Après avoir balayé la passerelle du regard pour vérifier que personne ne réclamait son intervention, Spock se permit de s'adosser légèrement sur le siège du capitaine et de plonger dans ses pensées. Sans savoir pourquoi, il avait eu la certitude que l'analyse des composantes de la coque du vaisseau suiveur lui permettrait de l'identifier; mais une fois les résultats obtenus, rien n'avait jailli de son esprit. Et pourtant… Il lui semblait avoir la solution, cachée quelque part, sans réussir à la saisir. C'était une situation inhabituelle, et plutôt désagréable. Pourquoi son intelligence était-elle si lente, alors que jusqu'ici il avait toujours pu compter sur sa vivacité et sa précision?
La réponse qui s'imposa à lui le dérangea presque autant que la frustration de ne pas identifier le vaisseau: une autre pensée l'occupait, envahissante, parasitant sa capacité de réflexion d'une façon totalement illogique puisqu'il ne pouvait rien y faire. Plus qu'une pensée, c'était une suite de questions sans réponses: le docteur McCoy avait-il trouvé le mal dont son père était atteint? Aurait-il les outils nécessaires pour lui rendre la santé? Et si oui, Sarek aurait-il des comptes à rendre devant la justice s'il s'avérait qu'il avait bien assassiné Gav?
Spock comprenait tout à fait que le docteur McCoy ne l'ait pas contacté, car un bilan médical par radio aurait violé toutes les règles de la vie privée; et en l'absence du capitaine, il se refusait à quitter son poste et à se faire remplacer pour un motif non indispensable.
Sans bouger la tête, il tourna les yeux vers Uhura: assise devant son poste, d'une raideur inhabituelle, son rôle se réduisait désormais à guetter une improbable communication du vaisseau suiveur. Il se demanda à quoi elle pensait. Il avait beau commencer à bien la connaître, il se savait encore trop peu expérimenté pour posséder l'empathie nécessaire pour deviner ses pensées. Peut-être pourrait-il s'en passer, si Nyota continuait à approfondir ses capacités télépathiques. Une fois la situation normalisée, il pourrait lui suggérer de…
Un bref sifflement annonça une communication interne. Mais aucun message ne suivit: juste une suite de coups sourds et de respirations.
« -Ici la passerelle. Identifiez-vous, dit Spock, un sourcil levé.
-Spock! Sur le pont six! C'est… »
La voix du capitaine s'interrompit soudain dans un cri. Les coups continuèrent, mais moins forts et moins fréquents.

Spock évalua rapidement la distance qui le séparait du pont six. Le centre de sécurité était plus proche. Il pianota sur son tableau de bord en essayant d'ignorer les regards horrifiés posés sur lui.
« -Lieutenant Villeray, le capitaine a été agressé sur le pont six. Envoyez immédiatement des agents sur place.
-Bien, Commandant. Terminé. »
Spock connaissait peu le responsable de la sécurité, mais il avait eu l'occasion d'apprécier sa réactivité, son sang-froid devant n'importe quelle situation, et il savait qu'il aurait un compte-rendu dans la minute.
Il réfléchit à des occupations à donner aux membres de la passerelle pour éviter une oisiveté inquiète et totalement improductive. Mais il n'eut pas besoin d'en trouver.
« Commandant, je viens de capter des ondes entre le vaisseau et l'Entreprise, dit Uhura. Ils semblent provenir de chez nous.»
Spock allait se lever pour étudier l'écran sur lequel travaillait Uhura, quand la radio de son fauteuil siffla.
« -Commandant, ici Villeray. L'agresseur a été neutralisé et envoyé au quartier de détention. Le capitaine a été blessé. Nous sommes en route vers l'infirmerie. -Merci, lieutenant. Veuillez rappeler au docteur McCoy de me faire venir à l'infirmerie dès qu'il en saura davantage sur l'état du capitaine, comme le demande le protocole.
-Bien, commandant.
-Et avez-vous identifié l'agresseur?
-Il s'agit d'un Andorien. Grâce au programme de reconnaissance faciale, je pourrai l'identifier dès que je serai de retour au quartier de détention.
-Merci, lieutenant. Terminé. »
Spock se redressa dans son siège et prit un instant de réflexion: un Andorien, ce n'était pas logique… Mais ce problème n'était actuellement pas prioritaire.
« Lieutenant Uhura, puis-je étudier vos relevés? »