Chapitre 97 : Le guignol
La clef dans la serrure, vite sur le lit, faisons semblant de dormir.
Lizia, en riant:
– C'est là. Embrasse-moi pour divertir l'attention, si jamais.
Attends qu'est-ce qu'elle lui ramène!? Il ouvre un œil. Un sacré guignol, sapé comme l'as de pique. C'est pas bon ça, pas bon du tout!
Le guignol, hilare:
– C'est sobre.
Oui ben c'est chez moi, ne t'habitue pas trop. Heureusement que j'ai cette option chez les voisins.
Lizia, gênée:
– Oui, j'aime le minimalisme. Et ça c'est Guizmo qui dort sur le lit.
Le guignol, ironique:
– Gouzi, gouzi. Tu nous laisses une petite place?
Peut-être pas si guignol que ça. Étirons-nous et migrons vers le bas. Aucune compassion, je vais être relégué dans la salle de bain.
Lizia, enthousiaste:
– Ah tiens, d'habitude, il n'écoute rien.
– Vu sa gueule, il comprend tout ce qu'on dit. Garde-le à l'œil, des fois qu'il veuille conquérir le monde.
Le pas-si-guignol s'assied sur le lit et teste. Grincements enthousiastes du meuble. C'est de la merde, je suis d'accord avec toi.
– Ah oui, d'accord! Tu ne plaisantais pas.
Lizia fait mine de se laisser tomber sur ses genoux. Ça sent le sapin.
– Miaw?
Le pas-si-guignol, lassé:
– Et si t'allais faire un tour chez le voisin, pendant qu'on essaie, pas très adroitement, de coucher? Qu'est-ce que t'en dit?
– Miaah.
– Oui mais bon, si tu nous regardes, ça me gêne.
Je te jure, qu'est-ce qui faut pas faire.
– Miah. Miah. Miah.
Le pas-si-guignol se marre.
– À la revoyure! On t'appellera quand ce sera fini.
Revenir dans un quart d'heure, c'est noté.
Le chat se barre par la chatière. Défi numéro un, relevé!
Lizia sort un paquet de bougies, il y en a de toute les formes et de toutes les couleurs.
– Merde les allumettes! Mais non je rigole, j'ai un briquet... Quelque part. Pendant ce temps, dispose les bougies comme tu veux.
On va en mettre 15 sur chaque meuble, restons sobre.
Lizia, désespérée:
– Mauvaise nouvelle, le briquet est naze.
– Ne paniquons pas, demandons aux voisins. J'y vais.
– Évite le dealer au numéro 3, quoi qu'il aura sûrement du feu.
George, ironique:
– Commencer par le dealer, bonne idée! Souhaite-moi bonne chance!
– Je suis de tout cœur avec toi, mon amour.
Un quart d'heure plus tard, George revient avec un paquet d'allumettes et Guizmo sur les talons.
Lizia, en riant:
– Ah vous êtes là, mes hommes, qu'est-ce qui s'est passé?
– Disons que ton chat n'est pas si aimé des voisins qu'on croyait mais ils m'ont filé une boîte d'allumettes en contrepartie. Tant pis pour le cats, on fera avec. Que la lumière soit!
Je vais me trouver un petit coin douillet, le temps qu'ils foutent le feu à la baraque. Sur le fauteuil. On dirait une veillée funèbre. Regardons discrètement où ils en sont. Préliminaires. Il lui caresse les cheveux, elle ricane comme une cane. Le pauvre!
– Qu'est-ce qu'il y a encore, ma douce?
– Je crois qu'on a pris trop de bougies.
– Mais non, mais non.
– Miaw!
Le guignol, conquis:
– Il est drôle ce chat, gardons-le si jamais. Éteignons la moitié des bougies et embrassons-nous. Faisons le voeu de coucher ce soir.
J'aime assez le pas-si-guignol, finalement. Il n'arrivera jamais à ses fins, par contre. Je la connais moi, la tue-l'ambiance.
Il éteint les trois quart des bougies et entrouvre la fenêtre. Elle, alanguie sur le lit. C'est mieux moins de bougies, ça fait plus intime. Aidons-les avec l'atmosphère.
– Miahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh!
Le pas-si-guignol, lucide:
– Je suis d'accord avec toi, ça manque de musique.
George, amusé:
– Top 50 des slows, adjugé! Ou tu préfères Zen attitude volume 28? C'est quoi cette merde!?
– Des cadeaux, le reste est sur l'ordinateur mais prenons les slows, tu danses?
– Le slow, oui.
Eh ben voilà! Un petit peu de frotti-frotta et c'est réglé!
Un chouïa retro quand même, ça doit être un cadeau de ses parents. Prenons la 7, c'est la seule qu'il supporte. Bryan Ferry, Slave To Love, en boucle.
Le coup de l'index, il lui fait signe de venir. Le chat en liesse. Elle se lève, en riant.
Ses mains sur sa taille l'enserre. Elle passe ses bras autour de son cou. Allez George lâche-toi un peu. Réveille le romantique qui est en toi. On se déhanche, on y croit.
Et si on la regardait dans les yeux, pour changer. Gênée, elle se blottit contre son torse. Ça va aussi.
Slave to love na na na na na...
Le pas-si-guignol est dedans, elle pas encore... Pourquoi elle résiste autant. Il est bien celui-là. Un brin cynique, comme elle. Lâche-toi! Il a bien choisi la chanson. Elle va l'avoir à l'usure. Plus qu'à patienter. Moi j'ai le temps, j'ai dormi toute la journée. Na na na na na...
Je déteste cette chanson. Pourquoi il a choisi celle-ci. Na na na na na! Il ne s'est pas foulé pour les paroles. Il l'a mise en boucle. Il danse pas mal, un peu raide mais si je me lâchais, peut-être que ça aiderait. On balance tout ce qu'on a.
Ouh là là, freestyle! Dé-serrons un peu la prise. Une main posée sur mes épaules, elle se lâche. Moi j'ai juste l'option, moins rigide.
– Ma déesse de la danse... *Na na na na na. Na na na na na. Slave to love! No I can't escape, i'm a slave to love.*
Essayons de la peloter un brin, les mains se baladent sur son dos. Elle m'attrape et me frotte contre elle, puis me relâche. Okay, tu veux me chauffer, c'est réussi. Elle se déhanche pratiquement à genoux à hauteur de ma braguette et susurre, slave to love. Tu vas loin ma puce! Si tu fais ça, je te prends et je te bascule.
Ouh il y a de l'action! Il serait peut-être temps de faire ma ronde de nuit. On s'échappe. À toute à l'heure les tourtereaux!
Le chat se barre. Aurait-il une ouverture? Pelotons-la plus franchement, ses mains glissent sur ses fesses. Elle fait mine de s'offusquer. Un coup d'œil aux bougies, rien ne crame. Juste envie de déposer sa tête contre ses seins. Basculons-la sur le lit.
J'aurais peut-être dû l'embrasser avant. Elle va croire que je n'en veux qu'à sa poitrine. On va remonter. Dans les yeux, on plonge. Sourire en coin. Je me demande ce que tu vois toi dans mes yeux. Moi aujourd'hui, amusement et derrière la trouille de ne pas être à la hauteur, et derrière toujours l'innocence...
– *Slave to love! Slave to love! Na na na na na na. Slave to love! No I can't escape, i'm a slave to love.*
Et maintenant on l'embrasse tendrement, comme elle aime, tant pis si elle ne répond pas. Elle est peut-être figée de joie. Non, en fait, elle copie ce que je fais. Lâchons-nous et arrêtons de réfléchir deux secondes. Figures libres, c'est mieux. Faisons comme dans le fantasme de la plage, je l'embrasse partout. Commençons par le haut...
Des bisous, des bisous, des bisous... Oh que j'aime les bisous. Moi je vais dégrafer son pantalon et le branler, c'est sûrement ce qu'il voudrait. Un gémissement, quand même. Na na na na na. Na na na na na. Elle commence presque à passer au bout de la trentième fois. On continue, gémissements étouffés.
– Laisse-toi aller et continue de m'embrasser, j'adore.
Gémissements moins étouffés. C'est un challenge, comment le faire crier. Et si je le prenais dans ma bouche? Trop tôt sans doute, continuons la branlette, on accélère.
– Ralentis ma puce, sinon je lâche la purée.
C'était graphique. Elle fait mine de n'avoir rien entendu. Bon, au moins, enlève-moi mon pantalon et mon caleçon. Enfin, laisse, je fais.
– Désolé, je suis maniaque et le sperme ça fait des taches.
C'était franc. Elle rigole un peu et m'enlève aussi mon blazer et ma chemise. On balance le tout par terre, tant pis. Moi je te déshabillerais petit à petit. Pour l'instant, pas besoin je t'embrasse dans le cou. Elle a ralenti le rythme, tant mieux, pas envie de jouir tout seul comme un con.
– Laisse-toi faire ma puce, tu me branleras après...
Arrivé à l'épaule, on va faire les bras aussi. Juste une nuée, peut-être s'attarder sur le coude. Et les mains, elle l'air d'aimer, attardons-nous aussi. Pas de train à prendre, 21h30, on est dans les temps. Merde j'espère qu'elle ne m'a pas vu regarder l'heure. Non, les yeux fermés, elle savoure. L'autre bras, la même chose. Ensuite, mieux vaut commencer par les jambes, sinon je vais probablement les oublier. On enlève le collant, délicatement cette fois-ci. On va démarrer aux cuisses, on laissera le sexe pour la fin. Belles jambes. Il les enroulerait bien autour de son cou quand il va rentrer. Mais ne précipitons pas les choses, des fois que le chat revienne. Les pieds, embrassons-les aussi, ils sentent la vanille, elle a dû prévoir le coup. Enlevons la robe. Elle gémit tout doucement, on dirait une petite souris. C'est chou. On dégrafe son soutien-gorge. Ils sont magnifiques ses seins. Je vais les embrasser et les lécher aussi un peu. On est bien là. Restons ici un moment.
– Ahhhhhh mmh.
Merde, ça c'était moi. Ça me met toujours dans tout mes états les seins, enfin surtout les siens. Une œuvre d'art. Je vais prendre le téton en bouche et sucer doucement, si elle aime j'irais plus fort. Des cris...
– Dis-moi stop si j'y vais trop fort.
– Non c'est bon mais je ne fais rien et je me sens coupable.
– Caresse-moi avec tes mains. Tout sauf le sexe.
Ses mains dans mes cheveux, massage. Ça détend tout mais si elle continue, je vais m'endormir. Peut-être ça va juste m'endormir le cerveau, ce ne serait pas plus mal. Je vais lui faire la même chose. On copie, pour une fois. Envie de l'embrasser.
– Ahhhhhmmmmmmh.
Envie de la serrer contre moi. Envie d'entrer en elle. Trop envie. On se calme. On en était où? Les seins, on redescend. Gémissements contrariés.
– Oui ma puce?
– Viens, s'il te plaît.
– J'ai presque fini.
On va s'occuper de son sexe. On écarte gentiment, le clitoris, du bout de la langue.
– Trop fort.
Okay, on l'effleure à peine.
– Ohhhhhh, encore un peu fort.
On va le laisser dans son abri et on va lécher autour.
– Oui! Comme ça, c'est parfait!
Je vais quand même tester avec mon doigt. Enfoncer un minimum. Ouf, elle est mouillée.
– Mais viens!
– T'occupe, je gère. Ça vient ma chérie.
On enfonce le doigt. On l'agite un brin. Ça la met dans tous ces états et moi je... Ohhh ce que ça me donne envie. Du calme, je rajoute un deuxième.
– Trop.
Dommage! Continuons de la lécher. Au pire, elle nous branlera après. Mais on progresse, j'ai de l'espoir à nouveau.
Elle, en larmes:
– Je suis désolée.
– Pas moi. On progresse, ça va aller. Mollo, mollo.
Léchons-la gentiment. Elle s'excuse copieusement. Rassurons-la.
– Du calme. Je peux être patient. Tu as du lubrifiant, ça pourrait aider?
– Oui, dans le tiroir de la table de nuit.
On ouvre le tiroir. Tiens tiens tiens, un vibro...
Lizia, gênée:
– C'est juste pour stimuler mon clitoris, je ne me l'enfonce pas à l'intérieur.
– Okay.
Terrain inexploré, c'est excitant. Elle lui badigeonne les doigts.
George, taquin:
– La prochaine étape je crois que c'était te lécher partout?
– Non ça c'était à la plage, avec les bougies, pas besoin.
– Sûr?
– Ouuui.
George, pragmatique:
– Okay, on essaie. J'y vais doucement cette fois. Désolé si avant j'ai été comme un bourrin.
– Non, je ne te permets pas de dire, ça, tu es très délicat. Et toi comment ça se passe?
– Bien, je découvre... D'habitude c'est: j'entre, quelques coups et je pars et ensuite je les suces jusqu'à ce qu'elles arrivent à l'orgasme. Et après, je me dis, à quoi bon, de toute façon, ce n'est pas elle. Toi dès que je t'ai vu, j'ai su, mon cœur battait plus vite.
– Moi ma tête est devenue vide.
George, gentiment:
– Tu n'as pas mis ma bague, pourquoi?
– Mets-la moi.
George, en riant:
– La bague, le sexe ou les deux?
– Oui.
Un peu taquine... Elle enlève son pendentif et me tend la bague. On va la mettre à la main gauche pour commencer.
On va bouger les doigts, gentiment cette fois. Si elle me dit stop, je pleure. Trop envie. Elle me badigeonne le sexe. Bingo!
– Je vais entrer doucement, dis-moi, stop.
Elle hoche la tête, un brin inquiète, rassurons-la.
– Ça va aller, je ne suis pas si énorme que ça, à peine dans la moyenne. Na na na na na. Tu préfères aller dessus?
Elle secoue la tête, paniquée.
George, tout doucement:
– Du calme, j'y vais, allonge-toi, détend-toi et pense à un truc apaisant, la plage, par exemple.
Elle ferme les yeux, la prendre dans mes bras. Ça va aller ma puce. On va rentrer le plus gentiment possible. Oh c'est serré. Stop. Les larmes aux yeux, j'espère que c'est de joie.
– Ça va?
– Oui, c'est bon, je suis à la plage. Le soleil s'est couché et tu entres en moi. Tu vas doucement, j'aime ça. C'est bizarre cette intrusion mais c'est exquis. Jamais je ne me suis sentie aussi proche de quelqu'un.
Oh ce que je regrette de ne pas l'avoir attendue... Et là, je pleure... Trop tard de toute façon. Reprenons-nous et continuons.
– Pourquoi tu pleures mon chéri?
– Amertume, j'aurais voulu que tu sois la première.
– Oubliette. Quelles autres femmes?
– Fais-le!
Elle secoue la tête.
– Je suis sûre que tu as appris 2-3 petits trucs. Tu t'es préparé pour moi et moi aussi, dans un sens, je me suis préparée pour toi.
– Tant mieux alors. On est au bout. Je suis bien et toi?
– Mieux que bien.
D'habitude j'ai envie de bouger, mais là profitons... Prenons-la dans les bras et restons comme ça.
– Qu'est-ce que tu penses de cette chanson, au bout de la centième fois, je la trouve pas mal.
– Toujours bof. Na na gnia gnia gnia.
George éclate de rire.
– Tu aurais pu me le dire plus tôt! C'est laquelle ta préféré? J'aurais pu te demander avant aussi.
– La 11, Boy George, Love is love. C'est sirupeux mais j'aime bien, ça me réconforte.
– Accio télécommande! La 11, en boucle... Oui c'est bien, chaleureux. Qui t'a offert ce CD?
– Ma mère, dans l'espoir de me caser.
George, en riant:
– Avec un répertoire des années 80... Tu lui diras que ça a fonctionné. *Love is love is nothing without you, love is love is evertything you do, open up your eyes and you will see, love i love is everything to me*. Ça va me rester en tête, je le sens...
– Et si tu bougeais un brin?
– Oui ma douce, mais alors juste un brin...
