Chapitre 100: Lunatique
Frédérick ouvre la porte de l'appartement.
Charlotte, boudeuse:
– Comment ça s'est passé chez le bijoutier?
Essayons de mentir par omission, pour une fois, voir si ça passe...
– Très bien, il a proposé à Harry de devenir son apprenti. Enfin, plutôt le contraire. Au moins, ça a servi à quelque chose. Et on va se faire un bracelet, avec Severus, lui tout simple noir et moi avec du barda dessus. Le bijoutier a dit, personne ne saura qu'ils font la paire. J'ai trouvé ça touchant.
Charlotte, agacée:
– C'est tout?
– Oui, c'est tout. Bon, je vais prendre un bain et lire un peu.
– Tu me mens.
– Peut-être ou peut-être pas. Le bijoutier a proposé de faire des boucles d'oreilles pour nous.
Charlotte, sciée:
– Il divague, je n'ai même pas les trous. Et toi?
– Moi j'en ai un, c'était en vogue, à une certaine époque. Je porterais la mienne et toi, tu garderas les tiennes dans la boîte. Peu importe, c'était écrit, je devais y aller avec Harry et Severus. Je vais y retourner mercredi, il a dit qu'il me ferait un croquis. Je me réjouis de le voir!
Charlotte, mutine:
– Il est malin ce Gustave. Peut-être qu'il a ensorcelé Harry...
– Oh il l'a ensorcelé mais pas comme tu penses. Il en a rêvé la nuit de ses bagues. Je suis content pour lui, je le voyais pas vraiment rester à Poudlard, vu comme il en parlait.
Charlotte, fâchée:
– Tout le monde est content, en somme, sauf moi.
– Je ne te suis pas, ma douce?
– Je vais devoir me faire percer les oreilles, à cause de toi.
– Oh mais tu n'es pas obligée et il existe des sorts pour ça, indolore.
Charlotte, furieuse:
– Fais-le!
– Euh, je le ferais quand tu me demanderas gentiment.
– Vas-t'en.
– D'accord.
Fred se dirige vers la porte. Charlotte, fâchée:
– C'est pas très drôle de se disputer avec toi.
– Je te retourne le compliment, ma douce. Mais si tu veux que je parte, je pars, après tout c'est ton appartement.
– Non c'est bon reste... Mais supplie-moi à genoux de les porter les boucles.
– S'il te plaît, arrête de me faire chier. Si tu ne les veux pas, je décommanderais, je prendrais juste la boucle d'oreille pour moi. De toute façon, ça ne sera pas avant un ou deux mois...
Charlotte, lassée:
– Le temps que je me fasse à l'idée, il est doué ce Gustave.
– Un amour lunatique, je commence à comprendre.
– Severus, sors de ce corps!
– Tu es fâchée ou pas? Tu me casses les pieds!
Charlotte, en riant:
– Je suis fâchée mais j'aime bien tes réactions. De la testostérone, pour une fois.
– Parce qu'en plus elle me traite de mauviette. Je vais les offrir à Severus, les boucles d'oreilles.
– Oh ça lui ira bien, avec une robe plongeante noire, je vais faire un croquis.
– Va voir Gustave et arrête de m'emmerder, s'il te plaît.
Charlotte, mi-figue:
– Qui êtes-vous et qu'avez-vous fait à mon mari? Jette un objet pour voir.
Essayons le coup d'œil excédé, à ce stade, c'est tout ce que j'ai.
Charlotte, en riant:
– Bon, j'irais voir Gustave, lundi et je vais essayer de le dissuader pour les boucles d'oreilles, enfin les miennes.
– On verra qui dissuade l'autre.
– Oh je peux être très perspicace!
– Lui aussi... Bon qu'est-ce que je fais, je me casse, je reste, je me fous à genoux, je jette un objet à la poubelle et je le ressors après?
Charlotte, en hochant la tête.
– Oui fais ça.
Bon le premier c'était se casser. Essayons ça. On remet sa veste et on va dormir chez sa mère. Youpi! On va appeler Severus un petit coup quand même.
Elle l'arrête à la porte, un bisou sur la joue. Probablement un piège. Elle ouvre la porte. Bon, tirons-nous. Elle le retient.
– Tu vas vraiment partir?
– Je peux.
– Alors fais-le, je suis d'humeur taquine ce soir. Ça va être comme ça toute la soirée.
Que dirait George?
– Tu as tes règles, par hasard?
– Oui, en plus!
– Faisons chambre à part. Je vais prendre un bain, ensuite je vais dormir sur le canapé.
– Bon d'accord. C'est 100, la nuit.
Fred, lassé:
– Je te paierais en nature. En fait, je vais y aller. Tu me fatigues. Bye.
On va claquer la porte pour l'effet. Et partir en courant, des fois qu'elle me rappelle. Dire que je me laisse traiter comme un chien par cette Donzelle. Un amour lunatique, j'aurais dû lire le titre! Severus, au secours!
Apparition devant sa porte. On va l'appeler quand même.
La porte s'ouvre, Harry sort la poubelle. Severus, derrière:
– Mais laisse-moi faire pour une fois! Ah tiens, Frédérick!
– Désolé, je vous dérange sans doute mais un être démoniaque a pris possession de ma douce moitié. Franchement, j'en suis au stade ou je me demande si l'être démoniaque n'est pas ma douce moitié. Même si elle a prétendu qu'elle avait ses règles.
Coups d'œil complice des deux. Nous n'avons pas ce genre de problèmes. La chance!
Harry, gentiment:
– Entre, tu nous raconteras... J'ai peu d'expérience, à part avec Hermione mais des fois elle cherchait Ron juste pour se défouler.
Severus, sur le même ton:
– Si c'est le cas, tu as bien fait de partir. On va transfigurer le canapé en lit et tu peux dormir ici. Tu peux même rester cette semaine, pendant qu'on est à Poudlard. Je te donne un double des clefs. Tu as déjà soupé?
Envie de pleurer. Severus, emprunté, lui fait un câlin. Harry fait mine de ne pas regarder tout en allant déposer la poubelle. La prise se ressert.
Severus, navré:
– Je suis désolé, c'est ma faute. Ce bijou, c'était une mauvaise idée.
– Je ne sais plus trop quoi faire à ce stade. Elle va aller voir Gustave, lundi.
Son téléphone sonne. Charlotte. Fred, lassé:
– Merde, elle m'appelle, qu'est-ce que je fais?
– Laisse-moi lui parler.
Je devrais pas être aussi soulagé...
Fred lui passe le téléphone. Severus, d'un ton contrit:
– Charlotte, je suis désolé, c'était mon idée pour le bijou et Harry a pratiquement traîné Frédérick jusqu'à la bijouterie... Ça te dérange le bracelet?... Une amitié virile, c'est ça, est-ce que tu essaie subtilement d'insulter ma masculinité, par hasard? Tu sais je n'en suis plus là... C'est quoi le problème?... Oui c'est chiant, je te l'accorde... Non je ne sais pas ce que c'est de ne pas avoir de magie mais mon père était un Moldu... Oui c'est un terme à la con...
Severus fait mine de me passer le téléphone en secouant la tête. Je secoue la tête plus fort.
Severus, placide:
– Il est un peu bouleversé pour le moment. Il voulait te faire plaisir avec le cadeau... Parfaitement, j'essaie de te faire sentir coupable, ça marche?... Harry veut te parler.
Severus passe le téléphone à Harry. Harry, d'un ton rassurant:
– Charlotte, je sais que tout paraît une montagne maintenant, mais si tu allais te détendre un peu, prendre un bon bain chaud, regarder une comédie romantique... Quand Harry rencontre Sally ou un truc du style... Ah bon? Une intuition... Ce ne sont pas des merdes de boucles d'oreilles, ce sont des œuvres d'art, n'insulte pas mon futur boulot... Mais non, mais non, je ne suis pas fâché... Tu prends ton bain, tu regardes ta comédie, tu dors un bon coup et si demain, tu te sens mieux, passe un petit coup de fil à Frédérick. Bonne soirée!
Harry lui boucle au nez et éteint le téléphone.
– Bon on y va! Pour citer quelqu'un, on se les pèle. Merci Frédérick d'avoir fait entrer Ron.
– Oh mon petit frère, je le pratique depuis un moment. Tandis que la douce Charlotte, je manque d'équipement.
Harry, placide:
– Le bracelet de Severus aidera sûrement.
Les trois entrent et ferment la porte.
Fred, lassé:
– Et entre temps je fais quoi, j'achète une muselière? Un amour lunatique!
– Elle sera calmée dans quelques jours. Achète-lui des chocolats.
Severus, amoureusement:
– Écoute mon mari, le spécialiste des femmes et femmelettes. Ahhh l'amour lunatique, quelle merde! Mais c'est peut-être un truc de Vélane avec le côté Harpie qui ressort de temps en temps...
Fred, en riant:
– Pauvre de moi, douce femmelette, condamnée à me faire mener par le bout du nez. Pour l'instant, j'ai essayé la confrontation et la fuite... Elle a aimé la confrontation, moins la fuite... Mais je vous emmerde avec mes histoires, reprenez ce que vous faisiez, moi je vais transfigurer le canapé, je suis vanné de toute façon.
– Tiens, les clefs, reste tant que tu veux. La confrontation, j'éviterais, vu son état. Tu as bien fait de fuir. Et la technique d'Harry était osée. Si tu veux j'ai un bouquin sur les Vélanes.
Fred, lassé:
– Peut-être demain, là... Dodo. Merci les potes!
Severus ferme la porte de la chambre.
– Tu crois que j'ai eu tort de les présenter, ils étaient si mignons avant...
– Mais non, c'est juste une mauvaise passe, si ça se trouve elle est comme ça quand elle a ses règles, ça fait ressortir la Harpie. Frédérick va devoir s'affirmer un brin et Gustave a dit qu'ils étaient âmes sœur. Moi je lui fais confiance à cent pourcent. Tu m'en veux pour l'apprenti?
– Mais non, pourquoi je t'en voudrais!? Tant mieux, si tu as trouvé ta voie! Mon mari le bijoutier. On va te laisser faire à toi les bagues définitives. Je suis trop content. Tu dessines?
Harry, franchement:
– Je me débrouille. J'ai fait quelques portraits de ma chouette et de toi. Et de nos deux enfants aussi.
Silence consterné. Severus, bouche-bée.
Harry, en riant:
– Je pensais que ce n'était pas très bon, c'est pour ça que je ne te les ai pas montrés. Un peu comme ton cahier.
– T'as de la chance qu'il y ait le cahier... Montre-moi ça, je l'exige...
– Accio dessin. Vas-y regarde, moi je vais détourner la tête pendant ce temps.
Un porte-document, il l'ouvre. Il lui a refait toutes ses expressions avec sa nouvelle coupe de cheveux. Un bon coup de crayon mais il préfère les dessins de la chouette quand même. Un paysage, moins bon, plus fade. Et les dessins des filles, oh là là! La première est mignonne et la deuxième très mignonne. Qu'est-ce qu'ils font dans ce cartable, affichons-les!
– Tu les as vu en rêve aussi?
– Oui, les deux.
Severus, sévère:
– C'est un crime de ne pas m'avoir montré ça, tu sais?
– Désolé, avant je n'osais pas. Je me suis dit, c'est peut-être une connerie.
– Celle-ci c'est la tienne et celle-ci c'est la mienne. Ce n'est pas une connerie, Harry. Ce sont nos deux enfants.
Severus en larmes, Harry aussi.
Severus, placide:
– On va les encadrer et on va les afficher. Le reste des portraits est bien aussi mais c'est moi et ça me gêne. Fais un portrait de nous deux et on le mettra à côté des filles. Tu es doué, Harry, je suis content que tu puisses exploiter tes talents. L'Université c'était une connerie, désolé. Et tu seras juste à côté de moi. Enfin 91 numéros plus haut mais la distance ne sera pas un obstacle.
Harry, mort de rire, l'embrasse chaleureusement.
– C'était une magnifique journée, non?
– Pour nous, la meilleure, pour les autres, un peu moins bonne.
