« -Je vous remercie pour ces informations, lieutenant, dit Spock, le visage impassible. Auriez-vous la possibilité d'écrire immédiatement votre rapport, ou souhaitez-vous faire évaluer votre état de santé par le docteur McCoy?

-Je vais parfaitement bien, répondit Uhura, debout devant lui. Je vous apporterai mon rapport d'ici une demi-heure. »

Ils échangèrent un signe de tête des plus formels, puis Uhura retourna s'asseoir à son poste. Depuis le siège du capitaine, Kirk réprima un sourire: l'idylle de ces deux-là était un secret de polichinelle, et pourtant ils continuaient à se comporter comme deux parfaits collègues pendant leur travail. Peut-être par discrétion, ou bien pour être sûrs de travailler de manière impartiale…

Kirk se rembrunit soudain. S'il était soulagé par l'état d'Uhura, il imaginait déjà la réaction des Tellurites en apprenant que l'un d'eux était sous les verrous. De plus, il faudrait comprendre pourquoi Gav avait attaqué la jeune femme. S'agissait-il d'un complot de la part de la délégation tellurite contre la Fédération? Ou bien Uhura avait-elle, sans forcément le savoir, vexé Gav qui avait alors voulu se venger?

D'ailleurs, en parlant d'Uhura…

« Capitaine, je capte un signal depuis le vaisseau qui nous suit, dit la jeune femme. Une sorte de sifflement, on dirait… »

Elle s'interrompit soudain et arracha son oreillette avec une grimace. Kirk eut l'impression d'entendre lui même un sifflement de plus en plus fort, sans pouvoir en identifier l'origine. Brusquement, les lumières et les écrans s'éteignirent, mais cela ne dura qu'une fraction de seconde.

« -Sulu, au rapport, lança Kirk, tandis que son intuition lui hurlait qu'il ne s'agissait pas d'un petit souci sans importance.

-Rien à signaler, capitaine, tout est en parfait état de marche, répondit le pilote, dont les mains volaient sur la console. C'est comme si rien ne s'était passé. »

Ce fut cette fois-ci le tableau de bord qui se mit à siffler.

« -Kirk, j'écoute, dit distraitement le capitaine, espérant ne pas apprendre une catastrophe de plus.

-Capitaine, ici Villeray. Il y a eu un court-circuit au quartier de détention. Tout l'étage est verrouillé. Pourriez-vous nous rejoindre?

-J'arrive, répondit Kirk, maudissant la loi de Murphy et imaginant le pire. Spock, venez avec moi. Il faut être deux officiers pour modifier les paramètres du quartier de détention. »

Marchant à grands pas, ils arrivèrent rapidement à l'entrée du quartier de détention. Devant la porte les attendaient trois agents de sécurité et Villeray. Le Français avait demandé sa mutation sur l'Entreprise quelques mois auparavant, pour pouvoir travailler près de sa fiancée, une biologiste du vaisseau. Il s'était montré si consciencieux dans sa fonction d'agent de sécurité que Kirk lui avait vite confié la responsabilité de ce service -et il avait également marié les deux tourtereaux lors d'une escale.

« -Impossible de savoir ce qui se passe à l'intérieur, capitaine, dit-il sans préambule. Il s'y trouve deux agents et Gav est le seul prisonnier.

-Mettez vos phaseurs sur étourdissement, nous allons ouvrir », répondit Kirk en se dirigeant vers le panneau de commande.

Il entra son code personnel, puis Spock l'imita. La porte s'ouvrit en sifflant, révélant la pièce principale. Deux silhouettes inertes étaient à terre, près de l'ordinateur central.

Sans réfléchir, Kirk se précipita à l'intérieur, l'angoisse le prenant à la gorge. Il avait déjà perdu trop d'hommes, et refusait de croire que cela pourrait à nouveau lui arriver. Davantage conscient d'un éventuel danger, Spock lui emboîta le pas pour rester proche de lui. Kirk chercha le pouls des agents, et laissa échapper un soupir de soulagement.

« -Ils sont vivants », annonça-t-il d'une voix un peu moins ferme que ce qu'il aurait souhaité.

« Capitaine, venez voir! » appela un agent, debout devant une cellule de détention.

Kirk se releva, soudain saisi d'un mauvais pressentiment.

Le champ de force de la cellule était revenu, empêchant de rejoindre son contenu: Gav, tassé sur lui-même, le cou plié dans un angle inquiétant.

Mort.