Bonjour à tous!
Voici un petit chapitre pour la suite!
Je continue lentement à écrire, quelques lignes par mois… Je sortirai sans doute le champagne quand j'écrirai enfin le mot « Fin » :)
Bonne lexture!
Chapitre 4
Kirk s'adossa à son fauteuil en réprimant une soudaine envie de se ronger les ongles.
Il était nerveux.
Tout l'après-midi, il était resté sur le qui-vive, s'attendant à tout moment à recevoir un message lui annonçant que des ambassadeurs avaient souhaité anticiper leur séjour sur Babel, et avaient fini par en venir aux mains.
Après l'altercation entre Gav et Sarek, les ambassadeurs s'étaient excusés les uns après les autres et étaient retournés dans leurs quartiers respectifs (ce qui avait créé une bonne demi-heure de tension, l'équipage devant avoir l'oeil sur chacun des diplomates se déplaçant dans les couloirs). Malgré la tension palpable, rien de méchant n'était arrivé, exception faite de quelques noms d'oiseaux lancés de part et d'autre.
Certes, les mesures de sécurité avaient été discrètement renforcées, chaque membre de l'équipage plus vigilant que jamais -et d'ailleurs, les hôtes évitaient dorénavant d'eux-mêmes leurs opposants, préférant prendre leurs repas dans leurs quartiers et réduisant leurs déplacements au strict nécessaire-, et rien ne s'était passé pour l'instant, mais… Kirk n'aimait pas ce calme.
Sans doute le calme avant la tempête.
Et puis, il y avait aussi ce curieux petit vaisseau, repéré par Uhura dans la matinée, et qui les suivait sans jamais répondre aux messages qu'elle avait envoyés dans à peu près toutes les langues qu'elle connaissait -ce qui lui avait pris deux bonnes heures.
Cette fille était surdouée.
Pas étonnant qu'elle ait tapé dans l'oeil de Spock (et réciproquement).
De son côté, le Vulcain était penché sur ses écrans et analysait les maigres données obtenues sur le vaisseau-suiveur, dont la coque, à la composition inconnue et totalement hermétique, ne laissait rien deviner de l'intérieur.
Starfleet ayant interdit toute communication sub-spatiale hors urgence (un vaisseau rempli de diplomates était un butin bien trop alléchant pour le signaler à d'éventuels pirates, Romuliens, ou autres créatures désireuses de semer le désordre), l'Entreprise était livrée à elle-même.
D'habitude, Kirk appréciait d'être seul maître à bord, sans devoir attendre sagement les ordres de personnes ne connaissant quasiment rien de la vie spatiale. Mais, actuellement, il n'aurait pas craché sur quelques informations que Starfleet pourrait éventuellement lui fournir sur leurs poursuivants.
Il jeta un oeil au cadran horaire. Encore une heure, et l'équipe Delta prendrait le relais pour la « pseudo-nuit », comme l'équipage surnommait la période de pénombre dans les couloirs, supposée assurer le rythme circadien des hommes à bord (qui, dans la pratique, restaient généralement à leurs postes ou dans leurs cabines, bien éclairés).
Kirk sentait la fatigue peser sur ses épaules. Il se demanda si la nervosité le laisserait dormir, ou s'il ferait mieux de rester sur la passerelle le plus longtemps possible, pour pouvoir réagir tout de suite si un ambassadeur décidait de mettre un peu d'ambiance au milieu de la nuit.
Le repos est une arme, se souvint-il avoir lu dans un roman*. Il ferait mieux de reprendre des forces pour être en capacité de prendre les bonnes décisions. Et puis, il pouvait compter sur Spock pour assurer la suppléance du capitanat: juste avant le début de leur voyage, le Vulcain avait dormi (Kirk avait été mis au courant par Uhura, qui errait, désoeuvrée, pendant l'une de ses vacations), ce qui lui assurait quinze jours de veille sans signe de fatigue.
Une question lui vint soudain à l'esprit: Spock parviendrait-il à gérer objectivement une situation dans laquelle Sarek serait impliquée? S'il s'agissait d'un Vulcain inconnu, Kirk était persuadé que Spock pourrait garder une attitude parfaitement logique et impartiale pour résoudre la crise. Mais c'était quand même son père, avec tous les liens compliqués que cela entraînait…
La voix d'Uhura le tira brusquement de ses pensées.
« -Mes derniers messages restent toujours sans réponse, capitaine, dit-elle en se tournant vers lui. Dois-je envoyer un compte-rendu à Starfleet?
- Non, lieutenant, ce n'est pas un cas d'urgence. Et souhaitons que cela n'arrive pas », répondit Kirk, avec le désagréable pressentiment que l'avenir contredirait ses paroles avec une totale et magnifique ironie.
Sous prétexte de se dégourdir les jambes, il se leva, fit quelques pas autour de son fauteuil et s'approcha, l'air de rien, de la jeune femme.
« - Tu es sûre que ça va? murmura-t-il si bas qu'il n'entendit pas ses propres paroles (dans le silence studieux de la passerelle, et avec Spock deux postes plus loin, mieux valait être discret, et Kirk avait confiance en l'ouïe exceptionnelle de sa responsable de communications). Tu n'as pas l'air très en forme.
- Ca va », répondit-elle brièvement sans le regarder.
Quand ses yeux cernés lancèrent un rapide coup d'oeil à Spock, apparemment plongé dans son travail et l'ignorant superbement, Kirk comprit.
Les rapports entre Uhura et le capitaine avaient beaucoup évolués depuis leur première rencontre. Kirk avait vite compris qu'il ne gagnerait rien à user de ses charmes sur la jeune femme, car elle était plus intelligente et indépendante que ses « cibles » habituelles (Kirk ne pouvait s'empêcher d'éprouver un peu de honte en pensant aux années où, jeune et oisif, il passait son temps à chercher de nouvelles conquêtes pour se prouver qu'il était capable de réussir quelque chose dans sa vie). Avec Spock arrivant dans le paysage, cela avait définitivement défini leur rapport comme une agréable relation entre collègues, et une belle amitié en-dehors du travail.
Leur amitié s'était surtout développée lors de leur dernier séjour sur Terre. Après trois semaines de permission, ils s'étaient retrouvés en Australie, où Spock et lui devaient donner quelques conférences sur leurs récentes découvertes dans la galaxie du Lion. Un après-midi, Uhura et lui étaient sortis à la demande de la jeune femme, laissant Spock faire découvrir à ses auditeurs les possibles applications sub-spatiales des radiations magnétiques de Sigma-Aries.
L'air ingénu, Kirk avait demandé à Uhura si elle préférait vraiment son illustre compagnie à un exposé relativement indigeste, mais réalisées par son cher et tendre. Uhura s'était contentée de rire en levant les yeux au ciel.
Ils avaient passé la journée à marcher dans le grand désert, guidés par un petit appareil prêté par une agence touristique du coin, qui permettait aux visiteurs de s'orienter sans avoir besoin d'un guide. Avec une surprise émerveillée, Kirk avait découvert, en plus de la jeune femme intelligente et courageuse qu'il connaissait, une personne gaie et curieuse de tout, qui ne pouvait s'empêcher de chanter à pleins poumons dès qu'elle se trouvait hors d'un lieu habité.
Le soir, ils s'étaient arrêtés sur un éperon rocheux pour admirer le coucher du soleil. Kirk avait triomphalement sorti deux bières de son sac, et ils avaient commencé à parler de choses plus personnelles.
Kirk avait appris qu'Uhura venait de présenter Spock à sa famille, qui habitait une petite ville sur la côte Est des Etats-Unis d'Afrique. Malgré des démonstrations d'accueil et de bienveillance à son égard plutôt… manifestes, Spock avait déclaré être tout à fait à l'aise parmi ces gens simples et expressifs, qui, pour la plupart, vivaient du travail de la terre.
La jeune femme s'était rembrunie quand Kirk avait lancé un désinvolte « Et Vulcain, c'est pour quand? ». Elle avait interrompu les excuses bafouillées par le jeune homme pour évoquer rapidement les difficiles relations entre Spock et son père.
« Ni lui ni moi ne souhaitons continuer à vivre en nous cachant, avait-elle dit. Mais ils ne se parlent plus du tout, depuis des années. Je rêve de deux mariages, chacun selon nos traditions… Mais actuellement, je ne vois pas de solution. »
C'était donc cela qui pesait sur la jeune femme comme une chape de plomb: la présence de Sarek, qui obligeait Spock et elle soit à redoubler de précautions pour laisser leur relation dans l'ombre, soit à trouver un moment adéquat pour annoncer la nouvelle à Sarek.
Kirk ne pouvait pas y faire grand-chose, hormis appeler la chance de ses voeux.
« Continuez à garder un oeil sur ce vaisseau, lieutenant, dit-il à voix haute. Peut-être aura-t-il enfin la politesse de nous dire bonjour. »
*La mémoire dans la peau, de Robert Ludlum
