/ … Chapitre quarante-deux … /
"Avalanche" - Just Friends
- Vous ne passerez pas! hurlait le magicien.
Les gouttes de sueur froide descendaient le long du cou de la titan, elle était pétrifiée devant la monstruosité de braises noires et rouges. Le pont se brisa faisant tomber la bête dans l'abîme. Son estomac s'est tordu en voyant Gandalf à bout de bras pendu dans le vide.
- Gandalf! a hurlé Fredon.
Elle devait faire quelque chose, elle devait bouger !
- Fuyez, pauvre fou!
Elle se précipita et plongea la tête la première dans le gouffre sans fin. Tout était noir, la fumée brulait ses yeux, une lueur est apparue dans les ténébres, une lueur de flamme. Plus elle descendait, plus la chaleur augmentait. Elle vit bientôt de la lave en fusion bouillonner devant ses yeux, elle allait brûler… Elle essaya de se d'atteindre des paroies, mais il y en avait plus, il ne restait plus qu'un océan de lave qui se rapprochait à toute vitesse.
Il n'y avait rien à faire, elle allait être brûlée vive. Un œil s'est formé dans la lave et une pupille de flamme a jaillie sous elle. Elle a hurlé à plein poumon, l'œil l'a dévorée, elle s'est faite happer par les flammes, ses vêtements ont brûlé, sa peau a fondu, elle voyait ses doigts fondre, la peau se détacher pour ne laisser que les os…
- Non !
Un hurlement inhumain envahit la petite chambre et même Caras Galadhon entière. L'elfe passe une main dans la sienne, essayant de calmer l'humaine dont la voix venait de lui assombrir encore le cœur. Il était impuissant, les heures défilaient devant lui comme il voyait apparaître les gouttes de sueur sur son front, même son chant ne pouvait la calmer. C'est finalement Holorïn, après les supplications de Legolas qui la fit boire une tisane pour la plonger dans un sommeil pour profond encore
oOo
Ils sont restés longtemps tous à la regarder dormir… Frodon s'était approché doucement, sans vouloir la réveiller de son sommeil réparateur. Il avait été tellement rassuré quand Aragorn était venu à leur rencontre pour leur annoncer qu'elle était revenue et heureux quand l'elfe était descendu à son tour pour leur dire qu'elle était saine et sauve.
Aragorn regardait Legolas assis dans le fauteuil à la regarder sans ciller. L'elfe ne l'avait presque pas quitté, sauf quand les autres montaient la voir. Il fuyait… Partant la journée pour revenir la nuit et la surveiller jusqu'au petit matin où l'homme prenait le relais.
- C'est-elle réveillée? demande le rôdeur en rentrant doucement dans la chambre.
L'elfe soupira.
- Non pas de changement, hormis les rêves qui la hante… Cela reste tout de même moins violent qu'en début de semaine.
- Les cauchemars ont commencé quand elle est revenue de la bataille des cinq armées. J'étais un enfant, mais je m'en souviens… Elle n'était que l'ombre d'elle-même.
Legolas ne dit rien, la regardant toujours avachi dans le fauteuil.
- Quand l'avez-vous rencontrée pour la première fois? demande l'homme en s'asseyant sur le lit.
- A Mirkwood avec la compagnie des nains en route pour Erebor… Ils traversaient la forêt. Nous sommes tombés sur eux alors qu'ils étaient attaqués par les araignées. Elle m'a menacé avec une des ses armes bizarres, ses cheveux étaient encore brun à cette époque. Je n'avais aucune idée de qui elle était et la pensais mortelle… Une simple femme dans cette guerre, c'était insencé…
Il y eut un silence et l'elfe se pencha en avant pour lier ses mains devant ses lèvres en baissant la tête.
- Je l'ai poignardé… À l'épaule gauche… continua-t-il.
- Pourquoi avoir fait ça si vous la pensiez mortelle?
Il prend l'arête de son nez.
- Je voulais juste qu'elle reste là… La blessure n'était pas mortelle, elle aurait mis sans doute quelques semaines à s'en remettre, mais elle aurait été incapable de tenir son arme pendant un bon moment, suffisament longtemps pour qu'elle ne s'implique pas plus.
- Un plan tiré par les cheveux si vous voulez mon avis. lance Aragorn en souriant.
- Oui… Mais elle ne m'écoutait pas, elle venait de risquer sa vie pour m'aider, ça m'a mis hors de moi et je ne l'ai pas supporté. J'étais déjà… il soupire. "Quand je l'ai revue, au milieu de cette bataille, couverte de sang, je n'y ai pas cru, elle disait vouloir faire face à l'armée qui nous prendrait en étau, c'était de la folie furieuse… Mais elle est partie… Gandalf m'a dit qui elle était et j'ai su que la douleur que je lui avais infligée était inutile… Je l'avais blessée pour rien.
- C'est une drôle de première rencontre…
- Mon père m'a dit ce qu'avait fait son prédécesseur juste avant que je ne lui dise adieu. Elle regardait la plaine remplie de cadavres, pleurant en silence. J'étais tiraillé entre la prendre dans mes bras et l'insulter, mais je n'ai fait ni l'un ni l'autre, juste la laisser partir… J'ai fait mon choix après...
- Le choix qui t'empoisonne…
- Estel… Pour moi ce n'est pas ce choix qui m'empoisonne, mais mon… Mon amour pour elle…. C'était ma mère Estel…
- C'était Eriador Legolas. Elle est Maliha. dit-il d'un ton ferme en se levant.
L'elfe soupira en regardant de nouveau le sol. Estel s'approcha de lui pour poser une main rassurante sur son épaule. Legolas passe ses mains sur son visage, comme pour y retirer ses doutes.
- Et maintenant regarde moi… Je suis pathétique, à attendre de la voir ouvrir les yeux.
- Ça fait maintenant plus d'une semaine, elle va bientôt se réveiller Legolas. dit-il d'un ton rassurant.
Le rôdeur est sorti doucement pour rejoindre les autres et passer une nuit de sommeil bien mérité. Legolas resta là, à la regarder en lisant son livre de temps en temps. Surveillant chacun de ses gestes, écoutant chaque respiration et levant les yeux vers elle chaque fois qu'une n'était pas régulière ou étouffée…
La douleur se répand dans mon corps comme un virus. J'avais chaud… Une chaleur qui me tordait au milieu des images de feu et de cendre. L'obscurité me prenait parfois, dans une douceur hors norme… Mon esprit s'apaisait et la douleur partait, puis revenait après un temps incalculable.
J'ai eu la force, la force d'ouvrir les yeux…
Ma vue était floue… Les formes d'un quadrillage, d'un reflet il me semble. Les draps blanc autour de moi… Puis la douleur insupportable qui s'engouffre dans ma gorge et la douce obscurité qui me prend.
J'ai essayé une seconde fois…
Toujours flou… Une fenêtre… Une forme, c'était quelqu'un je crois, assis devant moi. La douleur s'infiltre dans mes veines conscientes… Mais je ne veux pas partir de nouveau, pas cette fois. Ma vue s'est stabilisée, c'était un livre dans sa main je crois… Les jambes croisées, des cheveux blonds, une tunique bleue.
- Legolas… J'ai murmuré entre mes lèvres sèchent.
J'ai vu le livre tomber et la forme bouger un instant. Son visage est apparu devant mes yeux comme un mirage…
- Maliha. il semble dire, mais le son est sourd.
J'ai senti ma main être enfermée et la tristesse m'a submergé à la vue de son visage. D'un cercle net au milieu de cet univers flou et brumeux, j'ai vu son regard unique.
- Je… Je suis désolée… Je n'ai pas pu… Frodon…
- Frodon va bien.
Le soulagement a relâché mon corps et j'ai serré sa main faiblement. Ma tête tournait maintenant, l'obscurité m'appelait dans une larme, mais je ne voulais pas repartir dans les cauchemars. J'étais hors du temps, n'arrivant pas à définir de repère autour de moi et cette sensation m'était insupportable. Mais il était là… Legolas était là…
- Je l'ai laissé… Les larmes coulent en serrant sa main. Il m'a balayé… Tout est devenue noir… Je l'ai laissé Legolas… dis-je alors que ma voix faiblissait dans la douleur.
- Calme-toi… Rendors-toi Maliha.
Une douce chaleur passe sur mon front et j'en ferme les yeux. Les images tournent encore autour de moi, la douleur passe dans mon ventre pour me tordre.
- Non… Les cauchemars…
- Je vais chercher Holorïn.
Ma main est devenue froide. Je me suis sentie si seule à cet instant en entendant un "Vlam" bruyant. Je devais rester éveillée, combien de temps suis-je restée alitée au juste ? Vu les blessures que j'avais, probablement plus d'une semaine. Quel jour sommes-nous ?
J'ai bougé un bras, puis une jambe, la douleur était atroce, bien plus que dans mes souvenirs… Un instant je me suis demandée pourquoi Legolas avait été là, pourquoi m'avait-il tutoyée, pourquoi ? Mais les questions furent balayées par la douleur alors que j'essayais de me redresser doucement.
- Bordel… je murmure.
J'avais l'impression d'avoir couru un marathon, j'étais complètement tordue, mais au moins le paysage autour de moi ne tournait plus maintenant. La porte s'est ouverte à la volée, mais tout était encore flou et la nausée m'a prise..
- Qu'essais-tu de faire? demande durement la voix que je reconnais comme celle de Legolas.
- Me redresser… Les images tournent trop...
Il s'avance et prend mon oreiller pour le placer plus convenablement. J'ai posé ma main sur son bras pour me hisser comme j'ai pu en grinçant des dents…
- Je vais devoir te rendormir Maliha.
J'ai faiblement tourné mon visage vers la silhouette qui devait être Holorïn. La douleur grondait dans mes tempes et les sueurs froides dégoulinaient dans mon cou.
- Non… Je murmure en reprenant mon souffle.
- Tu arrives à peine à bouger.
Il s'approche, passant devant Legolas et tend la main vers moi. Je l'ai claqué d'un geste brusque, un geste de dernier recours, car c'est la seule résistance que je pourrais faire.
- Non…
Mais sa main est déjà sur moi de nouveau… La douce chaleur m'envahit…
- C'est trop tôt Maliha.
- Elle s'est réveillée. dit le guérisseur au rôdeur.
- Après seulement une semaine ?!
- Oui et vous auriez dû la voir… Elle n'arrivait même pas à se redresser et à peine à parler. dit Legolas, les bras croisés et la mine sombre.
- Je l'ai rendormie de force, elle était encore beaucoup trop faible et le poison attaquait encore ses muscles.
Aragorn soupira.
- Quand se réveillera-t-elle ? demande le nain.
- Je pense que je la laisserai refaire surface dans une semaine encore, le temps à son corps d'éliminer totalement le poison.
- Comment peut-elle être encore en vie après de telles blessures, c'est abominable. murmure Boromir.
- C'est une dure à cuire c'est tout ! Digne de ce qu'elle est ! lance le nain fier.
- Oui, mais elle ne fait pas assez attention. Un jour elle finira par y passer. dit Aragorn.
La compagnie était lasse et toujours fatiguée. Les hobbits restaient principalement en bas et ne discutaient que rarement avec les elfes. Boromir passait son temps avec eux ou Aragorn quand il montait voir Maliha ou s'entraînait. Gimli suivait comme il le faisait toujours, mais parfois il lui arrivait de partir dans la journée avec Legolas pour une promenade dans les bois, ce qui choqua beaucoup les autres membres du groupe d'ailleurs.
Tous espéraient que Maliha revienne bientôt parmi eux pour reprendre la route et laisser derrière eux le souvenir persistant de Gandalf qui demeurait dans les bois sacrés.
J'ai ouvert les yeux…
Tout était encore obscur autour de moi, mais la douleur n'était plus là. J'ai mis de longues minutes à me rendre compte de où j'étais, mais le milieu familier m'a rassuré. Alors c'était bien Haldir que j'avais vu… Je me suis redressée difficilement, mes muscles encore endolories. Il fait nuit dehors, j'ai posé un pied, puis l'autre en faisant taire la douleur.
Je portais une tunique bleue claire en soie et un pantalon large d'un ocre rougeoyant, c'était tellement doux et confortable. J'ai pris le risque de me lever en me tenant au fauteuil et entrepris de marcher jusqu'à l'armoire pour récupérer un kimono.
J'ai senti le froid me prendre en passant la porte, ça fait un bien fou. Respirer l'air frais en marchant sur les balcons silencieux. Caras Galadhon est tellement belle la nuit… Je ne sais pas bien où j'allais exactement, je voulais juste marcher et oublier les rêves qui m'avaient prise. Holorïn avait dû me droguer pour faire passer la douleur pendant mon sommeil et les images m'avaient harcelée.
En passant sur une terrasse, j'ai vu Estel en bas, assis proche de ce qui devait être un camp. J'ai descendu les premiers escaliers difficilement le cœur battant. Mes mollets étaient en feu, mais je voulais le voir. Mes pieds ont rencontré l'herbe fraîche et j'ai souri de soulagement. Il était là, à fumer face à la rivière qui coulait doucement entre les arbres.
- Estel. je murmure en m'approchant.
Il s'est retourné, a lâché sa pipe vivement en venant à ma rencontre à petite foulée. Je n'ai pas vraiment compris, je me suis seulement retrouvée dans ses bras chauds et je lui ai rendue l'étreinte.
- Par les Valars, Maliha… J'ai eu tellement peur.
- Je vais bien maintenant.
- Te rends-tu compte de ce que tu as fait?
- Je devais essayer…
Il me regarde avec des yeux sévères que j'ai rarement vu.
- Nous étions tous inquiets pour toi, nous t'avons cru morte Maliha.
- Il y en a au moins un qui a dû être heureux pendant un temps. dis-je avec un faible sourire.
- Quand apprendras-tu à être sérieuse ?
- Laisse-moi au moins le temps de ne pas y penser Estel.
Il soupire et semble hésiter.
- Legolas était aussi inquiet que nous tous Maliha.
Dire que j'étais surprise était un euphémisme. Je l'ai regardé sans comprendre, mais l'idée d'approfondir le sujet me crevait déjà le cœur. De toute façon il était facile de prononcer des mots…
- Comment vont les autres? Avez-vous traversé les plaines sans encombre?
- Oui tout le monde va bien et toi tu devrais aller voir Holorïn je crois.
- Oui je vais y aller.
- Je t'accompagne.
Nous avons de nouveau gravi les marches, Estel m'aidant comme il pouvait en tenant mon bras de temps en temps car je refusais qu'il me porte. La cité était endormie et j'avais quand même eu la chance de voir le reste de la compagnie dormir paisiblement avant de remonter.
- Combien de temps Estel ? je demande d'une voix grave en marchant sur un pont.
- Deux semaines, Legolas m'a dit que tu t'étais réveillée il y a une semaine, mais Holorïn a préféré te rendormir.
Legolas ? Je le regarde en fronçant les sourcils et il me rend un sourire discret.
- Pardon ?
- Il prenait mon relais la nuit. Maliha, il faut que tu comprennes que tu as frôlé la mort. Ta première semaine de sommeil a été compliquée, Holorïn souhaitait que l'on te surveille.
- Je ne me souviens pas de m'être réveillée… En revanche les cauchemars, ça je m'en souviens très bien...
- Tu es arrivée deux jours après nous, c'est Haldir qui t'a trouvé à la frontière. Maliha je veux plus te voir comme ça…
- Quand repartons-nous?
- N'évite pas le sujet.
- Il n'y a rien à dire Aragorn, je devais au moins essayer je te l'ai déjà dit.
Mon ton était dur, mais je ne reviendrais pas sur mon choix et ce ne sont pas les yeux d'Estel qui me feront changer d'avis. Il n'a rien ajouter, après un simple soupir nous avons continué en silence jusqu'au talan du guérisseur. Nous sommes rentrés pour voir Holorïn affairé à réaliser des tisanes de feuilles séchées. Il posa sur moi un regard de colère à l'instant même où nous étions sortis du couloir.
- Alors te voilà debout.
- Oui comme tu peux le voir. dis-je en me préparant au pire.
A cet instant Legolas est entré en trombe dans le talan et s'arrête net en me voyant avec Estel. Il y eut un long silence avant qu'il ne fasse un pas en arrière l'air hébété.
- Je ne veux pas savoir ce qui t'a mise dans cet état Maliha, mais il faut que tu comprennes que j'ai failli ne pas pouvoir te ramener. continue Holorïn sans y prêter attention.
- Je n'ai pas eu le choix. J'ai eu du mal à remonter et les orcs m'attendaient à la sortie.
- Tu veux dire que tu as remonté ce gouffre ? dit Estel complément perdu.
- Exactement.
Legolas est passé devant nous pour s'asseoir sur le divan en posant les coudes sur ses genoux. Il était pâle et les yeux gris d'orage, la mort du magicien a dû l'affecter plus que je ne l'aurai pensé.
- Vous êtes une idiote. dit-il.
Mon sang s'est figé. Ses yeux me dévisageaient avec une colère sans précédent.
- Avez-vous un instant imaginé que nous aurions pu être attaqués avant d'atteindre la Lorien ? Vous êtes ici pour protéger le porteur de l'anneau, pas pour accomplir des tâches suicidaires.
Je ne sais pas quoi penser… La sueur froide passe dans mon dos. C'est un mélange de colère et de tristesse qui me prend et je n'arrive pas à le contrôler.
- Legolas. dit fermement Aragorn à côté de moi.
- Quoi ? il enchaîne avec un sourire de haine. N'est-elle pas là pour ça ?
J'ai fermé les yeux pour avaler ses mots…
- Je devais essayer. dis-je encore d'une voix tremblante pour me convaincre intérieurement.
Il se lève pour venir rapidement vers moi et me défier des yeux.
- Pour quel résultat ?
- …
Je ne peux rien répondre, pas devant ce regard que je ne comprends pas, pas devant ce visage qui se décompose pour laisser place à ce qui me semble être de la tristesse.
- A quel prix ? finit-il en fronçant les sourcils.
- Le prix ? je demande surprise.
- Maliha. reprend Holorïn. Ce que veut dire Legolas c'est que j'ai dû te déboiter l'épaule pour la replacer correctement, refermer la plaie dans ton dos et par-dessus tout, fracturer ton bras droit pour créer une soudure plus convenable et tu n'as pas idée de ce que cela m'a coûté…
Il n'y avait pas de haine ou de colère dans les paroles du guérisseur, seulement de la tristesse. Legolas me dévisage toujours et plisse les yeux aux mots qui avaient envahi la pièce. Mes émotions se mélangent et ce qui était il y a quelques secondes encore des certitudes, sont réduites en cendres.
Les pupilles grise devant moi semble implorante… Alors j'ai laissé sortir mes mots.
- Je suis désolée… dis-je dans un murmure.
Après un lourd silence, il soupire et part sans rien ajouter. Je ne me suis pas retournée, juste écouté les pas légers qui s'éloignaient. Chacun d'entre eux me brise le cœur et la raison m'en échappe.
- Je ne peux pas imaginer non plus le poids sur tes épaules. Je sais ce que tu as combattu et c'est un miracle que tu sois encore là. Mais si tu veux pouvoir continuer à protéger les gens que tu aimes, tu devras faire plus attention à tes limites. Viens que je regarde si tout va bien.
Il m'a entraîné dans une autre pièce suivie par Estel et je me suis laissée faire l'esprit complètement ailleurs. Il était perdu dans les phrases de Legolas et le souvenir de ses yeux tristes. Je ne comprends pas… Les mots étaient encore tellement loin de l'expression au fond de ses yeux. Pourquoi m'aurait-il surveillé pendant deux semaines, alors que Rilomë vit ici ? J'ai cru me souvenir d'un instant en le regardant s'asseoir sur le divan, mais ce ne sont que des écrans de fumée.
- Un Balrog alors?
J'ai tourné les yeux vers Holorïn qui examinait mon bras droit avec inquiétude.
- Oui… J'ai su quelle était ma limite à l'instant même où sa lame a frappé la mienne.
- Tu as croisé le fer avec lui ? Je m'étonne que tu n'es eu qu'un os mal soudé. Pourquoi avoir sauté Maliha ? Si tu savais que tu ne pouvais rien faire ?
- Je devais essayer de remonter Gandalf. J'ai réussi à les atteindre, mais le Balrog m'a balayée… Je me suis retrouvée sur une corniche dans le noir, tout était fini… Mon Dieu Gandalf… ma voix se tord.
Le souffle me manque… Les images défilent… Estel s'approche de moi.
- Maliha écoute bien ce que je vais te dire. il prend mon visage entre ses mains. La chute de Gandalf n'est en rien de ta faute. C'était un accident, les Balrog sont des êtres hors du commun, un fléau qui dépasse l'entendement. Je ne vais pas te dire si tu as bien fait où non, c'est ainsi que cela devait se passer, c'est tout ce qu'il y a dire.
J'ai laissé mes larmes couler en silence sur ses mains. Puis blottie contre lui en retrouvant le souvenir du regard suppliant de Gandalf. De la chaleur du feu contre la peau, de la douleur dans mes os, des yeux effrayés de Frodon et la peur qu'il n'eût été mort… De la course effrénée à travers les couloirs, les hurlements, les tambours qui faisaient vibrer nos pieds… De la main chaude enfermant la mienne face à la terreur…
A cet instant j'aurai souhaité, là maintenant je me rend compte… Une chose, une pensée qui me fait horreur.
La vérité… Valars que je souhaiterai me réfugier dans les bras de Legolas. Retrouver la même chaleur autour de moi que quand j'ai sauté pour fuir la seule fois où j'ai cru à une mort certaine … Sentir sa main passer dans mes cheveux et son souffle me dire encore et encore "Je te tiens, c'est terminé, calme toi…".
Je suis fatiguée… Tellement fatiguée et triste au-delà des mots. La perte, toujours cette même perte des personnes que j'aime et je n'ai encore pu ne rien faire… J'ai laissé sortir un sanglot et Aragorn a serré sa prise.
- Je suis désolée… dis-je encore en me détachant de lui.
- Tu n'as pas à l'être Maliha, la seule chose que nous souhaitons c'est que tu prennes soin de toi. Que tu restes en vie…
- Legolas a raison, si jamais vous aviez été at…
- Legolas a eu très peur Maliha, même s'il te fait croire le contraire. Ne regarde pas ses mots, mais écoute ceux qui se cachent. Et je te le répète, c'est ainsi que cela devait se passer.
J'ai laissé Holorïn prendre mon bras et passer en revue chacun de mes os, le laisser manipuler chaque articulation sans rien dire. Le soleil s'est levé timidement quand il m'a finalement laissé partir. J'ai suivi Aragorn, toujours perdue dans mes pensées.
J'ai chassé mes réflexions en arrivant au camp. Frodon était là debout immobile avec Sam et les autres. J'ai affiché un sourire triste alors qu'il me regardait sans un geste.
- Maliha. a-t-il dit.
- Frodon…
Il s'est approché et je me suis agenouillée devant lui.
- Je suis désolée Frodon, je n'ai rien pu faire…
- Oui je suis attristé que Gandalf ne soit pas avec vous, mais la joie de vous voir devant moi me remplit Maliha.
J'ai sourie encore tristement.
- Vous nous avez fait une belle peur Madame, quelle idée de plonger dans ce gouffre ! lance Boromir.
- Comment avez-vous fait pour remonter ? demande Pippin.
- Avec mes bras, pardi ! dis-je en riant.
- Vous êtes un phénomène Maliha. enchérie Merry.
Il y eut un lourd silence. J'avais essayé de raviver les sourires, mais visiblement la tristesse était toujours parmi nous et ne nous lâchera pas de sitôt…
- Souhaitez-vous une tresse Madame ? demande timidement Sam.
Je crois que ce sont ces mots qui m'ont le plus marqué. Il venait de balayer le passé d'une simple phrase et je me suis sentie bien en un instant.
- Oui Sam, je veux bien.
Nous sommes restés au camp longtemps pour discuter. Merry et Pippin racontaient que les elfes ici étaient inabordables par rapport à ceux qu'ils ont connus à Fondcombe. Sam ne disait rien, tressant mes cheveux doucement en riant à quelque blague. Frodon lui semblait inquiet, triste et déconcentré. Boromir, lui aussi mal à l'aise et j'ai tourné un regard interrogatif à Estel, qui me répond par un regard grave.
Peut-être s'était-il passé des choses et je devais les connaître…
La journée s'est écoulée lentement, mais pourtant elle était bien remplie. Je me suis présentée devant la dame après le déjeuner, pour lui présenter mes remerciements. Elle était toujours la même, avec son regard lointain et sage.
- Quelque chose me dit que Gandalf ne devait pas être sauver Maliha, nous ne savons pas encore quel était le but de ce destin, mais je suis certaine que nous trouverons les réponses bientôt. Alors ne restez pas affligée par sa perte. Votre courage est grand fille d'Illuviné et je sais que les membres qu'ils restent de cette compagnie sont sous bonne garde.
- Je ferai de mon mieux ma Dame.
- Comme toujours je le sais… Maliha, comme je l'ai dit aux autres avant vous, l'égarement gronde dans cette communauté. Vous devez rester vigilante, autant sur ce qui vous entoure que les personnes à l'intérieur.
- Ne vous inquiétez pas ma Dame, je sais qui surveiller, je me surveille moi-même d'ailleurs… Dame Galadriel, mes cauchemars ont redoublé depuis notre départ, je ne crains que cela soit lié à ma proximité de l'anneau.
- Cela oui, ou simplement le fait que l'obscurité est de plus en plus présente, nous le sentons tous.
- Je vois.
- Restez sur vos gardes et prenez le repos que vous avez mérité. Peu d'entre nous on croisé le fer avec le démon du feu et encore moins en vie pour en parler…
J'ai fait un signe de tête avec respect, qu'elle me renvoie.
- Vos épreuves ne font que commencer Maliha, mais ne puisez pas trop profondément dans votre obscurité. La colère ne mène qu'à la souffrance, faite confiance à votre cœur et ne le laissez pas abandonner.
Longtemps les mots sont restés dans ma tête alors que je marchais sur les plateformes blanches. Dans quelques jours nous serons repartis, le temps pour moi de finir de récupérer et nous entamerons la partie la plus difficile et la plus périlleuse du voyage. Perdue dans mes pensées, j'ai regagné mon talan en silence, la fatigue m'a reprise. Ma force me tenait debout, mais finalement la fatigue était bien plus lourde que je le pensais.
- Elle dort encore. lance Aragorn.
- C'est bien normal, son corps ne peut pas encaisser comme ça sans broncher. Aragorn tu dois la surveiller. dit Holorïn sérieux.
- Comment voudrais-tu qu'elle m'écoute…
- A-t-elle sombré?
Aragorn réfléchit quelques instants.
- Il me semble que oui, face au Balrog, j'ai à peine reconnu sa voix.
- Béni les Valars de l'avoir entendue parler…
- Que veux-tu dire?
- Eriador ne parlait pas quand l'obscurité le consumait, il ne pouvait pas dire un mot.
- Alors tant qu'elle parle, cela veut dire qu'elle maîtrise ?
- Oui c'est ce que je pense. il soupire. Un œil rouge ?
- Oui.
- Si jamais il y en a deux, tu devras faire le nécessaire.
Holorïn le regardait sans ciller, les mains appuyées sur la table de bois.
- Elle me l'a déjà demandé et j'ai refusé Holorïn. Jamais je ne pourrais la tuer.
- Il en va de votre survie.
- Holorïn, je ne pourrais pas.
Il soupire en réfléchissant.
- Maliha sait très bien ce qu'elle est, je sais qu'elle a demandé à Glorfindel de le faire et qu'il a accepté. Sachant ça, elle n'a pas pu partir dans cette quête sans être certaine d'avoir une solution de replie… lance le guérisseur.
Aragorn comprit instantanément ce que le guérisseur voulait lui dire. Holorïn se retourna pour éviter son regard et continuer à réaliser le mélange d'herbe qu'il avait stoppé.
- Tu crois qu'elle le lui a demandé c'est ça ?
- Je ne crois pas Aragorn, j'en suis certain…
Il y eut un instant de silence. Un silence ou aucun des deux ne savaient s'ils devaient ou non rentrer dans le vif du sujet.
- Cela me semble compromis. lâche finalement une voix derrière eux.
Les deux se retournèrent pour voir Haldir rentrer dans le talan une sacoche à la main.
- Pardonnez-moi, je ne voulais pas écouter aux portes. Je suis venue vous apporter les plantes que vous aviez demandé Holorïn. dit-il.
- Vous êtes pardonnez Haldir.
Il pose le sac sur la table et l'ouvre en soupirant.
- Je ne connais pas beaucoup le prince de Mirkwood, mais en trois milles ans j'en sais assez pour savoir que je ne l'avais jamais vu comme ça. dit-il en retirant les plantes du sac.
- Et moi, je ne l'ai même pas vu… soupira Aragorn en baissant la tête.
- Vous n'avez pas les yeux d'un elfe Estel. rie doucement Holorïn. Quoi qu'il en soit, Haldir a raison, cette possibilité est compromise… Son masque a déjà beaucoup souffert depuis la dernière fois que je l'ai vu, cela m'étonnerait donc qu'il puisse le faire.
- Je suis de votre avis… lance Haldir.
- Vous le saviez vous aussi ? demande Aragorn à Holorïn.
- Depuis votre précédente visite.
Le rôdeur soupire. Il s'en voulait de ne pas avoir fait plus attention.
- Est-elle réveillée ? demande de garde.
- Oui depuis cette nuit, mais elle dort de nouveau. répond Aragorn.
- Qu'avez-vous l'intention de faire ? il ajoute.
Aragorn affiche un visage frustré.
- Rien, je suppose…
- Il n'y a rien à faire… Ils sont aussi têtus l'un que l'autre, laissons le temps faire son devoir. dit Holorïn.
- As-tu vu sa réaction ? lance Aragorn. Il m'a clairement dit qu'il n'accepterait jamais ces sentiments.
- Cela deviendra une nécessité, Estel tu le sais aussi bien que moi. Qu'il ne dise rien par orgueil est une chose et connaissant son sang cela ne m'étonne même pas, mais ce dont je suis certain c'est qu'il ne la laissera pas sombrer. fini le guérisseur.
- Espérons… Espérons…
Il y eut un long silence où chacun méditait sur la question. Pour tous les trois cet amour était un cas unique et sans précédent.
- Qui l'aurais cru ? enchaîne Haldir.
- C'est en effet une situation hors du commun. Si on laisse passer le côté tragique de l'affaire, je dois dire qu'après trois milles ans passés, voir le prince de Vertbois le Grand épris d'une humaine est une chose à laquelle je ne m'attendais pas le moins du monde. rit Holorïn.
- Attendez-vous à voir vos épaules mouillées mes amis… Plus d'une elfe sera déçue ! dit Haldir en faisant signe de partir.
Aragorn soupire de rire à son tour. Pour lui, Maliha méritait tout le bonheur du monde et il le lui souhaitait chaque jour. Mais celui-ci semblait plus que compromis.
J'étais bien dans mon bain chaud, regardant par la fenêtre les branches qui dansaient doucement. Malgré le bien être de l'eau brûlante, l'intérieur de mon âme était elle, froide, glaciale même. L'environnement me paraissait gris… Les cauchemars ne m'avaient laissé aucun répit et mes sentiments n'étaient qu'un mélange confus et difforme de tristesse sous toutes ses formes.
Il fallait que je médite, c'était une nécessité. M'entraîner aussi, nous verrons si j'ai la force de tenir Laureline de nouveau. J'ai ouvert la porte pour tomber sur Frodon la main levée prêt à frapper..
- Frodon ?
Il est resté sans rien dire quelques secondes, l'air complètement perdu et hésitant.
- Vous désiriez me voir ? je demande dans un sourire.
- Je dois dire que oui… Mais vous semblez vouloir sortir alors…
- Non non, ça peut attendre, entrer.
Je l'ai laissé entrer en refermant derrière lui.
- Je ne vais pas passer par quatre chemins… il commence. Je ne sais pas à qui parler et je crois que le faire avec vous est ma meilleure option.
- Si vous le dites. dis-je dans un sourire.
Il s'est assis sur le divan en retirant sa veste. Il avait l'air perturbé et soucieux. Les cernes sous les yeux, les cheveux ébouriffés plus qu'à l'habitude et pâle comme une image.
- J'ai eu un entretien avec la dame des Galadhrim. dit-il.
- Laissez-moi deviner, le miroir ?
- Exact… il soupire en triturant ses doigts.
- Et vous êtes perturbé par ce que vous avez vu.
- Oui…
A partir de là, je me suis tue… S'il voulait parler, qu'il le fasse, les révélations du miroir sont personnelles, pour ma part je ne souhaiterais les révéler à personne, hormis peut-être à mon cercle proche… Je me suis assise en tailleur à côté de la cheminée en le regardant chercher des yeux n'importe quoi pour le détendre.
- J'ai vu la Conté brûler… J'ai vu ce qu'il se passerait si jamais j'échouais… Maliha, l'ampleur de ma tâche…
Je le vois ventiler rapidement, devenir pâle plus encore, mais il se reprend rapidement.
- Maliha… Avez-vous changé depuis que vous avez été appelée ? Avez-vous toujours été ainsi ?
Changement de sujet brutal, je me suis dit. Mais peut-être que sa réflexion était beaucoup plus profonde que celle qu'il venait d'annoncer plus tôt.
- Non, non… Je n'étais pas celle que je suis aujourd'hui. J'étais brune, déjà, sans force et pouvant mourir de n'importe quelle blessure tout comme vous.
- Et votre esprit ?
Je soupire… Après tout, lui aussi avait un poids à porter, ma situation lui serait donc familière. Cela voulait-il dire qu'il avait changé lui aussi ? Le mal engendré par l'anneau le prenait-il ?
- Legolas croit que les Titan sombres par envi, ou excès de pouvoir. Qu'ils s'offrent au mal parce qu'il a plus à donner que le reste du monde sans doute, mais la réalité est tout autre… Les Valars nous ont offert l'ouverture de l'âme, cela veut dire que nous ressentons à la façon des elfes… Mais pour moi c'est un cadeau empoisonné…
- Pourquoi ?
- Je suis jeune Frodon… Pour un elfe, je suis une enfant, gérer mes sentiments est une chose difficile. Alors, partir en guerre, tuer et perdre les êtres qui me sont chers m'affecte comme eux… La joie est démesurée, l'amour incontrôlable, la colère assourdissante, la peur infranchissable, la tristesse me met à genoux et je suis une enfant dans l'art de les maîtriser. Il y a une part de moi, une part qui m'a été offerte par Sauron il y a bien longtemps et je pense qu'il l'a offerte aux autres aussi. C'est une ombre, bien tapis au creux de mon âme qui attend qu'une seule chose, celle de me dévorer. Les elfes ne peuvent comprendre les titans Frodon, car ils ne savent rien des épreuves que notre âme endure durant notre tâche, mais lui, lui, le sait parfaitement et il attend sagement. Quand mes sentiments sont trop forts, je laisse l'ombre prendre le contrôle et je ne ressens plus rien. C'est une libération, une manière de ne plus me sentir submergée, mais il grignote mon âme à chaque fois que je la laisse faire.
- Alors vous n'êtes plus vous-même ?
- J'arrive à me contrôler, je sais ce que je dois faire et pourquoi, mais je n'ai plus d'émotions.
- Maliha, j'ai aussi changé… Je vous l'ai dit, mais j'ai aussi l'impression que ma personnalité se modifie… J'ai peur de devenir plus sombre, comme si je devenais comme lui.
Alors il voulait en venir là…
- Avez-vous mis cet anneau ?
- Oui, mais trois fois seulement. La Dame m'a mis en garde de ne plus le faire, ce que j'avais déjà prévu de faire d'ailleurs. En vous entendant j'ai l'impression de vous comprendre. A chaque fois que j'ai mis cet anneau, une partie de moi s'en est allée.
J'ai froncé les sourcils. C'est en effet très similaire à ma situation. Pour Sauron, nous étions les pièces d'un échiquier complexe basé sur l'endurance de nos âmes visiblement.
- Il vous faut être prudent… Je ne pensais pas que l'ennemi pourrait autant toucher cette communauté…
- Gandalf m'avait dit que le mal n'était pas présent qu'à l'extérieur, mais aussi à l'intérieur. dit-il.
- Ne vous en faite pas pour moi Frodon, j'ai ordonné à Legolas de me tuer au moindre écart et nous savons tous les deux qu'il le fera sans hésiter. dis-je dans un sourire rassurant.
- Je ne me méfie pas de vous Maliha…
Alors il avait remarqué. Il avait vu que Boromir avait déjà changé depuis notre départ.
- Le seigneur Boromir est sous bonne garde, nous le surveillons discrètement avec Aragorn, même si je pense qu'au fond de lui il reste loyal à cette quête, il est un esprit qu'il est facile de faire basculer.
- Et si c'était moi ? dit-il en levant des yeux durs.
- Que voulez-vous dire ?
- Si finalement je n'arrivais pas à jeter l'anneau ?
- Frodon ne vous posez pas cette question, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir, il est trop tôt. Vous n'êtes pas seul. Et même si vous l'étiez, je peux sentir à travers vos yeux et à travers vos actes jusqu'à maintenant, un courage insoupçonné qui nous façonne tous. Je ne crois pas que cette tâche devait être attribuée à un autre que vous, que ce soit bien ou mal, c'était à vous de le faire. Aillez confiance au destin que les Valars vous ont tracé, car je sais qu'ils ont fait le bon choix. Ne perdez pas espoir, vous êtes l'espoir…
Il sourit, mais je vois bien qu'il n'est sûr de rien, comment l'être…
- Que les Valars me protègent.
- Ils le feront, Frodon.
Je l'ai vu plonger encore dans la torpeur un instant.
- M'accompagnerez-vous à l'entraînement Frodon ? je demande.
- Avez joie.
Nous sommes sorties du talan pour descendre vers la salle d'entraînement. Il me paraît déjà un peu plus léger, discuter lui à visiblement permis de s'adoucir un peu. Il est resté là avant que Sam et les deux autres le rejoignent pour me regarder manier Laureline. Pendant une heure ou deux je suis restée à enchaîner les passes les unes après les autres alors que je les entendais rire de bon cœur. Bientôt nous partirons et seul les Valars savent ce qu'il adviendra de cette compagnie.
J'ai médité encore deux bonnes heures à côté d'eux sans aucune gêne particulière. Après ça je les ai raccompagnés au camp pour voir Aragorn discuter avec Boromir. Mes sourcils se sont froncés à la vue du visage triste et perturbé du chevalier. Estel m'a lancé un regard inquiet alors que je posais Laureline contre l'arbre le plus proche. Legolas et Gimli n'étaient pas là, venant de l'elfe cela ne m'étonne absolument pas, mais de Gimli...
- Savez-vous où est Gimli ? je demande.
- Oh il est parti plutôt avec Legolas pour une visite de la cité. dit Sam.
- J'y crois pas. je lance tout sourire.
- C'est pourtant vrai, il est venu ce matin. Il est rare de le voir depuis plusieurs jours. dit Aragorn revenant vers nous.
- Je l'ai vu avec une elfe hier et je peux vous dire qu'ils ne semblaient pas éplucher les patates ! dit-il avec des yeux malicieux.
- Pippin… râle Merry en lui tapant l'épaule.
- Quoi ?! Ils étaient juste tous les deux sur un balcon là, comme deux…
- Pippin ! Serez-vous un jour tenir votre langue, la vie privée du seigneur Legolas ne vous regarde aucunement ! Réplique Sam en lui jetant un oreiller.
Rilomë… J'ai soupiré en levant les yeux au ciel comme si l'entendre ne me faisait rien. Estel esquisse un sourire en s'approchant de moi et pose une main sur mon épaule.
- L'entraînement était bien ?
- Épuisant, mais bien oui.
- Nous partons dans deux ou trois jours, seras-tu prête ?
- Bien entendu. dis-je en souriant.
Il retire sa main, mais je l'arrête en le voyant partir.
- Boromir ? je murmure.
- Rien d'inquiétant pour le moment. Il est juste un peu perdu.
- Très bien.
- Repose toi. dit-il une dernière fois en partant.
- Ah mes amis ! on entend hurler au loin.
Nous nous sommes tous retournés pour voir le nain dévaler les escaliers. Il tenait sur son épaule un sac aussi large que lui et j'ai rit en le voyant sauter des deux dernières marches.
- Devinez un peu ! il lance en arrivant.
Pose son sac par terre tel un trésor.
- J'ai réussi discrètement à subtiliser quelques bouteilles pour notre repas de ce soir. il annonce d'un ton fier.
La soirée allait-être longue… Repose toi, avait dit Estel… Ben voyons…
J'ai bu plus que je n'aurais dû, mais par les Valars que cela m'a fait du bien. De rire aux éclats de Merry et Pippin faisant les pitres en chantant. De Sam grondant le nain dont les gargarismes intempestifs faisaient même vibrer les arbres. Boromir souriait joyeusement et son malaise de la cité elfique semblait s'estomper à mesure que la lune montait à travers les branches des feuilles jaunes d'hiver.
J'étais assise à côté d'estel, plutôt avachie contre son épaule mon verre à la main à rigoler comme une jeune fille qui oublie un mauvais contrôle de math… J'avais besoin de l'innocence de cet instant entre amis. Amis ? Sans doute, comme toute épreuve, la perte de Gandalf nous avait soudé… Le temps n'avait pas de quantitatif, il passait juste sans que nous ne le voyons et à la fin, quand les hobbits se sont endormis les uns contre les autres, les bruits de la nuit ont pris le dessus.
- Alors ma fille, comment vous sentez-vous ? me demande le nain d'une voix fatiguée de fin de soirée.
- Mieux je dois dire…
- Ah tant mieux, votre lame nous sera utile à l'avenir. Mais j'ai eu très peur pour vous.
- Il a raison vous savez. lance Boromir en buvant une gorgée.
- J'ai eu chaud j'avoue.
- Maliha… murmure Estel.
- Et vous Gimli, Legolas était-il un bon guide ? On m'a dit que vous étiez avec lui. Alors comme ça on fraternise avec les oreilles pointues ?
- Ma foi, je dois bien avouer qu'il est agréable de converser avec lui parfois et c'est un très bon guide en effet. Mais n'allez pas croire que je suis d'accord avec les mots qu'il vous adresse ! Je lui ai même fait la morale à ce sujet !
- Ne vous faites pas d'illusions… dis-je dans un sourire.
- Vous auriez dû voir la tronche qu'il tirait quand vous étiez alité ! Pâle comme un mort, à ronger ses ongles comme une femme à côté de votre lit ! lance Gimli, riant bruyamment en mimant ses mots.
J'ai fait une pause alors que j'apportais le précieux liquide à mes lèvres.
- Tu vois que je ne raconte pas que des histoire Maliha. murmure Aragorn à mon oreille.
- Il devait sans doute espérer ma mort plutôt. je fini en prenant ma gorgée.
- Tu n'as qu'à le lui demander… continue le rôdeur d'un ton malicieux.
- Tsss
J'ai monté les escaliers avec peine… Je n'étais pas forcément très saoule, mais bon la fatigue était là, donc mes pieds en léger décalage avec mon cerveau. C'est la stupeur qui m'a arrêté une fois arrivé sur le balcon de l'entrée de mon talan. Il était là, droit comme un piquet, les bras croisés, me tournant le dos en regardant le paysage. Je sais parfaitement qu'il m'a entendu, avec mes pas lourds, comment n'aurait-il pas pu ? Mais que faisait-il ici au juste, ce balcon ne menait qu'ici, ici chez moi en l'occurrence.
J'ai froncé le nez en continuant jusqu'à ma porte.
- Vous vous êtes perdu ? je demande d'un ton lasse.
Oui, oui, d'accord, j'avais l'intention de l'ignorer, mais aux dernières nouvelles une femme pompette à toujours le choix… Et d'ailleurs je n'ai pas de réponse ? Je garde la main sur la poignée en le regardant serrer sa manche.
- Legolas, que faites-vous là ? Ce balcon n'a que mon talan à desservir…
- J'ai oublié un livre, je dois le ramener à son propriétaire avant de partir.
Un silence… L'information a eu du mal à monter, puis j'ai lâché un rire moqueur discret en tournant la poignée pour rentrer. J'ai laissé la porte ouverte, mais pas d'elfe. Il était encore là dehors à regarder le paysage comme s'il souhaitait repousser encore un peu le moment.
- Vous venez ?
Je suis rentrée de nouveau en plaçant Laureline contre le coin du divan. La porte à légèrement claqué et j'ai vu Legolas rester devant sans rien dire. J'ai retiré ma cape et mes bottes d'un geste incertain en poussant un soupir. Je dois bien l'avouer, j'étais complètement déstabilisée et le moindre geste était rassurant… Il s'est finalement animé et commence à s'avancer vers mon lit pour récupérer le livre posé sur la petite desserte à côté du fauteuil qu'il devait avoir occupé…
Je le regardais faire sans rien dire alors qu'il s'avançait de nouveau pour sortir.
- Legolas, puis-je vous poser une question ?
- Allez-y.
Son ton était froid et glacial comme d'habitude, mais j'ai décidé de prendre mon courage à deux mains et de profiter de l'alcool qui coulait faiblement dans mes veines.
- Pourquoi être resté à mon chevet ?
Il est devenu livide et me contemple comme si j'étais une Maia ou quelque chose de surnaturel…
- J'ai répondu au souhait d'Aragorn. dit-il finalement en faisant mine de se retourner.
- Vous mentez… je laisse échapper sans m'en rendre compte.
La colère passe dans ses yeux et il s'avance vers moi à grand pas. Il m'écrase de sa prestance, détaillant mon visage comme rarement il l'eût fait. Du moins depuis longtemps.
- Que pensez-vous croire fille d'Illuviné ?
- Je ne crois rien Legolas, je vous pose une question et votre réponse n'est que mensonge.
Pendant un bref instant son visage est devenu doux. Il fait un dernier pas en avant et j'ai pris peur en reculant dans le divan derrière moi et fini par tomber en arrière complètement déstabilisée. Contre toute attente il m'a retenue… Serre mon bras fermement en me ramenant à lui, j'étais totalement perdue.
- Pourquoi ? je fini par dire.
Il plisse les yeux.
- Pourquoi Legolas ? Vos mots sont durs, mais pourtant… Je ne vous comprends plus, je ne sais pas quoi penser.
- Alors ne pensez pas.
- Ce n'est pas si simple. dis-je en retirant mon bras vivement. Une insulte et après je sens votre main dans la mienne face au Balrog et ce n'est qu'un exemple parmi d'autres vous le savez très bien, mais que cherchez-vous donc ?
Ses yeux me fixent.
- Ce que vous semblez voir est une illusion Maliha.
- Alors pourquoi ?! Répondez-moi !
Même après la méditation, je sentais les émotions me gagner et prendre le dessus sur ma raison. La tristesse et la colère baignant dans l'alcool parcouraient librement mes veines et la volonté de savoir était plus forte que tout à cet instant. Je n'ai remarqué que quelques secondes après que je serrais sa tunique entre mes doigts. Je l'ai entendu soupirer, puis il s'est avancé vers moi en posant sa main sur la mienne pour la retirer, mais j'ai tenue sans flancher.
- Vous êtes saoule.
- Oui. Assez pour enfin pouvoir vous affronter. Alors répondez-moi Legolas.
Il serre mon poignet. De longues secondes défilent, puis le temps s'arrête en le voyant baisser les yeux sur mon bras. Sa prise se fait plus douce dans un soupir et je sens son pouce passer sur ma peau dans une caresse. Mes doigts lâchent prise , mais il me tient toujours.
- Vous êtes un membre de cette compagnie, un membre important malgré ce que je peux en penser. La perte de Mithrandir m'a affaibli un instant et Aragorn avait peur pour vous, il vous aime comme une sœur. Je suis celui qui ne dort pas et j'ai rendu service à un ami cher à mon cœur, voilà la raison.
Je me suis reculée et retire ma main d'un geste sec.
- Très bien.
Je me suis détournée et regarde le feu dans l'âtre. Je l'ai entendu marcher jusqu'à la porte, mais il s'arrête sans l'ouvrir.
- Nos querelles pèsent à Aragorn, je veux bien essayer de faire un effort à votre égard.
Je n'en crois pas mes oreilles en le dévisageant vivement, mais j'arrive à lire sur son visage une certaine sincérité. Dois-je me méfier ? Dois-je y croire ?
- Mon coeur me dit de vous croire, mais ma raison me l'interdit. dis-je durement.
- Je ne vous l'offrirai pas deux fois Maliha.
- Commencez par me tutoyer alors.
Un air surpris passe avant un faible sourire.
- Si tel est ton souhait.
- Merci Legolas.
Je le vois hésiter, mais finalement il pose une main sur son cœur et la tend vers moi. C'est la première fois que Legolas me salue officiellement avec respect à la manière des elfes et je le lui rends.
oOo
Sorry j'ai été longue... Mais c'est enfin les vacanes pour moi ^^ !
La bise.
