Chapitre 101: Carnage

Cette fois, c'est mort, il va la quitter. Normal, il était trop gentil pour elle Frédérick. Saloperie de Harpie. Elle arrive à la contrôler la plupart du temps, sauf quand elle a ses règles, trop d'agacement, l'autre prend le dessus. Un amour lunatique, plutôt un héritage à la con! Des boucles d'oreilles en forme de cœur. Ce n'est pas ce qu'elle a vu pour elle. Il y en avait une en forme de coeur et l'autre en forme de pique pour réconcilier ses deux personnalités, la Vélane et la Harpie. Mais Frédérick, elle ne voudrait lui montrer que les coeurs parce qu'avec l'autre, ça ne passera pas.
Elle est toujours d'une humeur massacrante et ce bijoutier à la con va l'entendre. Vendre du rêve à Frédérick. Il aurait mieux fait de lui dire la vérité. Votre femme a une double personnalité, inconsciemment vous le savez, c'est pour ça que vous avez choisi ''un amour lunatique'' mais, consciemment, vous êtes dans le déni, mon petit. Eh oui, vous n'avez pas de bol!
Même quand il est énervé, il est rigolo, Frédérick. La Harpie est sous le charme aussi. Elle veut le garder à tout prix. À moi, à moi, à moi! Elle sent bien qu'elle le lasse, il ne comprend pas ses jeux. Il trop entier, trop franc, le mensonge, ça l'agace. Il faudrait qu'il trouve un moyen de l'apprivoiser, peut-être en la bouclant dans une cage et en lui faisant des caresses de temps en temps. Salopard de bijoutier, tout ça c'est sa faute!
Elle ouvre la porte de la boutique. Le bijoutier fait mine de se cacher derrière le comptoir.
– Au secours, la copine de Frédérick!
– Aidez-moi, je vous en supplie!
– Du calme, les cœurs sont amovibles, vous pouvez les retourner quand vous êtes dans tous vos états.
Charlotte, fâchée:
– Vous auriez pu lui dire, il ne se doute de rien!
– C'est à moi de lui dire ou c'est à vous?
– Je sens que c'est une question piège.
La porte de la boutique s'ouvre. Elle grogne. Ah non, c'est son homme. Elle se jette à son cou, lui tout surpris.
Charlotte, en pleurant:
– Je suis un monstre, aime-moi quand même.
– Il ne faut rien exagérer, ma douce, le syndrome prémenstruel c'est délicat...
– Mais ça n'a rien à voir, abruti. J'ai un côté Vélane, tout doux et un côté Harpie, une plaie. Je ne t'ai pas montré la Harpie pour ne pas que tu me quittes. Les boucles d'oreille... Expliquez-lui vous!
Fred, scié:
– Oui expliquez-moi, je nage.
Gustave, placide:
– Je vous ai fait un croquis. Les cœurs pour la Vélane et les piques pour la Harpie. La Vélane elle est comme vous, elle aime le sirupeux et les câlins mais la Harpie, disons qu'elle a d'autres centres d'intérêts.
Fred, curieux:
– Lesquels, le meurtre?
Charlotte, en larmes:
– Mais non, je n'ai jamais tué qui que ce soit. Expliquez-lui, vous!
Gustave, livide:
– C'est pour ça que je prends ma retraite dans trois ans! Ce serait mieux que ça vienne de vous quand même! La Harpie aime bien...
Charlotte, d'une petite voix:
– Manger des bonnes choses, regarder des films comiques, acheter quelque petites babioles décoratives, jouer avec mon amoureux et le sexe.
Le bijoutier ricane.
– Pour temporiser: Ingérer, visionner et acheter les trucs les plus ignobles de la galaxie. Pour les jeux et le sexe, bonne chance, elle préfèrera vous faire tourner en bourrique.
– Au début oui, mais à la fin, il aura ce qu'il voudra. Il faut quand même qu'il soit un peu résistant.
Fred, hilare:
– Ahhh, c'était ça, hier soir? Tu me testais, je n'ai rien compris. Ça veut dire quoi manger des bonnes choses et les films comiques? Et les jeux c'est bâillonner son mari et lui chatouiller les pieds avec une plume?
– Ouh ça a l'air rigolo ça, faisons-ça! Hi hi hi.
– Elle est bien partie là... Et l'autre est toujours à l'intérieur? C'est 50/50?
Charlotte, avec des trémolos dans la voix:
– Non elle ne me laisse jamais sortir 95/5.
Le bijoutier, franchement:
– Plutôt 70/30, enfin ça n'ira pas plus haut. C'est le maximum pour votre mari.
– C'est déjà moins pire que l'autre... Reviens à la maison, mon doux mari et faisons connaissance.
Fred, à mi-voix, au bijoutier:
– Vous croyez que j'arriverais à la tenir? Qu'est-ce qu'elle bouffe?
– Pour l'instant vous, mais j'ai un plan. Repoussez-la gentiment...
Fred, empathique, à Charlotte:
– Là, là.
Il lui fait le signe de ralentir.
Charlotte, mi-figue:
– Moi je ne pars pas sans mon mari, débrouillez-vous. Je vais regarder quelques petites babioles par là-bas.
Fred, mort de rire.
– Elle m'amuse la Donzelle.
– Oui vous aimez les bestioles, c'est ce qui vous sauvera.
– Ah oui Cunégonde!
Charlotte, jalouse:
– C'est qui celle-ci! Ahhh une veracrasse, ça va, la concurrence n'est pas trop rude.
Gustave, placide:
– Je vous montre les croquis. Le bracelet, la boucle d'oreille et la montre...
– Il va ressembler à un sapin de Noël mon mari, vous ne perdez pas le Nord, Gustave.
– Pour elle, juste les boucles d'oreille. Ne l'épousez jamais, conseil d'ami.
Fred, déçu:
– Et pour les enfants!? J'en voulais trois!
Charlotte, coquine:
– Tu les auras, il y a même un petit pourcentage de chance qu'ils ne finissent pas Vélanes.
– Commençons par un, plus tard... Chérie et si tu allais faire un petit tour?
Fred lui tend un billet de 100.
Charlotte, mutine:
– Il sera petit le tour mais bon d'accord.
Un bisou sur la joue et elle est partie.
Fred, blasé:
– Gustave, soyons franc, je n'ai pas les épaules pour gérer ça.
– Appelez votre frère, vite, avant qu'elle revienne.
Fred sort son téléphone, numéro 3.
– Frérot, c'est urgentissime, ramène ta fraise au numéro 2 du Chemin de Traverse, j'ai besoin de toi.
Deux minutes plus tard, George ouvre la porte de la bijouterie.
– Qu'est-ce qui se passe?
Gustave, placide:
– Votre frère a besoin d'une montre et vous aussi. Elles symboliseront votre lien indéfectible, malgré le temps. Et elles vous aideront dans vos relations respectives car elles seront imbibées de votre amour mutuel. Ou quelque chose de buvable pour vous, George.
George, intrigué:
– Ah oui d'accord! Soudain, on se rappelle du frérot. Aboulez les montres! Et ensuite si tout le monde pouvait venir travailler, ça m'arrangerait! Je suis seul avec mon ex, là.
Fred, scié:
– Non mais tu rigoles, même Lizia!
– C'est elle qui m'a largué, de façon préventive... Au secours frérot!?
– Ne t'inquiète pas, on va la récupérer. La mienne est légèrement bipolaire. D'un côté la Vélane et de l'autre la Harpie. Au secours frérot!
– Un fouet, un morceau de viande et c'est réglé. Dans mes bras, frérot, comme à la belle époque!
Un câlin qui s'éternise.
Gustave, en riant:
– Là, là. Je vais commencer par vous, Frédérick. En premier le bracelet, ensuite la montre et en dernier les boucles d'oreilles. Et en attendant, gardez vos distances et méfiez-vous comme de la peste.
Fred, déçu:
– C'est noté. Ah les Vélanes! Je vais passer à la librairie et acheter deux trois bouquins, enfin à la pause de midi. Et cette semaine, je reste chez Severus.
Gustave, placide:
– Ah la bonne heure... Pour vous Georges, en plus de la montre, amenez-moi cette bague et ce pendentif, je peux faire le sort dessus, ça aura moins de puissance, vu que ce n'est pas moi qui les ai faits mais tant pis. Pour le pendentif, ce serait bien que vous le gardiez pour vous et que vous fassiez un pendant avec votre père, histoire de couper le cordon, je vois un oiseau pour vous et un nid pour lui. Pour la bague de Lizia, on va la laisser telle quelle, c'est une boutade de toute façon. Aucun des deux n'est prêt à s'engager, ne nous leurrons pas.
George, placide:
– C'est pas faux. Je pourrais garder cette montre, c'est un héritage familial.
– Dites-lui au revoir et rendez-la à votre père, avec le pendant. Dites-lui qu'il peut enfin la revendre, s'il le veut, vous gagnez votre vie, vous n'avez plus besoin de ça. Et pour votre mère, elle verra les boucles d'oreilles de Charlotte, ça suffira.
George, placide, à Fred:
– On peut vraiment faire confiance à ce type?
Fred, franchement:
– A cent pourcent, il a engagé Harry comme apprenti. Dans trois ans, c'est lui qui reprend la boutique.
– Ah super! C'est Severus qui doit être content. Bon allons bosser, frérot, j'ai laissé mon ex en charge de la boutique. Les clients sont probablement en fuite.
– La mienne est inutilisable, pour plusieurs jours, désolé. Mais oui allons-y. Je peux repasser quand?
Gustave, placide:
– Je vais prendre votre numéro et vous appeler dès que c'est fait... Merci. Ah voici votre compagne qui revient!
La porte claque, Charlotte, guillerette:
– Je t'ai rapporté un petit truc.
Un nœud papillon rose avec des petits cœurs. Il changera la couleur.
– Merci, mon amour.
Charlotte, à voix basse:
– Ah merde le boss. Je vais prendre une journée de congé, peut-être même deux.
George lève les yeux au ciel et part en courant.
Fred, intrigué:
– Qu'est-ce que tu t'es acheté, ma puce?
– ''Evil dead'' le coffret, ''Carnage'', ''The butcher'', quelques petite friandises et une jolie robe.
– C'est bien ma loute. Je passerais ce soir, une petit heure pour qu'on discute un peu. Là je dois filer, je t'aime, mon amour.
Un bisou sur le front et il est parti.
Charlotte, fâchée, à Gustave:
– Pourquoi vous lui avez dit de ne jamais m'épouser?
– Ce serait dangereux que vous le considériez comme acquis.
– Et surtout très chiant! Merci mon brave, vous m'appelez pour ses boucles d'oreilles, chargez-les bien, c'est mon père qui paie, les trois.
Gustave, intrigué:
– Je peux voir la robe?
– Non, elle est indécente, je la garde pour ce soir.