Chapitre 13 : Clair de lune

Harry, blotti dans ses bras, ronronne. Aucune motivation pour les potions. Severus n'a qu'une envie, l'emmener au lit pour une sieste crapuleuse.
Severus, en soupirant:
– Sommeil sans rêve...
Harry récite:
– Une potion violette qui sent la lavande, goût sucré, quand on la prend, on se sent flotter sur un nuage... On m'en a donné une fois à l'infirmerie.
– C'est bien, Chéri.
Severus fouille dans son armoire et aligne les ingrédients sur la table.
– Lavande, le goût sucré c'était du miel, plumes d'oies, pétales de coquelicot, quartz rose, rosée de lune... Il n'y en aura pas assez... Prochaine pleine lune?
Severus regarde son calendrier.
– Ce... soir... On a du pot!
Severus prépare les fioles, puis, d'un ton narquois:
– ''Balade au clair de lune'', grand classique... Dans ta liste!
Harry, sur le même ton:
– Évidemment!... Je vais chercher ma veste.
– Pas le temps, je te prête une des mienne. Prenons une couverture aussi.

Severus lui a donné une veste qu'il a ajusté à sa taille et une écharpe vert Serpentard, Harry se fiche de la couleur, elle a l'odeur de Severus. Harry se demande s'il pourrait la lui piquer discrètement.
Severus marche à grandes enjambées. On dirait qu'il veut s'éloigner au plus vite du château. Côte à côte, leurs mains se frôlent. Harry savoure sa présence malgré la distance imposée. Il est titillé de ne pouvoir le toucher.
Quand ils arrivent à bonne distance du château, Severus ralentit l'allure et lui prend la main. Le cœur d'Harry fait un soubresaut. Le bruit des grillons et la lune comme seul témoin, Harry à l'impression qu'il sont seul au monde. Sensation de liberté. Il aimerait que ce moment se prolonge.
La couverture étendue dans l'herbe, les deux s'arrêtent pour cueillir les gouttes de rosées.
– Combien il en faut?
– 20 gouttes mais faisons le stock. On ne peut les cueillir qu'à la pleine lune.
Severus récolte les gouttes, avec douceur, comme il l'a fait avec les larmes d'Harry. Harry commence à mieux comprendre sa passion pour les potions. Quand les fioles sont pleines, ils s'installent sur la couverture. Enlacés, les yeux fixés sur la lune et le ciel étoilé. Harry passerait bien la nuit là. Le château ressemble à une prison désormais. Il rêve d'escapade.
Severus, curieux:
– A quoi tu penses?
– Je nous cherche une planque.
– J'ai une baraque mais elle est délabrée. Je n'y vais que pendant les vacances scolaires. Pas sûr que ça te plairait.
– Mais si. Mes standards sont très bas, depuis le placard.
Severus se fige.
– Pardon?!
– Oublie ce que j'ai dit.
Severus, inflexible:
– Non Harry.
Harry soupire, il aurait mieux fait de se mordre la langue.
– Les Dursleys n'aiment pas la magie. Ils m'ont fait dormir dans le placard de l'escalier jusqu'à mes 11 ans. Alors ta maison c'est sûrement un palace à côté.
Le regard de Severus se refroidit de 30 degrés.
– Les fils de putes! Est-ce qu'ils ont levé la main sur toi?
– Pas tout à fait... Quelque coups de pieds... Ils préféraient me priver de nourriture et me faire faire toutes les corvées.
– Je vais les tuer.
Tout au fond, Harry est flatté de la réaction.
– Pas la peine de finir en prison pour ces imbéciles...
– Je peux faire ça discrètement... Je connais des dizaines de sorte de poisons.
Harry s'imagine la scène, Severus avec une fiole qui ricane au-dessus des cadavres des Dursleys, plutôt flippant et aucune satisfaction. Il secoue la tête.
– Non c'est bon, Severus.
– Torture?
Image absurde de Vernon qui se fait titiller les pieds par une plume... Écartèlement... Un doigt en moins... Avec la magie, Harry n'ose pas imaginer de quoi Severus serait capable... Image des Dursleys enfermés dans le placard, une pointe de satisfaction. Harry, regard baissé avoue:
– Je crois que je leur souhaite juste de vivre ce qu'il m'ont fait subir.
– C'est bien normal, chéri. On va s'occuper de ça. Tu n'y retourneras pas...
Les larmes montent, soulagement. Severus le serre dans ses bras. Un sanglot, puis le torrent...
Ça n'arrête plus de couler. Harry, contrit:
– Désolé...
– Laisse-toi aller...