Chapitre 67: Professeur Severus Snape

Severus, les mains moites, devant la porte. Il a toute la panoplie cette fois, même la cape. Est-ce qu'il la joue Vintage Snape, comme à la belle époque? Non il en a marre du connard. Faisons comme d'habitude, la tête au creux de l'épaule et tout le tintouin. Il n'arrive pas à sonner. La porte s'entrebâille. Harry Potter, le même regard qu'il y a huit ans. Au moins, il est consistant.
– Désolé, Monsieur, j'ai entendu du bruit. Vous êtes?
– Le marchand de tapis, allez pousse-toi.
Harry secoue la tête.
– Non, il faut le faire correctement! Comment vous appelez-vous, Monsieur?
– /Severus Snape/ Maître des Potions à Poudlard.
Harry, songeur:
– /Enchanté, Professeur./
Il s'efface pour le laisser passer. Punaise, l'angoisse! Comment se jouer soi-même.
– J'aime bien la baraque.
Normal, c'est chez toi, Ducon. Harry, en souriant:
– Je crois qu'on est chez mon futur-mari. Parlez-moi de vous, Professeur...
Il y a quelque chose de bizarre dans le ton, qu'est-ce que que c'est, du regret?
– Je t'avais prévenu qu'il avait une tête de con.
Harry, sévère:
– Chut, laisse parler le Prof. J'aimerais bien le découvrir. Faisons comme avec Robert... C'est toi que je préfère de toute façon.
– Je suis désolé, je ne suis pas très sociable.
Okay, au moins, ça c'est vrai.
Harry, rassurant:
– C'est pas grave.
Harry lui prend par la main. Severus, stupéfait, se laisse entraîner. Harry, franchement:
– Celui-ci, j'ai envie de le déshabiller. Je peux?
– Qu'il garde ses frusques... Pourquoi tu veux le déshabiller?
– Il a l'air coincé dans ces habits, juste pour l'aider.
Le ton, à la limite du perfide. Soit il sait que c'est moi et il joue la comédie. Soit il est vraiment attiré par Severus Snape, Professeur de Potions... Oh le con! Ce n'était pas de la défiance dans le premier regard d'Harry, c'était ces putains d'éclairs. Et le regret c'est parce que son mari lui a dit qu'il n'était pas Severus Snape. Okay, arrêtons de rêver, je suis en train de me monter la tête, c'est sûr.
– Je suis désolé, je suis un peu confus. Dis-moi franchement, sans me ménager, comment tu le trouves celui-ci?
Harry se met à pleurer.
– Pardonne-moi, il me tente trop. Je vais changer d'école. Je ne le reverrais plus jamais, promis.
C'est n'importe quoi! Relevons-lui la tête, est-ce qu'il pleure vraiment? Des larmes de crocodiles. Severus goûte, un goût salé, une sensation douce-amère. Severus, incrédule:
– Mais tu as repoussé Robert!
– Oui c'est vrai, je dois être fort... Professeur, je vais me marier.
On dirait qu'il m'annonce la mort d'un proche. Severus, mi-figue:
– Quel enthousiasme! Bon arrêtons ces conneries. Severus Snape, c'est moi. Bien joué, Chaton, tu m'as repéré.
Harry, faussement placide:
– Hein?
Ouh là là, cette fois, il est énervé. Alors ça donne ça. Foutons-nous à genoux.
– Je te prie de pardonner, Severus Snape, Professeur de Potions, ton futur-mari peut-être, qui doute tellement de son physique qu'il a voulu te faire un test pour...
– Mmh mmh. Et alors?
Baissons le regard.
– Alors il est sur le cul. Il n'y croit toujours pas. Lui, il n'arrive même pas à se regarder dans la glace. C'est pour ça qu'il a une dégaine pas possible les 3/4 du temps...
Harry, excédé, lui empoigne la main et le traîne derrière lui. Les escaliers montés 4 à 4. Dans la chambre, il regarde aux alentours, frustré:
– Accio miroir!
Du haut de l'armoire, une relique tombe. Harry la saisit au vol, satisfait. C'est quoi ce truc, il avait oublié qu'il l'avait. Toute la poussière de la galaxie, Harry prend sa cape et l'essuie. Vraiment remonté, le petit tigre. Le miroir planté devant sa face. Les cheveux, il faudrait peut-être qu'il les coupe. Le reste, comme d'habitude. Severus détourne la tête.
– Regarde-toi vraiment, Severus, ou je te quitte!
C'est du sérieux. Allons-y.
Harry, placide:
– Qu'est-ce que tu vois?
– Un homme, de bientôt 40 ans...
– Non, dis ton âge réel!
– 38... Les cheveux, un peu trop longs, noirs pour le moment. Pas de calvitie, Dieu merci. Ils sont fins et tu aimes bien les tripoter. C'est tout ce que j'ai pour les cheveux...
Harry, satisfait:
– C'est bien Severus, continue...
– Le front, des rides d'expression à force de cogiter mais on ne les voit pas tellement. Celle entre les sourcils est flagrante, par contre, parce que je les fronces tout le temps et aussi celles autour de la bouche, sans doute parce que je grimace et que je contracte la mâchoire, si je laisse aller, ça donne quoi? C'est mieux. Les sourcils sont épais, je les aime assez, c'est ce que je préfère dans ma figure. Les yeux, je ne regarde jamais, j'ai trop peur. Tiens-moi la main.
Harry lui empoigne la main. Il serre fort. Encore fâché... Pourtant, il fait l'exercice en essayant d'être objectif.
– Le regard, sévère...
– Surtout envers soi-même...
– Chhhhut, je te dis ce que je vois, sévère, noir, profond comme un puits sans fond, j'ai peur de m'y perdre, c'est pour ça que je ne regarde pas. Il y a l'âme au bout, je ne veux pas la voir. Je vais y aller. Au secours. Non, je ne peux plus avancer, route barrée. C'est mon bouclier d'occlumancie! Je le garde tout le temps? Pas étonnant que j'ai mal à la tête. On lève. Je vois de l'eau, elle est noire, des vagues, on dirait la mer mais de nuit... Le jour se lève, c'est une plage tout ce qu'il y a de plus paisible. Je me vois dans mon costume, je me déshabille et je plonge dans l'eau. Fin de la scène... Je m'attendais à pire. Mon nez, rien à dire d'agréable dessus, c'est ce que j'aime le moins dans mon visage mais il y a pire. La bouche, je ne l'utilise pas toujours à bon escient, je l'avoue.
– Tu dérapes, Severus.
– Non, je suis lucide. Fous-moi la paix. Où j'en étais... Ah oui la bouche, parfois, je me dis que j'ai une bouche de fille, j'ai honte, mais elle est jolie. C'est peut-être pour ça que je la contracte. Oui j'essaie de l'aplatir. Arrêtons ces conneries. Assumons... Je ne suis pas très masculin, de toute façon... Le menton, rien ne vient, ça doit être bon. Visage allongé. Les oreilles, on ne les voit pas de toute façon mais aucune tare. Et si je détends tout, ça donne quoi? Okay crise d'angoisse... Ça doit être toute cette tension qui s'évacue... Si je pleure, tant pis pour toi... Non j'ai plutôt envie de soupirer... Enfin, libre.
Harry l'embrasse gentiment. Il n'est plus fâché, youpi.
Et quand il est content, ça donne quoi? Un coup d'œil furtif au reflet. Ah oui, ça va.
Harry, décidé:
– On va l'accrocher au mur ce miroir. Il prend la poussière sur l'armoire. Tu as besoin de te voir régulièrement.
– Oui chéri, bien chéri, tout ce que tu veux chéri. Alors tu m'épouses?
Il a l'impression de faire la moue, ça donne quoi sans la bouche pincée? Harry, joueur, soulève le miroir et le met entre eux. Ouais c'est assez comique, tant pis, rions. Il a oublié les dents. Elles ne sont pas top. Il pourrait les blanchir avec une potion. Le reste, il faudra s'y faire. Y a pire. T'es pas mal, Severus. Et quand tu souris, il y a une petite étincelle. Évidemment, lui il voit autre chose, un sexe-symbole. Peut-être que si je me coupais les cheveux...
– Chaton? Et si je coupais mes cheveux, juste un peu, peut-être le devant? J'en ai marre du rideau.
– Mmmmh mmmh MMMMMMHHHHHHHHRRRR!
– Okay adjugé, récupérons tes souvenirs et ensuite allons chez le coiffeur avant que je change d'avis.