/ … Chapitre trente et un … /
"Forever young, a lie" - Thomas Barrandon
- Es-tu prête?
J'ai posé mes yeux sur Glorfindel. Ajuste le bustier court que Arwen avait laissé sur mon lit ce matin-là. Mon ventre était noué, il me donnait l'impression d'être dans la phase de montée d'un grand huit, attendant, l'adrénaline bouillonnante, la grande descente vers l'explosion de l'exaltation. J'avais beaucoup de mal à garder mon calme et ce même avec une méditation avant le lever du soleil…
J'avais pris le temps de me préparer, de mettre mon leggin, de nouer mes bottes, et les bandes de tissu du bustier blanc d'Arwen. De faire mon chignon habituel, mais mon coeur battait à tout rompre.
- Je suis prête. J'ai répondu avec un air déterminé.
J'ai vu Haldir marcher précipitamment dans la direction opposée à la mienne. Se n'était pas le premier elfe que je voyais marcher vite sur les passerelles et comme Armetiel et Holorïn, il semblait pressé. Je l'ai arrêté quand il est arrivé à ma hauteur.
- Ou allez-vous mon ami. Dis-je.
- Voir un spectacle que je ne veux absolument pas manquer Legolas.
- Oh et qu'est-il?
- Les forgerons ont terminé la nouvelle lame de Maliha, elle doit l'essayer aujourd'hui.
- Je vois, tant de remu ménage pour une simple lame.
- Je crois que vous seriez surpris. Accompagnez-moi, vous n'avez rien à perdre.
J'ai réfléchi, mais il est vrai que voir enfin l'art de son combat, déjà si particulier, arriver à son apogée m'intriguait.
- Pourquoi pas.
Nous avons atteint la zone d'entraînement après plusieurs minutes de marche. Haldir m'a confié les rumeurs sur ladite lame. Large, longue et lourde, munie d'un système visiblement bizarre, qu'il ne sut pas réellement décrire. Les forgerons ont toujours gardé jalousement leurs secrets.
J'ai aperçu Glorfindel au centre de l'arène et Aragorn contre un poteau fumant tranquillement. L'arène de Lorien était une simple dalle de grands carreaux de pierre taillée, les racines colossales des Mallorns l'entourait pour créer une clôture imaginaire par endroits. Elle était là, j'ai écarquillé les yeux en la voyant plus clairement. Un bustier blanc dessinait sa poitrine et une partie de son ventre. iI était visiblement maintenue par de larges bandes de tissus, deux passaient sur ses épaules et deux autres maintenaient le bustier, toutes nouées dans son dos. Les longues bandes de tissu tombaient jusqu'à ses cuisses et sa nuque dégagée par son chignon habituel.
Un leggin blanc épais rentrait dans des bottes au niveau des genoux, hautes et noires. Une ceinture de cuir épaisse sur ses hanches, son ventre légèrement nus, laissait voir le dessin discret des muscles qui roulait sous sa peau matte.
- Oh, Haldir, et Legolas mon ami? Lance Aragorn alors que je me plaçais à côté de lui en croisant les bras. "Je pensais pas que vous souhaitiez venir, je serai passé vous chercher avant de venir."
- Ce n'était pas prévu, j'ai croisé Haldir en chemin.
- Je vois.
Elle entourait ses mains d'une fine bande de tissu, la faisant passer autour de ses doigts, de sa main avant d'enrouler son pouce et enfin l'ensemble de son avant bras. Récupère les mitaines de cuir que Glorfindel lui tend et les serre fermement sur son avant bras.
Son visage était sérieux et concentré, je voyais sa poitrine monter et descendre rapidement. Elle était nerveuse… Glorfindel lui murmure des paroles que je n'entends pas et elle tourne son regard vers lui, inquiète. Il passe une main sur son épaule qui dégringole dans son dos. Elle lui a répondu en bougeant à peine les lèvres, il sourit…
Deux elfes se sont approchés, j'ai reconnu Myrimir forgerons de Lorien, mais je ne crois pas connaître l'elfe qui l'accompagne. Myrimir porte un objet d'une taille imposante dans ses bras enroulé dans un linge délicat. La titan lève les yeux vers eux d'un regard stressé, et Glorfindel s'approche avant de les saluer gentiment. Myrimir a discuté avec eux avant que Maliha ne les rejoigne en les saluant également.
- C'est un grand jour Maliha. Dit Myrimir en serrant le paquet entre ses mains.
- Oui, ce jour est enfin arrivé." Elle sourie
- Je ne sais pas comment vous comptez vous servir de cette lame madame. Ni même s'il est possible de le faire… Mais la voici.
- Je ne vous remercierai jamais assez pour votre travail.
- Attendez de la tenir Maliha.
- Je sais déjà que vous y avez mis tout votre cœur Lindir, Myrimir.
Le fameux Lindir a dénoué la cordelette retenant le linge pour dévoiler deux lames brillantes prisonnières d'un ensemble de cuir, je ne voyais pas bien. J'ai sentie Haldir se tendre autant que moi pour parvenir à voir. Maliha a regardé l'ensemble avec de grands yeux, ses lèvres se sont entrouvertes avant de se transformer en sourire satisfait.
- Avec votre permission? Dit-elle.
- Elle est à vous Maliha.
Lindir a récupéré l'ensemble et l'a placé dans les reins de l'humaine. Il a serré une large ceinture sur ses hanches. J'arrivais à peine à le croire, les deux lames étaient tellement grandes qu'elles sortaient largement de chaque côté de ses hanches. Le fourreau ne pouvait pas couvrir l'intégralité des lames. Il les faisait donc juste se croiser, l'une sur l'autre, en les maintenant dans cette position, les laissant brillantes et nues, sortir vers le bas. Il était impossible de porter ça sur les épaules comme des doubles dagues normales, c'était beaucoup trop large et gênerait le mouvement des bras. Ils ont expliqué à Maliha comment fixer ce fourreau complexe et large, deux fines ceintures de cuir se reprenant sur ses cuisses, et deux autres partaient sur ses épaules, croisant devant sa poitrine pour revenir se fixer sur des points arrière de la ceinture et maintenir le tout en place.
Elle a plié les jambes plusieurs fois pour regarder ce que cela donnait en mouvement, visiblement elle n'était pas gênée. Glorfindel lui a demandé des précisions et elle a validé le principe d'un mouvement de tête en remerciant les deux elfes d'une révérence polie une dernière fois. Les elfes se sont placés en retrait, Myrimir mangeant ses ongles en attendant l'instant fatidique. Glorfindel a encore échangé quelques mots rassurant tenant ses épaules avant de venir vers nous.
- Comment elle se sent? Demande Aragorn à Glorfindel.
- Elle est tendue. Je ne pensais pas qu'elles étaient aussi grandes et larges, visiblement Maliha non plus. On verra comment elles se comportent, elle reste confiante.
Elle a marché vers le centre de la piste et j'ai vu le liquide gris brillant parcourir son cou pour se transformer en billes blanches aux creux de ses oreilles. Elle a pris une grande inspiration et pose une main sur le premier pommeau à sa droite. Poignée plutôt petite de ce que je pouvais voir, par rapport au reste de la lame. Elle a attendu quelques secondes, la serrant fermement dans sa main, essayant plusieurs positions de récupération. D'un grand mouvement elle a sorti la lame en fendant l'air, mais ne s'est pas arrêtée, elle est allée retrouver l'autre… Un son sec d'acier a retenti alors que les lames se rencontraient dans le deuxième fourreau. Sans que je sache comment, elle en a sorti une lame plus grande encore…
C'était inimaginable, l'acier partait en arabesque, formant un premier petit pant tranchant, repartait en faisant une vague souple, avant de construire la tranche principale dans une courbe épaisse et large, du même côté que la première. La deuxième lame, venant s'encastrer visiblement dans la plus grande en un trou central, agrandissant encore plus le dernier tranchant, doublant sa longueur. Le pommeau de celle-ci créait une forme délicate en arabesque ouverte en haut, fermant la première la vague. C'était une lame unique, elle faisait presque la taille de la femme, arrivant juste sous son menton et la partie la plus large était, au moins, de la longueur d'un avant bras.
Elle regardait la lame avec admiration. Observant chaque détail, chaque gravure parsemée dans l'acier. Elle a tendu le bras pour tester sa masse, serré la poignée pour la placer lourdement sur son épaule avant de traverser la salle en silence pour aller se placer à l'autre bout.
Une fois arrivée, elle s'est retournée, la retire de son épaule pour la laisser reposer derrière elle d'un geste nonchalant sur le sol. Elle ferme les yeux, bande ses muscles au maximum, le silence règne, les souffles se coupent en attendant l'instant révélateur.
La lame est sortie de son dos d'un chant métallique, un mouvement violent vertical, rapide et puissant. Elle en a enchaîné quelqu'un de la même façon, jugeant la lame entre ses mains. Elle était tellement lourde qu'elle l'oblige à effectuer des pas précipités pour se retenir de tomber. Elle s'est arrêtée en fronçant les sourcils…
- Cette lame est impossible à manier, elle est beaucoup trop lourde pour elle. Dis-je ironiquement.
- Voyons comment tu vas t'en sortir Maliha.… Murmure Glorfindel en serrant les dents.
Un fin sourire est apparu sur le visage de la titan en regardant Glorfindel.
Tout n'a été qu'un bruit d'acier rapide alors que la lame s'enroulait autour d'elle, l'entrainant dans l'air en pirouettes rapides et horizontales, la lame, elle, sortait de ses flancs, verticale, des passes mortelles. J'ai vu la souplesse de son corps, alors que son premier mouvement était ferme et fort en se réceptionnant. Maintenant c'était une contorsionniste, son dos se courbait dans les passes rapides. Ses jambes se mêlaient l'une l'autre, avant d'enchaîner des coups puissant au sol, s'aidant même de la lame pour avoir plus de puissance. Elles ne faisaient qu'un...
Elle a posé un pied au sol avant de partir dans une série de vrilles horizontales, pointe la lame sur le sol dans un choc fin et délicat, son corps reste en suspens au-dessus d'elle avant qu'elle ne vrille encore dans une boucle puissante, la lame tourne seule à côté d'elle dans un cycle infini alors qu'elle pose à nouveau pied à terre, la récupère ferme, et l'abat au sol d'une puissance phénoménale, le sol a vibré, la poussière s'est soulevée pour envahir l'air.
Elle a enchaîné des larges coups à la verticale, tantôt à gauche, puis à droite, rapides, sanglants, tranchant la brume brune de plus en plus rapidement. On voyait qu'elle s'était habituée très vite…Puis une chose c'est passée, une chose à laquelle je ne m'attendait pas, la lame s'est divisée de nouveau en deux morceaux, elle en place une au-dessus de sa tête et l'autre derrière ses reins, avant de partir dans des mouvements fous. Je n'avais jamais vu ce style de combat, les lames suivent ses bras, s'enroulent, s'envolent quand elle tourne et les récupèrent pour une nouvelle série de mouvements circulaires impressionnants.
A cet instant j'ai compris pourquoi les titans étaient tant redoutés, pourquoi les elfes disaient qu'ils étaient presque invincibles. Qui pouvait arrêter ça? Glorfindel la regardait faire, grave, je pouvais lire l'inquiétude sur son visage. Aragorn laissait sa pipe se consumer sans en prendre une bouffée, absorbé par le spectacle de celle qu'il voyait comme sa sœur.
L'acier a changé de ton, j'ai vu les lames passer devant mes yeux sans comprendre. Les deux lames tournaient autour d'elle, entraînées par de fines chaînes qu'elle tenait par les poignées. Les muscles de ses bras les entraînent dans une rotation rapide et cinglante. Elles tournaient sur une portée de plusieurs mètres, presque la largeur de la salle… Elle fait une vrille les laissant la suivre et hacher le sol en projetant des étincelles.
Enchaîne encore les passes avant de les laisser revenir complètement, jeter une en l'air avant de lever l'autre à bout de bras. Elles se sont encastrées l'une dans l'autre pour réformer la grande lame initiale. Elle a effectué des séries délicates et souples, passant ses mains dans les trous présents dans la lame, la faisant tourner souplement autour d'elle.
Elle était faite pour elle, sa façon de la manier était unique et sûr, sans hésitation. Elle l'a placé d'un coup derrière elle dans la position initiale et stopper ses mouvements pour reprendre son souffle. Le test était terminé et un sourire étincelant est apparu sur son visage en sueur.
- Elle est ... Dit-elle en reprenant encore son souffle. "Lindir, Myrimir vous êtes des magiciens, son équilibre est parfait, son poids idéal, fluide et solide, juste parfaite. Je n'ai pas de mot pour vous montrer l'ampleur de ma gratitude…"
- Vous voir la manier si bien nous comble de joie Maliha. Maintenant que je vous ai vu la brandir je dois avouer que je suis impressionnée.
- Ne le soyez pas, c'est votre travail qui l'est. Dit-elle en penchant la tête en signe de respect.
- Vous devez lui donner un nom Maliha, c'est la coutume…. Dit Lindir
- Oh…
Elle réfléchit en la ramenant à côté d'elle, posant la pointe au sol, laissant la grande épée lui arriver sous le menton, elle frôla des doigts les gravures qui parsemaient la lame de façon élégante avant de revenir vers eux en souriant. Il y avait toujours la phrase… La phrase qui était avant sur sa première lame…
- Laureline.
J'ai entendu Glorfindel rire alors qu'il s'avançait vers elle.
- Un nom de femme de ton monde je suppose? Dit l'elfe d'un air amusé.
Elle a ri de bon cœur un moment avant de reprendre son sérieux.
- Laureline est un nom particulier… C'est le personnage d'une très vieille histoire que j'aimais beaucoup dans mon monde. Une femme qui vient du passé qui se retrouve dans le futur… C'est quelqu'un de caractériel et d'intrépide, je trouve que ça colle bien pour m'accompagner… On se complète je suppose, c'est une arme du passé, dans ma main moderne…
- Oui elle te complète.
J'en avais assez entendu…
Ne voyaient-ils pas le danger qu'elle représentait avec cette arme entre les mains? Elle est devenue invincible à l'instant ou elle a posé ses yeux sur elle. Mon âme était encore déchirée entre mon cœur et ma raison… D'un côté j'admirais la femme devant moi, son courage, sa force et la noblesse de sa tâche. De l'autre, la titan, l'être que cette force rongeait, l'attirant de plus en plus vers l'obscurité et la traîtrise, et cette lame ne l'aiderait pas à la ralentir. Qui aurait la force de la stopper si elle sombrait? Qui pourrait seulement l'approcher sans se faire tuer?
J'ai croisé son regard, mais elle a baissé les yeux tristement en voyant probablement le mien noir et plein de repproches. Je m'étais peut-être laissé berner, elle m'avait sauvé la vie je lui en était éternellement redevable, mais maintenant que j'ai vu de quoi elle était capable, je ne peux pas chasser les phrases d'Elrohir et de mon père qui résonnent dans ma tête. Cette femme est belle, sublime même, ses yeux m'engloutissaient, sa peau, ses lèvres, sa voix, tout en elle m'attiraient. Mais la peur et le dégoût sont là, aussi étincelants que cette lame entre ses mains.
Elle était absolument parfaite, le poids idéal, la taille idéale, tout, tout était parfait. Je me sentais bien, plus que bien même, épanouie. Je reprends mon souffle en souriant à Glorfindel qui me tape l'épaule. Myrimir était aux anges, idem pour Lindir, mais au moment où mes yeux ont croisé ceux de Legolas, mon bonheur s'est effacé. Il avait un visage fermé et dur. J'ai senti toutes les fautes de mes prédécesseurs, ce regard était un avertissement, je le savais très bien. Et il me renvoyait en pleine figure ce que tout le monde pensait tout bas… "Personne ne pourra t'arrêter". Je le sais très bien, mais devais-je ne pas avoir le pouvoir d'en faire plus encore parce que je risquais de sombrer? Je sais que je venais de franchir la barrière de sécurité, que je ne pouvais plus revenir en arrière. Non, aujourd'hui personne ne pourra m'arrêter et j'en était bien consciente…
Nous avons passé du temps à bavarder avec Myrimir et Lindir avant de rentrer. Les deux elfes étaient épuisés après tant de travail, ils méritent amplement le temps de repos qui était le leur à présent. J'ai fait le chemin de retour avec Glorfindel, je sentais les deux lames dans mes reins, c'était bizarre mais pas désagréable.
- Tu es enfin celle que tu dois être Maliha.
- Oui, je me sens bien aujourd'hui, elle est parfaite…
- Tu n'as que ce mot à la bouche…
- Parce que c'est le cas…
Je savais qu'il me dévisageait… Je savais qu'il me poserait la question de toute façon.
- Tu as l'air pensive. Quelque chose ne va pas?
- Je… Maintenant que tu as vu… Je ne savais pas comment aborder le sujet.
- Je te fais confiance Maliha.
J'ai levé les yeux, surprise.
- Tu n'étais pas stressée de ne pas y arriver tout à l'heure, mais stressée d'y arriver. Je peux lire en toi comme dans un livre mon amie. Dit-il.
- Je vois…
- Pour répondre à ta question en avance, non personne ne pourra te maîtriser, du moins pas seul.
Et il avait certainement raison… J'ai détourné les yeux pour regarder le sol en reprenant ma marche. Mais l'elfe m'a arrêté.
- Écoute, tu es un titan, nous le savons tous. Cette lame fait peut-être de toi la personne la plus puissante dans la terre du milieu à cet instant. Mais Maliha, c'est ce pour quoi tu as été envoyé.
- Si tu avais vu son regard…
Il soupire.
- Il a peur Maliha. Mais le passé est le passé, il restera le passé. Tu es le présent, et je te confierai ma vie tu m'entends?
- Hum.
- Je t'ai fait une promesse, je ne l'oublierai jamais, par tous les moyens je saurai t'arrêter Maliha. Nous saurons tous là pour le faire s'il le faut. Je sais que tu feras tout pour ne pas sombrer.
J'ai souris doucement et nous avons continué la marche.
Arwen avait été impressionné en la voyant quand je suis rentrée, et je me sentais intouchable à cet instant. Je savais que j'étais enfin capable de les protéger. Nous avons fêté ça le soir même, et rien ne pouvait gâcher mon bonheur de me sentir entière… Pas même le regard noir de Legolas. Et plus encore après un entretien particulier avec Arwen sur le balcon de la salle de bal. Mes yeux n'avaient pas menti… Lors de la soirée, sur le balcon avec Legolas, quand je les avais vu sortir en douce tous les deux, c'était bien pour une raison particulière. Elle avait demandé à prendre l'air et Estel avait accepté de la suivre pour continuer à discuter en se promenant dans les jardins.
- Tu le lui a dit?!
- Oui Maliha je le lui ai dit.
Elle était tellement gênée à cet instant, je pouvais sentir qu'elle était excitée à l'idée de m'en parler, mais il y avait aussi cette habitude des elfes à vouloir rester discret.
- Et?!
- Chut s'il te plaît doucement…
- Comment veux-tu que je fasse doucement, les elfes entendent tout…
- Vient.
Elle m'a entraîné le long des talans, passant les ponts dans la cité calme. Elle regardait toujours derrière elle, vérifiant que personne n'était là.
- Pourquoi autant de discrétion Arwen?
- Je ne voudrais pas que ça s'ébruite…
- ça viendra bien un jour tu sais.
- Pas aujourd'hui.
- Très bien, alors?
Elle a trituré ses doigts doucement avant de s'appuyer contre la rambarde du balcon.
- Je lui ai dit que je l'aimais. Que cet amour restera pour l'éternité… Il m'a répondu que cet amour était impossible…
- Quoi?
J'ai froncé les sourcils, j'étais très loin de m'attendre à ça.
- Il m'a dit que je ne pouvais pas l'aimer, que mon destin était celui des elfes. Qu'il ne pourra jamais me rendre cet amour… Maliha, il ne ressent pas la même chose, je me suis trompée.
- Je n'y crois pas une seconde.
J'avais été ferme, sûr de moi. En aucun cas Aragorn pouvait ne pas l'aimer… Sa façon de la regarder, de lui parler. Ses yeux brillaient dès l'instant où il se posait sur elle. Comment pouvait-il avoir dit un mensonge si énorme? J'ai maudit Estel…
- C'est juste impossible Arwen. J'irai lui toucher deux mots…
- Non Maliha. Je préfère en rester là, ne t'en mêle pas s'il te plaît.
Je n'ai pas voulu insister, mais la douleur dans les yeux d'Arwen était grande. Je ne le ferai pas directement, respectant le choix de mon amie, mais je mettrai les choses au clair. J'avais visiblement sous-estimé le caractère d'Estel, et sa vision de l'honneur… Bizarrement je me retrouvais un peu dans la conception qu'il s'en faisait. Si j'étais à sa place, si Legolas… Impossible, mais admettons, accepterais-je l'amour de celui à qui ma race avait fait tant de mal? Aragorn était comme ça depuis qu'il avait appris le destin de son sang, lui et moi étions (presque…) pareils, maudit par notre héritage. Pourtant je suis absolument certaine que pour lui le destin changera, qu'il finira par devenir le plus grand roi de la terre du milieu.
Les jours ont défilé et je passais mon temps à m'entraîner sous les yeux avisés d'Aragorn et Glorfindel. Ils me conseillaient des passes, m'aidaient à déjouer les fautes dans ma garde. Le travail était dur, Laureline était beaucoup plus lourde que Nordeline… Elle me prenait beaucoup d'énergie, mais petit à petit je voyais que mon corps s'adaptait. J'enchainais parfois quelques coups avec Aragorn, mais je me suis vite rendu compte qu'utiliser Laureline sans utiliser ma force était chose impossible. Le bâton restait le meilleur moyen pour essayer les passes apprises avec un adversaire d'entraînement.
J'avais encore beaucoup, beaucoup de choses à apprendre de cette lame… Il me faudrait des années pour pouvoir utiliser pleinement son potentiel. Il y a tant de possibilités, tant de puissance dans ces morceaux d'aciers finement sculptés.
Pendant ce temps, Arwen restait presque enfermée toute la journée pour ne sortir que la nuit. Je la voyais errer sur les balcons, serrant son livre tristement. Elle ne disait rien et moi ne la questionnais pas … Je savais très bien que derrière les sourires qu'elle adressait se cachait la douleur. Je me voyais dans ses yeux, lisant la même tristesse. Jour après jour elle perdait presque sa lumière, cela ne pouvait pas durer…
Je regardais la lune, les bras croisés, déterminée, voyant au loin les lueurs des feux de camp de l'ennemi. L'heure approchait, l'heure de reprendre cette vallée une bonne fois pour toute. J'avais eu le temps d'apprendre et de m'entrainer. J'étais loin d'être satisfaite de mon style de combat, mais ça suffira largement.
- Maliha.
J'ai croisé le regard d'Estel. Il serrait la poignée de son épée en me faisant signe de la main. Les cernes sous les yeux, il affichait un regard triste bien dissimulé sous son masque de rôdeur insensible. Mais on ne me la faisait pas, après tout j'étais une experte dans le genre… Je garderai mes mots jusqu'à ce que nous réglions cette histoire de frontière Nord. Une fois cela terminé, les cœurs apaisés, je lui ferai comprendre son erreur.
Nous allions reprendre cette vallée, c'était une obligation. Tout était silencieux, nous avions reçu l'ordre d'Haldir de rester dans l'ombre du silence. Attendant le bon moment pour éradiquer les créatures obscures des lieux.
Nous nous sommes approchés, restant dans l'obscurité complète de la forêt pour atteindre la lisière et contempler la centaine d'orc lever le camp en vue de reprendre leur route de nuit à l'abri du soleil. Il est quatre heures du matin et mon cœur bat la chamade de colère et d'impatience.
Haldir m'a désigné du doigt avant d'indiquer le camp, j'ai étiré mes lèvres pour donner mon approbation. Il désigna les autres en faisant le signe pour réaliser une ligne d'archer sur toute la lisière de la forêt. Puis Aragorn, Glorfindel, Armetiel et lui-même viendront en dernier, soutenir mes flancs une fois l'effet de surprise terminé. Les archers ont pris position et j'ai sentie le liquide froid le long de mon cou avant de rentrer dans mes oreilles. "Son extérieur", murmure la voix métallique, j'entendais plus clairement le vent dans les feuilles, la respiration d'Aragorn profonde et calme sur ma droite. Les doigts de Legolas sur la plume de sa flèche à ma gauche. J'ai calmé mon coeur pour me concentrer. "Vide sonore". Tout est devenu sourd, j'entendais mon cœur battre dans ma poitrine, ma respiration agitée. J'ai tourné mon regard vers Legolas. Il a serré la mâchoire en le croisant et j'ai détourné les yeux pour contempler de nouveau la plaine. J'ai passé une main en arrière pour récupérer la poignée de mon épée. Une main m'arrête.
Les yeux de Legolas étaient bizarres… Ces lèvres entrouvertes et les sourcils froncés. Ces lèvres ont bougé.
- Faites attention.
Sa voix a résonné dans mes oreilles, si douce, envahissant mon crâne, décuplée par la reconnaissance vocale des intras. Je me suis perdue dans ces yeux comme par le passé. Même dans la nuit, le bleu me parvenait et sa peau clair semblait luire. J'ai fait un signe de tête en guise d'approbation.
- Vous aussi. J'ai murmuré.
J'ai repris mon mouvement et me suis élancé à l'assaut. J'avais arrêté de réfléchir, mes jambes étaient juste entraînées par le son grave de la musique dans mes oreilles. Je ne les ai même pas entendus grogner, coupée du monde extérieur. J'ai vu Laureline briller sous la lune à chacun de mes mouvements. Ils n'ont pas eu le temps de bouger, je tranchais quiconque se trouvait à portée de lame. J'ai laissé faire mon corps, laissé s'enchaîner les gestes en suivant la lame dans ma main. Contrairement à avant, j'étais calme, je voyais le sang passer devant mes yeux, les têtes tomber, mais je restais concentrée.
Ils étaient bientôt tous autour de moi avec leur armes. Il ne leur a pas fallu longtemps, l'effet de surprise n'a été que de courte durée. Je me suis arrêtée en ramenant la grande lame devant moi. J'ai aperçu Aragorn et les autres sortir de la forêt et les premières flèches sont tombées. J'ai divisé la lame en deux et me plonge à travers les épées et les lances.
Je ne sais pas combien de temps le combat a duré, mais c'était un enfer. Heureusement aucun archer n'est apparu dans la panique et mes blessures n'étaient que des coupures plus ou moins profondes. Si j'avais porté ma tenue d'entraînement blanche, elle serait maintenant probablement rouge de sang. Il y avait encore beaucoup d'erreurs dans ma garde et j'en payais le prix… J'avais décidé de tout donner, de reprendre ce qui appartenait aux elfes. Mon objectif était simple, triompher et peut-être même me venger... Ils étaient nombreux et grands, beaucoup plus grands et coriaces que de simples orcs d'ailleurs. Si j'avais eu Nordeline entre les mains je serais probablement déjà au tapis…
J'ai entendu Haldir crier un ordre, mais je ne l'ai pas compris, même avec les mots transformés par les intra, trop occupée à ma tâche au centre de l'arène. Plusieurs elfes sont sortis encore de la forêt, visiblement un soutien supplémentaire. J'ai aperçu Legolas sortir ses deux dagues et j'ai écarquillé les yeux. Ces mouvements étaient très loin de l'apprentissage elfique de base, cette façon de se déplacer était incroyable. Il a été vite encerclé, mais Aragorn est venu le soutenir.
Le temps presse, bientôt ils auront reformé les rangs et probablement réalisé un plan pour contre-attaquer. Pire encore réaliser un soutien d'archer en haut des rochers… J'ai lâché les deux lames autour de moi, la sensation était folle. Sentir la tension dans la paume de mes mains alors qu'elles fendaient l'air, c'était grisant. Un large trou béant s'est formé et je pouvais enfin respirer. Combien était au sol, je n'en sais rien. J'ai continué encore et encore, tranchant, arrachant, coupant sans état d'âme.
Aragorn et Legolas étaient saturés… Je les voyais combattre de tous les côtés. J'ai senti une lame trancher mon flanc alors que je regardais les deux hommes. J'ai hurlé de douleur et la panique m'a prise. Je me suis faufilée à travers les orcs, mes gestes étaient désordonnés. Aragorn s'est retourné au dernier moment pour contrer la lame qui s'abattait sur lui, il ne tenait plus…
J'ai senti l'ombre bouger dans mon cœur, enivrée par tout ce sang, par le bruit de l'acier et par ma peur de les voir mourir sous mes yeux. De voir se reproduire l'horreur passée… L'envie de tuer est montée comme celle de pleurer en me voyant lâcher prise contre l'ombre en moi. Je devais tenir, la laisser enfermer, ne la laisser sortir sous aucun prétexte. Mais ils étaient là tous les deux, encerclés, je devais y aller…
Tu te sens faible n'est-ce pas?
J'ai écarquillé les yeux au son de la voix dans ma tête…
Crois- tu être digne d'utiliser cette lame avec la peur qui prend ton coeur?
J'ai serré les dents en continuant d'avancer, écrasant tout sur mon passage. J'avais retiré ma soupape de sécurité, mes muscles tiraient et tremblaient de colère alors que je perdais mon âme, noyée dans l'ombre…
Laisse la faire ce pour quoi tu as été appelée.
Je me suis entendue hurler… L'obscurité a envahi mes yeux alors que je regardais le ciel. C'était hors de question, je resterai consciente coûte que coûte… Je voyais les images passer devant mes yeux… Mon corps bougeait de nouveau et c'était bien avec ma propre volonté… Mais j'étais là sans vraiment l'être, j'avais conscience de qui j'étais, conscience de l'instant présent et de mon objectif. C'était bizarre, je ne ressentais plus rien, plus de douleur, plus de peur, plus rien… Mon esprit était comme arrêté de toutes sensations, je savais très bien ce que j'avais à faire et de pourquoi j'étais là, mais ça s'arrête là… Je sentais la force dans mes muscles, une force incroyable, beaucoup plus importante… Alors c'était ça, ce cadeau, c'était ce à quoi je ressemblais quand je lui laissais prendre le dessus? Je n'avais plus peur, je n'étais plus paniquée, plus aucune forme de douleur ne me prenait, plus rien, un vide calme et froid… L'amour avait disparu, la tristesse, la pitié, tout s'était envolé… Un robot sans vie, mais ça ressemblait à un espoir, presque une tranquillité…
Glorfindel a entendu un hurlement glacial… Il s'est retourné pour en chercher la source et voit au loin Maliha le visage vers le ciel puis s'effondrer à genoux dans la marée noire. Il savait à cet instant qu'elle avait perdu contre elle-même. Il força le passage, avance mètre par mètre jusqu'à atteindre son élève.
- Maliha! Il hurla à plein poumons.
Ce qu'il vit lui glaça le sang. La femme se leva et tendi le bras armé en arrière. Lorsque son visage lui fait face, il vit un œil de sang. Son œil droit était aussi rouge que la flamme, un visage impassible comme l'acier, sans sentiment, un être de cire. Le bras engagea une rotation, éventrant un orcs sans même le regarder. Elle a enchaîné les coups à une vitesse inouïe, des gestes mécaniques en se créant un chemin vers Aragorn et Legolas. Il sentit les frissons dans son dos, la sueur froide couler sur son front. Les souvenirs ont envahi son esprit. Cette nuit atroce, la couleur du mal dans les yeux et le sourire morbide de l'homme qu'il avait appris à apprécier pendant toute ses années. Là maintenant il apercevait la même présence, le même mal ronger et prendre possession de la jeune femme.
- Non… Il murmura.
Il continua à avancer vers elle, déterminé à ne pas la laisser sombrer, à ne pas la laisser leur faire du mal. Après plusieurs minutes laborieuses, il arriva à sa hauteur, évita une lame qui passait devant ses yeux et hurla.
- Maliha! Ne la laisse pas te prendre!
Aragorn et Legolas, débarrassés de leurs orcs par Maliha, se retournèrent pour voir l'origine des cris de l'elfe. Aragorn a regardé son amie loin devant lui ne comprenant pas, mais quelque chose n'allait pas, son visage n'était pas le même, l'œil rouge le dévisageait sans sentiment. Elle s'approcha d'eux, évitant Glorfindel, les quelques orcs qui restaient en vie maintenant ont eu peine le temps de la voir qu'elle leur tranchait déjà la tête. Elle s'est retrouvée en face des deux hommes sans expression en marchant vers eux.
- Maliha! Réveille toi! Hurle encore l'elfe en la suivant.
Legolas est passé devant Aragorn, la femme s'est stoppée. L'elfe s'est mis en garde, attendant le déroulement fatidique de cette nuit d'enfer.
- Je te tuerai sans hésiter n'en doute pas. Crache l'elfe.
Il voyait l'œil rouge, la lame s'est baissée calmement pour se planter dans le sol, son menton se levant d'un air impassible, signifiant qu'elle ne se battrait pas. Mais son visage ne montrait aucune expression, rien, ses yeux n'étaient qu'une ombre sans âme. Le seul œil qui restait du turquoise qu'il aimait temps avait perdu sa lumière, il était terne et sans vie… Son cœur se serra, sachant pertinemment ce que cela signifiait.
Sans prévenir, d'un coup, une lance c'est planté dans la cuisse de la femme. Elle n'a rien laissé paraître, seulement tourné son visage vers l'orc responsable qui était déjà à terre. Glorfindel l'abat rapidement et retire la lance de sa cuisse. Elle l'a juste regardé faire en ne bougeant absolument pas… Aragorn était mortifié, sous le choc de ne pas voir la douleur sur son visage.
- Maliha?
Il s'est approché doucement la main tendue en face de lui pour lui signifier qu'il ne ferait rien. L'autre serrait son sabre d'une main incertaine…
- Maliha, réveille toi.
Arrivé devant elle , il prit son épaule.
- Ne la laisse pas te prendre. Je t'en supplie…
L'œil rouge a été effacé par le turquoise habituel et la lumière de la vie est revenue dans ses yeux. Elle a esquissé un sourire rassurant en prenant le bras de l'elfe dans sa main.
Glorfindel.
J'ai vu deux billes bleues en face de moi. Deux billes bleues que je connaissais par cœur après tant d'années. J'ai lu les traits paniqués de Glorfindel, son visage avait une expression horrible de peur que je ne lui ai jamais vu. Ma respiration s'est faite courte, mon cœur battait la chamade alors que je me reposais sur la lame à côté de moi, abandonnant la force pour la réalité.
- Je suis là Glorfindel. J'ai murmuré difficilement.
Un air soulagé est passé sur son visage, mais sa main serrait toujours le sabre…
- Maliha. J'ai vu Aragorn sortir de derrière Legolas.
- Tout va bien.
J'ai regardé autour de moi, c'était juste une mare de sang. Cela ne m'avait absolument pas perturbée il y a quelque minute et je me rendais maintenant compte du pouvoir de cette obscurité en moi. Si je la maîtrisais comme je venais de le faire, je n'aurai plus peur, je ne souffrirai plus de la vue de mes propres mains…
- J'ai cru te perdre.
J'étais figée devant les yeux remplis de peur de Glorfindel. J'ai posé ma main sur sa joue. Oui cette force me donnait le pouvoir de ne plus rien ressentir, mais au prix de voir cette expression dans les yeux des autres.
- Ne t'inquiète pas, je ne l'ai pas laissé me prendre.
- Tu aurais…
- Je ne leur aurais pas fait de mal, j'étais là Glorfindel. J'ai réussi à la contrôler.
- Quand bien même, tu ne sais pas ce qui aurait pu arriver si tu n'avais pas su...
Je ne l'entendait plus en voyant les expressions de leurs visages…
Je me sentais mal, je lisais dans les yeux d'Aragorn sa méfiance. Dans ceux de Legolas, une haine absolue… Le sabre de Glorfindel toujours dans une position de défense derrière lui…
"Je te confierais ma vie s'il le faut"
"Tu es une soeur pour moi"
"Tu n'es pas comme eux"
"Je sais que tu ne sombreras pas"
"Mais le passé est le passé, il restera le passé. Tu es le présent, et maintenant je te confierai ma vie tu m'entends?"
C'étaient des mensonges, car je vois clairement la vérité sur leur visage à présent… En réalité et malgré toutes ces paroles jour après jour, ils ont peur de moi. Mon héritage est là, devant mes yeux… La méfiance dans leur ADN, au plus profond de leur inconscient. Ils doutent tous de moi…
Ma lèvre a tremblé et Glorfindel a froncé les sourcils. J'ai lâché la poignée de Laureline pour mettre mes deux mains sur ma bouche quand les larmes ont coulé en silence, réalisant l'impact que j'ai sur les gens que j'aime. Je serai toujours seule, seule représentante de ma race. La race qui engendre la mort, le dégoût et la peur. Elle est imprégnée depuis des centaines et même des milliers d'années et le pire dans tout ça, c'est que même en sachant ça, ils m'utilisent pour les protéger.
Ils sont prêts à appeler un être d'un autre monde… Le mettre face au mal en sachant très bien qu'il risque d'y perdre son âme comme les autres… Un sacrifice, risqué mais obligatoire, un outil mortel à double tranchant, mais sans lui tout espoir est presque perdu. On le nourrit, l'entraîne, lui fait des promesses d'immortalité et de bonheur en espérant qu'il arrive à finir sa tâche. On l'envoie à la guerre, pour tuer, protéger, jusqu'à ce qu'il sombre, épuisé par les images et la souffrance, et il sera exécuté pour ça...
Mais au final, même si j'y arrive, il reste quoi? Une immortalité solitaire, un bonheur solitaire, sans rien, parce que qui accepterait de vivre aux côtés d'une telle héritière?
J'étais au bord du gouffre.
J'en veux à mes prédécesseurs bien entendu, ce qu'ils ont fait est impardonnable, mais j'ose à peine imaginer leurs souffrances et leurs solitudes pendant toute leurs années de vie. Et je comprends aussi pourquoi ils ont cédé leurs âmes… Pour ne plus ressentir cette souffrance. Pour ne plus voir cette horreur dans les yeux des gens qu'ils aimaient. Après en avoir fait l'expérience, n'était-il pas plus facile de ne rien ressentir plutôt que d'assumer un tel destin et une telle tristesse? Jamais je n'aurais cru voir de la méfiance dans les yeux d'Estel, une si grande peur dans ceux de Glorfindel, et encore moins de le voir serrer son sabre alors que je lui disais que j'étais moi…
- Vous êtes aveuglé par la force que vous possédez, et un jour les personnes qui vous sont chers réaliseront qu'ils ont confié leur vie à un être malsain.
Legolas venait de prononcer ces mots… Glorfindel s'est retourné face à lui, le regard plein de reproches. Mais c'est moi qui lui ai répondu…
- Je crois Legolas, qu'ils le savent déjà. Mais ils ne savent pas pourquoi nous le devenons. Car non, je ne suis pas aveugle…
J'ai rangé Laureline calmement et partie en les laissant là… Qu'allais-je faire? Accepter d'être celle que je suis et continuer ma tâche? J'avais déjà pris cette décision… J'avais signé… Malgré ce que je venais de constater, ils méritent bien plus que quiconque d'être protégés, le mal qui règne ici vient tout juste de se réveiller et il me glace le sang… Et puis de toute façon, pour la première fois je sais ce que veut dire aimer… Et je remercie les Valars d'avoir ouvert mon cœur aux véritables sentiments… Car je les aime plus que tout, ils sont mon monde maintenant, je les protégerai, jusqu'à ce que je sombre à mon tour.
/ ... / NOTA / ... /
1: C'est une fin de chapitre un peu noir, mais j'essai d'être la plus objective possible, et de retranscrire ce que le personnage principale pourrait vraiment comprendre de sa mission et ce qu'elle pourrait avoir comme impact sur son mental. Sa vision d'Arda sera peut-être dure à entendre, le passage de "Ils sont prêts à appeler un être d'un autre monde… Le mettre fa… etc" l'est particulièrement je pense. Mais en essayant de rester lucide face à la situation, cette idée me vient naturellement. Vous me donnerez peut-être votre avis, je l'espère, mais je suis prête à entendre que l'idée ne vous plaise pas… Mon personnage ne sait rien du monde de Tolkien et c'est ce que je trouvais intéressant à la base. Mais tout ça à un but et une morale, vous verrez bien, héhé ! ;)
2: Non non, cette lame ne sort malheureusement pas de mon imagination, j'aurai bien aimé croyez-moi… Ceux qui trouveront la référence, mes respects (un petit défi?), c'est vieux, très vieux maintenant, 2007 quoi ... Et je crois que ce n'est pas super connu, je suis loin d'être une experte en la matière, mais bon… Mais je me souviendrais toujours de la première fois que je l'ai vu, j'avais trouvé ça génial. Je sais pas c'est chelou, c'est resté gravé comme ça.
Latnarina: Merci beaucoup pour ton soutien, ça me réchauffe le coeur :)… J'espère que tu as eu tes réponses dans ce chapitre?! Écoute, je ne sais pas, ça doit pas être si bon que ça, trop compliqué, trop chiant, trop de fautes, trop lent, trop rapide ^^'… Dans tous les cas, je la finirai, je suis lancée et je ne vais pas m'arrêter en plein milieu, ce serait triste pour ceux qui apprécient :)
Gontard: Merci, merci! C'est très gentil :) J'espère que la suite te plaira ! Croisons les doigts…
A très bientôt,
La bise.
