est pareil.
Jenny rigola.
- Tu m'étonnes...tu ne peux pas savoir combien de fois, certains de mes patients me demandent si j'ai quelque chose sous ma blouse.
Rachel éclata de rire.
- Je me souviens de mon premier stage, le haut de ma blouse est resté accroché à la clenche de la porte...j'ai remercié la météo et le froid glacial de l'hôpital, pour avoir pensé à mettre un tee-shirt en dessous.
La conversation fut interrompu par la sonnerie du téléphone de Tyler qui s'empressa de regarder sa soeur en lui tendant le combiné.
- Riley.
Rachel écarquilla les yeux en sentant son coeur sauter dans sa poitrine alors que la main de Paul resserrait sa prise autour de sa taille.
- Tu l'as appelé ?
- Non c'est papa...quoi ? Vous vous appelez toutes les semaines, tu croyais quand même pas qu'on aurait pu lui cacher le fait que tu as été blessé dans une prise d'otage ?
- Non mais euh...
Une angoisse sourde lui broya le ventre.
- Dis-moi que papa ne lui a pas fait prendre l'avion.
Tyler pouffa de rire.
- Ca aurait été drôle mais non...Riley est en Suisse pour un projet Thalasso...je lui dis que tu le rappelles ?
Rachel poussa un profond soupir, elle avait maintenu une sorte d'entende cordiale avec son ex-fiancé mais le fait d'en parler ouvertement devant Paul, la mettait mal à l'aise, il n'avait pas besoin de ça.
- Non dis-lui que tout va bien...inutile qu'il s'inquiète et puis la Suisse, la thalasso...j'espère qu'il a emmené Lucinda.
Tyler regarda sa soeur en hochant la tête, comprenant qu'il était absolument hors de question de mettre à mal sa relation avec Paul, sous peine de lourdes représailles.
- Je capitule.
- T'as plutôt intérêt.
Il remballa son téléphone alors que la jeune femme tournait la tête vers Paul pour déposer un bref baiser sur sa joue. Celui-ci caressa doucement ses cheveux, il savait que sa précédente relation avait beaucoup compté pour elle et qu'en aucun cas il ne devait la remettre en question. Il avait apprécié le fait que Rachel remballe son frère qui essayait de la remettre en avant. Soudain Julian se précipita vers son parrain avant de se hisser sur le lit.
- Qu'est-ce qu'il y a bonhomme ?
- Tu vas rester tous le temps avec Rachel maintenant ?
La psychologue rigola en voyant la moue du petit garçon.
- Non ne t'inquiète pas, il aura toujours du temps pour faire des bêtises avec toi.
Jenny grogna légèrement alors que son fils observait son parrain de manière très sérieuse.
- Super !
- Tu promets ?
- J'ai rien besoin de promettre, tu sais très bien que tu es mon préféré.
- Cool."
Paul lui ébouriffa les cheveux en rigolant alors que Rachel lui adressait un clin d'oeil complice.
...
Le temps s'étira doucement entrecoupé d'anecdotes amusantes et de petits plats succulemment concoctés par Helen, un échange sympa entre amis et famille.
"- Tu rigoles j'espère ?
- Non je te jure...je l'ai récupéré à la casse et maintenant elle est comme neuve.
- Une camaro SS de 1969 ? Une vraie ?
Tyler rigola devant le regard ébahi de Letty.
- Oui une vraie...bleue.
La jeune inspectrice tourna la tête vers Rachel pour être sûre que son frère ne la faisait pas marcher.
- Il plaisante ?
- Non, il adore ça...c'est pas pour rien qu'il a ouvert son propre garage.
Jenny éclata de rire en voyant son amie se redresser.
- L'uniforme du mécano, c'est pas mal non plus, il paraît.
Rachel joignit son rire à celui de Jenny alors que son frère grimaçait.
- En tout cas l'uniforme des flics très peu pour moi.
Letty plissa des yeux en grognant légèrement.
- Les mecs agiles de leurs mains sont nuls ailleurs en général.
- Tu veux vérifier ?
- Sûrement pas.
- C'était juste pour être poli, je n'aime pas les seconds choix.
- TYLER !
Il releva la tête vers sa soeur qui lui faisait les gros yeux.
- Je vais appeler Bella.
- Oui ben ce choix là, tu pourrais l'oublier un peu...
- Capitule soeurette ça va mal finir."
Il sortit dans le couloir sous les soupirs de sa soeur qui secoua la tête.
...
"- Bon les enfants on va y aller, il est déjà 21h, les visites sont terminées depuis longtemps.
Rachel se redressa et esquissa un sourire à l'encontre de Charlie et Helen.
- Je vous remercie, c'était génial.
- On aurait aimé le faire dans d'autres circonstances, évite juste de t'attirer des ennuis.
- J'essayerais.
Le couple embrassa Rachel sur le sommet de la tête devant le sourire de Paul qui reçu un clin d'oeil de la part d'Estela qui attendit sur Tyler.
- Tu repars quand ?
- Fin de semaine si tu vas bien.
- Vous venez toujours à noël ?
- Bien sûr, tu m'appelles si tu as besoin de quelques choses.
- Ok, je t'aime.
- Je t'aime aussi.
Il déposa un bisous sur la joue de son aînée avant de tendre la main à Paul.
- C'est pas parce que tu as un flingue que je ne peux pas t'avoir à l'oeil.
- J'en doute pas.
Ils rigolèrent alors que Rachel se cachait le visage dans ses mains. Puis le jeune homme salua le reste des invités avant de sortir et de croiser Letty qui terminait sa conversation téléphonique.
- Tu retournes patauger dans ton cambouis ?
- Je préfère le cambouis à l'odeur des poulets.
- Insulte à agent...Une nuit en cellule ça te tente ?
- Pourquoi tu as envie de me mettre les menottes ?
- C'est peut-être ton kif mais pas le mien.
- Ouh trop timorée ?
- Seulement en ce qui concerne les grandes gueules qui se la racontent et puis tu sais ce qu'on dit : grosse voiture, rien sous la braguette !
La jeune femme le contourna pour entrer dans la chambre mais le frère de Rachel l'attrapa par le bras. Il la regarda intensément avant de lui tendre la petite bouteille d'eau qu'il tenait entre ses mains.
- Pour ton prochain rencard avec ton pompier, ça serait dommage que tu t'enflammes pour rien.
- Crétin."
...
Lorsque Rachel et Paul furent enfin seuls, un calme étonnant s'installa dans la chambre. Le jeune homme se tourna vers sa compagne et esquissa un sourire.
"- C'est le Thanksgiving le plus original que j'ai célébré.
La jeune femme posa sa tête sur l'oreiller et soupira doucement en fermant les yeux.
- Tu es fatiguée ?
- Un peu oui.
Paul se déplaça et s'allongea sur le lit en faisant un signe de tête à Rachel.
- Viens -là."
La psychologue bougea légèrement pour se caler contre lui en posant sa tête sur le haut de son torse. Un profond soupir s'échappa de sa gorge et elle ferma les yeux. Elle sentit son bras l'entourer avant de sombrer dans le sommeil. Paul baissa la tête et l'observa quelques instants avant de déposer un baiser discret sur le sommet de sa tête.
... ... ... ...
La voiture se gara le long du trottoir avant que Paul et Evan ne se dirigent vers un véhicule noir qui traînait au milieu de la chaussée. Plusieurs policiers en faction les attendaient. Un jeune agent se présenta devant eux.
"- Bonjour je suis l'officier Davis.
- Qu'est-ce qu'on a ?
Paul se déplaça jusqu'au corps d'un homme d'environ 50 ans, qui reposait sur le siège conducteur.
- Petit orifice dans la mâchoire, trajectoire de bas en haut, on n'a pas l'arme du crime et pas de témoin.
- Vous avez son identité ?
L'officier tendit un portefeuille à l'inspecteur Call qui siffla avant de regarder son collègue.
- Quoi ?
- Je te présente le juge Warren Varella.
Paul haussa les sourcils en se relevant alors qu'Evan donnait des instructions aux agents présents sur place.
- Charlie va adorer."
... ... ... ...
"- Que dit le légiste ?
- Il situe la mort entre 20 et 23h hier soir, il confirme le coup de feu à bout portant, une seule balle, du 9mm. Pas de trace de lutte.
- On sait qu'il était toute la matinée au bureau, qu'il a assisté à une réunion à 11h, déjeuné seul dans une salle de repos du tribunal et qu'il a passé une bonne partie de son après-midi à la bibliothèque pour préparer une plaidoirie avant de partir vers 19h.
- Une femme ? Des enfants ?
- Une madame Jocelyne Varella mais pas de descendance.
- Est-ce que Mme Varella aurait pu le surprendre avec une maîtresse ?
- C'est la bonne question...on n'a rien dans son agenda qui appui le fait qu'il se soit retrouvé dans ce quartier à l'écart.
- Convoquez la veuve, vérifier ses comptes, fouillez le bureau...
- Il nous faut un mandat Charlie.
- Je vais appeler le procureur, vérifiez aussi ses dossiers, c'est peut-être un ancien détenu ou l'entourage d'un condamné...donnez-moi de quoi faire taire la presse avant ce soir les gars, j'ai notre porte-parole qui va finir par me faire une syncope.
Un rire parcourue l'assistance alors que Paul regardait sa montre. Joe esquissa un sourire.
- Vas-y descend, on ne pourra rien faire sans mandat de toute façon.
- Et Mme Varella ?
- Je vais m'en occuper.
Le père de Julian regarda son collègue qui semblait hésitant, il esquissa un sourire.
- Tu sors peut-être avec Rachel mais pendant une heure c'est ta thérapeute alors parles-lui de tes bulletins de notes, évites de lui rouler des pelles et ça se passera bien.
Paul haussa les sourcils.
- En fait je me disais que tu devrais appeler la secrétaire du juge, en général elles sont plus au courant de leurs faits et gestes que leurs femmes.
- Ah...ouais.
Charlie éclata de rire en tapotant l'épaule de Joe alors que Paul sortait dans le hall.
- Tu le sous-estime là."
... ... ... ...
Le jeune inspecteur arriva au cinquième étage avec malgré tout une certaine appréhension au creux de l'estomac. Rachel était sortie de l'hôpital mercredi dernier mais Paul avait été tellement occupé par son travail, qu'ils n'avaient pas eu l'occasion de se revoir depuis le dîner de Thanksgiving. Il avait bossé tout le week-end, ne rentrant chez lui que pour se doucher et se reposer quelques heures. Il l'avait appelé pour prendre ses nouvelles, il lui avait fait livrer des fleurs et des repas copieux, provenant des meilleurs restaurants de la ville mais il savait que ça ne remplaçait pas le contact réel qu'ils auraient pu avoir. Le fait qu'il ne puisse pas passer autant de temps qu'il l'aurait voulu avec Rachel, avait d'ailleurs bien plus à Tyler. Le frère de la jeune femme ne faisait toujours pas confiance à Paul, ce qui amusait beaucoup ce dernier.
Il arriva dans le couloir et souffla fortement pour chasser sa tension nerveuse. La jeune femme avait repris le travail ce matin même et il ne savait pas trop comment l'aborder. Joe avait raison, pendant une heure deux fois par semaine, elle restait sa thérapeute mais où se situait la barrière entre leurs sentiments et le travail qu'il devait faire sur lui-même grâce à elle. Paul esquissa un sourire en apercevant sa cousine, il s'approcha pour l'embrasser sur la joue.
"- Ca va toi ?
- Oui très bien mais c'est un peu l'effervescence, tout le monde est persuadé que parce que Rachel revient aujourd'hui, tout doit être fait aujourd'hui...Heureusement que j'ai de la patience, je te le dis.
Paul rigola devant la moue qu'affichait Claire.
- Elle n'a pas encore tout à fait fini.
- C'est bon je ne suis pas pressé.
Il s'installa sur l'un des fauteuils de la salle d'attente en soufflant doucement sans remarquer que sa jambe tremblait. Claire n'eut pas vraiment l'occasion de lui faire la conversation car entre les coups de fils et les mails dont elle devait s'occuper, la jeune femme n'eut finalement pas une seconde de libre. Au bout de quelques minutes, un homme d'une quarantaine d'années sorti du bureau de Rachel et passa voir la jeune secrétaire.
- Ah Mr Malako...prochain rendez-vous vendredi 14h, ça ira ?
- Ouais.
- Ohla ça ne c'est pas bien passé ?
- Non mais vous vous rendez compte, elle veut assister à une séance avec les alcooliques anonymes...Elle...je crois que je viens de me faire avoir.
De l'autre côté de la cloison, Paul esquissa un sourire en comprenant qu'une fois de plus, Rachel avait obtenu ce qu'elle voulait. Il secoua la tête alors que Claire rigolait devant la moue boudeuse du patient.
- A bientôt.
L'officier quitta la pièce et la cousine de Paul se leva avec plusieurs feuilles entre les mains.
- Je lui fais signer ça et tu peux y aller.
Quand elle ressortie, elle s'arrêta à sa hauteur et plissa des yeux.
- Quoi ?
- C'est une séance officielle ou...
- Tu vas t'y mettre toi aussi.
- Non non je...Vas-y je ne veux pas savoir après tout.
Elle le dépassa alors que Paul soupirait, bien conscient des rumeurs qui allaient circuler dans tout le commissariat. Mais au moment où il arriva devant le bureau, toutes ces interrogations s'envolèrent. Il resta un moment sur le seuil de la pièce sentant son coeur battre plus fort, il était à la fois nerveux et heureux de la voir. Sentiment étrange mais qu'il ne voulait pas refouler. Doucement il referma la porte derrière lui, esquissant un tendre sourire, la voyant de dos en train de ranger des documents. Jean, pull, ballerines et cheveux lâchés, simple et tellement séduisante.
- C'est dingue, j'ai été absente une seule semaine et j'ai l'impression que ça fait six mois. Tu peux t'asseoir. J'avais oublié cette foutue réunion et Emily voudrait que...
Elle s'arrêta de parler lorsqu'elle sentit ses bras glisser autour de sa taille. Rachel ferma les yeux et tenta de calmer les soubresauts de son coeur. Ces derniers jours lui avaient paru long tant sa compagnie lui avait manqué. Certes il avait fait en sorte de lui témoigner son affection autrement mais rien ne valait sa présence près d'elle. Il cala sa tête sur son épaule et caressa le creux de son oreille avec son nez déclenchant des centaines de décharges électriques sur sa peau.
- Hola princesa.
Elle esquissa un sourire en mêlant ses doigts aux siens.
- Hola.
- Te echaba de menos. (tu m'as manqué)
Elle le regarda attentivement, sentant son souffle s'accélérer.
- Toi aussi.
Les mains de Paul remontèrent doucement sur ses côtes et instinctivement Rachel ferma les yeux.
- C'est pas très professionnel.
- Je croyais que tu étais déchargée de toutes obligations ?
- Oui mais tu m'as demandé continué à te suivre donc...officiellement ces séances ont une utilité particulière...je suis...
Il déposa un baiser dans le creux de son oreille et Rachel se mordit la lèvre.
- Tu es quoi ?
- Paul ?
- Mmmm ?
- No me ayudas. (tu ne m'aides pas)
- Je suis faible.
Il l'embrassa encore dans le cou, la faisant trembler davantage.
- Y eres demasiado hermosa. (et tu es trop belle)
- Tu sais que tu n'échapperas à une séance en bonne et due forme ? Sinon je remet l'obligation de soins.
Il recula la tête en écarquillant les yeux alors que Rachel déposait un léger baiser sur sa joue.
- Je t'ai eu.
- C'est pas drôle...Dis-moi plutôt comment tu te sens ?
- Ca va, j'ai encore quelques douleurs musculaires mais c'est supportable.
Elle se retourna dans ses bras pour lui faire face et leva les mains pour caresser ses joues, plantant son regard dans le sien.
- Je suis désolé de ne pas avoir été présent cette semaine.
- Ce n'est pas grave.
Elle colla son front au sien.
- Je ne céderais pas.
Paul esquissa un sourire.
- Je sais...
Il respira doucement avant de murmurer.
- Yo seria sabio. (je serais sage)
Ses cheveux étaient désordonnés, son pull froissé et son parfum brut était mélangé à l'odeur du café froid de l'étage au-dessus. Rachel serra les dents pour s'en tenir à sa ligne de conduite mais cette étincelle dans le regard de Paul, lui réchauffa instantanément le ventre et dans un geste très tendre elle captura ses lèvres. L'inspecteur resserra sa prise autour de sa taille et il la rapprocha de lui, intensifiant son baiser. A bout de souffle il se recula.
- Là c'est toi qui ne m'aide pas.
Ils rigolèrent avant que la jeune femme ne s'échappe de ses bras pour se diriger vers le placard. Paul se massa la nuque en tentant de reprendre ses esprits alors que Rachel lui tendait une revue sportive. Il la regarda attentivement en haussant les sourcils.
- En général ça t'inspire.
- Ouais.
Il attrapa le magazine avant de s'asseoir sur le canapé.
- Les Dodgers ont perdus contre Miami.
- Oui mais ils ont gagné contre les Giants...il faut attendre le match retour.
- De toute façon on est de New York...On ne peut parier que sur les Yankees.
- On ne peut pas soutenir tous les deux les Yankees, c'est pas drôle.
Paul esquissa un sourire en coin.
- Ok alors 20$ qu'ils perdent leurs prochains match.
- Tenu...mais je préfèrerais une pâtisserie de chez Dominique Ansel.
Il mêla son rire au sien alors qu'elle prenait appui sur le rebord de son bureau.
- Si tu me racontais ce qu'il c'est passé au-dessus depuis une semaine.
Paul joua un peu avec ses mains, signe d'une nervosité évidente.
- On n'a pas résolu le meurtre du russe qu'on a retrouvé mort sur les docks.
- Sa femme ne veut toujours pas parler ?
- Non, elle dit qu'elle a peur pour ses enfants.
- Elle obtiendra plus davantage en se murant dans le silence ça c'est sûr.
- Ouais...en espérant qu'aucun d'eux ne suive le même chemin que le père. Letty et Evan ont arrêté un violeur qui sévissait dans le métro et on a aussi eu un couple qui faisait dans l'esclavagisme...au 21e siècle je te jure.
- L'esclavage est encore très présent, il a simplement une autre forme...Dis donc sacrée semaine...Tu devrais prendre des vacances.
- Ca existe encore ?
- Je suis sérieuse, tu devrais prendre des jours de repos, t'as l'air d'en avoir besoin.
- Va dire ça à Charlie, surtout avec le juge qu'on viens de retrouver mort ce matin.
- Un juge ?
- Warren Varella, spécialisé dans la petite délinquance, plutôt efficace.
- Un règlement de compte ?
- Ou maîtresse ou veuve éplorée.
- Un crime passionnel ? Oui...en général c'est la première cause de meurtre chez les femmes.
Paul la regarda attentivement, serrant les dents et tournant la tête.
- Quoi ?
- Rien.
Rachel se redressa en croisant les bras, elle le voyait se débattre intérieurement avec ses idées et la bonne conduite à tenir. Elle était là pour l'aider à mettre des mots sur ce qui lui posait problème sans pour autant le forcer à se livrer complètement.
- Parles-moi.
- Rien c'est juste très étrange.
- Quoi ?
- Ca...
Il désigna l'espace entre eux.
- Je...
- Je t'ai proposé de te recommander à quelqu'un d'autre.
- Non.
- Il n'y rien de changé Paul...T u n'es pas obligé d'évoquer des choses ultra personnel, dis-moi juste ce qu'il te passe par la tête.
- Là tout de suite ?
Elle hocha la tête alors qu'il souriait, légèrement hypnotisé par sa présence, sa beauté, sa douceur et cette assurance qu'elle dégageait.
- Je pense que tu es extrêmement belle.
Les joues de la jeune femme se colorèrent.
- On est censé parler de toi.
- Alors dans ce cas, je pense que je suis extrêmement chanceux.
- Tu crois ça ?
- Oui...ma mère t'aurait adoré.
Involontairement Rachel écarquilla les yeux, Paul s'aperçut trop tard de ce qu'il avait dit. Il grimaça en détournant la tête alors que son coeur tambourinait dans son thorax avec force. Il avait toujours refusé d'aborder le sujet avec Rachel mais elle représentait tellement de chose pour lui que la confidence était sortie naturellement. Il se racla la gorge et souffla doucement.
- Alors crime passionnel ?
Rachel esquissa un sourire tendre. Le sujet concernant sa mère et sa disparition était extrêmement tabou car il se reliait à celui de son père or la psychologue savait pertinemment qu'il lui faudrait tôt ou tard explorer cette case-là, car elle faisait partie de tout ce qui avait amené Paul dans son bureau.
- Elle te manque ?
Elle le vit serrer les dents et respirer lentement, cherchant probablement le meilleur moyen d'échapper à cette conversation sans être désagréable avec elle.
- Oui...Helen...elle essayait de compenser comme elle pouvait au début. Elle m'appelait sans arrêt, elle débarquait ici, elle voulait savoir si ça a allait, si elle devait me faire des courses, s'occuper de mon linge ou juste...me préparer à manger...elle m'agaçait mais d'une certaine manière j'en avais besoin...j'étais...complètement paumé
- Comment tu as connus Charlie et Helen ?
- Euh...Ma mère et Helen étaient à l'école ensembles, elles se connaissaient depuis qu'elles avaient onze ans, elles étaient proches. Helen est devenue institutrice et ma mère secrétaire dans un cabinet d'avocat avant de venir bosser ici. Quand euh...je suis né, elle les a désignés tous les deux pour être tuteurs légaux si jamais il lui arrivait quelque chose.
- Charlie et Helen n'ont pas eu d'enfants ?
- Si une fille, Isabelle, mais elle est morte à l'âge de seize ans, elle avait...de très mauvaises fréquentations, ils ont essayé de l'aidé, on a tous essayé mais elle se droguait et elle traînait avec une bande louche, des petites frappes seulement avec son tempérament volage et rebelle ça a fait des étincelles et un jour, elle s'est pris une balle en allant braquer une épicerie. Je la connaissais pas très bien en fait, on était très différent et dès qu'elle pouvait s'échapper de la maison...Charlie s'est longtemps demandé ce qu'ils avaient fait de travers mais, je les ai vu bataillé tous les jours pour lui offrir ce qu'il y avait de plus stable et de plus heureux comme vie de famille, faut croire que ça suffisait pas, Isabelle avait un caractère très libre, elle ne supportait pas les règles, elle adorait les interdits, ça aurait pu peut-être changer si elle avait eu d'autres amis. Moi je passais mon temps au commissariat et j'avais cinq ans de moins qu'elle...aucune affinité. Ils ont été malheureux mais ils ont accepté le fait qu'ils n'auraient pas pu la sauver malgré tous leurs efforts.
- Tu as une relation très fusionnelle avec Charlie.
Le jeune homme grimaça légèrement.
- J'en sais rien...ça a toujours été assez simple en fait, je l'ai involontairement pris comme modèle, en même temps j'avais que lui. Les parents de ma mère étaient décédés depuis longtemps alors Charlie c'était...
- Une figure paternelle.
- Ouais...Il m'aidait quand j'en avais besoin, il me remontait les bretelles quand j'allais trop loin, il m'a appris beaucoup de choses.
- Ton choix de carrière ça a un rapport avec lui ?
- Il n'a jamais essayé d'influer mes choix mais quand la question c'est posée et qu'on m'a demandé ce que je voulais faire, c'était une évidence.
- Il a réagi comment ?
Il esquissa un sourire en se souvenant de ce moment dans la cuisine où Charlie était arrivé avec un gros sachet bleu qu'il avait tout simplement posé sur la table.
- Il m'a offert mon premier gilet par balle. Je n'ai pas eu de conseil, il m'a laissé prendre mes marques seul, faire mes propres erreurs...J'ai avancé sans qu'il intervienne, jamais, c'était plus juste comme ça. D'une certaine manière, je lui dois de m'avoir montré la route mais pas de m'avoir aidé à rouler.
- Jolie métaphore. Et ton poste à la crim' ?
- Quand on m'a annoncé que j'avais le poste, j'ai voulu changer d'avis. Bosser dans le même bâtiment c'était une chose, bosser pour lui c'était forcément autre chose. J'ai paniqué au départ mais au final on a trouvé un juste milieu dès le début, de manière professionnelle et efficace. Enfin jusqu'à ce que je pète les plombs.
- C'est le seul à savoir pour ton père ?
Paul hocha brièvement la tête.
- Avec Helen et toi.
- T'en parle avec eux ?
- Non.
- Pourquoi ?
- Aucun intêret.
- Même quand tu as reçu son courrier l'an dernier ?
- Il n'y a rien à dire.
- Comment il a rencontré ta mère ?
Paul se dandina légèrement sur le canapé, signe d'un agacement qui commencé doucement à monter.
- Dans le cabinet d'avocat où elle travaillait, c'était un des client. Elle s'est faite avoir mais elle disait aussi qu'elle n'avait rien fait pour s'en dissuader. C'était pas une grande histoire, il l'a mise enceinte, il s'est barré c'est tout.
Il attrapa le magazine sportif et l'ouvrit brusquement. Sa mère l'avait élevé seule, elle l'avait entouré d'amour alors que son paternel n'avait jamais manifesté le moindre intérêt pour lui. Pas une carte, pas une visite, pas un seul message, rien, pas même un chèque de temps en temps pour aurait aidé Carmen à s'en sortir. Un comportement de pur salopard.
- Jacksonville a battu les Charlotte Knights 5 à 4.
- Tu ne vas pas approfondir ?
- J'ai appris à reconnaître les signes de mécontentement qui font que dans une minute tu vas te fermer complètement et je trouve que pour une séance non conventionnelle c'est plutôt pas mal alors je vais en rester là pour aujourd'hui.
Elle s'installa à ses côtés et croisa son regard.
- Ca va ?
- Oui désolé je...
- Non, ne le sois pas, c'est bien, un pas après l'autre.
Rachel se mordit soudain la lèvre, ses joues se colorèrent et elle bafouilla légèrement.
- Est-ce que...Tu crois vraiment ce que tu as dit ? Que...
Paul attrapa sa main et caressa ses doigts en souriant.
- Elle t'aurais adoré...
Il se pencha sur le côté et déposa un baiser sur sa joue, voulant rassurer la jeune femme.
- Vraiment...Je peux t'inviter à dîner maintenant ?
- Oui mais n'oublie pas ce que tu as dit.
- Pas de téléphone.
- T'as plutôt intérêt."
Paul releva la tête en souriant avant de capturer tendrement les lèvres de la jeune femme qui sentit son coeur tambouriner dans sa poitrine.
... ... ... ...
I see trees that are green, redroses too (j'aperçois des arbres verts, des roses rouges également)
I see them bloom for me and you (je les vois s'épanouir pour toi et moi)
And i think to myself : What a wonderful world (et je me dis comme pour moi-même : quel monde merveilleux)
