Chapitre 3 : Le cadeau

En dernier, Potter dépose son devoir sur la table, deux parchemins. Severus n'en avait demandé qu'un.
– J'espère avoir fait mieux, cette fois-ci.
C'est la première fois que Severus se réjouit de devoirs à corriger. Il hoche la tête tout en caressant machinalement la feuille.
– On peut toujours rêver...

Avant, Harry aurait pris cette réponse pour une insulte mais le ton de son Professeur n'est pas sarcastique. Il ressemble à une proposition, qui le fait frissonner.

Les mains à plat sur le devoir, Severus attend d'être seul, puis, soulève délicatement la feuille.
« Ta réponse, le tutoiement, ton intervention, tes yeux... Oui Professeur, je t'ai clairement sous-estimé. Ta réponse m'a surpris. J'attendais de la dérision et des sarcasmes mais je n'ai vu que des doutes et, peut-être, un encouragement. Je t'assure que mes sentiments pour toi sont sincères. Je ne veux pas te mettre dans l'embarras mais je ne peux plus me taire. Ça me ronge de l'intérieur. Je me languis de toi. Lorsque tu m'as tutoyé en cours, l'autre jour, c'est comme si la barrière entre nous était en train de céder. J'avais envie de te tutoyer à mon tour et de t'appeler par ton prénom, Severus. Ton intervention chevaleresque a laissé une marque sur mon poignet mais aussi dans mon coeur. Merci de m'avoir, à nouveau, sauvé. Je ne t'ai jamais remercié de m'avoir protégé. Avec toi, je me sens en sécurité. Et lorsque tu as baissé tes yeux sur moi. Je me suis senti enveloppé par un sentiment délicieux. Celui d'avoir ton entière attention. J'ai encore envie de ton regard sur moi, même si j'ai l'impression que je vais me consumer de l'intérieur. Professeur, je t'en supplie, donne-moi une retenue que je puisse t'observer à loisir. »

Severus n'avait pas remarqué pour le tutoiement. Il est en train de glisser. C'est dangereux. Il ne doute plus des sentiments de Potter. Après ce mot rempli de chaleur, il a besoin d'une douche froide. Il pourra lui répondre ensuite, en étant raisonnable.
Cela ne fonctionne pas. La douche attise ses sens. L'eau froide lui rappelle le regard de Potter qui se déverse sur lui, en cascade. Severus est dur, alors il pense à ces mots doux et ces sentiments mièvres mais authentique et cela lui donne envie de pleurer. Il augmente la température, l'eau devient tiède, comme la réponse qu'il devrait lui donner. Il sort de la douche. Nu, il compose sa réponse, sans réfléchir.
« Potter, tes performances dans mon cours sont une menace, non seulement, pour la sécurité des autres élèves mais pour l'humanité. En tant que Professeur, je ne peux pas continuer à cautionner ce manque d'aptitudes. Des cours particuliers s'imposent. Ils auront lieu les mardis, dans mon bureau à 19h. Durant une heure, nous réviserons les bases des potions. En espérant, ainsi, augmenter ta concentration durant mes cours. PS»
Severus n'ose pas relire ce qu'il a écrit. Soulagé, il plie en quatre l'offense qui le perdra. Alors seulement, les yeux fixé sur la lettre de Potter, il se laisse succomber au plaisir.

XXX

Severus hésite, le mot plié dans sa poche. Il lui reste une chance de s'échapper. Il rend le devoir de Potter sans le regarder. Il ne veut pas voir sa réaction. Potter le retient, le poing serré contre le tissu de sa cape. De la déception dans sa voix:
– Professeur?
Severus lui répond d'un ton froid.
– Pas maintenant, Potter.
Puis, il sort le mot de sa poche et le pose brusquement sur le bureau. Voilà, cette fois, il est perdu.
Potter regarde la feuille pliée en 4, comme un cadeau de Noël qu'il n'attendait plus. Il le déballe lentement. Impatience, il prend trop de temps, Severus a envie de s'éclipser. Les dés sont jetés de toute façon. Mais Potter ne veut pas lâcher sa cape.
En lisant le mot, le regard de Potter s'illumine tel un sapin de Noël. Ça valait presque la peine. Potter se décide à relâcher sa cape.
– Merci, Professeur.
Severus soupire. Merlin le préserve des amours d'adolescents.

Harry relit le mot de Severus, encore et encore. Il n'arrive toujours pas à y croire. Des cours particuliers en tête à tête avec Severus. Son Professeur, le regard froid, le surveille du coin de l'oeil. Harry essaie de se concentrer. Ce n'est pas évident lorsqu'il a envie de crier de joie et que son coeur ne cesse de bondir dans sa poitrine.

Sa potion n'est pas de la bonne couleur, mais il n'y a pas eu d'explosion. Harry tend sa fiole à son Professeur qui l'observe d'un air dégoûté. Il veut s'enfuir mais son Professeur le retient par le poignet. Il se penche vers lui et murmure pour que lui seul l'entende:
– C'est la dernière fois que je tolère ta distraction. A partir de maintenant, j'attends de toi que tu te concentres uniquement sur le cours.
Harry hoche la tête en essayant d'adopter un air convaincant. Severus lève les yeux au ciel puis relâche son poignet, leurs doigts se frôlent. Électricité.