Kirk hésita un instant avant de sonner à la porte de Sarek. Si celui-ci était réellement le meurtrier de Gav, il se défendrait sans doute, et c'est le capitaine qu'il attaquerait le premier. Et alors, il faudrait compter sur l'habileté de McCoy et la force toute en retenue (mais non moins efficace) de Spock pour qu'il s'en sorte -lui et tout le vaisseau, en fin de compte: après avoir maîtrisé le capitaine, la décision de Sarek serait probablement de prendre possession de l'Entreprise et de s'enfuir pour échapper à la justice de Starfleet… Il n'allait pas forcément tuer Kirk, mais peut-être s'en servir comme otage…
« Capitaine? »
Spock le fixait d'un air interrogateur. Kirk se secoua, commanda à son imagination de rester bien tranquille dans un coin de sa tête, et appuya sur le bouton de la porte. La réponse ne tarda pas, et la porte s'ouvrit quand il annonça leur venue. Kirk rassembla tout son courage et s'avança.
II
Quand il entra dans la cabine, la première chose qui frappa McCoy fut la pâleur du visage de Sarek, et la couleur légèrement orangée de ses lèvres. Mais il détourna vite son attention quand Kirk se mit à parler.
« -Pardonnez-nous de vous déranger, ambassadeur, dit-il d'une voix sans un soupçon d'appréhension (pourtant, il y aurait eu largement de quoi. McCoy nota mentalement de féliciter le capitaine pour sa maîtrise). Nous souhaiterions nous entretenir un moment avec vous.
-Bien sûr, capitaine. A quel sujet? demanda Sarek.
-L'ambassadeur Gav a été tué il y a moins d'une heure » répondit Kirk, les yeux fixés sur le visage de Sarek.
McCoy ne décela pas le plus infime mouvement sur les traits du vieux Vulcain.
« -C'est regrettable, dit celui-ci. Les pourparlers seront retardés, le temps que les Tellurites envoient ici un autre délégué.
-La technique utilisée pour le meurtre a été le Tal-Shaya », dit Spock.
Un des sourcils de Sarek frémit de façon quasi imperceptible. Il balaya ses visiteurs du regard.
«-Je vois, dit-il lentement. Je peux déjà vous assurer que je ne suis pas responsable de l'attaque de l'ambassadeur Gav, même si je doute que ma parole soit suffisante dans la situation actuelle.
-Je suis sincèrement navré de devoir vous poser cette question, mais où étiez-vous ces dernières heures? demanda Kirk d'une voix que le mélange de fermeté et de gêne rendait un peu bizarre.
-Je suis dans mes quartiers depuis 2,6 heures, et je n'en suis pas sorti. La vidéosurveillance pourra en attester.
-Les agents de sécurité vous avaient pourtant demandé de vous rendre au quartier de détention après le réveil de Gav, répondit Kirk. Ils vous ont appelé ici, mais vous n'avez pas répondu. »
McCoy repéra une demi-seconde d'hésitation de la part de Sarek. De plus, le Vulcain oscillait légèrement, comme s'il avait un peu de mal à trouver son équilibre. De nettes preuves de trouble, pensa-t-il avec un peu d'amertume.
« Peut-être ignorez-vous que la discipline vulcaine impose des temps de méditation profonde, dit enfin Sarek. Cet état cérébral particulier empêche tout… »
Il s'arrêta net quand une de ses jambes lâcha sous lui. Il vacilla et s'agrippa au bureau, la respiration précipitée, les lèvres plus oranges que jamais. McCoy s'élança, mais Spock fut plus rapide que lui et saisit son père sous le bras pour le stabiliser. Le médecin plongea fébrilement la main dans sa sacoche, à la recherche de son tricordeur médical.
« Dans votre jargon, vous nommeriez cet état une crise d'angor, docteur », dit Spock du ton qu'il utilisait dans les pires situations -autrement dit, une voix parfaitement calme, comme s'il décrivait une réaction chimique de base.
McCoy hésita, passant mentalement en revue les hyposprays qu'il avait emportés. Mais déjà Sarek se redressait et tentait (avec plus ou moins de succès) de retrouver une attitude plus vulcaine.
« Ce n'est pas la première fois que cela vous arrive, n'est-ce pas? » demanda McCoy, pensant brusquement à l'attitude de Sarek quand Gav l'avait frappé, le soir de son arrivée.
Encore trop essoufflé pour parler, Sarek hocha lentement la tête, les yeux au sol.
« Et ça vous est encore arrivé ces dernières heures », ajouta le médecin, davantage comme une constatation que comme une question.
Sarek répondit de la même manière. Du coin de l'oeil, McCoy repéra que Kirk et Spock s'étaient légèrement mis en retrait, hors du champ de vision de Sarek. Il les remercia mentalement pour cette délicatesse. La situation était déjà assez humiliante comme cela pour le vieux Vulcain.
« -Il va falloir vous rendre à l'infirmerie, dit doucement McCoy, se demandant si Sarek allait obéir à la logique ou céder à son orgueil.
« -Quand vous voudrez, docteur », répondit le Vulcain de son ton habituel. Il avait retrouvé son attitude impassible, rigide, presque hautaine, mais évitait soigneusement le regard de ceux qui l'observaient.
McCoy faillit demander « Vous êtes sûr? », mais il décida que la fierté de Sarek était déjà suffisamment mise à mal. Il hocha la tête et sortit dans le couloir, heureux de savoir que le pont était désert. Sarek le suivit, apparemment parfaitement remis; mais l'oeil exercé de McCoy décela une infime boiterie de sa jambe droite.
« Spock, je vous laisse retourner sur la passerelle, dit Kirk. Je vais accéder aux vidéosurveillances le plus vite possible. »
Il n'en dit pas plus, mais son Bones, tiens-moi au courant! silencieux était presque audible. Il s'éloigna avec son second, faisant au passage un discret signe de tête aux deux gardes placés devant le turbolift, qui se dirigèrent vers McCoy et Sarek, visiblement pour les escorter jusqu'à l'infirmerie.
Le médecin réprima un soupir, se demandant comment la situation allait évoluer, comment il réussirait à persuader Sarek de faire les examens nécessaires, et
si c'était un assassin dont il allait devoir prendre soin.
II
Une crise d'angor est une sorte de pré-crise cardiaque, qui se manifeste parfois par une douleur dans le bras gauche. Les Vulcains n'ayant pas le coeur placé au même endroit que les Humains, j'ai imaginé que cette douleur survenait plutôt dans une jambe.
