Bonjour à tous! Tous mes voeux pour cette nouvelle année! La formulation la plus fréquente actuellement est « bonne santé, surtout », mais pour ma part je préfère vous souhaiter ce qui donne du sens à la vie humaine: aimer et être aimé. C'est peut-être un peu mélo dit comme ça, mais il me semble que c'est le plus important et le plus épanouissant quand on le prend au sérieux.
Bref! Voici le troisième chapitre de cette histoire. Je me remets doucement à dégager du temps pour écrire, après la naissance de mon deuxième enfant fin octobre. Bonne lecture!
Chapitre 3
S'il y avait bien une chose que James T. Kirk aimait faire lors de ses moments d'inactivité, c'était observer.
Oui, Starfleet lui avait confié une mission « de la plus haute importance pour la bonne marche de la Fédération et de ses alliés », lui imposant le délicat défi d'amener une bonne centaine diplomates ennemis en un seul morceau sur Babel, exigeant un repas « de familiarisation » des ambassades toutes ensemble… Mais ce n'était pas une raison pour laisser passer les bons moments quand ils se présentaient.
Après s'être composé un plateau de ses aliments favoris (un buffet diplomatique était chose trop rare pour penser à la diététique), il était allé se poster dans un coin, où, piochant distraitement dans ses victuailles, il regardait avec intérêt le spectacle devant lui.
Il était heureux d'avoir achevé les visites. La plus délicate avait été celle des Andoriens. Ils faisaient partie des plus paisibles des humanoïdes, cherchant toujours à éviter un conflit, au point que les ambassadeurs avaient été choisis sur la base du volontariat - ce qui faisait qu'ils composaient la plus importante délégation: trente Andoriens, qui ne se connaissaient même pas tous.
La visite avait commencé, pleine de bienveillance et de compliments sur le calme qui régnait sur l'Entreprise, mais l'un d'eux avait soudain remarqué le nombre de caméras de surveillance, et s'était exclamé que de telles mesures nuisaient à l'atmosphère de confiance établie entre les membres de Starfleet et ceux de la Fédération.
Kirk avait eu beau répéter patiemment que les enregistrements vidéo n'étaient consultés qu'en cas de souci de sécurité, et sinon étaient détruits au bout de 24h, il avait dû faire face à trente délégués aussi énervés que des Andoriens pouvaient l'être, et ce n'était pas une expérience qu'il était prêt à renouveler.
Officiellement, les officiers étaient présents pour tenir compagnie aux ambassadeurs; officieusement, ils veillaient à gérer tout conflit éventuel. Ils étaient conscients que, un jour ou l'autre, les tensions présentes entre les différentes espèces présentes à bord éclateraient, et il serait de leur devoir d'arrêter toute hostilité.
Malgré ce qui-vive dissimulé au mieux, Kirk ne boudait pas son plaisir d'observer leurs hôtes.
La première chose qui frappait l'oeil était les multiples couleurs des habits de délégués: vert pâle des Andoriens, brun rouille des Tellurites, et même rose bonbon pour les Perséiens, qui profitaient de leur petite taille pour se glisser habilement jusqu'aux tables les mieux garnies.
Ensuite venaient les mouvements: marche gracieuse ou gestes saccadés accompagnant une discussion, le tout dans une cacophonie de langues qui laissait légèrement étourdi. Kirk fut un peu rassuré de voir que les délégations ennemies se snobaient superbement -tout du moins, pour l'instant.
Au milieu de cette pagaille apparente, Kirk repéra Spock, qui faisait lentement le tour de la pièce, attentif à chaque détail. Dans un coin, Uhura discutait avec une Valienne, apparemment ravie de rencontrer une Humaine parlant sa langue.
Kirk remarqua aussi Sarek. Il était entièrement vêtu de gris foncé, hormis les taches de couleur des symboles cousus sur sa poitrine. Il discutait avec McCoy. Kirk se promit de demander au médecin comment il avait réussi à aborder l'impassible Vulcain.
III
« - Je dois avouer, ambassadeur, que j'ai bien du mal à imaginer Spock quand il était petit, dit McCoy, en veine de paroles (l'alcool, servi en qualité et quantité satisfaisantes, lui avait soufflé de tenter une réconciliation entre le père et le fils). Avait-il des camarades? Jouait-il?
- Les jeunes Vulcains ne jouent pas, docteur, répondit Sarek, qui semblait résigné à mener une conversation la plus polie possible avec le médecin. Tout au plus, en dehors des exercices intellectuels et physiques, se livrent-ils à l'étude comportementale des… dans votre langue, vous diriez « chevaux de bois ».
- Des chevaux de bois? gloussa McCoy. Vous avez illuminé ma journée, non, ma semaine! Imaginer Spock jouant avec un cheval de bois…
- Il s'agit de carnivores mesurant entre 100 et 160 cm d'encolure, avec de longues canines et une force comparable à celle d'un Vulcain adulte, continua Sarek en le fixant d'un regard indéchiffrable.
- Ah… »
McCoy, légèrement dégrisé par cette réplique, réalisa que Sarek avait pris la défense de son fils. Bon début.
Il était encore en train de forcer son cerveau à produite une réponse constructive quand un Tellurite s'avança et se plaça devant Sarek, obligeant le médecin à faire un pas de côté.
« Eh bien, Sarek de Vulcain? Quelle est votre opinion sur Coridan? »
Le volume sonore de la salle diminua soudain. Instinctivement, les ambassadeurs s'écartèrent des deux protagonistes. McCoy s'éloigna également, et chercha Kirk du regard. Le capitaine avait repéré la scène et s'avançait lentement, prêt à intervenir. Spock venait de partir pour prendre son quart sur le pont en tant que capitaine suppléant.
Plus petit, mais beaucoup plus large que Sarek, le Tellurite bombait le torse, visiblement énervé (mais, pensa McCoy, un Tellurite calme était en soi une contradiction). Ses petits yeux porcins fixaient Sarek, tandis que ses larges narines se dilataient au rythme de sa respiration.
« - Ambassadeur Gav, il a été explicitement énoncé que toute parole relative à Coridan était prohibée à bord de l'Entreprise, répondit Sarek d'un ton parfaitement calme, mais soutenant sans faillir le regard du Tellurite. De plus, je suis ici au nom du peuple vulcain, et mon avis personnel n'a aucun intérêt.
- Au contraire, il m'intéresse! Alors donnez-le-moi, maintenant, vous m'entendez? gronda Gav, agitant ses mains griffues d'un air menaçant.
- Vous connaîtrez en détail la décision du Haut Conseil Vulcain, quand nous arriverons sur Gamma-Centaurus », dit Sarek.
Avec un cri de rage, Gav lança le poing en avant, et percuta ce qui se trouvait à sa hauteur: les côtes de Sarek.
Une fraction de seconde, McCoy ne crut pas l'information que lui donnaient ses yeux: Sarek se plia en deux et mit un genou à terre. Mais, tout de suite, il se releva et balaya le poing du Tellurite d'un revers de bras. Gav recula en trébuchant et cogna contre un mur. ll reprit vite ses esprits et fit un pas en avant avec un grognement bizarre, tandis que les autres délégués tellurites se regroupaient derrière lui.
Sarek les attendait, dressé de toute sa hauteur, les poings serrés. Une lueur étrange brillait dans ses yeux. McCoy se demanda si le diplomate, comme Spock lors de ce jour terrible sur le pont, allait laisser libre cours à sa colère.
Ce fut le moment que Kirk choisit pour intervenir.
« Voyons, messieurs, cela suffit! s'écria-t-il en se mettant entre les adversaires (choix dangereux et imprudent, pensa McCoy). Si vous croyez pouvoir déclencher une dispute à bord de ce vaisseau, je vous mets aux arrêts jusqu'à la fin de notre voyage! »
Une lourde seconde de silence tomba, puis une deuxième. Le regard de Kirk passait d'un côté à l'autre, avec une autorité que McCoy avait rarement vue jusque-là. Enfin, Gav lança un ordre guttural par-dessus son épaule, et les Tellurites se dispersèrent.
« -Nous en reparlerons, Vulcain, gronda-t-il avant de quitter la salle.
-Votre heure sera la mienne, ambassadeur », répondit le Vulcain d'une voix à peine plus forte qu'habituellement.
Il était à nouveau calme et impassible, comme si rien ne s'était passé. McCoy se demanda même s'il avait rêvé cette altercation… mais son regard médical aiguisé infirma cette hypothèse: Sarek était très légèrement essoufflé, et ses lèvres avaient pris une subtile teinte orangée, à peine visible.
McCoy n'avait jamais entendu parler d'un changement de coloration labiale chez les Vulcains, et en déduisit qu'il devait s'agir de l'effet d'une colère violemment maîtrisée. Il regarda Sarek quitter à son tour la salle de restauration, puis s'attaqua à un problème bien plus concret: gérer les ambassadeurs restants pour qu'ils évitent de se cogner dessus à leur tour.
